vendredi 31 octobre 2014

Mauritanie, mon amour

«Dr Yahya Ould Mohamed Abdallahi Ould Hacen» pour les connaisseurs de gens qui doivent être connus, «Docteur Hacen» pour ceux de ma génération qui ont grandi avec ce modèle d’engagement, de professionnel et de rectitude, «Petit Hacen» pour les plus nostalgiques et les plus proches, «Yahya Hacen» pour les compagnons qui sont restés à distance, ou tout simplement «Yahya Ould Hacen» pour les officiels et pour ceux d’aujourd’hui… Tous ces noms désignent l’un des premiers médecins du pays, de la génération des rebelles invétérés, ceux qui ont mis leur savoir au service du plus faible, qui ont cru pouvoir changer le monde dans lequel ils ont vécu, le forcer à plus d’égalité, de justice, d’efficacité… La jeunesse qui fut celle de Yahya est insoupçonnable aujourd’hui que nous sommes pris par cette léthargie que font peser tous ces conservatismes sur nos consciences et nos imaginaires… A l’âge adulte, cela s’est transformé par un engagement à toujours dénoncer l’injustice, la corruption, l’incompétence. La retraite n’a fait que donner de nouvelles dimensions à cet engagement. Avec, en plus, une plus grande amertume de voir la société conserver ses cloisonnements malheureux, de voir les politiques continuer à se compromettre, de voir l’administration gérer le pays avec désinvolture et parfois irresponsabilité. Assez pour maintenir une attitude «sceptique» (pour user d’un euphémisme qui convient à ce que peut être l’attitude d’un homme de la stature de Yahya). J’ai fait ce rappel, juste pour avoir la mesure de ce qui suit.
Ce matin, Dr Yahya Hacen venait de terminer le gros du travail qui lui était confié. Il avait quitté le ministère de la santé où il avait, avec d’autres collègues dont des étrangers, une consultation sur le point d’être achevée après quelques semaines de rude labeur et d’intense réflexion. Comme d’habitude, il se proposait de déposer l’un de ses collègues à son lieu de résidence. Il avait rangé son ordinateur machinalement sur les sièges arrière du véhicule. Les routes de Nouakchott connaissaient à ce moment-là une circulation particulièrement dense.
Plongé dans les amabilités échangées avec son collègue qu’il déposa sans encombre là où il allait, Yahya arriva devant chez lui. Il s’arrêta et tendit le bras pour prendre son ordinateur… l’ordinateur avait disparu… Il revint dans les bureaux du ministère de la santé, refit son chemin, demanda à son collègue, à tous ceux qu’il a croisés en cette matinée… Rien ! l’ordinateur s’était volatilisé.
Il n’y avait pas que l’ordinateur dans le sac, mais aussi les disques durs, les documents précieux, tout ce qui constitue «la fortune» de Yahya Ould Hacen qui a toujours cru que la seule richesse qui vaille est celle qui sert les hommes dans leur entreprise de modernisation, de développement, d’émancipation, celle qui permet de préserver la dignité de l’homme : le savoir, le courage d’assumer…
En bon croyant, Yahya décida de s’en remettre à Allah – baqiya Allahu wa Kavaa -, de se reposer un moment avant de dire aux commanditaires de la consultation qu’il renonçait à la faire.
Au moment où il plongeait dans une sorte d’engourdissement qu’on pouvait confondre avec le sommeil, Yahya fut brusquement réveillé par le téléphone. Quelqu’un lui demanda s’il était bien Yahya Ould Hacen, puis s’il avait perdu quelque chose. Yahya s’empressa de lui faire l’inventaire de ce qu’il avait perdu. «Vous pouvez passer nous voir au commissariat de police de Tevraq Zeina II, l’ancien 4ème arrondissement, juste en face du PNUD…» Là, l’attendaient les éléments de l’antenne de la police judiciaire. L’ordinateur était déposé sur le bureau de leur chef qui s’empressa de l’inviter à contrôler s’il manquait quelque chose.
Malgré l’émotion du moment, Yahya demanda des explications : comment avez-vous trouvé cet ordinateur, où et avec qui ? Les policiers expliquèrent que les éléments circulant en civil avaient suivi des délinquants connus qu’ils soupçonnaient d’être sur le point d’agir. Ces délinquants ont profité de l’embouteillage et d’un moment d’inattention des occupants du véhicule pour ouvrir la portière-arrière et prendre le sac. C’est au moment où ils pensaient avoir réussi le coup un peu plus loin, que les éléments de la police les ont arrêtés. Un dernier vœu de Yahya fut exaucé par les policiers : voir les malfrats. Deux jeunes qu’il lui était difficile de trainer en prison. Il mit du temps avant d’accepter de déposer plainte : seule la plainte pouvait permettre aux policiers de les mettre hors d’état de nuire.
En rendant le précieux butin à son propriétaire, les policiers de Tevraq Zeina venaient de provoquer un sentiment d’amour profond pour ce pays qui a toujours été l’objet de suspicions de la part d’un militant invétéré et exigent. Un moment d’extase qui accompagne ces moments où l’on est sublimé par un sentiment profond d’appartenir finalement à cette Mauritanie qui se cherche et qui a des difficultés à se retrouver. Un sentiment qui permet au moins de tempérer ses critiques, de relativiser ses appréciations vis-à-vis de l’appareil qu’on voudrait plus perfomrant.
Yahya Hacen vient, à l’image du voyageur perdu dans un désert rocailleux et hostile, de tomber sur une oasis extraordinaire et qui vaut ce que peut valoir un paradis sur terre. La vie est ainsi faite : un petit quelque chose peut vous réconcilier avec ce pays pour lequel vous avez tout donné. C’est ce que j’ai perçu chez Docteur Hacen quand je l’ai rencontré alors qu’il venait de vivre cette aventure. 

jeudi 30 octobre 2014

Satisfecit du FMI

La mission d’évaluation du fonds monétaire international (FMI) vient de terminer sa visite en Mauritanie. Cette mission dirigée par Mme Mercedes Vera Martin, responsable du département Moyen-Orient et Asie Centrale, a présenté les résultats de cette évaluation devant la presse.
Dans son mot d’introduction, la présidente de la mission a indiqué que les indicateurs du développement économique de la Mauritanie restent au vert malgré «la détérioration des termes d’échange», avec notamment la baisse des prix des matières premières comme le fer et l’or. La croissance économique sera maintenue à 6,4% en 2014. Alors que le taux d’inflation est resté au seuil des 3,5%. Le niveau des réserves extérieures se maintiendra au niveau actuel, soit la valeur de 6,5 mois d’importations. Le budget ne sera pas affecté par la baisse des prix des matières premières. La mission du FMI a ainsi loué les efforts du gouvernement en matière macro-économique avant de répondre aux questions des journalistes.
Le Gouverneur de la BCM a démenti les rumeurs faisant état d’une décision de son Institution visant à plafonner le niveau des transferts pour les opérateurs économiques mauritaniens. «Pourquoi le ferions-nous ? Le niveau des réserves extérieures, comme l’atteste la mission, est resté aux environs du milliard de dollars. Il ne sera aucunement affecté par la baisse des prix des matières premières».
Il a indiqué qu’il existe effectivement des problèmes au niveau de certaines banques, «mais cela n’a pas obligé la BCM à mettre l’une d’elle sous son autorité directe». Pour le Gouverneur, la multiplicité des banques est un bon indicateur quant à la bancarisation qui a été boostée ces dernières années.

Il a nié toute décision d’un investisseur de se retirer du secteur minier. «Tout cela relève de la rumeur plutôt que de l’information».

mercredi 29 octobre 2014

Compaoré, son vrai visage

Il a fallu tout ce désordre pour que le Président Blaise Compaoré comprenne enfin que son peuple en avait marre. Des morts inutiles, parce que tout cela pouvait être évité. Des destructions inutiles parce que le Président Compaoré aurait pu savoir, dès le début, que sa présence ne pouvait plus être tolérée.
J’imagine d’ici les proches – parents et conseillers – s’activant autour de la personne du Président, essayant de le convaincre qu’il reste l’homme providentiel pour un Burkina au bord du précipice, le convainquant que les opposants sont juste aigris incapables d’action concertée, que le monde libre sera avec lui passé le premier moment des condamnations peu appuyées, que l’Armée est de son côté parce qu’elle est tenue par ses fidèles, que rien ne peut affecter son pouvoir…
On a oublié le peuple burkinabé dans toutes les évaluations faites par les spécialistes, les proches, les parents ou les conseillers. Comme on avait oublié le peuple tunisien quand on parlait de la situation dans ce pays, le peuple égyptien quand on croyait dresser la liste des risques qu’encourrait le pouvoir de Moubarak…
L’homme qui a dirigé plusieurs intermédiations dans des conflits compliqués, qui a pu ramener de nombreux protagonistes à la table de négociations, celui qui se présentait comme le modèle d’une nouvelle Afrique, le Président blaise Compaoré n’a pas pu anticiper la réaction de son peuple et partir dignement. Il a fallu qu’il passe par toutes les étapes suivies par Zeine El Abidine ben Ali : la répression sanglante et aveugle, la phase du «je vous ai compris», puis la tentative de tricher en promettant de partir mais seulement après avoir mis en place une transition… et enfin le coup d’Etat «monté» comme pour calmer la situation en attendant un retour possible… Après 27 ans de pouvoir autoritariste, Blaise Compaoré est obligé de faire ses valises et de quitter précipitamment son pays.
Comme tous les dictateurs, il laisse un pays exsangue : la classe politique essoufflée par la répression est incapable d’unité, l’Armée est traversée par les clivages ethniques, les Institutions étatiques sont travesties… Blaise Compaoré ira se la couler douce sous la protection de l’un de ces hommes arrivés au pouvoir grâce à lui. Il pourra alors consommer les biens amassés d’une trentaine d’années de mauvaise gouvernance à la tête du «pays des hommes intègres». Les intermédiations et les facilitations rapportaient aussi.
Pendant que Blaise Compaoré vivra heureux, le Burkina Faso se débattra longtemps encore dans les problèmes liés à une transition qui ne finit pas de commencer.

mardi 28 octobre 2014

Moi ou le chaos

L’échec des élites mauritaniennes n’est plus à démontrer : incapables d’agir sur la communauté de destin, elles sont aujourd’hui prisonnières de vieilleries idéologiques qui donnent tous ces égoïsmes et polluent l’atmosphère générale dans le pays.
Les appeler «vieilleries» permet la mise en exergue de l’acte de rumination – terme cher au sociologue-anthropologue et historien, Abdel Wedoud Ould Cheikh -, un acte né de l’incapacité à innover, à créer, et même à proposer. Le terme permet aussi de démystifier la prétendue aspiration à l’incarnation de la Modernité et du Progressisme. La rumination et la mystification annihilent toute possibilité de voir clair dans le passé, le présent et fatalement donc dans le futur. On ne peut pas qualifier de «moderniste» ou de «progressiste», une vision du monde qui se contente de reproduire les faits et gestes du passé sans les rénover, sans les améliorer, encore moins les changer.
Evacuons tout de suite l’économie, la culture…, la première pour être restée à l’état primitif de la cueillette, ce qui a donné une société de consommation boulimique qui n’apporte rien à son environnement si ce n’est l’érosion qui contribue à le détruire. La deuxième parce que nous nous contentons d’entretenir l’illusion d’un «paradis perdu» d’un espace de savoirs et de créations : nous dormons ainsi sur un tapis faits de manuscrits que nous n’avons pas écrits – ni lus (le plus souvent) ; nous ruminons des histoires que nous remanions selon les circonstances et qui nous permettent de plonger dans un sommeil profond et destructeur (le sommeil est d’habitude réparateur, celui-là est destructeur).
Il ne nous reste que la politique que nous pratiquons sans exception et sans discernement. Chaque Mauritanien est un politique en puissance : son système de pensée est sous l’emprise de la politique qui est ici perçue plus par ses côtés «tromperies», «manœuvres dilatoires», «trahison». Si bien qu’il n’existe pas – ou presque pas – de professionnels de la politique, c’est-à-dire de gens dont la vocation première est la participation dans la conception et la gestion des affaires publiques.
La «duplication» a eu raison de l’industrie en Mauritanie : dans un pays où l’exiguïté du marché est déjà un frein au développement industriel, il est rare de voir réussir quelqu’un dans un domaine sans lui créer de multiples concurrences. Ce fut le cas du lait Tiviski, de l’eau Benichab, des pharmacies, des boulangeries, des usines de poisson, des pâtes Famo…
Dans le domaine des médias, l’explosion des années 90 a permis aux autorités de noyer le meilleur de la presse dans la multitude synonyme de médiocrité et de déchéance morale. Les mots «journaux» et «journalistes» avaient fini par ne plus vouloir dire toute la noblesse d’un métier.
Le même sort a été réservé aux partis politiques dont le foisonnement a répondu à une volonté de banaliser l’action politique et de discréditer la parole et l’engagement. Il y a certes une volonté politique plus ou moins exprimée officiellement, mais il y a aussi et surtout le comportement des acteurs eux-mêmes qui a contribué à déprécier l’engagement politique. Aujourd’hui, nous sommes en face d’une scène qui nous dit que l’homme politique se cherche une place à l’ombre du Sultan. Quand il y est, il fait partie de la Majorité au pouvoir qu’il défend de la pire des manières. Quand il n’y est pas, il se classe dans les rangs de l’Opposition et commence à nous abreuver de belles paroles et de principes humanistes qui finissent par nous faire croire qu’il s’agit d’une autre personne.
Toujours en quête de légitimité, le politique est souvent poussé à faire des dérapages. Comme il n’est pas comptable de ce qu’il dit ou fait, il peut tout se permettre. Faisant passer sa roublardise pour du courage, il insulte, invective, trafique le passé, ment et surtout promet tous les malheurs à ce pays, à ce peuple si… si… si…
S’il ne reprend pas les affaires… s’il n’accède pas à une portion de pouvoir… si on ne lui reconnait pas une notoriété, une utilité… si on ne lui octroie pas une prébende…
On nous prépare des guerres civiles parce que des hommes politiques sont en disgrâce, parce que le pouvoir en place ne les a pas honorés, ne les a pas associés.
Pour revenir à cette citation de Gramsci qui a dit : «Le vieux monde se meurt. Le nouveau est lent à apparaitre. Et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres».

lundi 20 octobre 2014

Timbuktu ou le chagrin des oiseaux : Un film qui va loin

Après le succès de l’avant-première à Nouakchott, le film Timbuktu de Abderrahmane Sissako continue sa route vers la consécration mondiale. Il a obtenu depuis cette représentation à Nouakchott, le Bayard d’Or du meilleur film et celui du meilleur scénario au 29ème festival international du film francophone de Namur. Une consécration qui doit le booster dans sa marche vers le podium des Oscars.
En effet, avec le film de Sissako, la Mauritanie fait partie des 83 pays sélectionnés par l’Academy of Motion Pictures Arts and Science pour concourir aux prochains Oscars qui auront lieu le 22 février 2015 à Los Angeles aux Etats Unis. Une campagne médiatique devra être lancée pour la promotion du film et de son réalisateur pour permettre sa sélection parmi la dizaine de films qui passeront le cap en décembre prochain. Ce qui explique l’absence prolongée du réalisateur qui sera pris par cette promotion les mois à venir.
«C’est important pour tout cinéaste de donner de la visibilité à son film, explique Abderrahmane Sissako dans une interview chez nos confrères de QDN. Les festivals de Cannes, de Londres… donnent de la visibilité. Mais les Oscars, c’est important, c’est mondialement connus avec une sélection extrêmement rigoureuse. Timbuktu a été choisi par la Mauritanie et nous pouvons prétendre à une nomination pour les Oscars. Je pense que le film a vraiment ses chances car il s’inscrit dans une problématique très importante aujourd’hui».
Présenté au Festival de Cannes en mai dernier, le film Timbuktu ou Le chagrin des oiseaux avait obtenu le Prix du Jury œcuménique et le Prix François-Chalais qui récompense les valeurs du journalisme. C’est que le film raconte une chronique, celle d’une ville millénaire qui étouffe sous l’emprise de la barbarie et de l’intolérance.
A l’image des chroniques historiques des vieilles cités sous nos latitudes, la chronique de Abderrahmane Sissako raconte le destin tragique d’une ville qui a été la splendeur de l’espace sahélo-saharien avant de devenir le fief d’une idéologie qui se fonde sur la négation de la vie. 
Timbuktu, une ville-martyre, abandonnée peu à peu puis brutalement à son sort. Destruction des monuments historiques dans une (vaine) tentative de nier cette Histoire pleine d’enseignements allant à l’encontre de toutes les lectures et postures des apostats qui se revendiquent pourtant de la Religion. Répression de toute émotion chez une population oubliée de ses frères, de ses amis, de ses semblables… Plus le droit de sortir, de fumer, de s’aimer, de jouer, d’apprendre, de chanter, de danser, de manifester, de parler librement, même de parler sans rien dire…
«Ce qui s’est passé à Timbuktu a été un traumatisme, pas seulement pour les gens du Sahel. Cette ville est un symbole de tolérance, de culture avec les grandes universités du 13ème siècle… Timbuktu, c’est une façon de vivre, un esprit. Quand cette manière de vivre est attaquée, que l’on vienne de Tmbuktu ou pas, du Sahel ou pas, on se sent concerné. Le film, au-delà de la question du terrorisme, montre une population sous le choc d’une vision contraire à ses traditions, a sa culture…»
Comment l’une des merveilleuses cités de l’Islam médiéval, l’un de ses plus grands centres culturels ayant rayonné sur le Monde, l’un des trésors de l’Humanité a-t-il été pillé, comment a-t-il été abandonné, comment ses populations ont-elles vécu le drame de l’occupation… ? L’art au service des questionnements… en laissant le spectateur libre de juger, on essaye, à travers ce qui n’est plus une fiction, de partager la douleur, la souffrance de la communauté musulmane vivant dans le Nord malien. La même souffrance est bien sûr vécue en Irak, en Syrie, en Lybie… partout où ces bandes de Jihadistes prennent le pouvoir pour, disent-ils, «instituer un Califat islamique». Bien avant les Yazidis ou les Chrétiens, bien plus qu’eux, ce sont d’abord les Musulmans, Sunnites et Chiites, qui ont souffert dans leur chaire la folie de ces groupes. «C’est d’abord l’Islam, explique le réalisateur, qui est pris en otage depuis un certain temps. C’est une situation terrible pour moi en tant que musulman. Et, en tant qu’artiste, je ne veux pas que la vision de cette religion soit seulement celle qui est véhiculée dans les sociétés occidentales. La référence pour ces sociétés, c’est le 11 septembre, les attentas, ceux qui égorgent des gens au nom de l’Islam. Des personnes qui se sont approprié l’Islam pour commettre des crimes barbares et inacceptables» (interview QDN).
La présence à Cannes n’est pas une première pour Abderrahmane Sissako qui avait été accepté sur la sélection officielle «Un certain regard» en marge du prestigieux Festival en 1993 avec son film Octobre qui raconte l’histoire d’un amour impossible entre un Africain et une Russe.
Puis en 2006, Sissako présente Bamako hors compétition à Cannes. Ce film est une révolte contre le diktat de la Banque Mondiale qui y est décriée comme la source des grands problèmes de l’Afrique. Le cinéaste a tout simplement donné la parole aux populations pour en juger.
En fait, la relation avec les festivals commence pour Sissako en 1991 avec Le jeu qui fait une entrée remarquée au Fespaco de Ouagadougou. Le succès est relatif parce qu’il est finalement acheté par Canal+ (c’est son argent qui sert à tourner Octobre. C’est bien au Fespaco qu’il signe son plus grand succès avec En attendant le bonheur (Heremanco) en 2003 où il obtient le grand prix Etalon de Yenenga qui est la plus haute distinction du festival du cinéma africain.
S’abstenant de verser dans la facilité, le cinéaste se refuse à produire la fiction pure, peut-être parce que les réalités africaines sont déjà assez émotives pour créer cette communion entre le public et le produit artistique, nécessaire à tout succès du cinéma d’aujourd’hui. Ce succès dépend d’abord de la capacité du récit à rendre l’image et tout l’accompagnement technique (cadrage et reste), à en faire un langage universel qui parle aux cœurs et à la Raison. D’où ces notes de réalisme, ce soucis de coller à la réalité des événements relatés, tout en suggérant l’affection, la mélancolie, l’émotion provoquée par le beau… Des fresques qui vous font voyager et rêver tout en vous invitant à partager les misères du Monde.
En attendant le bonheur a servi à fixer les désillusions d’un jeune mauritanien qui, après des années d’exil et de séparation, retrouve les siens dans des conditions de vie difficile. Bamako, c’est le procès à la Banque Mondiale et à l’Ordre mondial inique.
«J'ai le sentiment, explique Sissako, que celui qui regarde me ressemble». C’est certainement ici qu’il faut trouver la première raison du succès de notre compatriote : cette capacité à se mettre dans la peau de l’autre, à l’inviter à partager malgré lui, à se reconnaitre malgré lui dans le regard que le cinéaste jette sur notre vécu.
Autre raison du succès, c’est l’absence du désespoir : «on ne pas parler de la barbarie sans espérer», nous dit le réalisateur. C’est plus que cela : on ne peut dépeindre les misères du Monde en voulant les changer, sans donner goût au futur. D’ailleurs, c’est bien la désespérance qui mène cette jeunesse droit vers la mort. C’est bien parce qu’ils n’ont pas de projets de vie, que les groupes extrémistes magnifient et subliment la mort. C’est pour cela que le projet de non-vie qu’ils proposent est fondamentalement une négation de l’Humanité, mais aussi fatalement une dérive de la voie de Dieu qui est d’abord Bonté et Miséricorde.
«Tous les extrêmes ont leurs sympathisants. Des gens désespérés qui tombent de ce coté. Des gens qui, a un moment, ont basculé faute d’écoute. Et, ceux qui basculent ainsi sont nos frères, parfois nos sœurs, nos voisins. Il ne faut donc pas créer cette sorte de frontière terrible qui fait du djihadiste le monstre dont il faut à tout prix couper la tête. Leurs actes sont barbares, inhumains. Des jeunes de 20 ans vont de ce coté car il y a un horizon complètement bouché. Il faut aller à la recherche de ces gens pour les conduire vers plus lumineux».

Timbuktu a été présenté en avant-première à Nouakchott en présence du Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. Le réalisateur tenait à le présenter à ses compatriotes avant d’aller en France. Une manière pour lui de remercier les autorités de son pays qui l’ont accompagné dans son projet. Pour le film, la route de la gloire semble tracée. Elle passera par Toronto, Sydney, Paris…

dimanche 19 octobre 2014

Pourquoi les rappeler ?

Une décision qui fait désordre : le rappel des enseignants détachés par le ministère de l’éducation. D’abord vu le nombre, la décision vide des départements entiers de leurs fonctionnaires. C’est le cas – ou presque – du ministère des affaires islamiques, de celui de la communication… Ensuite, elle ramène au secteur de l’éducation un personnel qui n’a pas pratiqué depuis des décennies le métier d’enseignant. C’est donc un fardeau plus qu’une solution. Mais revenons aux causes de ce phénomène.
La loi autorise le détachement des fonctionnaires dans des secteurs qui ne sont pas les leurs. Mais elle fixe un plafond de 10% à cet effet. C’est-à-dire qu’on ne peut pas aller au-delà de 10% de l’effectif total des enseignants à détacher. Au cours des trente dernières années, la loi – toutes les lois – n’a jamais été respectée. Le détachement est devenu la règle pour tous ceux qui veulent prendre à eux des cousins qu’ils n’ont pas pu affecter à Nouakchott, pour les faire travailler dans leurs départements et leur permettre éventuellement de vaquer à d’autres occupations. Il s’agit là de l’un des phénomènes dangereux promus et exploités par le système pour des raisons de clientélisme politique souvent. C’est comme avec le Personnel non permanent (PNP) qui a fini par devenir la règle, ou encore celui des pigistes dans les organes d’information qui ont fini par devenir les véritables employés des boîtes concernées. Il fut un temps ou un pigiste de la télévision, de la radio ou de l’agence touchait plus qu’un employé officiel. Il est vrai que parmi ces pigistes, il y a ceux qui produisent réellement.

Ce sont les erreurs du passé dont nous héritons les effets négatifs. Mais fallait-il aller dans le sens de récupérer les fonctionnaires en détachement ? Non ! Les problèmes que cela crée dans les administrations ainsi vidées et au niveau de l’éducation qui doit faire face à un effectif pléthorique et inutile (ils ne peuvent pas enseigner), ces problèmes auraient dû nous résoudre à choisir la voie qui consiste à laisser la situation ante en l’état où elle est tout en engageant une réelle politique de lutte contre le détachement. Mieux vaut décider d’arrêter l’hémorragie que de vouloir récupérer les effectifs perdus qui ne servent plus à rien, en tout cas pas dans l’exercice du métier d’enseignant. 

samedi 18 octobre 2014

Acte de rébellion ?

La décision du Gouvernement de fixer les journées de samedi et dimanche comme weekend n’a pas été du goût de tout le monde. Tous ceux qui croient que dans l’espace islamique, c’est la journée du vendredi qui doit être chômée, refusent d’obtempérer. Cela se traduit par des commerces qui ferment vendredi pour rouvrir samedi et dimanche. Mais aussi des institutions privées dont des écoles ont adopté cette formule. Boutiques, pharmacies et même des sociétés ferment vendredi mais ouvrent les autres jours.
C’est comme tous ceux qui refusent de se plier aux décisions de la Commission nationale de l’observation du croissant quand elle décide que la fête est tel jour ou tel autre. Vous en trouvez qui font la fête en même temps que le Sénégal ou le Maroc, ou même l’Arabie Saoudite.
Comme ceux qui refusent les fatwas du Conseil de l’Ifta dirigé par Mohamed el Mokhtar Ould Mballe tout en préférant s’adresser à Ulémas que la communauté n’a pas investis de cette mission.
Ce refus de reconnaitre l’Autorité procède de la nature séditieuse du Mauritanien. Il est prompt à rejeter l’institutionnel auquel il préfère l’informel. C’est une forme de résistance à l’Autorité de l’Etat, une résistance qui s’apparente facilement à rébellion du moins à une insoumission. C’est pourquoi l’Autorité doit sévir contre toute manifestation du genre.