mercredi 3 octobre 2018

Dans les dimensions d’un anachorète


Vendredi, jour saint. Dowchliya, un village paisible de la région de Mederdra. Géographiquement et historiquement, cet espace est celui de l’Iguidi, célèbre dans l’espace Bidhâne pour sa culture originale faite de synthèses et de convergences qui ont marqué la terre et ses habitants.
Ici, la mesure, la pondération et l’abstraction relèvent de l’exercice humain au quotidien. Ici, les «têtes bien pleines» sont souvent tout aussi «bien faites». Ici, le Verbe et l’Idée ne font qu’un. Ici, les silences sont déjà une expression complète et peuplent les non-dits pour mieux peser que les paroles…
C’est le temps des retours au bercail : vaches et chèvres accourent pour retrouver leurs petits ; ailleurs, ces moments de retrouvailles se font dans une cohue indescriptible. A Dowchliya, tout se passe dans le calme. Ni beuglement, ni bêlements, ni mouvements brusques… comme si les animaux avaient adopté le trait de caractère fondamental des gens de cet espace : le calme.
A l’entrée sud-ouest du village, la Miséricorde a enveloppé ce coin pour un moment qui ne finit pas : «Lemrabott» Mahand Baba Wul Meyne sort de son isolement, le temps de dispenser de précieux cours à une multitude de talibés qui n’ont d’attention que pour lui.
La langue, les sciences religieuses, la rhétorique et les arts, la philosophie, la Logique et son histoire, les préceptes élémentaires tout comme les plus complexes… tout y est.
Mais cela n’empêche nullement le Marabout Mahand Baba de recevoir ses visiteurs venus parfois de très loin pour l’écouter, le voir et le solliciter.
Je faisais partie de ceux-là ce vendredi…
J’ai toujours rêvé de rencontrer ce personnage hors norme. Mais j’ai toujours craint de devoir répondre aux questions qu’il pose. Même si je me disais que le saint homme ne pouvait mettre à mal ses visiteurs et qu’il s’agit probablement pour lui de détendre l’atmosphère, de préparer l’interlocuteur à l’échange et de donner une leçon de savoir-faire et de savoir-dire à l’impatient visiteur.
Pour aller le voir je m’étais bien préparé. Tôt le matin, j’avais été à Melzem Ezzriba où gît mon ancêtre Habiboullah Al Moukhar, plus connu sous le nom local de «Haybellahi Ennal Mukhtaar». J’avais rempli une bouteille de sable qui recouvrait la tombe en me promettant de le remettre au Marabout Mahand Baba si l’occasion se présentait.
Quand nous arrivons, mes compagnons et moi, à Dowchliya, le Marabout Mahand Baba est déjà entouré.
D’abord les talibés, hommes et femmes assis par terre, tous animés d’une ferveur toute de douceur. Rien ici ne peut tendre vers l’extravagance, pas même le simple enthousiasme.  
Ensuite les visiteurs. La discussion est déjà engagée entre le Marabout et l’un de ses visiteurs venus de loin. Autour de l’Emirat du Trarza, des grands faits d’armes de sa résistance, des cimetières où sont enterrés ses illustres personnages, des valeurs qui ont fait sa grandeur… ce n’est pas à un dialogue de sourd que nous assistons mine de rien. C’est à un échange entre de grands esprits. Le temps pour moi de confirmer que le Grand Oral que fait passer le Marabout à ses visiteurs, est un exercice d’expression d’un moine qui a fait de sa vie un don à Dieu. S’appropriant à jamais la félicité éternelle.
Le visage du Marabout est envoutant. Cet être qui parait frêle au premier regard, habillé sobrement, assis à même le sable… cet être est d’une force incommensurable. Il est en lui-même une sorte d’objection de conscience à toutes les vanités humaines d’ici-bas. Sa voix vibre au rythme de son environnement. Mais elle sonne comme un défi à la cacophonie et aux tumultes de la Terre.
Le Marabout refuse tous les présents …sauf celui que je lui rapporte…
Je m’en vais avec un sentiment de bonheur immense. Le bonheur d’avoir volé un moment d’éternité et un espace d’immensité…
Al Hamdu liLlah.

vendredi 3 août 2018

15 ans après le 3 août 2005 : Parcours plutôt réussi


On est loin aujourd’hui du pays en proie à toutes les crises (politique, économique, social, culturelle et morale) en août 2005. Un grand chemin a été parcouru.
Dans un an autre président entamera un nouveau mandat à la tête du pays. Tandis que Mohamed Ould Abdel Aziz profitera tranquillement de la notoriété acquise tout au long d’un parcours atypique mais entrepreneur…
Qui est cet homme qui s’apprête à ouvrir la grande porte de l’Histoire ?
Faire le portrait de Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas chose aisée. Un homme timide et plutôt introverti, difficile à cerner et à faire parler sur (de) lui-même. Mais le courage, voire la témérité – pour ne pas dire le culot – de l’homme permet de suivre son parcours. Un parcours de combattant qui ne manque pas de chance.
On sait cependant que la chance a besoin d’être boostée pour ouvrir les portes de la vie… Rien de mieux que la détermination pour pousser le destin…

Quand, dans la matinée du 3 août 2005, les Nouakchottois se rendent compte que «quelque chose est en train de se passer», le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz est peu connu du grand public. Même si l’on a beaucoup parlé de lui lors des deux tentatives de putsch de 2003 et 2004, comme le principal élément ayant fait échouer ces tentatives de renversement. La première en résistant farouchement aux assauts des mutins, la seconde en réussissant à infiltrer les acteurs du complot fomenté depuis l’extérieur.
Né en 1953 en Inchiri, il fait son entrée à l’Armée en mars 1977 alors que le pays est en pleine guerre. Très retiré, il gravit les échelons pour se retrouver à la base de la création du Bataillon de la sécurité présidentielle (BASEP). Timide et prudent, il ne se révèle au public qu’é partir du 3 août 2005.

A l’origine de la transition de 2005

Le 8 août 2005, alors que le Président du CMJD n’avait toujours pas prononcé de discours, ni fait la moindre déclaration, c’est le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz qui prit l’initiative dans une interview à la Voix de l’Amérique (reproduite intégralement dans la Tribune N°267 du 10 août 2005) dans laquelle il annonça avec une lucidité et une détermination évidentes les intentions du CMJD.
Après ces premiers moments, les déclarations et apparitions publiques de Ould Abdelaziz se firent très rares. Cependant, l’influence du Général sur l’armée mauritanienne et sur la vie politique du pays n’a cessé de se renforcer au point que certains voient son empreinte partout. Il est à l’origine de la réduction du mandat du CMJD de 24 à 19 mois, d’avoir fait adopter le décret interdisant le comptage des votes blancs lors des présidentiels de 2007, ainsi que le réaménagement de l’armée après les limogeages de quelques Colonels dont Ould Boubacar et feu Ould El Alem. Ce n’est, dit-on, qu’après s’être assuré de son appui, que le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi se présenta aux élections présidentielles. Secret et peu bavard, Ould Abdel Aziz semble pourtant bénéficier d’un sens tout militaire de l’organisation et d’un courage à toute épreuve. Avec son alter ego, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed (Ghazwani), c’est un duo battant qui va se retrouver sous les feux de la scène après avoir longtemps hésité.
D’ailleurs le fait que les noms des deux amis figurent en troisième et quatrième places sur la liste du Comité militaire pour la justice et la démocratie (CMJD) en 2005, ne trompe personne. Tous les observateurs savaient que les véritables auteurs du changement du 3 août étaient ceux-là. Ils semblaient avoir mûri leur action. La seule chose qu’ils avaient mal appréciée est la force d’inertie de l’Appareil. Ils ont aussi sous-estimé la capacité de nuisance des hommes de cet Appareil. C’est certainement cela qui avait créé le malaise qui avait fini par s’amplifier devenant une crise majeure. Et c’est certainement ce qui a donné de ces officiers une idée qui n’était pas forcément juste. Le 6 août 2008, Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed renversent le pouvoir civil pour reprendre le processus enclenché en 2005.

Résistances au changement annoncé

Ils traînent cependant plusieurs handicaps dont le plus grave n’est certainement pas l’absence de reconnaissance internationale. En fait, l’opinion a toujours jugé qu’ils étaient associés étroitement au pouvoir durant ces quinze derniers mois. Leurs détracteurs sont nombreux : caciques du régime Ould Taya qui les rendent responsables de leur fin, les prétendants «naturels» à l’héritage de Ould Taya (politiques du PRDS, Apparatchiks civils et militaires, vieille garde des comités militaires de l’époque d’exception…), les opposants qui trouvent qu’ils leur ont volé leur victoire en soutenant un candidat et leur discours de changement en l’adoptant… Et vite ils sont perçus comme «les méchants».
Ils ont eu à fournir d’énormes efforts pour inverser l’image que l’opinion avait d’eux. Ils ont été les vrais auteurs du 3 août, alors que la gloire est allée à leurs aînés. Le premier défi pour eux était de refaire l’unité intérieure autour d’eux, de construire un front intérieur capable d’accompagner leurs actions.
Un putsch n’a jamais été une solution durable à une crise politique. La vraie solution est l’ancrage de la démocratie et le renforcement des institutions existantes. Il ne faut pas oublier que la cause première de la situation qui suivra est l’interférence du CMJD dans le jeu politique de la Transition. Un péché originel pour la jeune démocratie mauritanienne. Qui expliquera le reste.
La méconnaissance de l’espace politique et la «trop» grande confiance placée dans le Président élu, véritable «poulain», les amènent à baisser la garde un moment. Le bloc du nouveau pouvoir se fissure. A la présidence se retrouvent quelques rebus du pouvoir civil d’avant juillet 1978, et l’essentiel de la classe politique ayant exercé directement avec Ould Taya. En somme tous les ennemis de ce que Ould Abdel Aziz a fini par incarner : l’Armée et le changement. Raison d’une alliance objective entre les victimes du coup d’Etat de juillet 1978 et celles de celui d’août 2005.
Les manœuvres commencent. Première étape : s’approprier la Présidence et pour ce faire évincer le Premier ministre Zeine Ould Zeidane qui gênait à ce moment-là. Deuxième étape : nommer un chef de gouvernement issu du sérail en constitution et ouvrir ce gouvernement à ceux de l’opposition qui voudrait soutenir l’entreprise de déconstruction en contrepartie de portefeuilles ministériels. Troisième étape : liquider les militaires et s’en libérer définitivement. C’était compter sans le sens de la manœuvre et l’intelligence politique des deux officiers concernés.
La contre-stratégie se basait sur une déstabilisation constitutionnelle. Mobiliser les élus de l’Assemblée d’abord pour voter la défiance d’un gouvernement jugé incarnation du passé. L’aile politique joue et perd. Inspiré par son nouvel entourage politique, le Président Ould Cheikh Abdallahi descend dans l’arène pour défendre «son» gouvernement au lieu de rester le modérateur du jeu d’influence.
L’aile militaire a tout loisir à préparer un moment où ce seront les élus qui viendront en grande majorité devant le Président lui dire : «les élus du peuple vous retirent leur confiance». Ce qui augure d’un scrupule certain. Nous en sommes à attendre l’issue politique d’une crise politique somme toute normale dans une transition mal entamée en 2005.
Survient le 6 août. Au petit matin, le Président Ould Cheikh Abdallahi annonce le limogeage des cinq commandants de corps : Etat Major de la présidence (Général Ould Abdel Aziz), Etat Major national (Général Mohamed Ould Ghazwani), Gendarmerie (colonel Ahmed Ould Bicrine), Garde nationale (colonel Felix Negri) et Sûreté nationale (colonel Mohamed Ould El Hady).

Délégitimer pour construire

C’est le premier coup d’Etat que les Mauritaniens suivront en direct. C’est sans surprise qu’on apprend que le chef de la nouvelle junte n’est autre que le Général Mohamed Abdel Aziz, le plus proche des collaborateurs du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Nous assistons ainsi aux prolongations d’un match dont le coup d’envoi a été donné le 3 août 2005.
Dans son édition N°408 (23 avril 2007), La Tribune écrivait : «Le symbole, en avril 2007, était fort. Le 10 juillet 1978, Eli Ould Mohamed Val, était un jeune lieutenant en charge d’une unité sous les ordres du commandant Moulaye Ould Boukhreiss. Ce dernier avait fait bouger ses troupes en direction de Nouakchott. Si lui savait pourquoi, ses subordonnés ignoraient tout de l’action.
C’est ce jeune lieutenant qui passera le pouvoir à l’un des plus jeunes ministres du gouvernement civil renversé à l’époque. En effet Sidi Ould Cheikh Abdallahi était, avec Ahmed Ould Daddah (son cadet), les plus jeunes de l’équipe.
Les vrais auteurs de cette orchestration n’ont appartenu ni au CMRN, ni au CMSN. Les colonels Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazwani appartiennent à une génération d’officiers qui sont venus à l’Armée pour le métier. Non pour le pouvoir. S’ils sont aux affaires, c’est bien pour sauver une situation qui a failli les entraîner eux-mêmes. 19 mois pour relancer l’espoir d’un ordre nouveau. Malgré les interférences du Conseil militaire».
On découvre l’ampleur de l’incompétence politique de notre encadrement national.
Le Général Ould Abdel Aziz essaye d’abord d’engager avec lui les acteurs politiques majeurs. L’idée d’un «Haut Conseil d’Etat» comprenant cinq civils et cinq militaires, chargés de superviser la constitution d’un gouvernement d’union nationale ayant pour mission de préparer et d’organiser des élections est avancée. Elle est naturellement refusée par les grandes figures politiques. On estime ici que les militaires sont assez faibles, que leurs positions sont indéfendables. Surtout que les condamnations fusent de partout.
Le Front nationale pour la défense de la démocratie (FNDD) est immédiatement constitué. Composé des partis Adil que dirigeait Yahya Ould Ahmed Waghf, l’Alliance populaire progressiste (APP) du président de l’Assemblée nationale Messaoud Ould Boulkheir, l’Union des forces du Progrès (UFP) de Mohamed Ould Maouloud, Tawassoul de Jemil Ould Mansour… En somme ceux qui ont perdu le pouvoir veulent le reconquérir au nom de la restauration de la démocratie. Même s’ils organisent une résistance interne, ils comptent plus sur la pression extérieure. Et y croient plus.

Conquérir par les urnes

Le HCE s’en va à l’intérieur expliquer ses faits. Les missionnaires du FNDD vont à l’extérieur en quête d’une intervention pour déboulonner les militaires. Le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) accompagne le «mouvement de rectification» dans un premier temps. Le nouvel homme fort du pays avait déjà largement recruté dans les rangs du parti de Ould Daddah. Son Premier ministre, la plupart de ses ministres sont issus de l’école du parti.
Il faudra attendre les Etats généraux de la démocratie pour voir la rupture s’opérer. Les desseins du Général Mohamed Ould Abdel Aziz sont de plus en plus clairs. L’exigence de non candidature des militaires ne risque pas d’être adoptée par les EGD. Cela ne dérangera pas pour autant le Général Ould Abdel Aziz qui décide d’accélérer le processus.
Il descend lui-même sur le terrain et va à la conquête du pouvoir par les urnes. Il fait un premier tour dans toutes les capitales régionales.
Le discours est le même : appel à combattre la gabegie et les «moufsidine» (mauvais gestionnaires), à redistribuer les richesses, à rendre au peuple ce qui lui appartient, à investir dans les infrastructures, à faire des réalisations concrètes, à répondre aux attentes des populations… Pour cela rompre les relations avec Israël. Un acte fondateur qui lui vaut le soutien de pans entiers de la société politique. Mais aussi de nombreux pays arabes.
Multipliant ses sorties, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz ne manque pas d’occasion pour fustiger ses adversaires auxquels il fait porter la responsabilité des dérives du passé. Selon lui, ceux qui s’opposent sont les mêmes qui ont, par le passé, organisé le sac du pays. Ils ne peuvent prétendre à aucun statut moral leur permettant de s’instituer «défenseurs de la démocratie». Au terme de ses sorties, le Général Ould Abdel Aziz rappellera toujours que "les problèmes de la Mauritanie ne peuvent être résolus qu'entre Mauritaniens, ceux qui vont à l'étranger mentir et prétendre à une quelconque représentativité n'aboutiront à rien du tout". Il ira jusqu’à dire à l’adresse de ses adversaires en campagne à l’extérieur : "Les Européens ne votent pas en Mauritanie, ils ne s'y portent pas candidat". En face, Mohamed Ould Maouloud rétorque dans une dépêche de l’AFP : "la junte veut gagner du temps pour asseoir la dictature militaire en utilisant les armes traditionnelles du pouvoir personnel, que sont les intimidations, la répression et la falsification des faits".
A "Dar el Baydha" (quartier populaire de Nouakchott), le Général Ould Abdel Aziz relèvera cette amère vérité : "il est inconcevable que la tonne d'eau continue d'être vendue  dans ces quartiers entre 2.000 et 2.500 UM, alors que son prix à Tevragh Zeina, où vivent les gens aisées, varie entre 180 et 200 UM". Le Général n’hésitera pas à promettre que la situation va changer dans tous les domaines qui intéressent directement la vie des populations (santé, éducation, infrastructures). En affirmant qu’il a les moyens nécessaires pour honorer ces engagements. Il a jugé que 5% de la population monopolisent les richesses du pays, laissant l'écrasante majorité survivre dans la misère. Avant d’appeler ceux qu’ils considèrent coupables de gabegie de cesser de voler le bien public et de s'opposer à la volonté du peuple qui a accepté de les laisser impunis. "Ils demandent secours à l'extérieur et voyagent sans arrêt mais cela ne résoudra aucun problème pour eux ; ils peuvent faire croire à l'étranger, pendant un certain temps, qu'ils représentent quelque chose en Mauritanie, ils seront démentis ; le temps prouvera qu'ils représentent seulement la gabegie", répète-t-il. "Eux-mêmes savent cela et tout le monde les connaît par leurs actes ; ils n'ont de liens avec les populations qu'en périodes d'élections".
Il précise quelque part : «Les contrôles lancés ces derniers mois ont démontré que des centaines de millions ont été détournés». «Nous sommes confus (Ehna Hayriin), nous ne savons pas si on doit envoyer tout ce monde en prison». Le problème de la Mauritanie, affirme-t-il, n'a jamais été un problème de ressources mais plutôt un problème de gestion. "Il est vrai que les espoirs du peuple, fait remarquer le Chef de l'Etat, ont été longtemps déçus par ceux qui avaient eu à gérer ses affaires. C'est pourquoi il est temps que notre peuple prenne conscience de ses véritables intérêts et place sa confiance en ceux qui la méritent. Nous avons le devoir de léguer aux générations futures un Etat fiable fondé sur des bases saines et pérennes ". C’était devant les populations de l’Aftout, le fameux triangle de la pauvreté. La campagne était lancée. Ce que certains appelleront «le populisme du Général» sera payant le moment venu. Le processus d’apaisement aussi…

La difficile normalisation

Les négociations sont ouvertes. Le Sénégal propose sa médiation. Cheikh Tidjane Gadio réussit là où Kadhafi a échoué. Le Général démissionne et fixe une date pour l’élection présidentielle : 6 juin 2009. Pressions sur tous les protagonistes politiques. Accord de Dakar. Rien ne semble perturber les plans du Général. Pas même l’épisode de la panne de son hélicoptère en plein désert. 24 heures sans nouvelles de lui et pourtant rien de son dispositif n’est remis en cause. La cohésion du HCE est forte.
C’est sans doute cette impression de diriger le pays et de tenir les rennes du pouvoir. Autre atout fondamental dans la victoire psychologique du futur candidat. Sa stratégie lui permet d’aller aux élections comme candidat gagnant. A l’avance. Une situation unique. Surtout qu’il accepte de confier les portefeuilles de l’intérieur, des finances, de la communication et de la défense à l’opposition. Il peut prendre ce risque.
Le 18 juillet 2009, c’est la consécration pour Ould Abdel Aziz : il est élu à 52%. Mais les protagonistes politiques refusent de reconnaître les résultats… Le Général devient le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. Son expérience au cœur du pouvoir, puis à la tête de l’Etat lui apprend à savoir sortir des situations les plus risquées.
Juillet 2010, les grandes figures de son opposition acceptent d’entrer dans un dialogue qui est subitement interrompu suite aux premiers soubresauts des révoltes arabes. Mais ce qui s’annonce comme «un printemps arabe» prend la forme de guerres civiles dans de nombreux pays, pour devenir une entreprise de destruction systématique de ces pays (Libye, Syrie, Yémen…). En Mauritanie, la faiblesse de l’engagement politique, la peur des risques mais aussi l’existence de réelles avancées sur le plan des libertés (expression, politique…) empêchent la révolution annoncée.
Un premier dialogue permet en 2012 de normaliser une situation politique enlisée. La série de dialogues va continuer sans jamais inclure tous les acteurs. Les clivages sont puissants. Le radicalisme des positions pousse les uns et les autres dans leurs derniers retranchements. Une partie de l’opposition choisit le boycott sans réussir à inverser le rapport de force. La stabilisation du pouvoir est effective. Tout comme la sécurisation du pays.
Sur le plan extérieur, les chefs d’Etats africains qui menaçaient en 2009 d’intervenir pour le chasser du pouvoir, sont reçus par le Président Mohamed Ould Abdel Aziz dans des sommets à Nouakchott. Il préside aux destinées du Conseil Paix et Sécurité (CPS) de l’Union Africaine. Il dirige le panel de chefs d’Etats chargés de régler des conflits comme ceux de la Libye et de la Côte d’Ivoire. Il finit par présider l’Union africaine. Avant de recevoir, à Nouakchott, le sommet de la Ligue arabe et celui de l’Union africaine. Il réussit à faire de la Mauritanie un pôle de stabilité dans une région en proie à de graves crises que l’insécurité permanente alimente. Quand il est élu pour un deuxième mandat en 2014, Mohamed Ould Abdel Aziz a déjà fait une Grande marche à la mesure de son pays.
Quinze ans après le 3 août 2005, la Mauritanie reprend des couleurs et peut envisager sereinement son avenir. Les élections en cours préparent le tournant qui donne une dimension encore plus porteuse à la démocratie mauritanienne : en 2019, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz est au rendez-vous avec l’Histoire. En refusant de tomber sous la tentation facile de garder le pouvoir, il a tenu à maintenir le cap des changements. Rien ne l’oblige, sauf l’engagement moral de respecter son serment en se conformant au texte fondamental de la Constitution.
Une fois de plus, Mohamed Ould Abdel Aziz arrivera à bout de ses détracteurs qui ne souhaitent qu’une chose : le voir s’accrocher au pouvoir. Sous un prétexte ou un autre.
La détermination de l’homme lui vaudra de forcer encore une fois le Destin pour être célébré comme sauveur et pour entrer dans le panthéon de ceux qui fondent les récits pour marquer l’Histoire.

CENI : La méthode Ould Bellal contre les péchés originels


Le changement à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’est imposé de lui-même. Son président élu il y a moins de trois mois, Didi Ould Bounaama devait céder sa place pour cause de maladie. Il fallait parer au plus pressé et trouver quelqu’un qui peut faire l’affaire. C’est Mohamed Val Ould Bellal qui fut choisi pour cette mission, ô combien difficile.
L’intelligence et l’expérience politique de l’homme doivent certainement l’aider à faire redémarrer une CENI coupable d’avoir été composée sur la base de l’appartenance partisane. Chacun des pôles constituant la commission de suivi des résultats du dialogue s’est attribué un quota parmi les 11 membres du Comité des Sages (de gestion).
Cette répartition partisane allait être appliquée dans le recrutement du personnel. Pour ce faire, la première décision du nouveau bureau a été de renvoyer tous ceux qui étaient là sans tenir compte de l’expérience accumulée ces dernières années. Ce qui a privé la nouvelle CENI d’une expertise au moment où les délais pressaient déjà. Le personnel recruté l’a été sur une base clientéliste et intéressée.
Comme cela ne suffisait pas, la séquence du communiqué annonçant le report de la date limite des dépôts de candidature et la rebuffade qui s’en est suivi, ont compliqué la situation pour la CENI. Ajoutant au manque de crédit d’une institution qui avait pourtant besoin de la confiance des acteurs.
L’atmosphère des recrutements et des passations des marchés a plongé l’institution dans une atmosphère délétère qui a accentué la pression sur elle. C’est dans cette atmosphère que le nouveau président a pris fonction.
La méthode Ould Bellal passe visiblement parce qu’il connait le mieux : la négociation politique pour faire adhérer les acteurs en leur expliquant à l’avance les faiblesses de la CENI. Il ne faut pas croire que c’est chose facile. Aucun des acteurs ne veut réellement de la réussite des élections futures. Pour chacun, tous les prétextes sont bons pour expliquer le résultat attendu. Le meilleur de ces prétextes est d’invoquer la précipitation, le manque de préparation, l’incompétence et l’illégitimité de la CENI.
Certains ont demandé à la CENI de reporter l’échéance en prenant sur elle la responsabilité de déclarer «impossible» sa tenue dans les délais fixés. D’autres ont invoqué la nécessité de prendre en compte le souci d’impliquer tous les acteurs alors que la plupart de ceux qui protestent aujourd’hui avaient refusé de participer aux dialogues précédents. Les voilà à présent contraints de jouer le jeu dont les règles et les outils ont été fixés en leur absence. La faute à qui ?
Le Président de la CENI s’est empressé de faire le tour des grands acteurs. Un déclic est ainsi provoqué par cette démarche sans précédent. Jamais en effet, la CENI ne s’est déplacée pour parler avec les acteurs. Cela suffit-il ?
Le plus important est d’arriver à convaincre que, malgré l’interprétation qui veut que le mandat de l’actuel Parlement prenne en compte non pas son élection mais sa prise effective de fonction, il va falloir se résoudre à respecter le rendez-vous initialement pris pour éviter les risques d’un report sine die. En se rappelant que jamais une élection n’a été reportée en Mauritanie sans causer des problèmes plus tard. Tout report peut entrainer une remise en cause de tout le processus, y compris de la présidentielle prévue l’année prochaine.
Autre souci à prendre en compte, c’est l’absence d’une perspective certaine quant à la recherche d’une recomposition consensuelle. Le mieux c’est de faire avec l’existant en essayant de mettre le maximum de garde-fous pour éviter les dérives.
La confiance en la CENI peut se construire sur la base de l’assurance qu’il n’y aura pas fraude. Le vote «un citoyen=une voix» est assurée par l’existence d’une liste établie par la biométrie. La conformité des résultats est garantie par l’obligation pour le bureau de fournir une copie du PV à chaque représentant de liste. Reste à établir des mécanismes permettant aux partis en compétition de contrôler et de suivre la confection des résultats à tous les niveaux.
Si la CENI assure ce minimum, il lui restera de gros défis logistiques. Le premier est celui de l’établissement de la liste électorale. Le scepticisme largement exprimé a été balayé par le niveau des enregistrements qui a déjà dépassé 1,2 million  électeurs aujourd’hui.
Le second défi est celui de la formation de tout ce personnel nouvellement recruté et qui a besoin d’affiner ses connaissances pour éviter les fautes pendant tout le processus.
Le jour du vote, il se posera certainement le problème des représentants : où faut-il les mettre ? Rien que pour la liste nationale, il y a déjà 65 partis. Quelle salle sera assez grande pour contenir les représentants de ces listes en plus des membres du bureau de vote ? On peut pousser vers des coalitions entre les partis pour diminuer considérablement le nombre, mais cela ne suffira pas.
Le nombre de listes candidates pose aussi le problème du bulletin unique. Tous les symboles des listes candidates doivent se trouver sur le même bulletin. Comment le citoyen lambda va-t-il se retrouve le 1er septembre alors qu’il doit faire cinq fois la même opération : pour la députation, pour le conseil régional, pour la mairie, pour la liste nationale et celle des femmes ? Entre 07 heures du matin et 19 heures le soir…
Il est sûr que les acteurs politiques de l’intérieur demanderont simplement à leurs électeurs de ne pas se soucier des deux scrutins pour la liste nationale et celle des femmes et même pour la régionale qui ne constitue pas un enjeu politique de taille, pour s’assurer de la conformité du vote pour les députés et les mairies.
Il faut s’attendre donc à une grande différence entre les taux de participation pour les listes locales et celles nationales. Autre chiffre qui sera certainement élevé, celui du vote nul. Il peut facilement finir au premier rang sur le plan national, tellement il sera difficile pour le citoyen de distinguer.
La CENI est certainement mal partie. Mais elle a encore une chance de réussir le pari d’organiser les élections du 1er septembre. Cela nécessite cependant un engagement des onze membres du comité des Sages. Chacun d’eux est appelé à s’émanciper de l’emprise de son parti qui l’a nommé pour n’avoir en tête que l’intérêt du pays et de la démocratie.

Le tournant pour la Mauritanie


Le sourire narquois du ministre de la culture porte-parole du gouvernement révélait amplement le peu de sérieux qu’il accordait à ce qu’il disait. Lui qui, en d’autres temps, avait célébré religieusement – en se prosternant devant Allah – la nouvelle du crash du candidat Mohamed Ould Abdel Aziz en 2009. Lui qui avait émis une fatwa publique vouant à la Géhenne tout celui qui ose voter pour ce candidat…
On n’avait pas besoin d’aller loin pour dénicher le faux dans les propos de celui qui nous a déjà dit que «l’Armée consommait 50 millions dollars par jour, rien qu’en carburant». Celui qui se lançait dans une explication de texte qui l’a mené à soutenir «qu’il y a lieu de limiter les naissances chez les pauvres qui ne savent que féconder». M’enfin ! laissons le ministre : il est à l’image du gouvernement dont il est le porte-parole.
Comme l’a si bien dit le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, il n’y a que ses ennemis qui doivent être dérangés par sa détermination à respecter la limitation des mandats. Ses ennemis sont de deux ordres.
L’ordre des opposants caciques qui sont aujourd’hui en train de récolter les fruits de leurs mauvais positionnements, de leurs choix catastrophiques et de leur refus continuel à participer au jeu politique. C’est à eux qu’il s’adresse quand il dit «n’en déplaise à l’Opposition» dans sa dernière interview à France 24.
Ceux-là sont déchirés aujourd’hui par la perspective d’un processus qui est finalement le couronnement d’un succès pour ce «militaire» auquel ses adversaires dénient toute intelligence tactique et toute volonté de bien faire. Cet homme accusé de tous les torts par ses protagonistes, entre dans l’Histoire par la grande porte.
Il s’était fixé quelques objectifs qui sont pour la plupart réalisés sinon en passe de l’être. Même le renouvellement de la classe politique fait son chemin. Les scrutins du 1er septembre annoncent déjà de grandes recompositions. Et c’est ce qui gène la classe politique traditionnelle incapable de proposer un programme alternatif et atterrée par le fait de devoir se ranger derrière le choix futur de la Majorité en place. Quoi de plus terrifiant pour cette classe politique de ne pas pouvoir entrevoir la possibilité pour elle d’avancer un candidat de notoriété ?
C’est bien pourquoi, il ne lui reste plus que l’espoir de voir le Président Ould Abdel Aziz revenir sur son serment et enfreindre la loi fondamentale en faisant sauter le verrou des mandats.
Il y a bien sûr quelques incapables du sérail qui, non contents de ne pas être à la hauteur dans l’accomplissement de leurs tâches quotidiennes, n’ont rien d’autre à faire valoir que la (fausse) preuve d’un attachement auquel personne n’y croit. Pas même l’intéressé. Les égoïsmes et l’avidité caractérisée font peur à ceux-là déjà au présent...
Entre les deux ordres, une alliance objective s’établit. C’est ainsi que la Ligue des Médiocres se retrouve autour d’un dessein : faire échouer le processus.
Cela se traduit par : essayer de convaincre la CENI de son incapacité à tenir les délais, abreuver la scène de fausses nouvelles, cultiver les discours haineux et communautaristes pour faire peur, parier sur la fragilité du processus…
Tout sera mis en œuvre pour remettre en cause le processus actuel. Les lourdeurs pour peser sur le temps imparti. Les rumeurs pour empoisonner l’atmosphère. Les mauvaises explications pour parasiter les analyses…
Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a décidé de lui-même, sans être forcé par un quelconque courant, par une quelconque demande autre que celle qui lui vient de sa volonté de respecter son serment et de donner, comme il l’a dit, la chance à son pays de vivre un moment exceptionnel d’alternance possible.
Il mérite la reconnaissance et même la célébration.

jeudi 28 juin 2018

Elections 2018 : Le (nouveau) pari perdu du FNDU ?


Le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) vient d’annoncer qu’il ira aux élections en ordre rangé. Soit avec des listes communes, soit des alliances locales. A quelques semaines des scrutins prévus le 1er septembre prochain, le FNDU semble être arrivé à un accord.
"Nous avons décidé de présenter des listes communes pour faire barrage au régime et imposer son départ par les urnes", a déclaré Mohamed Ould Maouloud lors d’une conférence de presse qui actait cet accord.
"L'accord signé restera souple, pour tenir compte des réalités locales et des conditions qui imposeraient à chaque parti des choix autres", a-t-il ajouté, précisant que la coalition "reste ouverte à tout autre parti politique désirant l'intégrer".
Il a accusé le pouvoir de "chercher par tous les moyens, y compris par l'annonce subite du calendrier électoral très serré, de pousser l’Opposition au boycott". "Nous sommes déterminés à occuper le terrain et à imposer l'alternance démocratique", a-t-il prévenu. Comme s’il ne s’agissait pas du même Ould Maouloud qui avait, en 2013, opposé son veto à la participation de son parti, l’Union des forces du progrès (UFP) et au FNDU.
Dans le préambule de l’accord, on apprend que «les partis du FNDU signataires de cet accord, de concert avec les autres forces de l’opposition, s’engagent à poursuivre leur combat politique pour assurer des prérequis de transparence et d’apaisement du climat politique pour ces élections».
En fait de «prérequis» sont énumérés les fameux «préalables» que le même FNDU a toujours avancés pour conditionner ses participations aux dialogues passés (2012, 2013, 2014 et 2016). A savoir : «la mise en place d’une administration électorale fiable, consensuelle et réellement neutre», «la création d’un observatoire dont le seul rôle est de contrôler le bon respect par l’administration électorale des règles de neutralité et de transparence», «la mise sur pied d’un train de mesures susceptibles de garantir l’impartialité de l’Etat à tous les niveaux (administration territoriale, fonctionnaires, armée, etc.)», «la mise en place d’une observation internationale des élections pour en attester la transparence»…
Avant de menacer : «Dans le cas où les autorités continuent de refuser la mise en place d’un dispositif garantissant la transparence des élections, le FNDU, en rapport avec les autres forces de l’opposition, mettra tout en œuvre pour empêcher toute fraude par tous les moyens pacifiques ce qui conduira sans doute à une confrontation dont la responsabilité entière incombe au pouvoir».
L’accord a pour objectif de garantir à l’opposition d’avoir le plus grand nombre de députés et d’élus locaux et régionaux et d’assurer l’alternance en 2019. Il s’agit en fait d’une «Alliance pour une alternance démocratique» désignée sous l’appellation «Alliance FNDU» qui a pour missions de «faire aboutir la demande de changement démocratique», «d’assurer la plus forte présence de l’opposition» sur l’échiquier, «d’œuvrer pour la construction d’une société juste, égalitaire et pluraliste»…
L’Alliance nationale doit promouvoir la constitution de listes communes tout en prenant en compte «les spécificités des bases locales de chacun des partis de l’alliance». En d’autre termes, «chaque parti peut faire valoir sa volonté d’avoir sa propre liste seule, avec une partie de l’alliance ou avec d’autres forces locales  au niveau de certaines circonscriptions dans lesquelles il n’a pas été possible de partir tous ensemble».
Ce qui ouvre la porte à l’expression de toutes «les nuances». Pour un regroupement dont les constituants ne sont liés que par la volonté d’en découdre avec le pouvoir en place, le pari d’aller en rangs serrés dans des élections aux multiples enjeux, est un pari perdu d’avance. Ou presque.

Elections 2018 : On sait quand mais pas comment


Le gouvernement a décidé de convoquer le collège électoral pour les élections législatives, municipales et régionales 2018 pour le 1er septembre prochain, et en cas de deuxième tour le 15 de ce mois. Suivant la proposition faite par la Commission chargée du suivi de l’application des résultats du dernier dialogue.
Les candidatures pour les députés à l’Assemblée nationale devront être déposées auprès du représentant local de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) pendant la période allant de 18 juillet à minuit jusqu’au jeudi 02 août 2018 à minuit, alors que le dépôt de candidatures pour les conseillers régionaux et municipaux aura lieu à partir de mardi 03 juillet 2018 à minuit jusqu’au vendredi 13 juillet 2018 à minuit. La campagne électorale pour les 3 scrutins sera ouverte le vendredi 17 août 2018 à minuit pour être clôturée le jeudi 30 août à minuit, alors que la CENI se prononcera sur la validité des candidatures de députés au plus tard le mardi 07 août 2018 à minuit, et pour les listes de conseillers régionaux et municipaux au plus tard lundi 23 juillet 2018.
La Commission électorale indépendante (CENI) a lancé un recensement général qui pose de sérieuses difficultés. Il s’agit d’un Recensement à vocation électorale (RAVEL) qui doit lancer un fichier électoral nouveau. Ce n’est donc pas un renouvellement ni un complément, c’est une reprise de l’ensemble du fichier. Il ne suffit pas d’avoir été inscrit une fois sur la liste électorale pour voir son nom y apparaitre. Mais il faut s’inscrire comme si cela n’a jamais été fait.
Il faut aussi se déplacer vers le centre où l’on voudrait voter au cours des futures élections. D’habitude, ce sont les acteurs politiques qui prennent en charge le déplacement des populations sur le terrain. Ceux-ci sont encore «exténués», «vidés» par la campagne d’implantation du parti. Alors comment faire ? Faut-il compter sur l’engouement du public comme ce fut le cas pour la campagne d’implantation, ou trouver le moyen de passer outre la règle de la présence ? Un casse-tête que les politiques de la Majorité doivent résoudre au plus vite.
Il faut dire que plus les inscriptions sont faibles, plus cela profite aux oppositions qui se nourrissent du terreau des villes où il ne sera pas difficile de se déplacer. C’est en général l’intérieur qui profite au pouvoir et à ses satellites.
Rappeler ensuite que le RAVEL est prévu sur deux mois (juin-juillet). Le premier mois est presque passé sans que les opérations ne démarrent. Un mois sera-t-il suffisant ? Surtout que la CENI n’a pas encore recruté tout son personnel.
Comme si ces questions ne se posaient pas, l’Union pour la République a délégué des commissions chargées d’identifier les propositions de candidatures. Dans chaque Wilaya, trois cadres ont été choisis pour faire le tri. Ils ont ordre de rendre leurs rapports au plus tard le 30 juin.
Ces commissions sont en fait des démembrements de la Commission nationale créée il y a peu pour tamiser dans les propositions et éviter les guerres de factions qui s’annonçaient déjà au cours de l’implantation.
Parallèlement, l’UPR continue la mise en place de ses structures de base, l’occasion pour les clivages de s’exprimer ouvertement et partout. Nombre d’observateurs s’obstinent à répéter que le Congrès ordinaire attendu à la fin du processus ne pourra pas se tenir. Alors que les responsables du parti avancent déjà la date du 6 août 2018 pour la tenue du Congrès. Nous serons déjà à quelques jours seulement de la campagne électorale si la date de la première semaine de septembre est retenue.
Par ailleurs, seul le Rassemblement des forces démocratiques de Ahmed Ould Daddah, ne s’est pas encore prononcé sur sa participation aux élections. Même si Mohamed Ould Maouloud, président en exercice du FNDU, avait déclaré que l’ensemble du regroupement dit G8, «y compris le RFD» a décidé de participer. Le parti de Ould Daddah a rectifié le tir en rappelant que rien en fait n’a été décidé. Le Bureau politique, instance dirigeante, continuant ses discussions internes.
Ceci dit, le choix du boycott serait suicidaire pour un parti qui risque la dissolution en cas d’absence. Alors que tout le donne comme grand gagnant de la course prochaine. En effet, il est presque certain que la liste nationale du RFD sera dirigée par son Président Ahmed Ould Daddah. Ce qui déclenchera une dynamique qui peut en faire le premier parti de Mauritanie sur le plan du score national. Cette dynamique peut irradier sur l’ensemble des résultats et profiter aux candidats du parti partout dans le pays.
Sur les 155 députés de l’Assemblée, 88 seront élus à la proportionnelle. Ce qui profitera aussi aux partis d’opposition, y compris les plus petits. La présence des chefs de partis actuels donnera du crédit et une certaine légitimité à la future configuration, faisant oublier l’absence de certains au dialogue.
Jeudi prochain, le conseil des ministres lancera probablement la convocation du collège électoral. Ce sera le point de départ d’une course qui ne doit se terminer que l’année prochaine. Avec l’élection présidentielle.

UFP : La fin d’une époque ?


La rupture est-elle consommée entre le président de l’Union des forces de progrès (UFP) Mohamed Ould Maouloud et certains de ses compagnons et camarades de lutte dont l’emblématique Moustapha Ould Bedredine, jusque-là Secrétaire général du parti.
Surnommé «le Timonier» par ses pairs de la lutte au sein du Mouvement national démocratique (MND), Ould Bedredine est vraiment l’icône de ce pan de l’histoire politique mauritanienne. Son passage dans la législature de 2006 à 2013, l’a confirmé dans le rôle de l’opposant institutionnel, du porte-parole de cette gauche qui a fini par prendre la forme d’une secte. Tellement la formation qui l’incarne était élitiste.
Il n’est pas le seul à se retirer, parce que Kadiata Malick Diallo s’en est elle aussi allée au cours de cette fameuse réunion du Bureau exécutif de l’UFP qui a vu éclater au grand jour un différent qui couve en fait depuis 2013. Avec eux, Ahmed Ould Houbab et bien d’autres «camarades» qui n’ont jamais manqué à l’appel de la direction historique du mouvement d’inspiration gauchiste…

Une cause directe…

En 2013, contrairement à la volonté exprimée par une bonne partie de l’équipe, Mohamed Ould Maouloud avait choisi l’option du boycott des élections en préparation. On avait alors parlé de la trop grande influence de son cousin Mohamed Ould Khlil, nationaliste arabe à l’origine qui avait fait sa conversion seulement depuis quelques mois.
Le boycott n’est pas un choix «naturel» dans le mental ou comme dirait quelqu’un «il n’est pas inscrit dans l’ADN du MND». Au contraire, toute ouverture est pour ce groupe une opportunité qu’il ne faut pas rater pour peser sur le cours des événements. Mais cette considération n’est pas la seule à prendre en compte. Il y a aussi le fait qu’avec le boycott, on privait certains caciques du parti à continuer à occuper la scène publique et à l’utiliser comme terrain de faire-valoir.
L’attitude du président Ould Maouloud a tout de suite été sentie comme une trahison de sa part. Trahison au profit de Mohamed Ould Khlil qui défendait avec acharnement cette option. Et de rappeler à l’occasion, que quand le président Ould Maouloud a eu à proposer un ministre au gouvernement d’union nationale en 2009, il n’a pas hésité à donner le nom de Ould Khlil, fraichement rallié au parti et symbole d’un militantisme chauvin tant décrié par le MND. Ould Khlil n’avait d’autre mérite aux yeux de beaucoup, que d’être le cousin du président de l’UFP et sa nomination n’avait d’autre justificatif que répondre à l’exigence d’équilibres entre factions politiques tribales et familiales au Tagant, la région d’origine des deux hommes.
La crise actuelle a pour cause directe, la «rébellion» publique de quelques jeunes contre les propos tenus par le président Mohamed Ould Maouloud dans un forum sur les réseaux sociaux, propos remettant en cause le caractère laïc des fondamentaux du parti. Un groupe de jeunes avait alors publié une déclaration dans laquelle ils essayaient de remettre l’horloge à l’heure. Mohamed Ould Maouloud a mal pris cette sortie qu’il a jugée comme une rébellion. Il a alors entrepris de faire prendre au parti des sanctions contre le groupe. Ce auquel, les «vieux camarades» se sont opposés.
Mais en réalité, cette crise ne serait que le résultat d’un vieux contentieux jamais réglé. S’agit-il d’une rupture définitive ? Peut-être surtout qu’on parle de la possibilité pour Bedredine et ses compagnons de créer un parti pour se lancer dans la course électorale.

…et des causes profondes à la rupture

En attendant, cette rupture impose de revenir à trois moments de l’histoire récente du parti pour comprendre l’enracinement de la mésentente entre les deux factions du parti.
En mars 2007, arrivent en tête des candidats à la présidentielle, deux hommes qui se trouvent être les deux plus jeunes ministres du gouvernement civil renversé le 10 juillet 1978 : Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah. Tous les deux vont à un second tour où tout peut arriver. C’est l’occasion pour les candidats malheureux au premier tour mais aussi pour les formations politiques de prendre position. Légitimant ici une candidature, comme ce fut le cas quand Messaoud Ould Boulkheir a rallié Ould Cheikh Abdallahi, apportant là un réel plus comme ce fut le cas de Zeine Ould Zeidane quand il a soutenu le même Ould Cheikh Abdallahi.
A l’Union des forces du progrès (UFP), un drame cornélien prenait forme. D’une part, ceux qui estimaient qu’il fallait discuter avec les deux candidats «pour avoir les garanties nécessaires autour d’un accord électoral possible». Pour les tenants de cette thèse, «les deux hommes se valent en tous points : tous les deux sont une survivance du Parti du peuple mauritanien (PPM de feu Moktar Ould Daddah), tous les deux sont issus de l’aristocratie maraboutique conservatrice, tous les deux n’ont aucun passé militant précédant l’ouverture démocratique…»
Ils vont même jusqu’à avancer que s’il y a lieu d’évaluer les deux hommes, il fallait rappeler que «l’expérience de lutte avec Ahmed Ould Daddah n’avait pas été concluante parce qu’elle a finalement obligé le mouvement à s’en aller pour créer l’UFP» après l’interdiction de l’UFD, parti faisant l’objet d’une guerre d’appropriation entre le MND et les partisans de Ould Daddah. Toujours selon eux, «cette expérience doit exclure le soutien du candidat Ahmed Ould Daddah».
Ce n’est pas ce que pensait le président Mohamed Ould Maouloud, candidat ayant obtenu 4,08% des suffrages. Pour lui, le changement ne peut être envisagé qu’avec la victoire de Ould Daddah. Parce qu’il est celui qui incarne l’opposition démocratique au système de Ould Taya, le président renversé le 3 août 2005 après 21 ans d’exercice malheureux.
Ce à quoi ont rétorqué les autres : «Ould Taya est parti et aujourd’hui, c’est une autre configuration qui nait et nous devons y trouver une place en nous alliant le candidat qui nous offre le plus de garanties pour un accord».
Discuter avec le candidat Ould Cheikh Abdallahi, c’était d’abord le faire avec les militaires qui le soutenaient et qui ont fini par en faire leur candidat. Mohamed Ould Maouloud n’en voulait pas. Malgré sa mise en minorité, il menaça de démissionner si les instances du parti votaient contre son choix. Le cœur devait l’emporter mais en laissant une première friction.
Le parti réussit à dépasser la secousse. Surtout que très tôt, Mohamed Ould Maouloud reprend le «droit chemin». Il réussit à réaménager la loi sur le Statut de l’Opposition démocratique pour arracher à Ahmed Ould Daddah ce titre de Chef de file de l’Opposition, ensuite en réalisant un accord avec le gouvernement de Ould Cheikh Abdallahi dirigé par Yahya Ould Ahmed Waqf. L’UFP obtient deux postes ministériels. Une trêve qui ne dure pas, les hostilités des clans du pouvoir aboutissant à la crise de 2008 et au coup d’Etat du 6 août.
Au retour du dialogue de Dakar pendant lequel il a dirigé la délégation du Front national pour la défense de la démocratie (FNDD), Mohamed Ould Maouloud est sommé par les caciques de son parti de faire un choix autre que celui d’un candidat unique de l’Opposition. Arguant l’impossibilité de ranger Ould Daddah derrière Messaoud Ould Boulkheir (ou l’inverse) et/ou de trouver une personnalité consensuelle digne d’incarner le programme et la littérature du parti.
Pour les caciques, il fallait discuter avec tous les candidats en sachant que Mohamed Ould Abdel Aziz a pris une longueur d’avance considérable et qu’il s’est approprié le discours de l’opposition en stigmatisant les «gabégistes d’hier» et en prenant en charge certaines préoccupations des pauvres. C’est vers lui qu’on doit pousser une éventuelle alliance.
Veto de Mohamed Ould Maouloud pour lequel il faut tout simplement soutenir Ould Boulkheir candidat du FNDD. En tout cas pas question pour lui de discuter avec Ould Abdel Aziz. Deuxième moment de déchirure.

Le ras-le-bol

En 2013, alors que la majorité de son bureau exécutif, instance dirigeante, votait pour une participation aux élections législatives et municipales de novembre, Mohamed Ould Maouloud annonce le boycott. Il menace encore une fois de démissionner si on essaye de lui forcer la main. Là encore, les sentiments l’emportent. Le cœur a ses raisons que la Raison ignore… Mais tout cela laisse des traces.
Dans l’immédiat, c’est le départ d’un bon nombre de militants, cadres et dirigeants soit pour regagner directement le parti au pouvoir comme ce fut le cas de Ba Adama (maire de Boghé), de Cheykhata plus tard…, soit pour se mettre en marge de l’action politique comme pour Sy Asmiou, Aïnina…
Aujourd’hui la fronde est dirigée par Moustapha Ould Bedredine, Kadiata Malick Diallo, Ahmed Ould Houbab… les figures de l’UFP qui ont occupé la scène publique et politique ces dernières années. Mais aussi, les figures emblématiques du MND… un mouvement qui n’a jamais connu de déchirures aussi fortes. On peut envisager qu’il s’agit là de la fin d’une époque dans l’histoire politique récente du pays. A un moment crucial pour le pays.