mercredi 18 avril 2018

Editorial 751


Quand la tentative d’établir un contact entre la Majorité et le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) a été révélée, elle a été immédiatement démentie avec véhémence. Laissant entendre qu’il s’agit d’une affabulation de plus de la presse.
Quand les détails d’un accord longuement discuté ont été publiés, les réactions ont été différentes selon le positionnement de leurs auteurs. On peut cependant retenir les catégories suivantes :
Il y a ceux qui crient au scandale et qui accusent le FNDU de chercher, «encore une fois», à trahir les autres composantes de l’opposition radicale qui a refusé jusqu’à présent le dialogue avec le pouvoir. Notamment le G8 – réduit à 7 depuis le départ des forces du changement, ancien FLAM. Les partenaires du FNDU au sein de ce regroupement n’avaient pas été mis au courant de la démarche.
Il y a ceux qui regrettent le non aboutissement du processus et qui cherchent à situer les responsabilités. Pour eux, «le fuitage» du document a mis fin aux négociations. Accusant ceux qui l’ont fuité de l’avoir «travaillé» pour en trafiquer le contenu pour le faire rejeter. Ceux-là dont le président de Tawassoul, Mohamed Mahmoud Ould Seyidi, ne nous renseignent pas sur le texte originel, celui qui n’a subi aucune manipulation. Comme ils ne nous disent pas pourquoi le simple fait de fuiter un document destiné à être rendu public, remet en cause tout un processus qui reste vital pour le pays.
Il y a ceux qui profitent de la fin annoncée de la démarche pour culpabiliser ses promoteurs et les rendre responsables de son échec.
Tous oublient de relever que les acteurs, qui qu’ils soient, sont d’accord pour dire la nécessité d’une ouverture de la scène en vue de son apaisement. Tout le monde constate que le tournant que notre pays entame demande une convergence et un renforcement du front intérieur.
Une large partie de l’opinion publique reproche aux pans de l’opposition de n’avoir rien fait pour anticiper les événements pourtant prévisibles. Préférant s’obstiner à animer un positionnement nourri de rejets et ne tenant pas compte du rapport de force avec le camp d’en face.
Au pouvoir, on reproche aussi le refus de faire preuve d’indulgence en faisant l’effort nécessaire pour inclure le maximum d’acteurs dans le jeu politique qui, finalement, peut et doit contenir tout le monde.
En réalité, ni le pouvoir ni son opposition ne sont assez homogènes pour imposer en leur sein une discipline à même de favoriser la convergence.
Chaque camp est conscient de ses fractionnements internes mais ne fait rien pour les soigner. D’où la nécessité pour la Majorité et le FNDU de chercher à garder au secret des négociations qu’il n’y a pas de honte à entreprendre. Au contraire, la publicité autour de ces négociations aurait suscité le contrôle et la pression de l’opinion publique pour les accompagner. Mais non !
Ici, ce sont les partis de la Majorité qui ont peur de «leur» gouvernement coupable, par le passé, de plusieurs actes de sabotages pour les essais de rapprochement.
Là, ce sont les groupes d’influence si ce ne sont les partis qui s’accusent mutuellement et occasionnellement de trahison.
Les suspicions qui rongent les intérieurs des deux camps sont plus fortes que celles qui leur dictent leurs positionnement l’un vis-à-vis de l’autre. Tout comme les effets de la défiance qui pèse plus sur les relations entre partenaires supposés, plus qu’entre protagonistes déclarés.
La plus forte opposition et la plus dangereuse pour le pouvoir, c’est celle qui nait des dissensions internes. Parce qu’elle discrète le système et parce qu’elle bouffe toute son énergie.
Au sein de l’opposition, les rapports sont tellement mauvais et la défiance si totale, qu’aucune action commune ne peut aboutir. Les acteurs passent leur temps à s’épier les uns les autres. Plus qu’à regarder devant eux pour agir.
L’émiettement de la scène politique est un mal mauritanien…

Majorité-FNDU : Echec des négociations de la dernière chance


«Après avoir été sur le point de signer l’accord politique auquel nous sommes parvenus, des pans du Forum ont fait fuiter le texte modifié (‘enlaidi’) de l’accord, obligeant le FNDU à faire marche arrière. A 3 heures ce matin, le dernier round des négociations a pris fin, rompant le processus de négociations secrètes entre la Majorité et le FNDU
C’est ce tweet de Me Sidi Mohamed Ould Maham, président de l’Union pour la République (UPR), qui nous apprend la fin officielle de négociations engagées discrètement entre la Majorité et le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU).
Il est 4:06 en ce dimanche 14 mars, quand, de part et d’autre, les langues «officielles» se délient et acceptent de parler des négociations «secrètes» entre les deux parties. Quelques jours avant, les deux parties rejetaient, parfois violemment, une telle éventualité. On se souvient du communiqué publié par la commission de communication du FNDU pour démentir «catégoriquement» tout contact avec l’autre partie.
Pourtant, c’est maintenant Mohamed Mahmoud Ould Seyidi, président de Tawassoul, qui essaye de reprendre l’initiative en communiquant le plus clairement sur la question. Il choisit pour cela une plate-forme constituée par des groupes sympathisants de l’opposition sur l’application WhatsApp.
Le tout nouveau président de Tawassoul nous apprend que les négociations ont été engagées il y a un an. Avec un relâchement dû à l’absence prolongée (maladie) du président du FNDU et au congrès de Tawassoul, le congrès de décembre qui allait le consacrer pour remplacer Jemil Mansour.
«Il y a quelques semaines, ces négociations étaient reprises entre d’une part une délégation dirigée par Ethmane Ould Ebilmaaly, président de la coalition de la Majorité, et comprenant Me Sidi Mohamed Ould Maham et le ministre Seyidna Ali Ould Mohamed Khouna et, d’autre part Mohamed Ould Maouloud, président en exercice du FNDU, Yahya Ould Ahmed Waqf et Mohamed Mahmoud Ould Seyidi».
Une plate-forme a été remise à la Majorité par les négociateurs du FNDU à ceux de la Majorité qui n’ont pas tardé à répondre. Classant les doléances en trois catégories :
- celles qui n’étaient pas négociables comme la constitution d’un gouvernement de consensus ou de technocrates ;
- celles qui ne pouvaient attendre comme la question de la participation à la désignation de la nouvelle Commission électorale indépendante ;
- et celles enfin qui pourraient être discutées plus tard pour éviter de compromettre le calendrier électoral comme tout ce qui peut nécessiter l’élaboration d’une loi.
Le président Ould Seyidi explique que leurs interlocuteurs avaient demandé une discrétion totale pour éviter le sabotage du processus. Sans donner de détails.
On se souvient cependant que dès septembre 2014, les interférences de certains pans de la Majorité, parfois du FNDU, avaient empêché les rapprochements esquissés ici et là et d’un moment à un autre. Visiblement, la Majorité tenait à ne pas laisser fuiter le nouveau contact pour donner le maximum de chances à sa réussite. C’était compter sans la nocivité de ceux qui épient toute approche constructive pour la torpiller. D’un côté comme d’un autre.
Au conseil des ministres du 22 mars dernier, la Majorité est surprise de voir inscrit à l’ordre du jour, l’adoption d’un décret fixant les modalités de désignation des membres du Comité directeur de la CENI, alors que les négociations sont en cours pour permettre un processus inclusif. L’alerte est lancée et deux options sont retenues.
La première est le retrait du projet de décret de devant le Conseil. Auquel cas, le Président de la République sera dans l’obligation de donner aux ministres les raisons réelles. Du coup, le caractère «secret» perdra son effet.
La deuxième, c’est de laisser faire tout en avertissant ceux de l’autre bord que cela n’affectera en rien les conclusions ou les mesures qui seront prises d’un commun accord. S’ils sont compréhensifs, c’est tant mieux, sinon prendre le risque de fuiter l’accord. Après concertations, il a été décidé de garder secret le processus et de lui donner toutes les chances.
Finalement la fuite est venue visiblement du camp du FNDU. Toutes ces allées et venues ne pouvaient en fait être gardées secrètes. Surtout que l’opinion publique épiait – épie - tout mouvement pouvant indiquer un rapprochement attendu sinon fortement espéré. Naturellement, quand il est annoncé, la réaction a été de le démentir avec véhémence.
Nous savons de ce qui a fuité que l’accord comportait un préambule qui fixait la philosophie et l’atmosphère générale qui présidait à la prise de contact. L’objectif étant la normalisation des relations entre les deux parties : une Majorité qui gouverne avec délégation du peuple mauritanien et une Opposition «responsable» qui joue son rôle de suivi, de conseil s’il y a lieu et de critique dans une démocratie apaisée. Tout cela pour faciliter l’exercice politique, particulièrement la tenue d’élections régulières et consensuelles.
C’est, selon le préambule, la situation régionale et internationale qui dicte aux parties de prendre en considération l’intérêt supérieur de la Nation et d’exprimer fortement leur volonté de se parler, d’échanger et même de se mettre d’accord sur la manière d’assurer une alternance pacifique par l’expression libre et rassurée du choix de l’électeur par la voie des urnes. C’est seulement par cette convergence que chacune des parties saura se satisfaire de la part et du rôle qui lui reviennent.
Après ce préambule fixant le cadre général, suivent une dizaine d’articles qui décident de la participation de toutes les composantes du FNDU aux futures élections en contrepartie de la prise en compte de l’avis du Forum dans la constitution de la CENI, de la mise en place d’une commission d’experts chargée de lutter contre la corruption pour limiter les dépenses en matière électorale, pour discuter le vote de l’Armée, l’accès aux médias publics, la neutralité de l’Administration…
Il est précisé aux termes des articles que le dialogue continuera autour des questions autres que la CENI pour laquelle il y a urgence. Tout comme, il est dit que le FNDU s’engage à entériner les résultats des dialogues antérieurs.
Avec cette annonce de Me Ould Maham, suivie par la déclaration de Ould Seyidi, il ne subsiste visiblement rien de ce dialogue avorté. Que reste-t-il alors à faire ?
Pour la Majorité, il ne reste que se préparer à des élections primordiales parce que déterminantes pour la suite des évènements particulièrement pour la présidentielle de 2019. L’UPR devra relever le défi de mener à terme son implantation et dans les délais. Ce qui lui permettra d’affronter ses adversaires sur le terrain des urnes à partir de septembre prochain.
Pour le FNDU qui est déjà déclaré partant pour les élections, sans conditions, il va falloir trouver la parade qui permettra d’assurer un minimum de conditions pour la tenue d’élections régulières. Une seule voie : pousser vers l’implication de l’Institution de l’Opposition dans la confection de la CENI et dans le processus politique à venir. Après tout, cette Institution a la force du constitutionnel et son implication légitime nécessairement ce qui sera entrepris… Elle constitue le dernier pont qui peut relier les deux rives qui semblent aujourd’hui si loin l’une de l’autre.

vendredi 13 avril 2018

Politique : L’opposition dans tous états


Si dans le camp de l’opposition impliquée dans le processus de dialogue, donc dans «l’institutionnel politique», on attend plutôt calmement la désignation d’une nouvelle Commission électorale nationale indépendante (CENI), c’est l’ébullition dans le camp de l’opposition dite radicale. Ce terme désignant ceux qui avaient refusé de participer aux différents dialogues entrepris ces dernières années avec le pouvoir. Le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) et le Rassemblement des forces démocratiques.

La confrontation impossible

En fait la construction de ces rassemblements de l’opposition, a obéi à une logique de confrontation, toujours annoncée et chaque fois reportée faute de moyens. Elle découle d’une conclusion : «Si Ould Abdel Aziz appelle (ou propose) le dialogue, s’il accepte de discuter, c’est soit parce qu’il est malade, soit parce qu’il est aux abois. Accepter son offre, c’est le sauver d’une fin imminente et inévitable».
C’est cette logique qui a présidé à la création de la Coordination de l’Opposition démocratique (COD) et quand celle-ci a échoué dans le processus du «dégagisme», elle a été remplacée par le FNDU, lequel a été (presque) «absorbé» par le G8 pour permettre l’entrée de courants encore plus radicaux. Mais rien de tout ça n’a servi finalement. Tous ces courants de l’opposition se retrouvent aujourd’hui obligés de participer à un processus électoral dont ils ont refusé jusque-là l’éventualité. Rejetant de participer à ses démarches préparatoires que furent les dialogues successifs entre le Pouvoir et une partie de l’Opposition.
Rien de plus prévisible que cette fin pourtant. C’est donc sans surprise que le FNDU, par la voix de son président actuel, Mohamed Ould Maouloud, vient d’annoncer qu’il participait aux futures élections. Sans conditions et surtout sans préalables.
Le RFD quant à lui attend encore, mais le camp de la participation semble le plus fort. Même s’il existe un courant prônant le boycott et qui serait discrètement appuyé par Ahmed Ould Daddah, le président emblématique du parti. L’argument fondamental est celui de l’inutilité d’entrer en négociations avec un pouvoir dont on sait d’avance qu’il ne respectera pas ses engagements. «Il faut éviter de légitimer un processus qui vise au plus la pérennisation d’un système qu’on combat depuis tout ce temps». Il est sûr cependant qu’on prendra ici en considération la menace de dissolution du parti après l’absence à deux élections successives.
C’est pourquoi, malgré les réticences qui relèvent plus de positions individuelles, la tendance générale est celle de la participation. Cette tendance est d’ailleurs une décision prise sans ambages. Même si…
Des sites ont fait état de l’ouverture d’une négociation secrète entre le Pouvoir (ou la Majorité) et le FNDU. Que cette négociation a eu pour entrer en matière la question de la représentation du regroupement dans le choix de la CENI dont la formation est imminente. Le FNDU exigeant qu’il lui revienne de nommer deux des onze membres de la CENI.
Première réaction du FNDU : démenti catégorique de la part du bureau de la communication. Puis refus de donner des explications de la part du président en exercice du FNDU, Mohamed Ould Maouloud lors de la sortie de vendredi dernier. Pour enfin reconnaitre devant les compagnons du G8 (devenu G7 avec le départ des Forces du Changement, ancien FLAM), avoir entrepris des approches du genre.
C’est ce caractère «cachotier» qui imprime aux acteurs politiques mauritaniens cette image de «faux» qui leur permet d’entretenir un flou permanent sur ce qu’ils entreprennent. Ce qui va influer sur le cours des évènements et empêcher toute pacification de la scène politique. Ce qui explique aussi la désaffection du public vis-à-vis du politique.

De dialogue en dialogue

En juillet 2010, le chef de file de l’opposition démocratique avait (enfin !) accepté de rencontrer le Président Ould Abdel Aziz dont il ne reconnaissait pas la légitimité. Les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) avaient alors amorcé un mouvement de rapprochement avec le pouvoir, suivi de peu par les Islamistes de Tawaçoul qui allaient finalement rejoindre la Coordination. Seul le Président Messaoud Ould Boulkheir semblait hésitant, posant une condition : que le Président Ould Abdel Aziz exprime publiquement la demande de dialogue. Ce qui fut fait le 28 novembre 2010, à l’occasion du message à la Nation.
La COD engagea une réflexion interne sur une plate-forme commune qu’elle devait présenter lors de ce qui allait être les conciliabules pour un vrai dialogue. Survinrent les évènements de Tunisie et d’Egypte. La COD exigea alors le départ de Ould Abdel Aziz. Seuls les partis APP de Ould Boulkheir et El Wiam de Boydiel Ould Hoummoid (rejoint par Sawab de Abdessalam Ould Horma) continuèrent dans la logique du dialogue. La cérémonie d’ouverture de ce dialogue fut solennelle. Le Président de la République ouvrant lui-même le processus. Quelques semaines suffiront à faire le tour des questions, celles initialement fixées par le document de la COD que les «dialoguistes» se sont appropriées. Une commission chargée du suivi des résultats de ce dialogue fut mise sur pieds. Elle réussit à faire passer toutes les réformes, y compris les plus complexes (réforme constitutionnelle, esclavage, augmentation de la représentation populaire…).
Deux ans (ou presque) pour mettre sur pieds une CENI chargée de mener le processus électoral de bout en bout. C’est elle qui annonce la date des élections, qui reporte cette date après accord politique, qui engage le recensement à vocation électorale et qui doit superviser le scrutin.
Alors qu’elle voyait les portes se refermer devant elle, la COD a finalement accepté de renoncer à son exigence de départ pour accepter enfin de discuter avec la Majorité des conditions qui lui permettront de participer. Profitant des avances faites par le Président Ould Abdel Aziz lors de sa conférence de presse à Néma (août 2013). Autour de trois axes principaux : report de la date des élections, ouverture de la CENI et création d’un Observatoire des élections. En plus, s’il y a lieu, d’un audit du fichier électoral. Le report fut décidé : du 12 octobre au 23 novembre. Mais la prise de conscience du danger d’une CENI partisane empêcha de traiter la question.

Manœuvres dilatoires

La composition de la délégation de la COD renseigne amplement sur ses intentions. On perdra du temps à expliquer à certains des membres de la délégation de quoi il s’agit, alors que d’autres se moqueront bien du temps que cela prendra et de la tournure que cela prendra. Le président Mohamed Ould Maouloud a toutes les capacités pour mener à bien des négociations, même s’il a en face de lui le chef de délégation de la Majorité qui lui a arraché l’Accord de Dakar (Mohamed Yahya Ould Horma). Mais Ould Maouloud ne peut pas compter sur le concours de ceux qui l’accompagnent, leur niveau étant ce qu’il est. La tactique fut de tenter de trainer pour faire perdre le temps et arriver à l’échéance pour obliger, encore une fois, à la reporter. Ce qui n’a pas réussi.
Le dialogue rompu, la COD appela «à faire échouer le processus électoral unilatéral». Nouveau boycott sauf pour Tawassoul, la deuxième grande composante du regroupement après le RFD. Les élections ont lieu, ce qui permet à Tawassoul d’entrer dans le jeu institutionnel et même de prendre le leadership de l’Institution de l’Opposition démocratique.
En mars 2014, une nouvelle entame de dialogue est lancée. Trois pôles sont impliquées : le Pouvoir (Majorité), la Coalition pour l’Alternance Pacifique (CAP regroupant APP de Messaoud Ould Boulkheir, Wi’am de Boydiel Ould Hoummoid et Sawab de Abdessalam Ould Horma) et la COD.
La Majorité a tout intérêt à garder le statu quo car elle n’est jamais sûre de faire les mêmes scores qu’elle a réalisés au cours des dernières élections. Encore moins de faire le score espéré pour la présidentielle qui suit (passage au premier tour). Il vaut mieux pour elle, tout en déclarant sa disponibilité à faire toutes les concessions nécessaires, de laisser le temps passer pour donner l’impression que la partie adverse fait blocage.
Pour la CAP, laisser la COD au bord du chemin sert certainement dans la démobilisation de ses militants et pourquoi pas dans leur débauchage éventuel. En attendant, sa mise à l’écart permet d’assouvir au moins quelques vieux ressentiments.
Pour le FNDU, la diversité des intérêts et des stratégies déployées par les uns et les autres ne laisse pas entrevoir une communauté de destin. Même au sein de la COD (qui devient le FNDU dans la foulée), les calculs ne paraissent nullement les mêmes. Entre l’UFP et le RFD, pour ne citer que les partis qui pèsent, les préoccupations sont différentes.
Pour le parti de Mohamed Ould Maouloud, l’heure est à la reprise de la ligne originelle perdue avec le boycott. Pour le RFD de Ahmed Ould Daddah, tout doit servir à compliquer la situation en espérant qu’un bouchon explosera quelque part. Parallèlement à ces deux grands partis dont la position est déterminante, les groupes d’influence manœuvrent plus ou moins ouvertement pour trouver l’occasion d’un placement.
Autre composante du FNDU qui doit avoir son agenda propre, Tawaçoul qui n’aspire pas à présenter un candidat la présidentielle de juin 2014, et déclare vouloir soutenir un candidat unique de l’opposition s’il en existe. Tout le monde sait qu’il n’en existera jamais. Donc, que le boycott soit ou non décidé, cela importe peu.

L’intransigeance mène à la capitulation

C’est naturellement le blocage qui s’en suit. Encore une fois le monde politique se laisse aller sans chercher à anticiper sur l’avenir. Le niveau du débat et ses objets restent les mêmes : dialogue inclusif sans toutefois préciser qu’est-ce qui peut en être l’objet. A entendre les plus radicaux, on croirait aisément qu’on en est encore à «exiger» le départ du Président Ould Abdel Aziz et de son pouvoir. Aucune leçon ne semble avoir été tirée de l’expérience des dernières années. On ne semble pas non plus croire que les élections législatives et municipales de 2013 et la présidentielle de juin 2014 constituent un tournant. Mais le plus grave est sans doute le refus de mettre en perspective l’échéance de 2019.
2019, c’est la fin du deuxième et dernier mandat du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Le Président a, par lui-même, décidé de respecter ces dispositions de la Constitution. Rien ne semble pouvoir l’amener à remettre en cause ses engagements et tout indique au contraire qu’il quittera tranquillement le pouvoir après avoir accompli ce qu’il a pu. On jugera plus ou moins sereinement du bilan, mais une chose est évidente : la Mauritanie a changé dans le sens d’une nette évolution qui lui ouvre de belles perspectives d’avenir.
Le retour sur la scène internationale, le règlement du passif humanitaire, notamment de l’esclavage avec la mise en œuvre d’une feuille de route visant à l’éradiquer, la liberté d’expression qui devient un acquis irréversible, et surtout la stabilité et la sécurité dans un environnement fragilisé par les conflits de toutes sortes. Quoi qu’en disent ses détracteurs, Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas resté les bras croisés.
En février 2014 pourtant on est en passe de parvenir à un accord qui vise la reprise des élections législatives et municipales pour permettre la participation d’un plus grand nombre de formations. Devant les élus de sa Majorité, le Président Ould Abdel Aziz insiste sur l’importance pour lui du dialogue «qui ne découle pas d’une conjoncture particulière – ni faiblesse du Pouvoir, ni menace sur sa pérennité – mais d’une conviction qu’il est nécessaire d’ouvrir la voie à tous les acteurs de la politique nationale pour leur permettre de s’impliquer d’avantage dans le devenir de la Nation». Mais non… encore un refus.
Une attitude grave et largement partagée : l’Opposition qui refuse de prendre acte et d’opter pour l’avenir dès à présent, la Majorité qui a peur de cet avenir qu’elle a toujours mal préparé. C’est un dilemme qui provoque l’inertie chez la classe politique.
L’avenir appartient à ceux qui auront compris que l’action politique a besoin de deux jambes pour marcher debout : la responsabilité et l’exemplarité.
L’exigence de responsabilité exclut tous les prophètes de malheur qui dépeignent continuellement de sombres présages pour le pays et qui sont donc incapables de véhiculer l’espérance en un futur viable.
L’exigence d’exemplarité exclut tous ceux qui, aux commandes et au service de différents pouvoirs, n’ont pas pu et/ou n’ont pas cherché à influer positivement sur les événements pour améliorer la gouvernance, pour promouvoir la citoyenneté et l’égalité, la justice et l’équité, la tolérance et l’humilité. 
C’est déjà trop demandé à notre classe politique. N’est-ce pas ?


Politique : Quand l’UPR s’implante…


Une chose est sûre : l’affluence sur les opérations d’implantation de l’Union pour la République est très forte. «Trop forte». Au point de faire douter une partie de ses responsables sur l’éventualité «d’un complot visant à ridiculiser le processus». Mais qui a intérêt à faire échouer le processus de renouveau de l’UPR ?
Les guerres internes faisaient présager des difficultés pour certains pans du pouvoir pour lesquels «l’heure de vérité a sonné». L’image du Premier ministre Yahya Ould Hademine venant s’implanter à Djiguenni, son village natal, n’a pas lassé de surprendre. C’est la première fois que l’on voit un Premier ministre se situer «géographiquement» pour marquer «son territoire». C’est que son clan a besoin d’un engagement politique «supérieur» pour ne pas perdre la face. Surtout que les résultats du dernier référendum sont encore présents dans les esprits : c’est bien ici que le taux d’abstention le plus faible du Hodh a été enregistré et ici que le «oui» a eu le moins d’adhésion.
On craignait la sécheresse qui devait empêcher la grosse affluence. On craignait la désaffection du politique en général. Rien de tout ça. Les foules se rassemblent autour des bureaux d’implantation et s’enregistrer devient un véritable parcours de combattant. La concurrence entre les factions a fait son effet : chaque chef de file veut faire la démonstration qu’il est incontournable.
Quand le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a lui-même donné le ton en allant s’inscrire sur les listes, ce fut un signal fort pour dire que «le Parti, c’est l’avenir». Au moins son avenir à lui. Surtout que les réformes adoptées, notamment celle instituant un bureau politique comprenant les chefs de l’Exécutif et du Législatif et présidé par le président du Parti, ces réformes annonçaient le renforcement de la position du futur président de l’UPR.
C’est aussi très probablement, à partir des performances durant l’implantation, que seront déterminées les candidatures à toutes les élections de cette année : les Législatives et les Locales (municipales et régionales).
Cet engouement inattendu laisse perplexe, y compris dans les rangs de la Majorité. En effet la plupart des acteurs avaient parié sur l’échec du processus après avoir vainement demandé le report sous prétexte que cela n’intéressera personne. Il n’y avait que le Président Ould Abdel Aziz pour pousser la Commission ad hoc désignée pour rénover le parti à maintenir les dates. A présent que l’affluence est celle-là, les mêmes commencent à parier sur le report du processus dans la phase de désignation des structures de base et des délégués au congrès. Ce qui, obligatoirement retardera la tenue de ce congrès prévu initialement pour le 30 avril. La proximité du Ramadan va certainement bousculer pour précipiter les choses. L’essentiel étant que l’UPR «se normalise» avant d’aborder les échéances prochaines.
Trois élections l’attendent aux alentours de septembre 2018. La première, et sans doute la plus importante est celle qui doit désigner les 156 députés de la nouvelle Assemblée nationale, unique Chambre depuis la suppression du Sénat. Sur ce total, 88 sièges sont à pourvoir par la proportionnelle. Ce qui ouvre le jeu aux plus faibles.
20 sièges sur la Liste nationale, 20 sur celle des femmes, 18 pour Nouakchott, 4 pour Sélibaby, 4 pour Nouadhibou, 4 pour Kaédi, 3 pour Amourj, 3 Tintane, 3 Kobenni, 3 Kiffa, 3 pour M’Bout, et 3 pour Aleg.
Lors des dernières élections (novembre 2013), au total 64 partis et 13 coalitions entre formations ont participé à travers 438 listes en compétition pour 147 sièges. Ces sièges étaient répartis comme suit : 89 dans les Moughataas, 20 sur la Liste nationale, 20 sur la Liste des femmes, 18 à Nouakchott.
Avec 62 sièges, l’UPR n’avait pas obtenu une majorité absolue mais était arrivé largement premier. Obtenant 5 sièges sur la liste des femmes, 4 sur la Liste nationale, 3 à Nouakchott…
Au niveau des municipalités, il y avait 208 circonscriptions (communes). 47 partis et 4 coalitions de partis ont participé à la course à travers 1096 listes en concurrence pou 3726 sièges. L’UPR avait obtenu 2046 sièges, très largement devant les autres, alliés et concurrents.
Nous sommes loin de la situation où le parti au pouvoir partait mieux pourvu que les autres. L’émancipation politique, l’exigence de plus en plus grande de l’électeur, la performance des outils de surveillance pour assurer la régularité des scrutins, l’existence d’une CENI à compétences élargies, les expériences du passé… tout cela crée une atmosphère où la régularité peut être réalisée. D’où le défi pour le parti au pouvoir qui doit immédiatement faire face aux mécontentements créés par son implantation.

lundi 9 avril 2018

Politique : Le dilemme du FNDU


Il y eut le Front des Partis d’Opposition (FPO), puis la coalition des forces du changement démocratique (CFCD), puis la Coalition de l’Opposition Démocratique (COD) et enfin le Front national pour la démocratie et l’unité (FNDU). Tous ces regroupements ont rassemblé les partis d’opposition décidés à en découdre avec le pouvoir en place. Mais chaque fois, ces regroupements n’ont pas survécu aux échéances électorales.
Aujourd’hui encore le FNDU tente d’envisager les échéances prochaines dans la perspective d’une alliance. Mais comment et sur quelle base ?
Le FNDU qui rassemble des partis et des organisations de la société civile, semble s’acheminer vers une coordination de ses actions. Le plus grand de ses composantes est sans doute Tawassoul qui est déjà présent sur l’échiquier institutionnel avec 16 députés et quelques mairies. La participation de ce parti est déjà assurée pour les élections locales et les législatives prévues pour 2018. Cependant, dans l’une des déclarations, de son ancienne direction, il a été affirmé qu’il ne sera pas sur la ligne de départ de la présidentielle. A-t-il intérêt à ce que ses partenaires participent ? Et dans quelles conditions, il le souhaite ?
Pour sa part, l’Union des forces du progrès (UFP) a déjà, par la voie de son président Mohamed Ould Maouloud, déclaré sa volonté d’y aller. L’homme qui préside aux destinées du FNDU actuellement a même affirmé qu’ils sont prêts à soutenir toute candidature consensuelle, même si elle vient du dehors. Entendez par là, «même si le candidat n’appartient pas aux partis du FNDU». On peut aller plus loin pour dire «surtout si le candidat n’appartient pas aux composantes du FNDU», tellement l’accord semble impossible entre eux.
Cette disponibilité à vouloir soutenir un candidat extérieur, si elle l’emporte, voudra dire que ce conglomérat a été incapable de trouver une personnalité consensuelle en son sein. Ce qui est grave pour des formations politiques dont certaines ont existé depuis des décennies.
On se rappelle qu’en 2007, deux personnalités sont sorties du lot pour s’affronter au deuxième tour : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah. Tous deux furent les plus jeunes ministres du gouvernement de feu Moktar Ould Daddah renversé le 10 juillet 1978. Le passage des deux hommes signifiait obligatoirement la faillite des groupuscules politiques, les deux hommes n’ayant de passé politique autre que celui d’avoir été ministre au moment de leur engagement (Ould Daddah en 1991 et Ould Cheikh Abdallahi en 2007).
Au sein du FNDU, les débats auraient déjà commencé. Parmi les personnalités «candidatées » à la candidature, on peut compter : Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine, ancien président de la CENI de la période de transition, membre du groupe des personnalités indépendantes et bénéficiant d’une aura indiscutable ; Me Ahmed Salem Ould Bouhoubeyni, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats, ancien président du FNDU, un moment candidat à la présidentielle de 2014, membre lui aussi du groupe des personnalités indépendantes ; Mohamed Ould Maouloud, président de l’UFP et, en exercice du FNDU, leader incontesté du Mouvement national démocratique ; Saleh Ould Hanenna, président du parti Hatem, proche des Islamistes qui l’avaient soutenu en 2007…
En dehors du FNDU, la commission désignée pour réfléchir à la question aurait pensé à Cheikh Ould Hanenna, membre de l’ancien Sénat, chef de file des frondeurs qui ont constitué un bureau du Sénat qu’ils estiment légitime. Il a été question pour eux de prendre langue avec des personnalités comme Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, Mohamed Salek Ould Heyine, Ahmedou Ould Abdalla…
Toutes les démarches et les débats actuels semblent occulter un fait simple : l’année 2018 et ses défis déterminent nécessairement ce qui va suivre. Donc…

Editorial 749


Il s’appelle Seif Kousmate. Il est franco-marocain. Pour Reporters sans Frontières (RSF), il s’agit d’un «journaliste photographe» qui aurait subi de mauvais traitements en Mauritanie avant d’être expulsé. Pour les Mauritaniens, il s’agit d’un marocain entré «clandestinement» au pays pour s’y adonner à un travail qu’il a fini par effectuer dans le noir.
En situation «normale», on n’aurait pas hésité à lui reprocher la méthode, celle de venir faire un reportage dans un pays sur une question au centre de grandes controverses, sans prendre la précaution de faire les démarches prévues pour s’assurer de travailler en toute légalité. Mais…
La même semaine, je recevais ici des amis dont une photographe qui voulait prendre des images de la vie économique, culturelle et sociale en Mauritanie. Il s’agissait pour nous de rassembler des images d’une Mauritanie qui marche et qui avance en vue d’alimenter un site en préparation. Tout cela a été expliqué dans une lettre adressée au ministère des relations avec le Parlement et la Société civile.
Une semaine d’attente, puis deux jours, puis… on nous expliqua qu’il fallait avoir le visa de quelque part… ailleurs… parfois avec le geste pour comprendre qu’il s’agit de la Présidence et souvent pour comprendre qu’il s’agit plutôt du Premier ministère. Mais quelque soit l’Autorité qui fait ombrage à l’exercice d’une profession déjà en proie à de nombreuses difficultés, des remarques s’imposent.
Vue de l’extérieur, la Mauritanie est un pays qui donne une idée de la Géhenne. Terre d’esclavage, son peuple croupit sous une dictature violente. Le pays est sous l’emprise des trafiquants de drogue et d’arme, s’il n’est pas la terre de refuge des terroristes jihadistes. Passage obligatoire de l’immigration clandestine, la Mauritanie reste la patrie de l’exploitation de l’homme par l’homme.
Pas de liberté d’expression. Pas de liberté d’association. Pas de liberté de culte. Pas de liberté individuelle encore moins collective.
Le racisme comme pratique institutionnelle et comme doctrine sociale. La prostitution comme religion. Le vandalisme comme méthode de gouvernement.
Les sites d’informations, les acteurs politiques mécontents, les opérateurs économiques insatisfaits… tous participent consciemment ou inconsciemment à fabriquer une telle image.
Et quand il y a une volonté qui se manifeste quelque part pour essayer de renverser l’image au moins de l’atténuer, c’est le gouvernement qui la torpille.
Refuser à un journaliste d’avoir les accréditations nécessaires pour mener son travail en toute légalité, c’est faire preuve de bêtise incommensurable. Et ouvrir la voie aux excès et au travail clandestin.
Du coup, le gouvernement confirme ainsi sa volonté d’en découdre avec les espaces de liberté, de remettre en cause ses engagements et, de fait, de prendre les airs d’une dictature. Parce qu’un(e) ministre et/ou un Premier ministre ne respecte pas les institutions, parce qu’il profite de sa position pour régler des comptes, pour faire mal à ceux qu’il a décidé de traiter en ennemis, c’est tout un système qui se retrouve dans la ligne de mire des défenseurs de droits.
Ce gouvernement aurait dû déployer ses efforts en vue de donner la meilleure image du pays, de son système politique et de son président. Mais non. Il est occupé à se battre pour confirmer ce que les excès d’opposition ont construit ces dernières années.
Après avoir échoué à accompagner la vision de son chef, après avoir saboté le processus de refondation par les choix incongrus, après avoir ridiculisé le processus référendaire, après avoir occupé l’espace public par les guerres claniques… ce gouvernement s’ingénue à donner la plus mauvaise image qui puisse être de la Mauritanie…
Nous nous apprêtons à vivre le plus positif de nos tournants, celui d’une alternance au sommet de l’Etat.
Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui a sauvé le pays de la banqueroute en 2005, qui a redressé la barre en août 2008, a refusé de céder à la tentation de remettre en cause la limitation des mandats. De lui-même.
Et contre la volonté affichée de ses «faux amis» et de ses vrais ennemis.
«Dieu, gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge». Jamais une telle affirmation n’a été aussi pertinente. Rien n’est plus préjudiciable au Président Ould Abdel Aziz que son gouvernement actuel.

dimanche 18 mars 2018

UPR : La guerre des clans continue


Le ministre Mohamed Abdallahi Ould Oudaa n’ira pas diriger la mission de sensibilisation de l’UPR au Hodh Echargui. Le Premier ministre aurait contesté l’envoi de «cet opposant» dans «sa» région… rappelant ainsi que les lignes n’ont pas bougé sur le front des querelles intestines.
Même si le parti a entamé le processus de transformation tracé par la commission désignée par le Président de la République, il est toujours en proie aux querelles internes…

Sitôt ses textes adoptés par le Conseil national transformé en congrès extraordinaire le 5 mars, l’Union pour la République (UPR) a envoyé ses missions à l’intérieur expliquer de quoi il s’agit.
Sur le plan organisationnel, il va falloir expliciter les grands changements intervenus sur proposition de la Commission ad hoc désignée par le Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui lui avait donné la mission de faire l’état des lieux du parti pour permettre la redynamisation de ses structures. Le travail proposé a été le fruit d’une large concertation qui a impliqué les instances actuelles, les organisations de femmes et de jeunes, les élus ainsi qu’une brochette de cadres qui ont, deux jours durant, discuté du plan d’actions proposé.
La nouvelle philosophie de l’organisation du parti a pour finalité la représentativité. Comme exigé par le Président Ould Abdel Aziz, «l’implantation doit traduire la réalité des adhésions» pour savoir ce que le parti pèse effectivement. Pour ce faire, toutes les instances seront élues dans des conditions maximales de transparence et sans exclusion. D’où l’introduction de la proportionnelle au niveau des instances.
Parmi les nouveautés, la création de la zone qui regroupe plusieurs unités de base (un minimum de 3, un maximum de 30 appartenant à la même zone géographique). Ces zones (territoires) sont dirigées par un bureau élu pour cinq ans. Il comprend son président, un secrétaire chargé des opérations électorales, un autre chargé de l’orientation politique, un troisième de la promotion sociale, un quatrième chargé des finances, en plus d’un représentant des jeunes et d’un deuxième pour les femmes. D’ailleurs, il a été décidé de créer sur le plan national une Commission des femmes pour les impliquer d’avantage et mieux intégrer les questions genres et toutes les problématiques sociales qui en découlent.
Mais la grande nouveauté reste la création du Bureau politique chargé de suivre la vie du parti au quotidien. Il veille à l’application des décisions des instances dirigeantes (Conseil national et Bureau Exécutif), prend les positions sur les questions de l’heure. Mais il est surtout le cadre de coordination entre le parti, l’Assemblée nationale et le gouvernement.
Sa composition en dit long sur le constat qui le justifie : en plus du président du parti, il comprend le Premier ministre, le président de l’Assemblée (sinon celui du groupe parlementaire UPR), le secrétaire exécutif chargé du dossier politique et celui chargé des candidatures et des opérations électorales. Ce qui trahit une prise de conscience des effets néfastes des déchirements qui secouent la Majorité depuis 2015 et qui sont aujourd’hui évidents.
L’un des conflits ouverts et qui semble préoccuper en haut lieu, est celui qui a opposé – qui oppose encore – le Premier ministre au président du parti. L’interférence du premier dans les affaires politiques et ses velléités de faire main basse sur l’ensemble de la vie publique, expliquent largement ce conflit qui a été à l’origine de la fronde des sénateurs et des mauvais résultats du référendum fondateur du 5 août dernier. Ce conflit explique aussi les «perturbations» source d’incompréhensions au sein du public qu’il appartienne ou non à l’UPR.
Quand le Président a choisi de prendre part à la cérémonie d’ouverture des journées de réflexion, il s’agissait, en plus du soutien public au processus, d’obliger les protagonistes à aller ensemble. A ceux parmi eux qui avaient des velléités, de se ranger derrière la direction du parti et d’accepter «d’être disciplinés» publiquement. Mais la leçon a-t-elle été retenue pour autant ?
Une situation inédite qui a déjà coûté cher à l’Appareil d’Etat pour ne pas dire au système qui a dû recourir aux méthodes éculées pour faire passer son projet de réforme constitutionnel qui n’avait pourtant aucune difficulté à passer. Coûtant aussi en engagements personnels du Président de la République qui s’est retrouvé à chaque fois obligé de se mettre en avant pour protéger ses collaborateurs qui l’ont mis à mal. Des collaborateurs qui, au lieu de proposer des solutions, ne savent que poser les problèmes. S’ils mettaient autant d’adresse à éviter les coups et à les laisser toucher le Président, que dans leur exercice quotidien, il n’y aurait pas aujourd’hui autant d’incertitudes sur la situation.
Le processus de renouveau du parti met en perspective l’urgence pour lui de se préparer aux échéances toutes proches. Celles de 2018 avant celle de 2019.
Dans quelques semaines voire quelques jours, une nouvelle CENI doit voir le jour. Nouvelle par le nombre de ses membres (11 au lieu de 7), par ses compétences plus larges que par le passé, par son mode de désignation sur la base d’une proposition faite au Président de la République de 22 noms (11 fournis par la Majorité et 11 par l’Opposition) avant de voir les 11 sages nommés par décret élire parmi eux un président et ses adjoints.
Ce mode de désignation annonce les difficultés qui peuvent se poser donc le temps que cela peut prendre. Alors que nous sommes en face de délais incompressibles s’agissant des modalités prévues pour organiser les scrutins (renouvellement des listes électorales, convocation des collèges électoraux, fixation des rendez-vous…).
La désignation d’une nouvelle CENI est un test déterminant pour la participation d’un large spectre de l’espace politique. Si l’on réussit à faire «le bon choix», cela diminuera considérablement les appréhensions des uns et des autres et délégitimera les présomptions d’intelligence entre cet organe (en principe) indépendant et l’Exécutif.
En tout état de cause, les échéances attendues arrivent dans un contexte particulier. La fin du mandat présidentiel, le départ à la retraite d’une bonne partie de l’encadrement national, la jeunesse de la population, la prise de conscience et l’émancipation de la pensée individuelle… sont autant de facteurs favorable à l’émergence d’un «courant alternatif» à même de faire évoluer la situation mauritanienne. Les échéances de 2018 sont le test qui permettra ou non de passer le cap en traçant la voie à suivre pour la meilleure des transitions.
Encore faut-il que l’élite y croit en s’appropriant le processus actuel.

Ould Oumeir
La Tribune N° 747 du 12 mars 2018