mercredi 10 mai 2017

Témoignage (tout à fait) personnel

Malgré des relations sociales qui nous prédisposaient à aller l’un vers l’autre, ce n’est qu’en 1995 que je rencontre le colonel Eli Ould Mohamed Val alors Directeur général de la Sûreté. Ce qui ne m’a pas empêché de le percevoir comme l’un des officiers sur lesquels on devait compter dans la réalisation du destin du pays. Je le dis pour expliquer la relation bienveillante que j’entretenais avec lui.
Eli Ould Mohamed Val était perçu par l’aire politique et sociale à laquelle j’appartenais, comme l’un des officiers politisés du pays, un officier qui pouvait constituer un recours, le jour venu, dans le sauvetage de la situation qui était appelée à se détériorer fatalement.
Nous croyions alors que certains officiers étaient plus aptes, mieux disposés que d’autres à risquer pour le bien du pays. Eli Ould Mohamed Val comptait bien parmi ceux-là, ceux que nous qualifions pompeusement de «Modernistes».
Dans mes recherches sur lui et sur son parcours, une figure historique du Baath en Mauritanie va m’apprendre que le surnom que la branche militaire du mouvement lui donnait était … «Wul ‘Umayr», en hommage au prestigieux Emir du Trarza, l’un des précurseurs du Nationalisme arabe en Mauritanie.
C’est pourquoi, dans notre récit des évènements, nous allions lui donner un rôle central dans le changement de décembre 1984. Et c’est pourquoi nous nous considérions ses obligés quand le régime de Maawiya Ould Taya commença à se durcir.
En avril 1995, je revenais de France où j’avais obtenu une interview de feu Moktar Ould Daddah qui avait rompu le silence depuis peu. J’ai été contacté par un homme d’affaires auquel pourtant rien ne me liait, pour me dire qu’il me demandait de rencontrer le colonel Eli Ould Mohamed Val. J’étais surpris par la démarche, la personne en question n’étant pas le meilleur canal par lequel le DGSN devait passer pour me solliciter.
Sentant mes réticences, l’intermédiaire me dit : «Ecoute, j’ai eu l’information selon laquelle tu es resté quelques jours avec Moktar Ould Daddah. Tu aurais eu accès aux mémoires en préparation et je l’ai dit au colonel en lui proposant de te voir…»
L’homme appelle et me dit que je suis attendu à 18 heures. Ce sera l’unique fois où je prendrai un thé dans la maison de Ould Mohamed Val. La rencontre me permit de lui tenir le discours suivant :
«Je ne sais pas qui vous a dit cette histoire de mémoires mais il n’en est rien. Je me permets de vous signaler qu’il en va de tout ce qu’on vous rapporte. Je profite donc de cette rencontre pour vous dire que j’appartiens à un état d’esprit qui distingue entre ceux qui sont qualifiés de Modernistes et ceux qui préfèrent l’immobilisme. Ceux-ci travaillent à l’isolement du Président Ould Taya en lui faisant croire aux complots et en le convainquant que les expressions légitimes d’un ras-le-bol général sont le fruit de la manipulation des comploteurs. C’est pourquoi nous les combattons. Nous pouvons nous tromper sur les autres, sur leur patriotisme, sur leur engagement, sur leur détermination, sur leurs convictions démocratiques… mais c’est ce qui nous reste parce que nous ne croyons pas à un changement de l’extérieur du système. Colonel, nous croyons que vous faites partie de ces gens qu’il est de notre devoir de soutenir et de défendre, les ennemis essayant de les déstabiliser par tous les moyens. On n’en attend rien.»
Très rapidement la discussion a pris un tournant autre, le colonel m’amenant à parler des derniers écrits ayant attiré mon attention. Je venais de lire des textes du philosophe français Michel Omfray. De quoi animer le temps d’un thé.
J’en sortis conforté dans l’idée qu’il s’agissait là d’un homme d’Etat qui méritait d’être protégé contre les campagnes de protagonistes de plus en plus insidieux et toujours dangereux. A plusieurs reprises, j’eus l’occasion de lui faire la preuve de mon soutien contre les protagonistes embusqués.
La douzaine de jours de jours que je suis resté entre les mains de la police politique en avril 2002, me confortèrent dans ma conviction : le colonel Eli Ould Mohamed Val était bien la cible de combines qui visait à le disqualifier en suggérant qu’il était une menace pour le système Ould Taya.
Le 9 juin 2003, c’est vers le colonel Eli Ould Mohamed Val que je me tourne. D’abord pour le féliciter. Ensuite pour lui dire que c’est cette situation que nous craignons : une sédition d’un groupe, bravant la hiérarchie et tirant dans le tas pour tenter de renverser le pouvoir. Je le quitte avec la conviction qu’il comptera dans le dispositif d’après Ould Taya.
Ma conviction était si forte que, le 3 août 2005, quand mes confrères de RFI m’appellent alors que j’étais à Akjoujt revenant d’Atar, je leur dis sans hésiter : «Le coup a été préparé et exécuté par deux jeunes colonels : Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazwani, mais ils seront obligés de faire appel au colonel Eli Ould Mohamed Val pour diriger le pouvoir…» Cet entretien a commencé à être diffusé à 7 heures du matin ce 3 août alors qu’à Nouakchott, la rumeur d’une tentative avortée était encore accréditée.
Mais dès qu’on m’a dit que ce sont les éléments de la Sécurité présidentielle qui tiennent la ville, j’étais sûr que le colonel Ould Abdel Aziz avait décidé de passer le rubicond. Qui dit Ould Abdel Aziz dit nécessairement Ould Ghazwani, les deux hommes étant liés au point de devenir inséparables. J’en déduisais que la jeunesse des deux hommes devait les empêcher d’exercer eux-mêmes le pouvoir. Surtout qu’ils avaient besoin de rassurer et de ne pas bousculer la hiérarchie, pour mener à bien le changement qu’ils envisageaient. L’unique solution qui s’offre alors est de se tourner vers le colonel Eli Ould Mohamed Val qui avait une envergure et une aura lui permettant d’unir et de rassurer.
Quelques semaines après son arrivée à la présidence, un ami commun m’appela pour me dire que le Président lui avait dit qu’il me recevait à 11 heures dans son bureau. La première fois que j’entrais dans les lieux.
Je lui faisais remarquer que les premières nominations à la Présidence inquiétaient plutôt pour la suite. Je n’eus pas besoin d’expliquer parce que le Président ne m’attendait pas sur ce sujet. Il parlait très bas. Je compris cependant qu’il n’avait rien à me dire de particulier et qu’il attendait de moi des sollicitations. Je me permis quand même de faire un bref exposé de mes espérances pour la Mauritanie, notamment sur les dossiers qui peuvent être définitivement réglés pendant la transition annoncée. Particulièrement le dossier du passif humanitaire, celui de l’éducation et de la refondation de l’Etat mauritanien. A mon avis, une transition peut servir à apurer tous les passifs et à bousculer les présupposés.
J’eus le temps de lui dire combien j’étais personnellement heureux que ce soit lui qui arrive au pouvoir, ce qui lui permettait de se rendre compte par lui-même que ma relation avec lui a toujours été saine et que rien n’est sorti de ce qu’on se disait.
J’ai naturellement accompagné la transition de 2005-2007. Apportant un bémol suite à l’appel au vote blanc. C’est peut-être le point de départ d’une profonde divergence qui est cependant restée au niveau de l’appréciation politique d’une situation donnée.
Je célébrais le plus jeune officier de la classe du Comité militaire de Salut national (déjà), remettant le pouvoir au premier Président régulièrement élu en mars 2007. Et je continuais à apprécier avec bienveillance l’homme qui a fait partie des symboles de ce pays. Parce que le temps passé a fait de moi un frère, du moins un élément de la famille. C’est comme cela que j’explique cette grande affection que je voue à Saleck, à Ahmed que je connais pourtant peu, mais aussi à Ahmed Baba, à Bezeyd, à toute la famille Ehl Deyda que je connais beaucoup mieux… Une affection qui m’envahit à l’évocation de Eli et qui me rend triste. Profondément triste…
A Oum Kalthoum, aux enfants, à la grande famille, aux amis qui m’ont permis de connaitre l’homme dans sa vérité d’homme de culture, d’homme de consensus, d’homme d’envergure et de relations, à Mohamed Ould Bouamatou, Ahmed Ould Hamza, Baba Ould Sidi Abdalla… à tous les Mauritaniens, je présente mes condoléances les plus attristées.

Nous sommes à Allah et à Lui nous revenons.  

jeudi 25 août 2016

J'ai perdu un ami, J'ai perdu un frère

Quand je l'ai connu "physiquement" en 1992, Brahim Ould Boucheiba avait encore tout pour séduire: la prestance, la générosité, le calme et la sérénité qu'il diffusait dans son sillage… On ne pouvait pas être malheureux à côté de "BB" (je saurai plus tard que c'est comme ça que ses amis l'appelaient affectueusement). Donc j'étais fatalement attiré par le personnage, surtout que j'appartenais à une génération qui fut "noyée" dans les belles histoires de Brahim: ses amours impossibles, ses réussites improbables, ses amitiés innombrables, ses démêlés continus avec les pouvoirs militaires… Il faisait partie de ces super-héros qu'on affublait de tous les attributs et qui finissaient par nourrir un imaginaire digne des grandes sagas romanesques.
Il m'intrigua au tout début mais un connaisseur de chez moi me le résuma ainsi: "Dis-toi toujours que Brahim Ould Boucheiba est un homme de bien. Dans l'Absolu. Dis-toi qu'il ne mènera jamais une action en vue de faire mal à quelqu'un, qu'il ne sacrifiera jamais une amitié ou même une promesse de relation pour un intérêt matériel vulgaire, que quoi qu'il en soit il restera foncièrement un homme de bien… Le reste tu l'apprendras en le connaissant".
Ce résumé m'a effectivement permis de dépasser les premières appréhensions pour apprendre à connaitre l'homme dans toutes ses dimensions.
Son intelligence fulgurante du monde lui permettait de ne jamais se trouver dans l'impasse. Ce qui me faisait dire qu'il était auréolé d'une dimension qui relève de "l'administration de l'invisible", une baraka qui lui permettait de toujours s'en sortir.
Son ouverture d'esprit extraordinaire en faisait un homme de dialogue qui se retrouvait inévitablement au centre de toutes les démarches apaisantes, toujours engagé dans une entreprise de rapprochement. La Mauritanie des dernières décennies lui doit beaucoup dans l'assouplissement des rapports entre les acteurs politiques. Il est des situations où l'action de Brahim a été déterminante pour éviter LA confrontation entre des acteurs déchainés et qui n'avaient plus rien à perdre.
Son sens de la mesure diffusait une tranquillité qui dictait à son environnement de relativiser tout ce qui arrivait, de ne jamais prendre les "secousses" trop à coeur. Mais aussi de ne jamais se laisser gruger par les réussites faciles. Il faut assurer et s'assurer de la continuité dans ce qui est possible: le don de soi en vue de servir l'autre, en vue de propager la quiétude tout autour, en vue de participer à l'harmonie du monde et de refuser les fractures irréversibles… Une ligne de conduite qui a fait la vie de Brahim Ould Boucheiba et que nous devons lui reconnaitre aujourd'hui.
…Juillet 1999, je me sens obligé de faire le déplacement vers le Maroc pour assister aux adieux au Roi Hassan II, la place de l'homme dans mon coeur et l'importance historique du moment m'amènent à faire fi de mes moyens. Quand j'échoue, emporté par une foule immense, aux abords du lieu où reposent les derniers rois de la dynastie Alaouite, je ne sais quoi faire. Je me dirige alors vers l'Hôtel Safir, non loin de là, avec l'idée de pouvoir me reposer en attendant de trouver une solution. Je m'affale sur le premier siège et je me retrouve nez-à-nez avec Brahim Ould Boucheiba. Je comprendrai plus tard qu'il était, à ce moment-là, dans la même situation que moi. Mais ma présence lui donna une nouvelle énergie et nous passâmes le meilleur séjour qui soit. C'est d'ailleurs lui qui manoeuvrera pour que la présence de feu Moktar Ould Daddah soit l'évènement et non la participation (exceptionnelle) du Président Moawiya Ould Taya en froid à l'époque avec le Maroc. Résultat: à voir la presse de ces jours-là, la Mauritanie était représentée par son premier Président et non celui qui présidait à ses destinées à ce moment-là. Un coup de maître.
Mon ami Brahim tenait deux choses pour sacrées: Cheikh Yacoub Ould Cheikh Sidiya et Moktar Ould Daddah. Tous les autres relevaient du domaine de l'humaine condition.
Qu'il repose en paix au milieu de ceux qu'il a aimés et adulés, en ce lieu béni d'Al Ba'latiya. Que nous autres, trouvions réconfort dans l'évocation du souvenir de cet ami fidèle, de ce frère attentif, de ce père compréhensif… Mille et mille histoires pour dire cet homme immensément bon, pour dire son courage face à la maladie qu'il a affrontée comme il faisait avec les vissiscitudes (presque) ordinaires de la vie, pour dire toute cette force qu'il avait pour surmonter et vaincre les difficultés qui semblaient insurmontables…
Nous lui devons de le raconter à nos enfants parce qu'il restera une légende vivante.

mercredi 3 août 2016

3 août 2005-3 août 2016 : Comment est arrivé le changement ?

Le 2 août 2005, la Mauritanie est dans une impasse totale:
-       * Faillite politique avec l’hégémonie d’un Parti-Etat qui a participé à la dépréciation des institutions publiques par la fraude et l’usage du faux; un Parti-Etat qui a corrompu l’action politique par le clientélisme érigé en méthode de gouvernance; un Parti-Etat qui a fini par monopoliser l’espace politique.
-       * Faillite idéologique étant donné que le “mouvement de restructuration du 12/12/84”, acte fondateur du système du Président Moawiya Ould Taya, n’a rien proposé comme projet de société. En vingt-et-un ans d’exercice, la somme des réalisations se résume en un modernisme débridé, une démocratie tronquée, une économie exsangue, un système détraqué et une société éclatée…
-       * Faillite morale, avec notamment le dérèglement des valeurs fondatrices de la République et la prostitution des esprits.
-       * Faillite diplomatique, la Mauritanie devenant cet “orphelin géopolitique” qui n’était plus ni “pays africain” ni “pays arabe” après avoir été tous les deux en même temps.

Cette Mauritanie au bord de la banqueroute venait de connaitre ses premières attaques terroristes. Le 4 juin, le Groupe salafiste de prédication et de combat (GSPC) attaquait la garnison militaire de Lemghayti tuant une quinzaine de soldats mauritaniens. Une attaque qui permettra au groupe algérien de se faire la main avant de se muer en Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI). Une attaque qui fait craquer le système et son chef en premier.

Samedi 4 juin 2005, vers 17 heures, le Président Moawiya Ould Taya convoque certains officiers à la présidence. Parmi eux: le colonel El Arby Ould Jideyne, chef d’Etat Major de l’Armée nationale, l’aide-de-camp du Président colonel Hanenna Ould Sidi, le commandant de la sécurité présidentielle colonel Mohamed Ould Abdel Aziz et colonel Mohamed Ould Ghazwani chef du Deuxième Bureau (renseignements) de l’Armée. Le Président leur annonce l’attaque contre Lemghayti. Il venait d’apprendre les faits par l’intermédiaire d’un trafiquant de la zone qui se trouve être son cousin.
Les présents sont surpris par la violence des propos du Président qui a accusé les dirigeants de l’Armée d’être incompétents et irresponsables. C’est le point de départ d’un cycle de réunions qui ont marqué pour ceux qui y participaient la déchéance psychique du chef de l’Appareil. Le trauma était si profond que les réunions devenaient insupportables. Entre un Président excédé par la découverte de l’inanité de son système de sécurité et de défense et des officiers découvrant l’ampleur du désarroi d’un chef qui, malgré son passé militaire, semblait dépassé voire détraqué par le choc de l’évènement, entre eux la barrière de la communication s’épaississait de nuit en nuit, de réunion en réunion.
Les plus jeunes d’entre les officiers, Ould Abdel Aziz et Ould Ghazwani n’hésitaient jamais à le tempérer dans ses jugements, à remettre en cause ses propositions de manoeuvres militaires ne répondant souvent à aucune doctrine en la matière. Et quand ils quittaient les lieux, ils essayaient entre eux de tirer les conclusions de cette situation qui risquait d’entrainer le pays vers la dérive.
Une seule fois, ils ont voulu sonder le colonel Hanenna Ould Sidi qui, tout en donnant l’impression d’approuver les appréciations, n’avait montré aucun intérêt à en discuter clairement.
Ces nuits étaient l’occasion pour le Président d’imposer sa vision de l’action militaire à mener. Pour lui, il fallait équiper quelques bataillons et les envoyer “traverser le Mali et le Niger, d’ouest en est”. L’ordre était de “ramener Bellawar mort ou vif”.
Des officiers furent envoyés sur place pour préparer le contingent devant mener la contre-attaque. Chaque fois que l’un d’eux est envoyé en plein desert, c’est une chance parce que cela lui évite de souffrir les folies du chef.
Il faudra attendre plus de deux semaines pour voir les premiers éléments du contingent équipés et prêts à partir, grâce notamment au concours des groupes d’affaires qui ont assuré chacun un aspect de la préparation de l’expédition punitive: la logistique assurée par l’un, l’armement par un autre, les voitures par un troisième…
Tout pour dégoûter et alarmer les officiers qui paniquaient de plus en plus à l’idée que tout risquait de s’écrouler dans le pays. Même s’il leur arrive à en discuter à trois, parfois à quatre, et surtout au cours des missions de l’intérieur, seuls les jeunes colonels Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Ghazwani en parlaient ouvertement entre eux. Plusieurs fois, les deux officiers ont été confrontés à des situations où ils avaient réellement pensé à renverser le régime.
Au lendemain des élections présidentielles de 2003 quand le gouvernement de l’époque avait recouru au montage du GRAB I qui accusait ses protagonistes d’avoir fomenté une prise violente du pouvoir. La discussion tournait autour de : jusqu’à quand le pays va-t-il supporter ces mascarades? Mais elle n’est pas allée plus loin que de se dire qu’à eux d’eux ils avaient la force nécessaire pour changer le cours des évènements: le colonel Ould Abdel Aziz dirigeait le Bataillon de la sécurité présidentielle, corps d’élite renforcé depuis le putsch manqué de juin 2003, le colonel Ould Ghazwani avait encore sous son commandement le Bataillon Blindé (BB) qui était en cours de réorganisation et qui n’avait rien perdu de sa force de frappe depuis le putsch. Le projet restera au stade de discussions et n’ira pas plus loin.
Les suites données à la tentative d’août des Cavaliers du Changement et surtout la purge sur la base du délit de parenté, mais aussi le traitement fait aux prisonniers accusés à tort ou à raison d’avoir participé à la tentative, tout cela devait aboutir à une irritation qui ramènera la discussion autour de la facilité de procéder à un changement de la situation.
Il faut attendre cependant ces nuits cauchemardesques pour que l’idée se précise et pour que la détermination soit au rendez-vous. Le pays ne pouvait pas supporter le hasard d’un coup mortel porté au Président ou encore l’aventurisme d’officiers incertains et peu préparés, comme ce fut le cas en juin 2003.
Moralement les deux hommes avaient immédiatement exclu la possibilité pour eux de venir directement à la résidence procéder à l’arrestation du Président Ould Taya. “Ne pas humilier”, c’est la règle qui doit caractériser l’action à venir.
Fin juillet 2005, deux voyages du Président Ould Taya étaient annoncés. Celui du 15 août qui devait mener le Président à Néma au Hodh, mais il fallait éviter tout ce qui pouvait entrainer une confrontation entre forces mauritaniennes. À Néma, le Président sera loins du dispositif pouvant assurer un minimum de sécurité pour l’opération.
Le deuxième voyage était celui prévu pour Paris, juste au retour de Néma. Mais comment la France va-t-elle réagir? Ne risquait-on pas de livrer le Président Ould Taya à ses détracteurs militants des droits et cherchant à le traduire devant la justice international?
Dimanche 31 juillet 2005, une énième réunion des chefs militaires pour apporter les dernières retouches à l’expédition punitive dont les premiers éléments étaient perdus dans le désert malien après un premier accrochage avec les terroristes.
Parmi les présents: Colonels El Hady Ould Sediq, chef d’Etat Major particulier, El Arby Ould Jideyn, chef d’Etat Major de l’Armée nationale et son adjoint Abderrahmane Ould Boubacar, Sidina Ould Yehye Inspecteur général des forces armées, Ahmed Ould Amoyne chef de l’armée de l’air, Alioune Ould Soueylim chef du troisième bureau (B III), Mohamed Ould Ghazwani chef du deuxième bureau (BII) et Mohamed Ould Abdel Aziiz commandant du BASEP.
Entre autres insanéités décidés au cours de cette réunion, la décision d’envoyer les colonels Abderrahmane Ould Boubacar et Mohamed Ould Ghazwani dans le désert malien. L’ordre du Président était à peu près ainsi libellé : “Vous allez partir dans des voitures banalisées, deux GX ou VX, avec assez d’argent de différentes monnaies. Votre mission consiste à investir les milieux touaregs et arabes du Nord malien pour localiser et exfiltrer Bellawar. Je le veux vivant et je suis sûr qu’il vit tranquillement parmi les populations du Nord. Au chef d’Etat Major de vous disponibiliser tout ce dont vous avez besoin dès demain matin”.
La réunion prend fin vers deux heures du matin. Toujours le même sentiment d’amertume et de crainte pour l’avenir du pays. Chacun rentre cependant chez lui sans vraiment penser au lendemain.
Tôt le matin, on apprend le décès, la veille, du Roi Fahd Ibn Abdel Aziz. L’occasion pour Ould Taya de réchauffer des relations depuis longtemps tendues. Comme il avait fait avec le Maroc à la suite du décès de Hassan II, il va essayer d’aller faire preuve de solidarité et ouvrir une nouvelle page avec les dirigeants à venir.
Avant midi, les colonels Ould Abdel Aziz et Ould Ghazwani sont ensemble pour ne plus se quitter. La décision est prise de passer à l’acte pendant l’absence du Président Ould Taya.
Sur le déploiement des forces, les nombreuses discussions avaient presque tout scellé. Le mouvement doit s’appuyer sur le BASEP et sur le BB sur lequel le colonel Ghazwani exerce toujours une autorité. Il fallait identifier d’abord les officiers à embarquer dans le projet, ensuite fixer les rôles futurs et enfin identifier les poches probable de résistance et les neutraliser à temps.
Mais avant cela, il falait fixer la méthodologie et le projet à venir. Ce coup d’Etat devait rompre avec la tradition: pas de couvre-feu, les partis ne seront pas dissouts, la vie publique suivra son cours, aucun discours vindicatif ne sera de mise, même les marches populaires de soutien doivent être contenues dans un premier temps, et surtout aucune goutte de sang ne doit couler.
Les intentions devraient être annoncées très tôt: une transition, la plus courte possible; des concertations larges et ouvertes; réformes fondamentales de la Constitution de manière à assurer l’alternance (limitation des mandats et de l’âge); mise en place de structures assurant la régularité des scrutins à venir auxquels les membres de la junte et ceux du gouvernement ne pourront se présenter… Même si ces déclarations d’intention doivent être claires dès le début, il fallait d’abord libérer tous les prisonniers politiques et laisser s’émanciper toutes les expressions.
C’est à ce moment seulement qu’il va falloir penser à l’implication des autres. Les colonels Sidina Ould Yehye, El Arby Ould Jideyne (qui avait déjà menacé de démissionner) sont cités par les deux jeunes colonels amis. Mais c’est finalement le colonel Eli Ould Mohamed Val qui sera choisi pour être associé probablement pour diriger la junte. Tout porte à croire qu’il y verra l’opportunité de faire oublier 20 ans de gestion de l’Appareil policier d’un pouvoir qu’il sait à la limite de toutes ses possibilités. Mais comment l’aborder et que faut-il lui demander?
L’une des expéditions punitives contre les terroristes en terre malienne avait rapporté une cassette de l’attaque de Lemghayti. Le directeur général de la sûreté avait demandé au colonel Ould abdel Aziz copie de cette cassette qui était entre les mains des militaires du deuxième Bureau de l’Armée. C’était le moment de la lui donner et d’en profiter pour discuter avec lui. Ou il acceptait et on s’en tenait à agir dans la nuit de mardi à mercredi, sinon l’action devait suivre immédiatement l’entretien quitte à faire sans les autres.
Le colonel Ould Abdel Aziz lui fit un bref et clair exposé sur leurs intentions, détaillant leurs capacités et taisant l’absence d’autres officiers dans la démarche. Il se contentera de lui dire que “des officiers ont decidé…” et qu’ils lui proposaient de diriger la transition qui devait suivre. Il accpeta tout en demandant quel était son rôle dans l’accomplissement de l’acte. Son jeune cousin lui indiqua qu’il avait deux missions principales: impliquer les colonels Abderrahmane Ould Boubacar et Mohamed Ould Znagui commandant la sixième région militaire, mais seulement la veille et faire assurer la sécurité par la police le jour du coup d’Etat parce que l’Armée ne devait pas être exposée dans les rues comme par le passé. Vers minuit en ce lundi 1er août, l’accord était scellé non sans encombre. Le chef des renseignements voulait s’assurer qu’il ne s’agira pas d’une aventure qui allait fatalement tourner mal.
Dans la nuit de lundi à mardi, les deux colonels Ould Abdel Aziz et Ould Ghazwani explorent les lieux d’éventuels intervention: les domiciles des chefs militaires à neutraliser immédiatement: colonels El Arby Ould Jideyn, Aïnina Ould Eyih chef d’Etat Major de la Garde nationale, Sidi Ould Riha chef d’Etat Major de la Gendarmerie nationale, Sidi Mohamed Ould Vayda qui commandait le bataillon parachutiste et Cheikh Ould Chrouf à la tête du BCS chargé de la sécurité de l’Etat Major. Autres centres compris dans la reconnaissance: la radio, la télévision, le Génie militaire, l’artillerie…
Quand les deux homes s’assoupissent après la prière matinale, tout est fin prêt, toutes les actions sont définies et minutées. Il fallait attendre le résultat de la discussion entre les colonels Eli Ould Mohamed Val et Abderrahmane Ould Boubacar au cours du diner prévu chez le premier.
Dernières retouches au projet. La dénomination de la junte doit évoquer la justice et la démocratie (Comité militaire pour la justice et la démocratie); tous les commandants de régions doivent figurer dans la liste; faire attention aux dosages parce que toute la Mauritanie doit se sentir représentée. Problème: les purges opérées dans les années 90 ont vidé le commandement de l’Armée de l’élément négro-africain. On trouvera toujours…
22 heures mardi soir. Le colonel Ould Mohamed Val appelle: Ould Boubacar est avec lui et demande consigne. Il faut lui dire, tout comme à Ould Znagui que quelqu’un prendra contact avec eux. Un rendez-vous est immédiatement donné à Ould Boubacar. Les deux homes lui demandent d’abord d’entrer en contact avec le commandant du GR9 (le groupement de la Garde chargé d’assurer la sécurité des lieux publics et des responsables à Nouakchott), le colonel Yacoub Ould Amar Beytat pour l’associer au projet et lui faire jouer un rôle principal: celui de sécuriser au profit des putschistes les édifices publics et de faciliter le reste des actions. Le colonel Ould Boubacar devait ensuite, en tant que chef d’Etat Major adjoint se rendre à son bureau et assurer le commandement du quartier général des forces armées.
Le moment de l’action est arrivé. Direction : les officiers à neutraliser. Le premier à l’être est El Arby Ould Jideyn, chef d’Etat Major national. Il est cueilli dans sa maison. Surpris, il demande: “que se passé-t-il?” C’est Ould Abdel Aziz qui lui répond: “Elmesrahiya ouvaat” (la mascarade est finie). Et Ould Jideyn de répondre avec un sang-froid remarquable: “oui, je le savais”. Avant minuit, il était déjà confortablement installé dans l’une des villas du Palais du Congrès où il sera rejoint le même soir par Aïnina Ould Eyih, Sidi Mohamed Ould Vayda et Cheikh Oud Chrouf. Sidi Ould Riha résistera jusqu’au lendemain matin en se rendant lui-même à l’Etat Major de l’Armée.
Les arrestations sont opérées par une unité du BASEP sous le commandement des deux colonels Ould Abdel Aziz et Ould Ghazwani. La nuit ne sera pas longue et dès midi le lendemain, tout est sous contrôle.
Une réunion à quatre se tient à l’Etat Major: Eli Ould Mohamed Val, Abderrahmane Ould Boubacar, Mohamed Ould Abdel Azizi et Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed (Ould Ghazwani).
Le nom de la junte est déjà choisi: CMJD (comité militaire pour la justice et la démocratie).
Le débat est ouvert autour de la période de transition et de la composition du Comité et surtout de la disposition de ses membres. Les jeunes colonels imposent la date limite de la transition à 24 mois malgré quelques réticences, Ould Mohamed Val arguant que les réformes demandent plus de temps.
C’est ensuite la question de la disposition des membres du CMJD qui fait tiquer. Le colonel Ould Boubacar estime qu’il faut respecter la hiérarchie militaire, mais les jeunes pensent qu’elle a été suffisamment respectée avec la mise en avant des deux colonels Ould Mohamed Val et Ould Boubacar. Il n’est pas question pour eux de figurer sur les dernières lignes alors qu’ils sont les véritables auteurs du coup d’Etat. La liste est finalement établie et même les nouvelles attributions de chacun sont fixées. Eli sera Président du CMJD, Ould Boubacar chef d’Etat Major, Ould Ghazwani directeur general de la sûreté et Ould Abdel Aziz restera au BASEP.
La liste est confectionnée et les dosages respectés. La composition du groupe révèle l’ordre de préséance : après le président du CMJD et le chef d’Etat Major, ce sont les noms de Ould Abdel Aziz et de Ould Cheikh Mohamed Ahmed (Ghazwani) qui suivent, malgré l’ancienneté des autres. Tout est dit : les vrais auteurs du changement, les vrais maîtres du jeu ce sont ceux-là. Mais l’on va faire semblant.
Le communiqué final annonçant le changement peut être diffusé par l’AMI et les autres organes officiels pour permettre de mettre fin ainsi à al ruemeur d’un putsch manqué.
C’est au terme de la première réunion du CMJD que le choix du Premier ministre a été fait. Sidi Mohamed Ould Boubacar fut choisi pour son expérience et parce qu’il rassure l’opinion publique, n’ayant jamais été cité parmi les fossoyeurs de la République qui venait de s’effondrer allègrement.
Les premiers jours, Ould Abdel Aziz et Ould Ghazwani remarquèrent les hésitations du président qu’ils se sont choisis. C’est à ce moment que le colonel Ould Abdel Aziz décide de faire une sortie médiatique.
Dans une interview accordée à la Voix de l’Amérique, il fixe les règles du jeu: organisation d’élections dans les meilleures conditions, limitation d’une transition (24 mois voire moins), création d’une CENI, neutralité de l’administration, non éligibilité des membres de la junte et de leur gouvernement, réforme constitutionnelle assurant l’alternance avec notamment la limite d’âge et des mandats présidentiels à deux… Tout ce qui devait faire la “révolution CMJDénne” est contenu dans cette déclaration.
Les observateurs avertis comprennent alors le message : les vrais auteurs du coup ne sont pas ceux qui sont aux premières loges, ce ne sont pas les anciens du comité militaire de salut national (CMSN, au pouvoir jusqu’en 1992) qui semblent hésiter à prendre des engagements publics. La sortie de Ould Abdel Aziz est une assurance pour les jeunes colonels qui commençaient à soupçonner les risques de récuperation par plus anciens qu’eux du mouvement et de la transition.
L’offre novatrice de neutralité ne tient pas devant les manigances politiciennes. Très tôt les chefs militaires sont submergés par les demandes d’interférence, y compris des opposants emblématiques.
En juin 2006, la campagne pour le référendum constitutionnel est l’occasion pour les militaires de descendre dans l’arène politique. D’entretiens privés en discours publics, la volonté de dessiner le futur apparait. Quelques semaines plus tard, commencent les manœuvres pour créer le phénomène des indépendants. Partout, les candidatures indépendantes et des élus indépendants. En fait, des candidatures suscités par la présidence du CMJD qui y voyait, croyait-on à l’époque, une manière d’imploser le PRDS et donc le système politique ancien. On n’y décelait point de tentatives de compromettre le processus consensuel et la volonté d’intervenir pour se frayer une marge de manœuvre.
C’est bien sous l’inspiration directe du président du CMJD que le Rassemblement national des indépendants (RNI) va voir le jour. Dirigé par le ministre de l’intérieur de Ould Taya du 3 août 2005, le RNI prend la forme d’un embryon de parti dont la première mission sera d’apporter un soutien politique au candidat qu’on s’apprêtait à mettre sur scène : Sidi Ould Cheikh Abdallahi. C’est la présidentielle qui importe le plus et il fallait trouver un challenger à Ahmed Ould Daddah considéré, à tort ou à raison, comme le «mieux parti» mais aussi celui que l’on doit craindre le plus.
Dans l’édition du 8 novembre 2006 de La Tribune, nous écrivions : «Cela a commencé par des informations données par les notables que le président du CMJD, le colonel Eli Ould Mohamed Val a reçus récemment. Comme pour la première fois (législatives). Cette fois-ci, les ‘reçus’ sont plus formels et donnent des détails. Ils affirment que le président leur a tout simplement dit que le candidat le plus indiqué pour les militaires est Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Pour certains, le colonel fait une analyse qu’il conclut en disant : après mûre réflexion, nous pensons que le candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi est le seul qui puisse éviter le chao pour le pays. Face au président, ceux qui rapportent les propos prétendent souvent avoir développé une vision autre, sinon avoir posé des conditions. Notamment les moyens et le franc engagement des gouvernants. ”Nous ne voulons pas avoir la même expérience que par le passé. Quand le président nous avait demandé d’investir le champ ‘indépendant’ et qu’il a démenti peu après avoir jamais dit cela”C’était à la veille des élections législatives et municipales. On se souvient de l’emportement du président qui avait réitéré la volonté des autorités de s’abstenir de toute intervention dans le processus».
Samedi 27 janvier 2007, le 6ème Congrès des Maires se tient au Palais des Congrès. Dans une atmosphère particulièrement électrique. Compte-rendu de La Tribune du 29/1/2007 :
«Le colonel Ould Mohamed Val est-il candidat ? Est-il intéressé par une rallonge de la transition ? Soutient-il un candidat particulier ? Autant de questions qui rongent les esprits des Mauritaniens et qui empoisonnent l’espace public. Les rumeurs les plus folles se sont emparées du pays tout entier. Le silence des autorités, l’absence totale de communication, l’incapacité de l’entourage à tenir sa langue… tout a contribué à exacerber la rumeur».
La neutralité du CMJD en cause : "Beaucoup de choses ont été dites à ce sujet, certains ont cru que les affaires du pays doivent s'arrêter jusqu'à ce que la question soit tranchée, d'autres ont parlé de la question des compétences du Chef de l'Etat, des décisions qu'il prend, des nominations qu’il fait." La neutralité ne veut nullement dire le laisser-aller ou l'empêchement de la mission du CMJD et du gouvernement de transition et qu'il n'y a personne qui puisse dicter ses conditions, s'agissant de la gestion des affaires du pays. La scène politique, dans ce contexte précis "a connu plusieurs approches dont certaines ont brandi la menace de ne pas accepter ce qui est de nature à arrêter le processus démocratique de transition, s'adressant dans ce sens à l'autorité et se basant sur des rumeurs sans fondements. D'autres ont, par contre, et sans preuve aussi, avancé l'idée d'arrêter la période de transition, car s'acheminant vers ce qui ne leur plaît pas".
Le Colonel  Eli Ould Mohamed Val devait dire que ce qui se pose aujourd’hui, au peuple mauritanien, c'est de choisir un Président de la République et préciser à cet effet, que certains croient que cela doit se passer sur la base du calendrier définitif et des candidatures présentes, tandis que d'autres, se prononcent contre ce calendrier et les candidatures actuelles. La solution à cette question ne peut pas être envisagée à travers des ententes illicites avec les parties prenantes et/ou des décisions arbitraires, mais plutôt, en revenant à la Constitution.
Qu'est ce qu'on peut déduire de la constitution et des lois organiques pour répondre aux questions qui se posent aux mauritaniens? “Ce que je viens de vous dire, a indiqué le président du CMJD, est tout simplement la possibilité pour chacun de vous d'exprimer toute son opinion à travers une élection nationaleCela veut dire que la constitution de la République Islamique de Mauritanie adoptée avec un taux de participation de 76% et avec 96% de Oui et les lois organiques la complétant, reprennent les mêmes dispositions et disent que pour être élu, un président doit avoir au moins, la majorité absolue des voix exprimées et que les voix exprimées sont celles obtenues par tous les candidats ainsi que les votes blancs”.
Cela veut dire pour lui, que si par le jeu du vote blanc, vous ne désirez aucune de ces candidatures, ni au premier, ni au deuxième tour, vous pouvez les refuser par votre vote blanc. Pour être élu, a-t-il dit, le conseil constitutionnel doit constater que le président a eu la majorité absolue des votes exprimés ou qu'aucun des candidats n'a obtenu une majorité absolue. Dans ce cas, cela veut dire que c'est un vote de rejet. Et en ce moment là, a précisé le chef de l'Etat, le conseil constitutionnel ne peut constater l'élection d'un président. Si aucune majorité ne s'est dégagée, dira le président, en faveur d'un candidat, la conséquence est que le vote est validé, que le calendrier est respecté, que la constitution est respectée, que toutes les lois organiques de la République sont respectées et que le peuple mauritanien n'est pas intéressé par ceux qui se sont présentés devant lui, et demande à ce que d'autres choix se représentent, plus tard devant lui. En pratique, ajoute le chef de l'Etat, c'est tout simplement qu'aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue et que personne ne peut être déclaré président de la République et qu'une nouvelle date pour une élection présidentielle devra être déterminée par le gouvernement. Et en ce moment là, a-t-il poursuivi, il se créera une situation juridique nouvelle par rapport à la première. Et les choix seront ouverts pour les mauritaniens qui auront à choisir plus tard de nouveau.
Ce qui est ressenti comme une tentative de coup d’Etat sur la transition est vite contesté. D’abord par les membres du CMJD. Le colonel Ould Abdel Aziz qui est toujours commandant du BASEP menace de «balayer la présidence». Missions de bons offices et conciliabules politiques qui aboutissent à une nouvelle déclaration de Ould Mohamed Val qui accepte de revenir sur ce qu’il a dit et de le renier clairement.
La suite, on la connait : le candidat des militaires devait l’emporter en mars 2007. Mais les prolongations d’un processus commencé le 3 août 2005 ne devaient pas s’arrêter à cette élection: de blocage en blocage, de manoeuvre en manoeuvre, la Mauritanie a traversé bien des périodes de perturbation qui ont parfois risqué de détruire le pays.
Le coup d’Etat du 6 août 2008 n’est qu’une étape de ce processus qui aurait dû stabiliser la démocratie mauritanienne, assurer la survie de l’Etat et réhabiliter les fondamentaux stratégiques d’un pays qui doit son existence à un positionnement et à une culture ancienne et authentique du dialogue. Mais l’élite politique persévère dans son refus de tirer les leçons du passé, de faire l’analyse froide du présent et d’anticiper l’avenir pour mieux le préparer.
Reste pour tous ceux qui ont dénoncé les arbitraires de l’époque noire, la mauvaise gestion de cette époque-là, les dérives de ses hommes, les excès de ses dirigeants, les mensonges de ses thuriféraires, reste pour eux de repenser le 3 août 2005 comme un moment de libération, comme un acte fondateur d’une Mauritanie nouvelle dont la construction demande du temps et du sacrifice. 

samedi 14 mai 2016

Des erreurs, comme toujours

Eviter de commettre de nouvelles erreurs. C’est ce que notre élite politique doit faire. La cacophonie actuelle n’arrive pas à couvrir le désarroi de cette élite, maintenant qu’elle doit affronter l’exigence de compromis.
Nous sommes effectivement à un tournant qui annonce – ou qui doit annoncer – le grand virage de 2019. Celui où le pays va vivre nécessairement une alternance qui ne doit rien au foisonnement politique encore moins aux lutes qui meublent l’espace et le temps des Mauritaniens. Il s’agit d’une alternance “mécanique” dictée par des contraintes évidentes et inéluctables énoncées par des dispositions constitutionnelles claires et inchangeables.
Il y a ceux qui croient qu’il n’y a rien à tirer du pouvoir du Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Il y a ceux qui, dans son camp, voudraient bien le voir renier ses engagements.
Les premiers optent pour le refus catégorique de composer tandis que les seconds poussent à une démarche d’exclusion. Tous font beaucoup de bruits et espèrent un dérapage qui empêchera le processus normal de se dérouler comme prévu.
C’est que le dialogue mène fatalement à l’apaisement des rapports lequel impose une atmosphère où l’exigence de la compétence s’impose d’elle-même. Le dialogue suppose une vision d’avenir, l’engagement et le sacrifice dans l’intérêt commun. Ce que notre élite politique redoute en général.
Le dialogue suppose la recherche d’un terrain d’entente qui nécessite l’intelligence et l’humilité, sûrement les qualités les moins partagées dans notre environnement politique. Jusqu’à présent, la déraison semble l’emporter chez les acteurs. Ce qui explique les stériles affrontements actuels qui couvrent l’essentiel, à savoir les opportunités ouvertes au pays et à la démocratie.
Le Pouvoir qui a fixé un deadline, ne doit pas pour autant être poussé à la faute en s’abstenant de faire un geste pour atténuer les suspicions de l’opposition. Même si on peut engager des rencontres et formuler des résolutions de réformes, il est difficile de faire sans le plus d’acteurs politiques.
L’Opposition doit faire l’état des lieux des rapports de force pour s’inscrire (enfin) dans une perspective d’avenir. Contrairement à ce qu’on dit, le dialogue est le verrou le plus sûr face à toute tentative d’effraction contre la Constitution. Les manifestations actuelles vident les énergies et créent un climat délétère propice aux revirements les plus inattendus et les plus improbables. Pour ce qu’ils créent d’insécurité, d’instabilité et de peur pour le présent et l’avenir.

Pour mieux aborder cette grande échéance que constitue 2019, nous avons besoin dès à présent de sérénité, d’intelligence et de raison. Ce ne sont pas les discours extravagants et outranciers qui vont aider à tracer le seul chemin qui vaille, celui de la concorde dans l’intérêt de tous les fils de ce pays.

mardi 5 janvier 2016

Des morts encore sur les routes

L’année 2015 s’est terminée sur une note de profonde tristesse, plusieurs accidents meurtriers ont emporté des vies chères partout en Mauritanie.
Ici, les routes tuent encore beaucoup de personnes.
Jusqu’au 30 novembre 2015, il a été  dénombré 163 morts sur les routes et 2.210 blessés plus ou moins graves. Sur 6920 accidents recensés à cette date, 128 sont mortels.
Mais en regardant de plus près, on est frappé par une différence d’évolution de ces accidents, de mois en mois, difference qui s’explique cependant.
Au mois de janvier 2015, sur les 594 accidents recensés, 7 étaient mortels, les blessés étaient au nombre de 199.
Au mois de février 2015, le bilan remonte à 18 morts pour 588 accidents. 
En mars, 11 morts, en avril 14, en mai 15, en juillet 19, mais le mois de septembre 2015 bas le record de ce décompte macabre avec 24 morts sur les routes mauritaniennes, nous sommes en pleine saison de vacances et d’hivernage.
Officiellement, les accidents sont causés à près dans 95% des cas par l’excès de vitesse, l’état des routes, les fausses manoeuvres, l’imprudence des usagers, le non respect du code de la route, et la fatigue des chauffeurs, toutes sont les principales causes des accidents mortels.
Les défaillances humaines sont donc à l’origine de la plupart de ces accidents qui sont une veritable hécatombe.
Face à l’ampleur des dégâts, la stratégie nationale de la sécurité routière tarde à être mise en oeuvre.
Pourtant elle a bien été adoptée en conseil des ministres, mais elle attend dans les tiroirs du ministère des transports. Les campagnes de sensibilisation restent limitées et dispersées dans le temps. Les contrôles routiers sont inefficaces et participent d’ailleurs de la désorganisation générale du traffic routier.
La route tue plus que toutes les épidémies que nous avons connues ces dernières décennies.

Un constat qui devrait nous mobiliser tous.