dimanche 10 juin 2018

Editorial 756


Chaque rendez-vous vital pour notre pays a été allègrement raté par notre élite politique. C’est ce qui fait que nous avons l’impression de jouer en dehors des temps impartis aux matchs que nous livrons et aux aires de jeu qui leur sont consacrées. 
En 1992 et en 2003, la démission de l’élite a profité aux forces centrifuges – tribus, groupuscules politiques chauvins, groupes politico-affairistes…- qui allaient cueillir le fruit de l’engagement contre la dictature de l’époque, et faire main basse sur le pouvoir.
En 2005, le rendez-vous de la rupture totale est raté. Parce que l’élite s’est enfermée dans la perspective de la conquête immédiate du pouvoir. Sans penser que cela a un coût. Que cela demande un sacrifice.
En refusant de faire alliance avec les plus jeunes des officiers de la junte, les vrais auteurs du changement, l’élite a compromis la proposition de rupture faite par eux. Quand ils ont mis en œuvre une transition courte avec la promesse de se tenir en dehors du jeu électoral, d’assainir l’administration et les finances, de libérer le politique du joug de l’administrateur…
L’élite a poussé vers la création des Indépendants, puis vers l’interférence des militaires, puis vers le vote blanc à la présidentielle de 2007...
On a perdu cette occasion d’asseoir définitivement une démocratie inclusive et une société progressiste.
En 2007 puis en 2009, même refus de l’élite de prendre l’initiative et de proposer. Plus grave, elle a été incapable d’accompagner, préférant encore une fois tergiverser en attendant la suite des évènements.
Même refus de voir dans les dialogues ouverts, une opportunité de faire avancer les choses, de parfaire les outils de la démocratie et de donner un contenu au projet de refondations d’une Mauritanie nouvelle.
Quand on refuse le renouveau et qu’on n’a pas de proposition alternative, on subit facilement. C’est ce qui est arrivé.
Depuis la dernière tentative d’établir un dialogue, même secret, la classe politique, et particulièrement l’opposition est tétanisée. On entrevoit difficilement de perspective pour elle. D’ailleurs, elle continue à hésiter. Même si, les formations déclarent ici et là qu’elles participent finalement à des élections dont elles ont toujours refusé le processus et les outils.
Une capitulation dont l’opposition traditionnelle se relève difficilement. Alors ?
Comme hier, ce qui est demandé aux acteurs politiques, c’est d’anticiper. A quelques semaines des élections Législatives, municipales et régionales, que faut-il envisager ?
D’abord élaborer des programmes nouveaux rompant avec les discours peu porteurs d’hier. Le moment n’est plus à désespérer les Mauritaniens de leur situation. Le moment est venu de leur donner un espoir.
Partir d’une réalité plutôt heureuse pour fonder une espérance neuve. La stabilité gagnée par la force d’une politique efficace et indépendante est à louer et à préserver. Oui. Notre pays a mené la bataille qu’il faut pour sécuriser son territoire et rassurer sa population et ses voisins que la menace ne viendra pas d’ici.
Dans quelques jours nous recevrons ici les Chefs d’Etats africains comme nous avons reçu les Arabes l’année dernière. Deux moments fondateurs pour rappeler les ancrages arabe et africain d’un pays qui avait perdu le nord pour devenir l’orphelin géopolitique qu’il fut pendant une trentaine d’années.
On parle de gaz et de pétrole. La Mauritanie est déjà riche par son fer, son poisson, son or… Mais elle sera encore plus riche par l’image qu’elle s’apprête à donner quand, en 2019, elle donnera l’exemple d’une alternance pacifique du pouvoir. Peu importe le choix, il conviendra parce qu’il rassurera nécessairement sur la préservation des acquis en matière de sécurité et de stabilité. Pour cela, ce sera un projet consensuel qu’il faut renforcer dès à présent.
2018 doit être l’année du renouveau des discours. Elle doit obliger les projets politiques et sociaux à éclore. Préparer un contrat social entre les Mauritaniens, un contrat de gouvernance entre les Mauritaniens et leurs gouvernants, un contrat politique entre les Mauritaniens et leur élite.
Demain se prépare dès maintenant. La bataille de la Modernité s’engage. Elle doit sonner le glas de toutes les régressions.
L’UPR est plongé dans la préparation de son congrès. Les partis d’opposition sont encore en quête de voie. Pendant ce temps, on avance inexorablement vers des rendez-vous que nous avons mal préparés. Des rendez-vous pleins de promesses de lendemains heureux… 


Mai-juin 2009-Mai-juin 2018 : Il était une fois, «l’Accord de Dakar»…


Cela aurait pu être le fondement d’un ordre politique nouveau en Mauritanie. Il a finalement été une «accamlmie» dans le mouvement tumultueux et (très) accidenté de l’histoire récente de notre pays.
L’Accord de Dakar… premier et dernier moment de convergence, première et dernière tentative d’inclure l’ensemble des acteurs politiques dans une même dynamique.
Rappel.


Fin mai 2009. Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz arrivé au pouvoir par le coup d’Etat du 6 août 2008, a démissionné en prévision de l’élection présidentielle prévue le 6 juin. 45 jours avant comme le prévoit la Constitution. Il sillonne le pays. Pour la deuxième fois consécutive. La première c’était pour expliquer son coup de force et légitimer son action par les accueils populaires. La deuxième, c’était pour lancer les grands travaux et faire entendre sa voix, l’ambition s’exprimant déjà. Cette fois, c’est carrément pour battre campagne. Pas un département, pas une bourgade n’a pas vu ou entendu le cortège présidentiel passer… Partout «l’agenda unilatéral» fixant le 6/6 comme jour d’élection présidentielle a été défendu. Pourtant…
Au moment de sa démission, le Général Ould Abdel Aziz a laissé toutes les portes ouvertes. Au cours de son dernier conseil des ministres, il avait déclaré à quelques ministres curieux de savoir quel sera leur sort, que «tout pouvait arriver», qu’ils devaient «s’attendre à quitter le gouvernement si l’intérêt de la Nation le dictait». Au Président intérimaire auquel il remettait le pouvoir, il recommandait de tout entreprendre pour essayer de ramener les protagonistes sur une même voie. Rien de surprenant dans la démarche du Président Ba M’Baré qui a tout de suite essayé de faire passer le message. «Maladroitement», jugeront certains qui lui reprocheront d’avoir tapé aux mauvaises portes. Oubliant que la «régence» du président du sénat n’a pas inspiré confiance aux acteurs politiques, surtout ceux de l’opposition. Ceux-là ne perçoivent pas les changements qui interviennent dans les positions de la communauté internationale sur laquelle ils avaient beaucoup compté…
Qu’est-ce qui pouvait être fait à ce moment-là ? Essentiellement concevoir, entre Mauritaniens et avec des garanties de suivi par la communauté internationale, une solution politique globale qui prendrait en compte aspects techniques, politiques et psychologiques de la crise.
Ce «package» devait être construit autour de l’acceptation par le Président Ould Cheikh Abdallahi de démissionner ouvrant la voie à un processus constitutionnel et, simultanément, au report de l’élection du 6/6. Il verrait un processus électoral consensuel avec un gouvernement d’union nationale qui permettrait la cogestion de la nouvelle transition. Avec notamment des outils représentatifs de toutes les forces en présence. L’apaisement de la scène et des rapports créant l’atmosphère adéquate pour la mise en œuvre d’un tel plan. 
Percevant les «concessions» du Général comme l’expression d’une faiblesse, l’opposition passe allègrement de la «volonté de faire échouer l’agenda unilatéral» à l’expression de préalables à tout dialogue : «C’est seulement après le report de la date que les discussions et le dialogue doivent être ouverts», disaient à l’époque les dirigeants du Front national pour la défense de la Démocratie (FNDD). Alors que pour le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) qui a finalement opté pour l’opposition franche au régime issu du 6 août, la question de la non-éligibilité des militaires était centrale et indiscutable.
La communauté internationale s’organise quant à elle. Après l’échec de l’entremise libyenne, la mission est confiée aux Sénégalais. Le ministre sénégalais des affaires étrangères, Cheikh Tidjane Gadio commence ses contacts. La médiation est immédiatement rejetée par ceux du FNDD pour lesquels le Président Abdoulaye Wade a fait preuve «d’indulgence vis-à-vis des putschistes». Surtout qu’en cette fin mai, il venait de recevoir les lettres de créances du nouvel ambassadeur de Mauritanie «nommé par la junte».
«Nous n’accepterons plus de dialoguer sous les auspices de la Libye et surtout pas à Tripoli», déclarent certains grands leaders du FNDD oubliant qu’ils mettaient hors-jeu le président de l’Union Africaine (Kadhafi) et celui de l’OCI (Abdoulaye Wade).
Psychologiquement, le FNDD semble avoir trouvé une nouvelle ressource politique dans le retour du RFD et de Ould Daddah dans le giron de la franche opposition. Depuis les Etats généraux de la démocratie, les relations entre le Chef de file de l’opposition et le Général ne sont plus comme elles étaient. Puis vint le temps de l’expression de la réelle ambition du Général qui consacra la rupture totale.
Messaoud Ould Boulkheir, Mohamed Ould Maouloud et Ahmed Ould Daddah se retrouvent encore une fois dans le même camp. Oubliées les querelles récentes et anciennes, place à la solidarité sous le pavillon «Opposition».
 Reprenant du poil de la bête, l’opposition au coup d’Etat, s’en prend violemment à la communauté internationale qui commence à apaiser ses relations avec Nouakchott. Jean Ping, président de la Commission africaine, hier extrêmement hostile aux militaires, n’hésite plus à déclarer : «Je continue de suivre de près l’évolution de la situation en Mauritanie, et ce à la lumière de la récente mission effectuée dans ce pays par le Secrétaire Ali Triki, représentant du Président en exercice de l’UA, et le Commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’UA, Ramtane Lamamra. Cette mission témoigne de l’engagement renouvelé de l’UA à ne ménager aucun effort pour aider les parties mauritaniennes à agréer et à mettre en œuvre une solution consensuelle à la crise actuelle qui puisse bénéficier du soutien de la communauté internationale dans son ensemble». Avant de conclure : «j’encourage les parties mauritaniennes à parachever le rapprochement de leurs positions respectives par une démarche inclusive, conforme à la Constitution du pays et portée par une volonté sincère de concrétiser les chances d’une sortie de crise consensuelle. Je souligne que l’UA demeure pleinement disposée à aider les parties mauritaniennes dans la réalisation rapide de cet objectif».
En même temps, le Président sénégalais, Me Abdoulaye Wade renouvelle sa volonté à œuvrer pour trouver une porte de sortie en vue de solutionner la crise mauritanienne. Les protagonistes mauritaniens ratent le message. Comme d’habitude…
L’initiative sénégalaise reprend… perspective de plus en plus précise de recul de la présidentielle… de gouvernement d’union nationale… en attendant les réactions des parties se multiplient… dont celle de l’Ambassade des Etats-Unis aux accusations d’ingérence… du FNDD aux positions des puissances étrangères… création d’un nouveau parti dédié au Général démissionnaire…
L’Ambassade des Etats Unis rappelle : «Les États-Unis continuent à croire qu'une solution stable et durable de la crise passe nécessairement par le retour de toutes les institutions constitutionnelles, y compris le retour du président, démocratiquement élu, de la République islamique de Mauritanie. Une fois les institutions démocratiques rétablies, les États-Unis salueront et appuieront tout dialogue politique visant à construire un consensus national pour renforcer la démocratie en Mauritanie». Pour ce faire «Le gouvernement américain a imposé des sanctions sur les visas contre les membres du Haut Conseil d'Etat et les autorités administratives mises en place après le coup. Ces sanctions s'appliquent aussi à d'autres personnalités qui ont soutenu activement ou ont bénéficié du coup d'état. L'application de sanctions financières ciblées contre ces mêmes personnes est encore activement en cours d'examen». Les interférences parasitent l’atmosphère et le processus de pourparlers.
L’opposition politique est accaparée par l’appréciation des positions des pays «amis». Ici ce sont les Etats-Unis qui sont salués, la France stigmatisée.
Arrivée de Wade à Nouakchott et rencontre avec les chefs de ce qui allait devenir «les pôles politiques mauritaniens» (Mohamed Ould Abdel Aziz, Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah). En compagnie de Jean Ping, le commissaire africain. Avant de regagner Dakar, Me Abdoulaye Wade déclare à la presse : «Je pars optimiste, je ne dis pas qu'il y a entente à 100% mais je crois que sur l'essentiel, des convergences existent». Le président Wade qui s’est dit «optimiste», a déclaré qu’il prenait sur lui «que s'il y a consensus entre les différents partenaires sur une date déterminée, je me ferai fort de convaincre le général de l'accepter». Avant d’ajouter : «Avec M. Ping et M. Triki, nous sommes arrivés à la conclusion que les transitions doivent être très brèves et que, dans ce cadre précis, les élections en Mauritanie doivent avoir lieu avant l'hivernage.» Soutien déclaré de la France à la démarche.
Côté opposition, Mohamed Ould Maouloud déclare : «nous sommes disposés à participer à toute proposition conduisant à un dialogue qui met fin à la crise mais nous n’acceptons pas le fait accompli y compris l’agenda unilatéral auquel tient l’autre partie. Nous espérons qu’il y ait un dialogue et un accord sur une solution consensuelle mais il faut poser la question à l’autre partie si elle est prête à une solution consensuelle.»
Le premier round des négociations est ouvert. Plutôt cordial. Pour le camp du candidat Ould Abdel Aziz, il y avait là Sid’Ahmed Ould Raïss, coordinateur national de la campagne du candidat, Melainine Ould Tomy, directeur de cabinet du candidat, Sidi Mohamed Ould Maham, député, virulent adversaire de toute idée de report, Diop Abdoulaye, sénateur de M’Bagne et Coumba Ba, conseillère à la Présidence de la République.
Pour le RFD, il y avait là Mohamed Abderrahmane Ould Moine, vice-président du RFD d’abord favorable au rapprochement avec les militaires et dont une partie de l’entourage était de l’autre côté, Sidi Ould Salem, vice-président du RFD, Nana Mint Cheikhna, députée et fervente opposante au coup d’Etat et Yedali Ould Cheikh, président de la commission Communication du parti, opposé dès le départ à tout rapprochement avec les militaires.
Pour le FNDD, il y avait Moussa Fall, Secrétaire Permanent  du parti ADIL dont le président, Yahya Ould Ahmed Waghf est aujourd’hui en prison, El Khalil Ould Teyeb  député APP et vice-président de ce parti, Saleck Ould Sidi Mahmoud député islamiste de Tewassoul, fortement engagé contre le coup d’Etat, Kadiata Malick Diallo députée UFP et Soumaré Outouma activiste proche des islamistes et militant dans les ONG.
Dès la fin mai, Me Wade fait parvenir un projet d’accord avec toutes les parties. Il fixait la date du scrutin autour de la mi-juillet (11 ou 18), prévoyait la mise en place d’un gouvernement d’union, la reconstitution de la CENI et la démission de Ould Cheikh Abdallahi. La signature devrait avoir lieu à Dakar.
Le ministre Gadio déclare : «L’ensemble du processus pour nous c’était quoi ? C’était participer aux élections pour ceux qui le désirent et participer aux institutions de la transition que seraient le gouvernement d’union nationale et la CENI cogérée par les trois leaders politiques».
Mercredi 27 mai 2009, les protagonistes de la crise mauritanienne se retrouvent à Dakar. Pour l’Union Pour la République (UPR) et donc le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz, la délégation est composée de Sid’Ahmed Ould Raiss, Mme Coumba Ba de la présidence, Me Sidi Mohamed Ould Maham, le sénateur Diop et Me Brahim Ould Daddah. Pour le FNDD : Mohamed Ould Maouloud (UFP), Salek Ould Sidi Mahmoud (Tawassoul), Ba Aliou Ibra (Adil), Mohamed Ould Bourbouss (APP) et Dr Outouma Soumare. Pour le RFD : Mohamed Abderrahmane Ould Moïne, députée Nana Mint Cheikhna, Yedaly Ould Cheikh, Dr Sidi Ould Salem et Diop Chouaib.
Le Président Abdoulaye Wade l’ouvre. D’abord les raisons de son intermédiation. «Voisin de bonne volonté», le Sénégal a le droit et même le devoir d’intervenir pour promouvoir la résolution de la crise mauritanienne. «La Mauritanie est dans le Sénégal et le Sénégal est dans la Mauritanie, et aucun des pays n’a le droit d’ignorer les problèmes de l’autres». Puis l’appréciation de ce qui s’est passé en Mauritanie. L’opposition entre «le droit de fait» et «le fait du droit». Entre traiter avec «un chef d’Etat» et «un président légitime». «Nous avons condamné le coup d’Etat, mais nous ne pouvons nous comporter comme s’il s’agissait d’un pays lointain». Il fallait composer avant d’aider à trouver une solution. D’où le rôle de «facilitateur» avec la bénédiction de l’Union Africaine et «de son président le Guide de la Révolution libyenne Moammar Kadhafi». Le retrait du Président Wade, donne le coup d’envoi aux négociations.
La première séance est consacrée aux déballages. On ne se prive finalement pas. Trois à quatre tours de table. A la fin de la journée, on sait à peu près la liste des problèmes qui devront être traités. Sur deux fondations : la cogestion d’une transition dont la durée doit être déterminée et l’adoption d’une démarche convergente. Après les déballages, les négociateurs reviennent juste pour récupérer un document qui fait office de projet d’«accord cadre entre les trois pôles politiques mauritaniens». C’est ce document qui sera la base des négociations. Il est vite ventilé sur les sites électroniques d’information. Ce qui crée problème. Le diable est dans les détails. Même si Ould Maouloud répète : «nous sommes sur la bonne voie».
Le 2 juin 2009, le texte d’Accord entre les trois pôles politiques mauritaniens est paraphé : le pôle du pouvoir en place, celui du Général Mohamed Ould Abdel Aziz, le pôle du FNDD et celui du RFD.
L’article 1 de l’Accord indique : «Les trois grands pôles de la vie politique mauritanienne, signataires de cet ACCORD CADRE, s'accordent sur la nécessité d'une transition organisée de façon consensuelle dans le cadre du présent Accord politique. Ils s'engagent tous, par conséquent, à gérer ensemble la transition en participant aux élections (pour ceux qui le désirent), au Gouvernement Transitoire d’Union Nationale et à la constitution de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI)».
Il en découle, selon les termes de l’Accord, «le déplacement du problème vers la transparence des élections en amont comme en aval, c'est-à-dire la fiabilité du fichier électoral, la crédibilisation du scrutin dans son ensemble, l'égalité de traitement des candidats par les médias du service public, la neutralité de l'administration territoriale, l'observation rigoureuse du processus dans son ensemble par la communauté internationale».
La feuille de route est dégagée. Elle fixe les modalités d’une transition consensuelle qui commence par trois actes : démission du Président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi après avoir signé un décret nommant le gouvernement d’union nationale ayant en charge de gérer la transition, et enfin «la prise en charge des effets de cette décision en termes d’intérim de la présidence de la République par le Président du Sénat».
Certains détails concernant notamment la répartition des postes ministériels sont donnés : «Les portefeuilles de ce gouvernement sont répartis de façon paritaire entre le pôle de la majorité parlementaire actuelle soutenant Monsieur Mohamed Ould ABDELAZIZ d’une part et d’autre part les deux autres pôles du FNDD et du RFD. Le Premier Ministre sera nommé sur proposition du pôle de M. ABDELAZIZ, après consultation des dirigeants des deux autres pôles. Les Ministères de l’Intérieur, des Finances et de la Communication seront attribués à des personnalités proposées par le FNDD et le RFD».
La mission de ce gouvernement est définie. Il doit assurer «la continuité de l’Etat et la gestion des affaires du pays ainsi que la mise en œuvre du présent Accord, en particulier la prise de mesures appropriées pour l’organisation et le bon déroulement de l’élection présidentielle ; étant entendu que l’action et les décisions d’un Gouvernement de transition obéissent aux exigences du fonctionnement normal des institutions, de la stabilité des administrations publiques et de la continuité des relations internationales du pays, et que les institutions et structures de Défense et de Sécurité accomplissent leurs missions dans le cadre de la Constitution et des lois de la République».
Sur l’élection elle-même, la date est fixée au 18 juillet 2009. Elle doit être précédée par «une révision exceptionnelle de la liste électorale, la vérification du fichier électoral et la validation des dossiers de candidatures». A propos de la CENI et contrairement à toutes les attentes, les parties prenantes optent pour une institution partisane, composée de façon paritaire : «La CENI sera composée de quinze membres, à raison de quatre proposés par chacun des trois grands pôles politiques, le Président, le Vice-Président et un autre membre devant être des représentants de la société civile ayant la compétence nécessaire et ne faisant pas l’objet d’opposition de la part d’aucun des trois pôles politiques». Malgré cette précision, pourtant de taille, les deux premières personnalités de la CENI seront choisis dans le sérail des futurs candidats.
Pour donner des gages de bonne volonté, les parties s’engagent à apaiser leurs relations durant la période transitoire. Cela doit se traduire par la fin des campagnes de médisance et la libération des prisonniers dans le dossier Air Mauritanie (les leaders du parti ADIL pour l’essentiel). Neutralité de l’administration et de son personnel : «Ces engagements feront l’objet d’un suivi et d’une surveillance dans le cadre des organes et procédures internes ainsi que des mécanismes d’appui mis en place par la Communauté internationale pour le renforcement de la transparence et de la crédibilité du processus électoral».
Autour de la partie «poursuite du dialogue national inclusif», il est stipulé qu’il y a nécessité de «renforcer la réconciliation nationale et la démocratie». Et de préciser : «DANS LE PROLONGEMENT DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE, le dialogue national inclusif sera poursuivi et intensifié entre toutes les forces politiques mauritaniennes». Pour renforcer la démocratie, travailler pour prévenir les changements anticonstitutionnels, promouvoir la bonne gouvernance, l’état de droit, adopter les réformes nécessaires à cet effet…
Mise en place difficile de l’Accord. A l’origine des blocages : la mauvaise foi des politiques. Les uns ont signé croyant que les autres allaient refuser. Les autres étaient sûrs de l’impossibilité de tenir le calendrier du 18 juillet.
L’accord qui devait être signé le 3 juin à Nouakchott en présence du président sénégalais, ne le sera que le 4 juin. La libération des prisonniers prendra du retard. Le président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui a accepté de renoncer volontairement à son mandat, exige des préalables dont la dissolution du Haut conseil d’Etat (HCE). D’où le retour à Dakar.
A Dakar II, les parties ont bataillé 24 heures durant pendant trois jours : les représentants du candidat Mohamed Ould Abdel Aziz ne voulant pas aller au-delà du 18 juillet, ceux de l’opposition ne voulant pas aller en-deçà du 21 juillet. Pour quelques 36 heures, l’élément essentiel de blocage fut celui-là. On perd facilement le temps. Ce sera largement au profit du candidat Ould Abdel Aziz.
La première réunion du Conseil des ministres issu de l’Accord de Dakar est l’occasion d’une profonde mésentente qui n’aura pas d’effet irréversible : le chronogramme est adopté. «de manière frauduleuse», selon les pôles de l’opposition. «C’est un coup d’Etat que nous avons refusé de dénoncer en son temps», reconnait encore aujourd’hui un des leaders de l’opposition. Pour lui, c’est ici qu’il faut situer le péché originel de l’opposition. Il l’explique par le fait que les leaders les plus en vue étaient déjà sur la ligne de départ pour la présidentielle. Tout s’accélère. Nous arrivons au 18 juillet qui voit le candidat Ould Abdel Aziz élu au premier tour à 52%...
L’opposition ne reconnait pas les résultats sauf pour Tawassoul qui en prend acte et essaye un moment de garder le contact. De tergiversation en tergiversation, l’après juillet 2009 passe rapidement. Pas de rupture dans la tonalité des discours. One ne semble pas accepter de croire qu’il y a là un nouvel ordre avec lequel tout le monde doit composer. Jusqu’en 2010.
A la faveur de la guerre menée contre le pays par les groupes jihadistes, des politiques appellent au rapprochement. La Coordination de l’Opposition démocratique (COD) née entretemps du regroupement des principales formations, appelle franchement au dialogue. Le pouvoir accepte. Les relations entre l’Institution de l’Opposition et le pouvoir se normalisent plus ou moins.
Le 28 novembre, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz déclare sa disponibilité à aller à un dialogue franc et inclusif. Les premiers contacts s’établissent. La COD est en train de confection sa plateforme quand éclatent les incidents de Tunisie. Commence la déferlante des révolutions arabes. Le discours de l’opposition adopte le dégagisme dans sa forme la plus radicale. Plus question de discuter avec un pouvoir qu’on croit sur le point de s’effondrer.
Seules les formations comme l’APP, Al Wiam et Sawab acceptent de continuer ce qui a été commencé. Ce qui donne le dialogue de 2012. Avec comme résultats, les élections de 2013.
Depuis plusieurs tentatives. Sans résultats. De Dakar finalement, il n’est rein resté pour la classe politique. Pour la Mauritanie cependant, cela a été un moment crucial permettant de sortir d’une crise qui avait risqué de mettre le pays à plat.
En légitimant la suite du coup d’Etat du 6 août 2008, cet Accord a permis de refonder une Mauritanie stable rendant possible l’ambition de lancer le chantier de la Mauritanie nouvelle.




Institution de l’Opposition Démocratique : Chronique d’une mort voulue


Par la voix de son «leader», l’Institution de l’Opposition Démocratique a annoncé la semaine dernière avoir introduit un recours auprès de la Chambre administrative de la Cour Suprême contre le décret présidentiel nommant la Commission nationale électorale indépendante. Un acte qui exprime plus la vanité du métier de s’opposer en Mauritanie et qui sonne comme un baroud d’honneur à quelques mois des élections législatives qui donneront forcément une autre configuration et donc une autre Institution que celle d’aujourd’hui.
Il est évident que l’Institution de l’Opposition Démocratique n’a pas bénéficié de suffisamment de soutien de la part de la classe politique, encore moins du pouvoir. Elle a plutôt subi le tir croisé de la part d’acteurs qui lui ont refusé son statut institutionnel.

Un Statut pour éviter le pire

Quand elle est créée en février 2007, dans l’entre-deux-tours d’une présidentielle risquée, l’Institution de l’Opposition Démocratique fut présentée comme une action «préventive» visant à éviter les dérapages postélectoraux. Le souci était de trouver une porte de sortie honorable pour l’opposition «traditionnelle» représentée par des candidats comme Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir. La question était de savoir comment pouvait-«on» les amener à accepter, sans heurts, de perdre en face d’un candidat sorti de nulle part, n’ayant aucune expérience politique et dont le seul atout était d’être soutenu par la junte au pouvoir.
Par la création d’un Statut de l’Opposition, on assurait aux perdants annoncés une présence sur l’échiquier et une participation plus ou moins effective dans l’exercice du pouvoir. Avec, en prime, ce rang, certes protocolaire, égal au chef du gouvernement accordé au Chef de file de l’Opposition démocratique. A l’avance «on» savait qui devait l’être et qu’est-ce que cela permettrait.
La première mouture du texte du Statut fut rapidement adoptée, sans concertations préalables. Aucune force politique, à part l’Union des forces du progrès (UFP), n’a jamais revendiqué l’institution d’un tel Statut. Tous étant fixés sur l’aspect «normalisation de la vie politique» qu’elle peut permettre.
Au lendemain de l’élection présidentielle qui a vu le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi gagner au deuxième tour, la défaite fut difficile à consommer. Alors que la victoire enivrait déjà.
«On» mit du temps à mettre en place l’Institution de l’Opposition. La plus grande difficulté étant de savoir qui fait quoi au sein de l’Institution. Le Chef de file fut cependant reconnu et installé plus ou moins rapidement. Suivront des échanges sulfureux entre les composantes de ce qui devait être le Bureau. Les partis concernés dénuant à Ahmed Ould Daddah ce statut de Chef de file de l’Opposition démocratique. Ce qui n’empêche pas ce Chef de file de rencontrer le nouveau Président de la République au moins deux fois durant l’année de son exercice.

«Ne pas faire de cadeau à Ould Daddah…»

La contestation à l’intérieur et la volonté de limiter «le Statut de Ahmed Ould Daddah» allait pousser les parlementaires de l’UFP à initier une nouvelle loi en vue de limiter les pouvoirs et le statut du Chef de file. La nouvelle loi entend faire du Bureau de l’Institution, non pas de son Chef de file, la personne morale qui la représente. Le poste de secrétaire général devenait important et même ceux de membres. Surtout que la gestion d’un budget conséquent était en cause (ce budget va varier entre 90 et 110 millions par an). Qui sera quoi ? Nouvelle querelle qui va durer celle-là.
La crise politique qui s’ouvre et qui permet à l’UFP et aux Islamistes d’intégrer le gouvernement du Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, atténue la pression sur l’Institution. C’est Ibrahima Moktar Sarr de l’AJD/MR qui devient Secrétaire général de l’Institution. Mais on joue déjà les prolongations d’un match commencé en août 2005. La crise politique est ouverte.
Le 6 août 2008, le Chef de file de l’Opposition démocratique et son parti le Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD) préfèrent accompagner ce qu’ils appellent immédiatement «le mouvement de rectification», traduisant ainsi la mauvaise relation avec le pouvoir du Président Ould Cheikh Abdallahi.
La crise qui prend formellement fin avec l’Accord de Dakar et l’élection présidentielle de juillet 2009, va se poursuivre. Empêchant la normalisation des relations entre les Institutions. Il faut attendre le 19 octobre 2010 pour voir côte à côte le Président de la République élu en juillet 2009 et jamais reconnu par ses opposants, et le Chef de file de l’Opposition démocratique qui n’aura pas cependant droit à faire une déclaration publique à sa sortie d’audience. Pendant quelques semaines, les deux hommes évolueront côte à côte au cours de cérémonies officielles successives. Avant de rompre à nouveau.
Arrive la période où la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), regroupant l’essentiel des acteurs opposants, se substitue peu à peu à l’Institution de l’Opposition. Elle permet à tous les leaders d’occuper le strapontin de la présidence tournante et leur évite d’avoir le Président Ahmed Ould Daddah comme seul chef. L’Institution de l’Opposition est ainsi jetée aux oubliettes. Ne subsiste d’elle que le budget et le fonctionnement. Même quand la COD s’avère dépassée comme structure regroupant l’ensemble de l’opposition au pouvoir, les partis décident de créer un Forum national pour la défense de la démocratie (FNDU) au lieu de revenir à l’Institution démocratique légale, l’objectif premier est de la faire dépasser.
Entretemps, le Statut est réformé pour créer un «Conseil de supervision» dirigé par un Président issu du parti qui a eu le plus de députés au cours des dernières élections, avec l’obligation d’être lui-même élu.
Au lendemain des élections de 2013, c’est Tawassoul qui hérite donc de la présidence de ce bureau avec Al Wiam de Boydiel arrivé deuxième et l’AJD/MR de Sarra Ibrahima. L’Alliance populaire progressiste de Messaoud Ould Boulkheir a refusé de faire partie du bureau. C’est naturellement à Al Wiam que revient le poste de Secrétaire général qui devient Idoumou Ould Abdi Ould Jiyid. Le Conseil de supervision est composé lui de : Hacen Ould Mohamed (Tawassoul), Boydiel Ould Hoummoid (Al Wiam) et Soda Wane (AJD/MR).
C’est seulement le 3 novembre 2014, un an après les élections législatives, que le nouveau bureau est installé par le Conseil constitutionnel.
L’article 7 précise en son alinéa premier : «L’Institution de l’Opposition Démocratique est dirigée par un conseil de supervision composé des représentants investis d’un mandat de député, de sénateur ou de membre d’un conseil municipal des partis politiques de l’opposition représentés à l’Assemblée nationale. Le rôle de chacun des membres y est défini en fonction du nombre de députés de sa formation politique». Et en son article 8 (alinéa premier) : «Le Président du Conseil de l’institution de l’opposition est le représentant désigné de la formation politique qui a obtenu le plus grand nombre de siège à l’Assemblée Nationale aux élections législatives générales les plus récentes parmi les partis politiques de l’Opposition Démocratique. En cas d’égalité de sièges, entre deux ou plusieurs partis, le critère de départage retenu est celui du nombre de voix obtenus par la liste nationale de chaque parti».
On pouvait noter l’absence de représentants des partis d’opposition n’ayant pas participé aux dernières élections. Et, malgré la présence de Tawassoul en son sein, convenir qu’il s’agissait là d’une contestation ouverte de la légitimité de l’Institution.

La relance impossible

Le premier défi du nouveau bureau de l’Institution de l’Opposition Démocratique, était bien celui de la reconnaissance par ses pairs et par le pouvoir.
Ses pairs ne le reconnaitront jamais. Alors que le pouvoir fera preuve de défiance arguant que l’Institution de l’Opposition Démocratique n’a finalement été «qu’une excroissance du parti Tawassoul, épousant parfaitement ses positions». Et c’est ainsi qu’une seule rencontre aura lieu entre le Président de la République et le Leader de l’Institution, Hacen Ould Mohamed. Rencontre au cours de laquelle, il a été convenu de traiter avec le Premier ministre pour résoudre les problèmes qui se posent à l’Institution. Plusieurs rencontres entre le Conseil de supervision et le Premier ministre n’ont jamais permis d’aller au-delà des promesses de «régler rapidement les problèmes posés».
La dernière de ces réunions a eu lieu le 19 mars dernier quand, entouré de son ministre de l’intérieur et de ses collaborateurs concernés, le Premier ministre Yahya Ould Hademine a réuni autour de lui les membres du Conseil de supervision pour discuter des difficultés et faire avancer les choses.
D’abord sur la publication du décret d’application de la loi, celui-là même dont on a parlé dès 2010. Jamais ce décret n’a été pris par le gouvernement. Jamais aussi l’Institution n’a bénéficié d’accès direct aux médias publics. Jamais non plus la situation financière et administrative n’a été définitivement éludée.
Le 19 mars, le Premier ministre prend l’engagement de signer lui-même le décret d’application. Ce qui n’a pas été fait. De disponibiliser des véhicules au Leader de l’Institution. Ce qui n’a jamais été fait. De lui permettre d’accéder aux informations et aux médias publics. Ce qui n’est pas encore fait malgré la circulaire du Premier ministre. Même l’ordre protocolaire lui est refusé.
Certes, le Leader de l’Institution reçoit un salaire équivalent à celui d’un membre du gouvernement comme le stipule la loi : «Au titre de leur fonction le Leader Principal de l’Opposition Démocratique ainsi que les membres du Comité de Gestion, ont droits à des avantages protocolaires et matériels fixés par Décret.
Pour le Leader Principal de l’Opposition Démocratique, les avantages matériels ne peuvent être inférieurs à ceux reconnus aux membres du Gouvernement.
Pour les membres du Comité de Gestion ils ne peuvent être inférieurs à ceux reconnus aux Présidents des groupes parlementaires.
Les frais de fonctionnement de l’Institution sont pris en charge par l’Etat.
L’organisation et le fonctionnement de l’Institution sont fixés par décret pris en charge par l’Etat». Mais le budget de l’Institution diminuant d’année en année, il ne couvre plus que huit mois de salaires. Alors que sur le plan politique et donc institutionnel, elle se meurt.
Ce n’est pas du côté des acteurs de l’Opposition qu’il faut se tourner pour trouver inspiration. Même si en son article 6, la loi dit : «En vue de garantir leurs droits reconnus et de faciliter l’exercice de leurs activités, les formations politiques de l’opposition démocratique coordonnent leurs actions dans le cadre d’une Institution autonome. Cette institution est chargée de garantir la sauvegarde des intérêts collectifs de l’opposition démocratique et de faciliter sa représentation au sein des Institutions de la République». Reste que le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) et avant lui la COD offraient aux partis l’impression de diriger à tour de rôle et de s’éviter le diktat de quelques-uns.
Jamais la question de l’Institution ou du Statut de l’Opposition n’a fait l’objet d’un débat au Parlement, ni au sein des formations politiques faisant ou non front. Les acteurs politiques font à présent comme si elle n’existait pas.
Pourtant… elle doit exister.

SAWAB-IRA : Un mariage de saison


Rien absolument ne pouvait prévoir cette alliance entre le mouvement de résurgence abolitionniste Mauritanie dirigé par Biram Ould Dah Ould Abeid et Sawab que dirige Abdessalam Ould Horma. Même s’il existe des antécédents entre les deux idéologies qui nourrissent les deux formations. Même si chacune des organisations y trouve son compte.

C’est en grande pompe, que Sawab et IRA-Mauritanie ont annoncé jeudi dernier leur alliance politique. Officiellement, il s’agit d’un «partenariat» qui permet aux deux formations d’aborder les élections à venir : les Législatives, municipales et régionales de 2018, puis la présidentielle de 2019. C’est le seul acte politique «tactique» visible sur la scène actuelle. Les autres acteurs semblent s’accrocher aux vieux schémas, comptant plus sur la persistance du clivage Pouvoir-Opposition traditionnel qui a jusqu’ici animé cette scène et qui n’aura plus sa signification dans quelques semaines voire quelques jours.

Bienvenue au Sawab

«Au nom du parti Sawab, nous souhaitons la bienvenue parmi nous à ce grand leader Biram Ould Dah Ould Abeid. Avec lui, poursuit Ould Horma, nous nous engageons dans une bataille commune contre l’injustice et l’exclusion et pour une Mauritanie plus démocratique et plus solidaire. Avec Biram, nous œuvrerons à la consolidation de l’unité nationale». 
De son côté, Biram Ould Dah Ould Abeid a promis, dans son mot d’introduction, de «nouer d’autres convergences avec d’autres formations politiques, à chaque fois qu’il deviendrait possible de consolider la dynamique de progrès pour la Mauritanie émancipée du populisme, du racisme, du fanatisme religieux». Appelant les militants présents «contre la coalition de la régression et du déni, avançons en rangs serrés».
C’est donc Sawab qui reçoit. Le parti légalement constitué ouvre les bras à l’organisation «non reconnue» et jusque-là combattue par les autorités. D’aucuns ont oublié que les Baath ont été les premiers parmi les courants nationalistes à tenter de prendre en charge le mouvement d’émancipation haratine. Quand, à la fin des années 70 et au début des années 80, ils réussissent à copter une partie de la direction historique du mouvement El Horr. A l’époque, toute une aile avait basculé dans le rang du parti Baath (Sghaïr Ould Mbarek, feu Mohamed Ould Haïmer…).
Sawab est un parti qui a la particularité d’être plutôt populaire dans la communauté arabe de Mauritanie sans jamais traduire cela sur le terrain. Sawab n’a jamais eu un député, un sénateur ou un maire. Le nom du parti annonce plutôt la pondération et la mesure dans le discours et les méthodes. En fait, ce parti est venu pour faire oublier les déboires de l’Avant-garde, son ancêtre, plutôt sulfureuse.
Il a appartenu à la partie de l’opposition qui a choisi de continuer le dialogue avec le pouvoir en 2011 et de refuser l’option du dégagisme. A ce titre, il a cofondé la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) avec l’APP et Al Wiam. Qu’il a quittée sans préalables mais sans pour autant rejoindre le Forum national pour la démocratie et l’unité. Les deux dernières années, Sawab a fait cavalier seul, organisant des meetings plus incisifs, plus critiques que dans le passé.
Parce que, comme tout parti mauritanien issu d’un groupuscule politique déterminé, il a dû manœuvrer pour ne pas entrer en conflit ouvert avec la direction historique et les dignitaires emblématiques du mouvement dont il se revendique.

Unis pour le meilleur

De son côté, IRA-Mauritanie est une organisation née du parcours d’un homme, Biram Ould Dah Ould Abeid qui l’a lancée il y a de cela dix ans. Virulence, détermination, engagement physique, extravagance de la démarche, excès de langage… ont caractérisé la méthode Biram jusqu’à présent.
De militant anti-esclavagiste, Biram Ould Dah Ould Abeid est vite passé à leader politique. Il atteint le summum quand il se présente à la présidentielle de 2014. Il arrive deuxième avec plus de 8% des voix exprimées et devient un homme politique par excellence.
Les emprisonnements et la virulence du discours lui valent un fort soutien dans les milieux «exclus du système», particulièrement chez les activistes de la communauté noire qui voient en l’homme et en son organisation un cheval de bataille contre la communauté arabe.
Le plus grand soutien de Ould Abeid lui vient de l’extérieur. Plusieurs prix consacrent une reconnaissance internationale sans précédent. Si bien qu’il est aujourd’hui l’incontestable symbole de la lutte anti-esclavagiste et pour les droits en général en Mauritanie. 
Il y a quelques années, il a essayé de lancer un parti politique mais les autorités ont refusé de le reconnaitre. C’est justement cette hostilité de l’Appareil qui le sert le mieux, le présentant comme une véritable victime d’un système que lui qualifie de «raciste et d’esclavagiste».
Quand il revient d’un long périple en Europe et en Amérique, il annonce dès 2017 sa volonté de briguer la Magistrature suprême à l’occasion de la présidentielle de 2019. Il entend ainsi prendre les devants face à une opposition qui a perdu le fil de son combat et qui refuse de penser à cet avenir pourtant proche.
Le calcul est simple : devant l’absence des figures emblématiques désormais écartées pour raison de limite d’âge, l’opposition actuelle est condamnée à fédérer autour d’un candidat unique. Qui, mieux que Biram Ould Dah Ould Abeid, peut prétendre à la légitimité d’être ce candidat ?
C’est ainsi qu’il se lance dans une série de rencontres pour ratisser large et surtout pour normaliser ses relations avec tous les acteurs. Lui qui n’a pas manqué de s’attaquer à tous, souvent sans hésiter à piocher dans le vocabulaire le plus grossier. Il réussit à impulser le regroupement du G8 qui a été pensé pour faire converger toutes les forces opposantes.
Il a été question une première fois d’accord avec l’UFP, puis d’autres formations, avant que l’information ne tombe. D’abord sous la forme d’une adresse faite par Biram Ould Abeid à travers les réseaux sociaux et essentiellement adressée à la diaspora des militants. Ensuite avec cette annonce solennelle faite devant quelques dizaines de militants rassemblés dans la maison des jeunes.

Le pire à venir ?

Le premier objectif de Ould Abeid est bien sûr de trouver un cadre légal qui peut lui servir pour aller à la conquête des sièges au cours des élections futures. Le mélange ainsi réalisé aura certainement sa part.
Il faut rappeler ici que sur les 155 députés de la future Assemblée, 88 seront élus à la proportionnelle, ce qui ouvre de grandes chances aux partis d’opposition.
Mais les risques pour IRA et pour Biram Ould Abeid sont grands. D’abord celui d’abandonner la virulence qui a été son point fort. Quand il dénonce le populisme, c’est effectivement l’annonce d’un revirement dans le discours. Il est difficile pour ses soutiens actuels de s’accommoder de cette nouvelle alliance.
Une lecture – fallacieuse il est vrai – des événements de 1989 a toujours fait porter au parti Baath de Mauritanie la responsabilité des malheurs qui s’en est suivi. Les militants nationalistes noirs, même les plus pondérés parmi eux, ont toujours développé un discours anti-baath. Il sera difficile pour eux de faire comme si rien ne s’était passé.
D’autant plus que l’expérience de Messaoud Ould Boulkheir et de Action pour le Changement est toujours présente dans les esprits.
Quand, au milieu des années 2000, les nationalistes arabes – cette fois-ci les Nassériens – ont réussi leur OPA sur le puissant leader haratine de l’époque, Messaoud Ould Boulkheir. L’arrachant aux activistes noirs qui l’encadraient et l’intégrant dans un parti nationaliste, Alliance populaire progressiste (APP).
La seconde alliance qui risque de sauter à l’occasion de ce partenariat, est celle des courants dits «droits-de-l’hommistes» occidentaux, souvent sous influences diverses et dont l’objectif est d’abord de déstabiliser les sociétés arabes en cassant des pays où la diversité peut être source de divisions.
Pourtant IRA-Mauritanie se justifie : «Dispersés et parfois inaudibles, nous gagnions certes la bataille de la persuasion parmi les nôtres et auprès des nations libres mais demeurions bâillonnés, chez nous, au seuil des collectivités locales et du Parlement. Aujourd’hui, la leçon enfin apprise, il nous appartient de la traduire, en conquête de sièges, sur le terrain de la compétition dans les urnes.»
Est-ce suffisant pour faire adhérer la multitude de soutiens à ce qui n’est déjà pas un mariage de raison ?

MFO

mercredi 30 mai 2018

Editorial 755


Quand le Président Mohamed Ould Abdel Aziz annonce les réformes qui doivent fonder à ses yeux un ordre nouveau, il ne pense pas un instant que la plus grande résistance viendra de son camp.
Le 3 mai 2016, Néma grouille de monde et tous les hauts responsables ont voulu donner la preuve de leur allégeance et de leur engagement en sonnant le tocsin du rassemblement.
Pourtant, les premières réformes n’interviendront effectivement qu’avec le référendum du 5 août 2017. Quinze mois après l’annonce.
A cause des manifestations hostiles au projet ? des activistes ? des menaces que cela pourrait faire peser ? de l’Opposition ? que nenni ! Juste parce que ceux qui devaient les mettre en œuvre ont travaillé pour les faire échouer, au moins les retarder et les rendre coûteuses dans l’espoir de les rendre impossibles.
Ce sont bien les tergiversations au sein de la Majorité et les hostilités déclarées en son sein qui allaient donner la radicalisation qui a abouti au vote du Sénat et au blocage qui s’en est suivi. Ce sont les expressions multiples, parfois de l’incompétence parfois de la mauvaise foi de certains hauts responsables, qui ont produit l’atmosphère qui a accompagné un moment qui aurait dû être «historique» et qu’on a finalement cherché à dépasser le plus rapidement possible. Sans en tirer les leçons évidentes et instructives.
Et vogue la pirogue…
Quand, bien après, la leçon a été tirée au moins pour le parti Union pour la République (UPR), le Président a tout de suite engagé un processus de réforme. Désignant une commission ad hoc qu’il a chargée de faire l’état des lieux et d’apporter les correctifs nécessaires à une redynamisation effective afin de permettre au parti de faire face aux échéances futures. L’objectif étant de créer un parti «réel» qui a son discours, son programme, son projet de société, ses militants, ses cadres, ses sources de financement, ses structures légitimes, son personnel dévoué… un Parti qui peut survivre à un homme, à une époque.
Pas le Parti du peuple mauritanien (PPM) qui n’a pas survécu au pouvoir qu’il servait. Pas le Parti républicain, démocratique et social (PRDS) qui a disparu avec «son» régime. Pas Adil, déserté dès la chute de ses promoteurs.
Encore une fois, la volonté du Chef aura été sabotée. Parce que le personnel chargé de mettre en œuvre le processus de redynamisation et de normalisation du parti s’est plus occupé de se faire la guerre. Les égos surdimensionnés ont donné des ambitions incongrues. Alors que la compétence et l’intelligence pour réaliser ces folles ambitions n’était pas au rendez-vous.
Cela a donné la radicalisation dans les positionnements sociaux et cet engouement incontrôlé et suspect qui a accompagné l’adhésion puis l’implantation. Si bien que le processus est aujourd’hui dans l’impasse.
Arrêter l’opération à ce niveau, équivaut à déclarer la faillite du système politique en place. Parce que le parti au pouvoir aura été incapable de mener jusqu’au bout une opération qu’il déclarait lui-même «vitale» et «nécessaire». La responsabilité dans ce qu’il advient aujourd’hui est clairement située. Elle est à chercher du côté de hauts responsables qui veulent, chacun, faire main basse sur l’Appareil. Comme si l’objectif était de sortir «champion» en se faisant des muscles sur le dos du système qu’on torpille.
Continuer l’opération pour désigner (ou élire) les instances, c’est construire sur le faux. Ce qui a été obtenu par tel ou tel camp, dans tel ou tel lieu, ne reflète pas forcément le poids du parti. Prenons un exemple : Arafat, département Nouakchott Sud et fief jusque-là des islamistes de Tawassoul.
A Arafat, la campagne d’implantation a abouti à la mise en place de 565 cellules de base, soit 27.250 adhérents effectifs. Il faut savoir qu’aux dernières élections municipales, l’UPR a obtenu 3524 voix au premier tour d’un total de 20106 votants. Que durant le référendum d’août 2017, grand rendez-vous pourtant, il n’y a eu que 14.746 votants sur un total de 43.601 inscrits, soit un taux de participation de 33,82%.
Et, plus significatif, l’UPR a obtenu sur la Liste de Nouakchott aux Législatives de 2013, un total de 16.840 voix soit 15,20%.
A vous de juger du crédit qu’il va falloir donner à cette campagne d’adhésion…
Une campagne qui a absorbé les énergies et les attentions. Faisant oublier le renouveau du discours politiques et la préparation des échéances électorales qui arrivent.
Qui va en payer le prix ?

UPR : Le Gouvernement plombe la réforme


Au début était la volonté politique et l’ambition personnelle du Président de la République de réformer l’Union pour la République, un parti au pouvoir qui a fini par devenir un poids difficile à porter.
Il y eut d’abord la création de la commission chargée d’évaluer la situation du parti et de proposer un plan de redynamisation pour permettre d’une part de normaliser la situation des instances dirigeantes et d’autre part préparer les élections futures en donnant au parti toutes les chances de réussir l’épreuve.

Egoïsmes puissants

La composition de la Commission a d’abord été expliquée par la volonté de puiser chez les cadres les moins engagés dans les querelles intestines, dans la jeunesse et dans la proximité du Président de la République. Une explication qui a sauté dès les premières manœuvres. Il s’est avéré en effet qu’au sein de la Commission ad hoc, allaient s’exprimer les ambitions les plus folles et les querelles les plus élémentaires.
Il suffit de remarquer qu’au sein de la Commission siègent trois chefs de factions de la Wilaya du Brakna : Moktar Ould Diaye, Diallo Mamadou Bathia et Mohamed Ould Sweydatt. Il suffisait ensuite de s’attarder sur la fougue du jeune Ould Diaye pour savoir qu’il allait immédiatement tenter de faire main basse sur le parti en donnant à la réforme le sens qu’il voudra.
Le ministre de l’économie et des finances tient effectivement les rênes financières et administratives qui lui permettent de mobiliser, de s’approprier, d’accaparer le processus ici et là. Il est le seul à pouvoir recruter, obtenir des émoluments pour celui-là, nommer celui-ci à un poste, à accorder des faveurs… toutes les administrations du pays ayant perdu leur autonomie dans la gestion quotidienne au profit du ministre de l’économie et des finances. Tout ce qui sort de ses «compétences» revient au Premier ministre qui en use allègrement pour servir aussi ses desseins politiques.
Le territoire national a été, ces dernières semaines le théâtre des affrontements entre les responsables de la haute administration : le Premier ministre, les ministres (économie, hydraulique, énergie, défense, équipements…), du Directeur général de la Sûreté, du Chef du contre-espionnage… Comme si ces responsables n’avaient d’autre souci que celui de s’assurer un maximum d’unités UPR dans ce qu’ils considèrent être leurs fiefs.
Pourtant, l’objectif de cette implantation n’a jamais été de savoir le poids de l’enracinement de quelques hommes qui n’existent que par leurs fonctions actuelles.

Etat des lieux alarmant

Quand le Président Mohamed Ould Abdel Aziz est descendu dans l’arène pour donner un coup de main à la Commission qu’il avait nommée et à laquelle il avait confié l’évaluation et la redynamisation de l’Union pour la République, il avait été clair dans les objectifs fixés. Le parti revenait de loin.
Fondé le 5 mai 2009, au milieu de la crise politique ayant déchiré le pays à la suite du coup d’Etat du 6 août 2008, l’Union pour la République a été conçu pour être l’un des pôles impliqués dans le dialogue de Dakar qui devait aboutir à un accord politique entre ce pôle et les deux autres : celui du Front national pour la démocratie et l’unité (FNDD) et celui du Rassemblement des forces démocratiques (RFD). Accord politique aboutissant à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale chargé de superviser une élection présidentielle et donc de gérer une courte période de transition.
Le 4 août 2009, le parti tenait son congrès devant lequel, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, fraichement élu, annonçait solennellement sa démission comme le stipule la Constitution. Et en juillet 2010, le Congrès ordinaire de l’UPR se tenait. C’est ce congrès qui permit l’élection des instances du parti, notamment de son premier président Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine. Premier et… dernier congrès «ordinaire» d’un parti qui ne cessera de remettre à plus tard ses rendez-vous. Vont se succéder des réunions du Conseil national transformées pour le besoin en congrès extraordinaire.
Le congrès extraordinaire du 5 mars 2014 permet la désignation de Isselkou Ould Ahmed Izidbih à la tête du parti. Puis celui du 6 septembre de la même année qui ouvre la voie à Me Sidi Mohamed Ould Maham. Trois présidents dont un seul est issu d’un processus «ordinaire». Plusieurs tentatives de «normalisation» sans résultat. Entre la défiance du Président vis-à-vis du parti et l’indiscipline voire l’hostilité du gouvernement à son égard, l’UPR est incapable de jouer le rôle de locomotive politique lors des grands rendez-vous comme le référendum du 5 août 2017. C’est le gouvernement qui lui ravit la vedette à la suite du camouflet qu’on sait.
Pour ratisser large, la Commission lance des journées de réflexion ouvertes par le Président de la République qui fixe les termes de référence de l’opération. Sur la situation, tout le monde est d’accord pour dire que le parti est un corps malade. Sur la redynamisation, deux axes sont prioritaires : celui du discours politique et celui du renouvellement des instances pour leur donner la légitimité nécessaire. Bien sûr un atelier sera consacré au financement du parti, un autre au fonctionnement…

Recherche Redynamisation désespérément

Le temps pressait parce qu’il fallait tout finir dans les délais permettant de bien préparer les échéances électorales futures. C’est naturellement le processus d’implantation qui s’enclenche immédiatement parce que le parti l’avait envisagé en 2016 et, pour ce faire, avait déployé les outils techniques nécessaires.
Les deux premières phases de l’implantation viennent de se terminer et à chacune de mauvaises surprises attendaient.
A la phase adhésion, l’UPR a dû faire face à une affluence qui a donné un résultat inattendu : la barre du million d’adhérents est dépassée alors qu’on attendait 300.000. Cette affluence allait aussi «actualiser» d’anciennes querelles tribales savamment manipulées par les marionnettistes qui opèrent depuis les bureaux de la haute administration à Nouakchott.
Mais c’est la phase de l’implantation des structures de base (unités) qui allait radicaliser les hostilités. Les deux phases apparaissant comme une primaire au sein de l’UPR. C’est que le discours entretenu par le ministre Ould Diaye sur les réseaux sociaux, affirmait que tous les choix qui seront faits le seront désormais en fonction de «la représentativité effective» de chacun sur le terrain. Dans une atmosphère délétère caractérisée par la possibilité de s’affronter «sans oublier qu’on appartient au même parti». Affrontez-vous, rappelez-vous après que vous êtes de la même formation politique…
Les divergences n’ayant pas de fondement «intelligent» - ce n’est pas la différence dans les points de vue, ni dans les orientations politiques, ni dans les choix économiques, ni dans la vision des problématiques sociales et de leurs solutions -, ce sont les ressentiments personnels et donc les égos qui les nourrissent.
Le discours politique ? Personne n’en parle. Le programme pour les futures élections ? Personne n’en parle non plus. Ce sont les guerres de positionnement qui l’emportent et qui occupent. Si bien qu’on peut conclure à un échec de l’entreprise d’assainissement engagée il y a quelques mois.
Même le déroulement des opérations d’implantation ne satisfait personne. Du coup, la légitimité voulue au début par la volonté affichée de transparence, est altérée.
Le cafouillage occasionné par les querelles de factions empêche de voir clair dans le poids électoral des acteurs. A quelques mois des premières échéances, l’UPR risque fort de faire le pire des choix. Et d’en récolter les conséquences.
Lors de sa réunion de samedi dernier (26/5), la Commission ad hoc a décidé de reprendre les opérations de désignation des structures seulement au niveau de Nouakchott et Nouadhibou, de laisser l’intérieur jusqu’au 20 juin. Elle aurait aussi décidé de commencer tout de suite à faire ses choix pour les candidatures aux élections. Selon certains de ses membres, cela permettrait de vider immédiatement les querelles et de savoir qui est effectivement avec le parti quelque soient ses choix.
Dans quelques jours donc, l’UPR sera obligé de finir ce qu’il a commencé. Il gagnera au moins le pari d’avoir organisé un Congrès ordinaire. S’il y arrive.

Ould Oumeir

Editorial 754


Le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) a réitéré sa volonté de participer aux élections futures. Il a même promis la débâcle au parti au pouvoir. C’est son droit d’avoir les ambitions les plus improbables. On ne peut pas reprocher à ce conglomérat d’opposants de promettre une défaite cuisante à ceux qui sont au pouvoir.
Par contre, on peut et on doit leur reprocher de demander la dissolution de la toute nouvelle Commission électorale indépendante (CENI). Non pas, comme l’a dit quelqu’un, parce qu’il s’agit là d’une proposition d’enfreindre les lois de la République. Non pas, parce que le FNDU révèle ici son incapacité à accepter tout ce qui ne vient pas de lui. Non pas parce que le FNDU n’a plus de conditions à poser depuis qu’il a décidé de participer sans préalables…
Mais parce que le FNDU en demandant la dissolution de la CENI, suggère un nouveau processus qui demande du temps… du temps... du temps…
Le temps qu’on n’a pas vu venir. Le temps qu’on n’a pas vu passer. Le temps qu’on n’a pas su vivre.
Si le processus est repris, ce sont toutes les dates déjà envisagées qui sautent. Celles des Législatives et des locales. Mais aussi celle de la présidentielle. Du coup, c’est le risque de voir naitre un cycle nouveau qui peut mener n’importe où sauf à la tenue des échéances dans les délais prévus par la loi.
C’est peut-être ce qui est recherché par le FNDU. Une «tactique» quelques fois utilisée sans visiblement de résultats.
Quand les trois pôles politiques signent rapidement l’accord de Dakar, ils pensent pouvoir agir sur les délais. Pour eux, il suffit de trainer le processus prévu pour arriver aux délais incompressibles et impossibles à respecter. C’est la bataille autour du décret de convocation du collège électoral pour le 19 juillet 2009. Si les uns considèrent encore aujourd’hui qu’il s’agit là de la rupture de contrat, c’est bien parce qu’ils avaient tout calculé pour arriver justement au blocage dû aux délais.
Quand la Coordination de l’opposition démocratique demande le report des sénatoriales en 2011 pour permettre sa participation au dialogue en perspective, c’est bien pour aboutir au résultat qui a fini par être : la péremption des institutions. Si bien qu’il a fallu au pouvoir imposer au Conseil constitutionnel de transgresser la loi pour trouver une formule permettant de faire avec l’illégalité.
Certains acteurs politiques ont toujours fait du temps un facteur de défaite du protagoniste. C’est ce qu’ils tentent aujourd’hui. Pousser le Président Mohamed Ould Abdel Aziz à l’erreur. Le plus simple et le plus improbable, c’est de différer les échéances.
On peut dire aujourd’hui qu’il n’y a que les ennemis de l’homme qui cherchent à lui faire des tours pour empêcher son départ en 2019. Mais lui sait où est son intérêt.
Comme il l’a prévu lui-même – et de lui-même – il respectera les termes de la Constitution et de son serment.
Comme il l’a promis, il mettra en place un dispositif qui empêchera les retours en arrière. Les niveaux atteints en matière de liberté d’expression, en matière de capacité de critiques, d’émancipation pour le Mauritanien, de la maîtrise de l’Etat civil, du recentrage de la diplomatie… et surtout de la sécurité et de la stabilité, ces niveaux-là ne doivent plus être remis en cause.
Comme il l’a entamée, la marche vers la Modernité devra se faire avec plus d’assurance, plus de force. Pour ouvrir la voie à plus d’égalité, plus de justice et plus d’équité.
Les rendez-vous de 2018 fondent la Mauritanie de demain. Et quoi qu’on dise, ils s’annoncent plutôt prometteurs. Si les chefs et leaders de formations politiques sont à la tête de la course électorale, nous aurons au moins une Assemblée nationale représentative et inclusive. Alors que les conseils régionaux et les municipaux balayeront le spectre de la diversité.