mercredi 29 octobre 2014

Compaoré, son vrai visage

Il a fallu tout ce désordre pour que le Président Blaise Compaoré comprenne enfin que son peuple en avait marre. Des morts inutiles, parce que tout cela pouvait être évité. Des destructions inutiles parce que le Président Compaoré aurait pu savoir, dès le début, que sa présence ne pouvait plus être tolérée.
J’imagine d’ici les proches – parents et conseillers – s’activant autour de la personne du Président, essayant de le convaincre qu’il reste l’homme providentiel pour un Burkina au bord du précipice, le convainquant que les opposants sont juste aigris incapables d’action concertée, que le monde libre sera avec lui passé le premier moment des condamnations peu appuyées, que l’Armée est de son côté parce qu’elle est tenue par ses fidèles, que rien ne peut affecter son pouvoir…
On a oublié le peuple burkinabé dans toutes les évaluations faites par les spécialistes, les proches, les parents ou les conseillers. Comme on avait oublié le peuple tunisien quand on parlait de la situation dans ce pays, le peuple égyptien quand on croyait dresser la liste des risques qu’encourrait le pouvoir de Moubarak…
L’homme qui a dirigé plusieurs intermédiations dans des conflits compliqués, qui a pu ramener de nombreux protagonistes à la table de négociations, celui qui se présentait comme le modèle d’une nouvelle Afrique, le Président blaise Compaoré n’a pas pu anticiper la réaction de son peuple et partir dignement. Il a fallu qu’il passe par toutes les étapes suivies par Zeine El Abidine ben Ali : la répression sanglante et aveugle, la phase du «je vous ai compris», puis la tentative de tricher en promettant de partir mais seulement après avoir mis en place une transition… et enfin le coup d’Etat «monté» comme pour calmer la situation en attendant un retour possible… Après 27 ans de pouvoir autoritariste, Blaise Compaoré est obligé de faire ses valises et de quitter précipitamment son pays.
Comme tous les dictateurs, il laisse un pays exsangue : la classe politique essoufflée par la répression est incapable d’unité, l’Armée est traversée par les clivages ethniques, les Institutions étatiques sont travesties… Blaise Compaoré ira se la couler douce sous la protection de l’un de ces hommes arrivés au pouvoir grâce à lui. Il pourra alors consommer les biens amassés d’une trentaine d’années de mauvaise gouvernance à la tête du «pays des hommes intègres». Les intermédiations et les facilitations rapportaient aussi.
Pendant que Blaise Compaoré vivra heureux, le Burkina Faso se débattra longtemps encore dans les problèmes liés à une transition qui ne finit pas de commencer.

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