vendredi 15 mai 2015

Le vrai problème

C’est une discussion provoquée par un ami qui interpellait l’un de nos médecins de retour d’un stage à Dakar. «Mon frère, dis-moi quelles différences as-tu perçues entre la médecine exercée en Mauritanie et celle exercée au Sénégal ?»
Le médecin regardé longtemps son interlocuteur avant de lui répondre : «La différence à mon avis ne se situe pas au niveau de la pratique médicale encore moins du niveau des praticiens, pas non plus de la qualité des services… La différence fondamentale vient des malades eux-mêmes». Et d’expliquer : «A son arrivée, le malade mauritanien est déjà sous pression psychologique de ses accompagnants. Par leur comportement, ils le convainquent qu’il arrive à terme du processus qui le mène à la mort fatalement. Ils ne s’arrêtent pas à ce niveau.
Quand je commence à l’ausculter, il se trouvera toujours quelqu’un qui va souffler que je tiens mal les instruments. Quand je le couche sur l’un des côtés pour avoir une meilleure vision, quelqu’un dira que j’ai aggravé sa situation. Lorsque je prescris un premier traitement en attendant les analyses, un autre dira toujours que ce médicament est pourri avant de conclure que le docteur lui-même ne sait rien faire…»
La suite nous la connaissons. Il faut courir chercher un parent, même s’il s’agit d’un infirmier. Avant de demander que le malade soit évacué, si bien sûr ses parents ont la possibilité de prétendre à un tel luxe.
En fait, cette attitude de défiance n’est pas seulement causée par l’exercice de nos praticiens qui a fait perdre aux usagers la confiance dans notre système sanitaire. Elle vient aussi de cette tendance à croire que tout ce qui vient de nous est moins que rien. Si bien que les phrases la plus partagées dans nos milieux, des plus simples aux plus complexes, de l’élite à la masse, c’est bien celle-là : «Ce pays est maudit. On ne peut rien en attendre. Tfou !...»
Tout ce qui indique la méprise. De là à la haine, il n’y a qu’un pas qui est allègrement franchi par beaucoup d’entre nous.
La médiocratie – l’ensemble du personnel administratif et politique – qui a fait main basse sur le pays, non pas par le mérite mais par l’exercice politicien (et mafieux) des affaires publiques, veut bien nous faire croire que tous se valent, tous se ressemblent.
Les nouveaux moyens de communication sociaux sont venus s’offrir aux plus entreprenants pour imposer cette sinistrose qui règne désormais sur nous.
On en oublie que les marchands de malheur ne peuvent être des promoteurs de futurs meilleurs. Ceux qui nous désespèrent du présent nous installent dans une attitude définitivement craintive de l’avenir. Rien ne peut plus nous faire espérer en un avenir meilleur à force d’entendre ces discours nous annonçant l’apocalypse imminente (guerre civile, effondrement de l’Etat…).
Heureusement que nous résistons encore à cette noirceur qui veut, tel un linceul, nous ensevelir inexorablement. Heureusement que nous comprenons que c’est une manière d’excuser le manque de perspective chez ceux qui ont fait du mauvais présage une arme pour se faire une place. Dépeindre en noir notre situation, nous désespérer de ce que nous sommes, c’est nous obliger à croire que tout ce qui peut advenir est mieux pour nous. Et, plus grave, que tout ce qui est advenu était meilleur. Annihiler le passé, assassiner le futur, en noircissant le présent.

jeudi 14 mai 2015

Enfants de la rue

Ce matin, j’ai découvert un groupe d’enfants dormant à ‘entrée de l’immeuble qui abrite les bureaux de La Tribune. Une image que je n’ai pas vue depuis longtemps : une dizaine d’enfants collés les uns aux autres comme pour compenser le manque de couverture et de matelas. Il n’ya pas de confort dans ces conditions. Alors on se sert pour donner l’impression de gagner, le temps d’une nuit, une chaleur humaine, une solidarité quelconque par le partage de cette condition difficile.
Le premier à se réveiller est le plus jeune. A peine soixante-dix centimètres, il doit peser moins de 25 kilogrammes. Un t-shirt jadis blanc, bouffant, et une culotte noircie par l’usage. Il se lève, ramasse un pot qui était là, s’en va à l’intérieur de l’immeuble et ressort avec de l’eau. Il se lave sommairement le visage comme pour chasser le sommeil et s’en va s’appuyer sur la voiture stationnée là.
L’un des habitants arrive et commence à réveiller la petite meute bruyamment. Sans violence, mais avec fermeté. Il les oblige à faire semblant de prier, ce qu’ils font sans ablutions. Ils se regardent et commencent à s’envoyer des invectives. Le plus âgé d’entre eux, celui qui a le plus de muscles ne semble pas être le chef. C’est un petit blanc, tout sale, qui donne les ordres. C’est d’ailleurs lui qui se lève le premier pour se diriger vers l’intérieur de l’immeuble : comme il est encore ensommeillé, il choisit de se recoucher sous les escaliers de l’intérieur. Il est immédiatement suivi par ses compagnons. Sauf le plus petit, le plus chétif qui s’est appuyé contre la voiture avant de sombrer dans un profond sommeil.
J’apprends qu’ils viennent depuis une semaine dormir dans le coin. Alors je décide de leur poser des questions. J’apprends par la bouche de l’un d’eux qu’ils travaillent pour le compte d’un homme d’affaires connu et qui a une entreprise de collecte de poubelle. Le plus âgé refuse de me parler de leurs familles et de leurs relations entre eux, se contentant de me donner le nom du personnage et de me dire : «nous enlevons la poubelle pour…» Mais ses réponses ne me satisfont pas.
Le chef – celui qui donne l’impression d’être le vrai leader du groupe – donne une autre version. Il s’agit d’un groupe qu’il utilise lui-même pour son «entreprise». Et de raconter «son» histoire.
Ce petit bout d’enfant raconte qu’il a fui sa famille – sa mère et son frère – pour les misères que lui faisait cet ainé «particulièrement méchant». Il a laissé sa mère quelque part en Adrar – il refuse de dire exactement où comme pour la préserver de ce qu’il considère «l’indignité de vivre» qu’il a adoptée. Grâce aux petits boulots, il a survécu jusqu’à présent. Il y a plus d’un an, il a réussi à avoir son propre âne et un attelage (charrette). Il a décidé alors de travailler dans la collecte des ordures. Les gens le payent pour transporter les ordures vers les dépôts et sur place il trouve toujours quelques bricoles qu’il remet en circuit moyennant des sommes plus ou moins importantes.
Conscient de son incapacité à faire marcher seul l’entreprise, il a mis sur pieds une bande de copains, ayant sensiblement son âge. Quand la situation va bien, ils travaillent jusque tard dans la nuit. Ils cherchent alors où dormir. Ils sont habitués depuis un certain temps à venir ici. Cela leur convient bien parce qu’ils ne font pas l’objet de brimades et ne sont pas sujet aux violences que leur font subir d’autres quand ils les découvrent dans leurs voisinages.
Il raconte même comment ils ont perdu leur âne pendant près de deux mois, comment ils l’ont retrouvé par enchantement trainant non loin de l’emplacement qu’ils avaient l’habitude d’utiliser comme enclos…
Ce phénomène, je le découvrais le matin en ce jeudi 14/5… au soir, j’apprends par la télévision l’adoption d’une loi ayant pour ambition d’éradiquer le travail des enfants. J’ai alors pensé à ces gosses qui travaillent pour eux-mêmes, à tous les enfants qui travaillent pour le compte de leurs parents, à tous les enfants jetés dans les rues pour mendier au profit de leurs marabouts, à tous les orphelins qui n’ont d’autre choix que celui-là… que va-t-on faire pour leur éviter justement de trimer dans des conditions difficiles ?  

mercredi 13 mai 2015

Bonne sortie plutôt

Télévision de Mauritanie interpelle, une fois par semaine, l’un des ministres du gouvernement pour faire une évaluation générale de son département. C’est une vieille émission qui a pour titre «al hukuma vi mizaane cha’b» (le gouvernement sur la balance du peuple). Mais il faut reconnaitre que cette émission animée par notre confrère Sidi Ould Nemine a connu une nette évolution. Il suffit pour cela de suivre son numéro de ce soir consacré au secteur de la santé.
Dans sa présentation, le jeune journaliste qui a accumulé une grande expérience malgré son âge, a touché à tous les aspects de la problématique du secteur. Les infrastructures sanitaires, les ressources humaines, la politique du médicament, l’incapacité du ministère à imposer son autorité, l’absence totale de confiance des usagers… Si bien que quand il prend la parole pour introduire ses propos, le ministre Ahmedou Ould Jelvoune se met dans la position de la contre-attaque : «J’essayerai d’utiliser l’occasion que vous m’offrez pour contrecarrer l’image extrêmement négative qui vient d’être présentée en parlant du secteur…»

Le ton est donné. Il s’agira d’une véritable discussion entre un journaliste qui veut savoir (et faire savoir au ministre les appréciations qu’on a du secteur) et un ministre qui veut convaincre pour inverser l’image. Le refus du premier de se contenter d’écouter simplement et la détermination du second à donner des chiffres, tout cela a fini par donner une bonne émission.

mardi 12 mai 2015

L’exemple anglais

La victoire des conservateurs aux législatives de la semaine dernière en Grande Bretagne, cette victoire a fait l’effet d’un tsunami sur la classe politique de ce pays. La plupart des hommes politiques ayant subi la défaite ont été obligés de démissionner pour dire qu’ils avaient tiré la leçon de la débâcle. Du coup, partout en Europe, particulièrement en France, le débat a été ouvert autour de la nécessité d’imposer l’attitude comme une loi.
Pour beaucoup, «c’est la seule façon de provoquer le renouvellement de la classe politique». Pour d’autres, «il est temps d’exiger des acteurs politiques de répondre de leurs mauvais choix, de leurs mauvaises prestations». Car ailleurs, particulièrement en France, les acteurs politiques se comportent en véritables «opérateurs» se permettant les hauts et les bas qui s’imposent à eux, jouant à volonté de la démagogie et du populisme et ne répondant jamais de leurs déboires.
Héritage laissé par la colonisation ou caractéristique sociale «autochtone» ? Le fait de ne jamais répondre de ses actes caractérise aussi l’espace politique mauritanien. Plus qu’ailleurs, l’acteur politique n’est pas tenu ici d’avoir un parcours exemplaire, de payer pour ses choix et ses engagements. D’abord parce que la politique est assimilée à un jeu où la perfidie et le mensonge sont des armes à utiliser. Ensuite parce que la mémoire commune ne retient rien du parcours, souvent chaotique de ces acteurs. Ils s’affranchissent alors de toutes les considérations morales qui devaient leur imposer d’avoir un cursus irréprochable, clair et rigoureux. Deux illustrations.
Monsieur X a longtemps milité dans un parti d’opposition. Il a longtemps joué des coudes pour se faire une place auprès du leader de son parti. Allant jusqu’à manœuvrer pour faire le vide autour de ce leader afin de se présenter comme le plus fidèle des soutiens. Il a réussi à pénétrer l’espace intime du leader. Poussant cette intimité jusqu’à accéder à tous les aspects de la vie personnelle de son chef.
Arrivé à ce stade, et sans transition, Monsieur X nous annonce sa décision de changer de camp. Il rejoint le camp du pouvoir. Commence pour lui une frénétique course de communication. Il lui faut faire la démonstration de son nouveau positionnement. Cela se traduit sur la place publique par des attaques violentes (parfois vulgaires) contre son ancien leader et son parti. En cachette, il doit avoir livré tout ce qu’il sait de la vie cachée de celui dont il a su violer l’intimité.
Mais en général, un comportement comme celui-là finit toujours par «consommer» son auteur. Ses nouveaux maitres ne se pressent pas de le récompenser (même si…). Il attend. Intervient alors un changement. Les maitres ne sont plus les maitres. L’espoir de voir ses anciens «amis» devenir les maitres est grand. Et avec lui la volteface de Monsieur X.
Monsieur Y est un cadre du parti au pouvoir, de tout parti au pouvoir. La dernière fois qu’on l’a entendu publiquement parler, c’était pour vilipender les opposants au régime qu’il défendait. Il montait alors combines sur combines pour diaboliser les opposants, fustiger leurs causes, débaucher leurs militants les plus significatifs, les accuser de tous les maux…
Il participait sans vergogne au sac du pays, à la corruption des mœurs politiques, au pillage des ressources publiques, au détournement des programmes de développement, à la culture de contrevaleurs…
Arrive le moment de la fin d’un cycle. Monsieur Y fait semblant d’être quelqu’un d’autre. Il découvre subitement qu’il y a de l’injustice dans l’exercice quotidien du pouvoir, qu’il y a la mauvaise gestion, qu’il y a les pratiques esclavagistes, qu’il y a des inégalités sociales criantes… Il adopte les causes justes et réussit à faire oublier qu’il a été l’artisan – ou l’un des artisans – du système qu’il dénonce désormais. Il est «militant» et même «victime». Il côtoie à cet effet les honorables défenseurs des causes justes, réussit à les devancer dans le mouvement en occupant les premières lignes, à couvrir de sa voix les leurs.
Dans la Mauritanie d’aujourd’hui, c’est désormais Monsieur X et Monsieur Y qui sont l’incarnation des causes justes, du combat des déshérités, du soulèvement des victimes… après avoir été les bourreaux d’hier, les complices de tout temps… ils confisquent aujourd’hui la grandeur du combat à mener pour l’émancipation de l’homme mauritanien et salissent la noblesse de cette cause.
Monsieur X et Monsieur Y ne sont que des échantillons de toute une classe politique qui refuse se remettre en cause, de se démettre, de quitter la scène malgré ses excès.

lundi 27 avril 2015

Précisions sur Kosmos Energy

L’équipe dirigeante de Kosmos Energy qui s’est rendue en urgence à Kaédi pour y rencontrer le Président de la République, avait pour mission de lui rendre compte d’une importante découverte de gaz naturel aux larges des côtes mauritaniennes. Cette découverte – c’est prouvé – s’annonce extraordinaire en termes de quantité et de qualité. Seulement, elle se trouverait à cheval entre l’offshore du bassin sénégalo-mauritanien. Son exploitation nécessite donc la mise en commun des efforts et des investissements. Cela demande l’ouverture de nouveaux types de relations avec le Sénégal de Macky Sall dont les rapports avec le pouvoir mauritanien actuel sont empruntes de suspicions.
En effet, le Président sénégalais garde de fortes relations avec les opposants les plus radicaux à Ould Abdel Aziz. Certains d’entre eux déploient actuellement d’énormes efforts financiers pour acheter des espaces médiatiques réputés proches de Macky Sall afin de les utiliser contre le régime en Mauritanie. L’avocat français en pointe contre Ould Abdel Aziz, Me William Bourdon, s’est constitué partie civile dans le dossier Karim Wade et prête donc main forte au gouvernement en place. Toute cette nébuleuse qui tisse sa toile dans le Sénégal voisin dérange les autorités de Nouakchott. Mais elle ne peut être un obstacle devant la réalisation du projet d’exploitation de l’énorme champ gazier. C’est d’ailleurs l’occasion pour les deux gouvernements de monter une espèce d’OMVS énergétique chargée d’exploiter cette immense ressource qui peut enrichir les deux pays selon les experts. Les intérêts des deux pays doivent être au-dessus de toute autre considération.
D’autant plus que la découverte fait miroiter d’énormes potentialités dans le offshore profond jamais exploré. Si l’affaire est concluante, la Mauritanie oubliera bientôt toutes les déconvenues des champs de Chinguitty (pétrole), de Banda (gaz)…

Dans un communiqué rendu public par la société. Andrew G. Inglis, Président Directeur Général, s’est exprimé en ces termes : «Du point de vue du volume, le puits Tortue-1 a dépassé toutes nos espérances et a permis de découvrir de vastes ressources gazières. L’imagerie sismique que nous possédons indique que l’étendue de Tortue Ouest pourrait couvrir environ 90 kilomètres carré, ce que le forage d’appréciation permettra de mieux définir. Plus important encore, d’après les résultats obtenus et l’excellent calibrage puits-sismique, le puits Tortue-1 a permis de considérablement réduire les risques relatifs à notre position en eau profonde en Mauritanie, qui couvre quelques 27 000 kilomètres carré de superficie sous-explorée. Notre superficie présente une prospectivité de suivi importante, notamment avec une large gamme d’objectifs et de zones utiles dans le Cénomanien ainsi que dans le Crétacé plus profond, avec une forte dépendance.
Un programme d’appréciation est actuellement en cours de planification dans le but de délimiter la découverte Tortue Ouest. En outre, le forage du puits d’exploration Marsouin-1, qui se trouve dans la partie centrale du Bloc C-8, devrait démarrer dans le courant du troisième trimestre 2015. Un programme d’exploration est actuellement en phase de préparation pour tester d’autres prospects dans le Complexe Tortue, qui s’étend jusque dans le Bloc St. Louis Offshore Profond au Sénégal ; ces prospects comprennent notamment les prospects Tortue Est et Tortue Nord. Pour soutenir ce programme, une étude sismique 3D réalisée sur les blocs sénégalais en 2014 est actuellement en cours de traitement et d’interprétation

Pour sa part Brian F. Maxted, Directeur de l’exploration, a déclaré : «Cette importante découverte, qui ouvre un nouvel objectif, conforte notre stratégie d’exploration en zones frontières avec, pour l’heure, un puits sur trois de réalisés dans la «2ème manche» de notre campagne. Les résultats obtenus prouvent que le modèle économique
organique en eau profonde que nous appliquons, qui cible un accès précoce dans le but d’établir de larges positions avec une prospectivité dépendante de suivi, peut créer une importante valeur pour nos actionnaires.
»

dimanche 26 avril 2015

Langue de bois nécessairement

J’ai longtemps hésité à utiliser un mot pour désigner l’impression laissée par le discours du Président Mohamed Jamil Mansour de Tawassoul. C’était lors d’une longue interview accordée à notre confrère Ahmedou Wedi’a sur la chaine Mourabitoune. Le Président de Tawassoul avait devant lui un journaliste qui n’avait pas sa langue dans sa poche, lui qui avait provoqué le fameux clash avec le Président Mohamed Ould Abdel Aziz lors de sa dernière sortie médiatique. Et parce qu’il avait quelque chose à prouver, lui qui est jugé proche du parti islamiste, ses questions étaient plutôt incisives et dérangeantes. A tel point qu’il a su, par moments, déranger l’homme politique mauritanien le plus habile en matière de communication, le plus précieux dans son expression et sans doute le plus logique dans ses raisonnements.
A la question de savoir comment Tawassoul qualifiait les visites présidentielles, Jamil Mansour répondit promptement : des visites carnavalesques qui rappellent le passé et qui portent préjudice aux populations visitées tout en donnant l’occasion de dilapidation de biens publics dont on a besoin. A peu près la réponse du Président de Tawassoul. Réplique de Wedi’a : c’est sans doute pourquoi vous avez autorisé les élus de votre parti à y participer ? Bafouillements à la manière d’un maitre : le Président Jamil Mansour essaye d’expliquer la difficulté que l’instance dirigeante a eu à autoriser les élus, mais aussi la nécessité de prendre en compte les contingences locales et les demandes des populations. Pour conclure à peu près : les élus ont le devoir de porter la parole de leurs électeurs devant l’Autorité.
A la question de savoir comment Tawassoul allie-t-il son appartenance au Forum national pour la démocratie et l’unité et le fait de diriger l’Institution de l’Opposition Démocratique, le Président Jamil Mansour n’y a vu aucune contradiction. Et quand le journaliste lui dit que le FNDU ne reconnait pas l’Institution, il conteste : le FNDU n’a jamais exprimé une telle décision. Mais si : son président l’a exprimé publiquement, son secrétaire permanent aussi, les présidents des quatre pôles qui le composent y compris le pôle politique, chacun a expliqué que le Forum ne reconnaissait pas une institution issue d’une élection que le regroupement avait décidé de boycotter.
En fait, le Président Mohamed Jamil Mansour est dans la situation de celui qui défend des positions qui ne sont pas forcément les siennes. Y compris les propositions du FNDU qu’il a tantôt qualifiées de préalables, tantôt de conditions, tantôt de mesures de mise en condition.
On en sort avec le cerveau embrouillé et surtout avec le sentiment que nos hommes politiques continuent à perdre le temps à chercher le consensus là où il ne peut y en avoir. Les partis composants le FNDU n’ont rien en commun. Ni en matière de parcours politiques, de dogmes politiques, de cultures politiques, ni en matière de stratégies (ou de tactiques) politiques, encore moins en matière de méthodes d’action. Leurs intérêts ne sont pas les mêmes. Leurs objectifs ne sont pas les mêmes. Leurs visions – pour ceux qui en ont – ne sont pas les mêmes.
Pour être précis, Tawassoul et l’Union des forces du progrès sont aujourd’hui obligés par leurs partenaires d’adopter des positionnements qui ne servent ni leurs objectifs ni les choix qui sont réellement les leurs. Alors fatalement, quand l’un de leurs responsables essaye de justifier ou de défendre le positionnement actuel, il se perd. Il pratique facilement la langue de bois qui est définie comme suit :
«La langue de bois (appelée parfois humoristiquement xyloglossie ou xylolalie, du grec xylon : bois et glossa : langue ou λαλέω / laleô : parler) est une figure de rhétorique consistant à éviter de présenter une réalité par l'utilisation de tournure de phrase et d'expressions usuelles.
C'est une forme de communication qui peut servir à dissimuler une incompétence ou une réticence à aborder un sujet en proclamant des banalités abstraites, pompeuses, ou qui font appel davantage aux sentiments qu'aux faits.
Il s'agit moins d'impressionner l'interlocuteur en passant pour plus savant qu'on l'est que d'éluder le sujet afin d'éviter de répondre à une question ou un sujet embarrassant.

La langue de bois en politique a, en sus d'une utilité sophistique, une utilité diplomatique : les mots servent alors à neutraliser ou à adoucir les choses qu'ils qualifient. De ce point de vue elle est l'œuvre de la prudence et de la ruse qui sont les qualités cardinales du souverain (on parle de ces qualités si importantes aux yeux de Machiavel)» (Wikipedia).

samedi 25 avril 2015

L’autre visage des littéraires

L’«Union des littéraires et écrivains mauritaniens», c’est le nom que se donne l’association sensée rassembler poètes, romanciers, nouvellistes et créateurs mauritaniens. Créée en 1975, elle fonctionne selon un statut qui date du 19/01/1976 et qui a été plusieurs fois amendé et corrigé. Par la force des choses, elle est essentiellement une affaire entre littéraires …arabes, entre ceux qui composent en Arabe classique et ceux qui créent en poésie dialectale Hassaniya. Très peu d’auteurs francophones et/ou des langues nationales. Il faut chercher vainement parmi les 29 membres du Conseil supérieur et les 31 membres du Bureau exécutif pour trouver un nom susceptible de faire porter une voix autre que celle de la création littéraire classique arabe ou populaire hassaniya. Le premier grief qu’on peut faire à cette organisation.
Vous pouvez lire tous les textes la fondant – le statut, le règlement intérieur – il n’est fait nulle part référence à la nécessité d’incarner la diversité culturelle de la Mauritanie. Bien sûr que parmi les objectifs figurent la nécessité de faire porter la voix de la Mauritanie dans le Monde Arabe, en Afrique Noire et dans le Monde. Mais quelle voix nationale ? Aucune place à une dynamique interne à même d’impliquer toutes les créations littéraires mauritaniennes. Deuxième grief.
Il y a quelques trois ans, l’Union a bénéficié d’un soutien financier substantiel de la part des autorités publiques. C’est ainsi qu’une subvention de 60 millions lui est versée annuellement. Une manière de faire passer tout ce que le Président de la République avait dit de la poésie et des poètes il y a quelques années. C’est certainement ce pactole qui a ouvert les appétits et qui a remué les ambitions. Un pactole dont la gestion n’est pas contrôlée – incontrôlable probablement. Ce qui laisse libre cours à toutes les malversations. Ne vous étonnez point donc de tout le tumulte provoqué par le renouvellement du Bureau qui devait intervenir ce samedi, n’était une interférence impromptue de la justice qui a décidé de surseoir à la tenue de l’Assemblée générale suite à une plainte déposée par l’une des parties en course pour la présidence. Pour comprendre cet imbroglio, place aux faits.
Par décision du Bureau exécutif réunion le 17 avril 2015, la date de l’Assemblée générale a été fixée au samedi 25 avril. A cette réunion 21 des 31 membres étaient présents. Du coup, les candidatures furent ouvertes et comme les textes le prévoient, une commission chargée de superviser les adhésions a été désignée pour valider les candidatures déposées ces dernières semaines. Il faut signaler ici que si le rythme des adhésions a toujours été très faible, il s’est accéléré ces dernières semaines de manière à provoquer quelques suspicions.
Entre 1976 et 2012, 132 adhésions ont été enregistrées, alors que l’on a compté près de 500 dossiers de candidatures ces dernières semaines. C’est pourquoi la question est devenue un enjeu principal dans le processus du renouvellement des instances dirigeantes de l’Union. Taisons toutes les querelles personnelles, tribales, régionales et tout le reste.
La commission chargée de valider les adhésions devait décider le gel du processus d’adhésion pour après l’Assemblée générale. Décision entérinée par le Bureau exécutif. La plainte est donc déposée pour contester cette décision. La justice a suivi sans expliquer pourquoi elle s’en mêle. N’empêche, on en est là.
L’Union des littéraires et écrivains mauritaniens a besoin d’apporter une sérieuse réforme à ses textes, à se moderniser, et surtout à s’ouvrir sur l’ensemble des expressions littéraires mauritaniennes. Elle a besoin de quelqu’un qui ne soit pas enfermé sur lui-même, quelqu’un qui a l’atout d’autres langues, y compris les langues dites nationales et qui ne sont que des piliers de cette culture nationale riche de sa diversité. L’image qu’elle doit donner est celle d’une Mauritanie multiculturelle, profondément enracinée dans son ancrage africain et arabe. Son futur président doit être choisi selon les critères qui le prédisposent à la restaurer, à lui rendre sa vocation première qui est celle de promouvoir la création littéraire dans ce pays qui a décidé, depuis quelques décennies, de faire la guerre à la culture et à la création.
Pour ce faire, il est du devoir des autorités, du ministère de la culture en premier, de donner un coup de balai dans la ruche pour imposer un processus qui va dans le bon sens. La décision judiciaire peut être mise à profit pour rappeler poètes et écrivains à l’ordre. Pour leur demander éventuellement des comptes.