dimanche 26 avril 2015

Langue de bois nécessairement

J’ai longtemps hésité à utiliser un mot pour désigner l’impression laissée par le discours du Président Mohamed Jamil Mansour de Tawassoul. C’était lors d’une longue interview accordée à notre confrère Ahmedou Wedi’a sur la chaine Mourabitoune. Le Président de Tawassoul avait devant lui un journaliste qui n’avait pas sa langue dans sa poche, lui qui avait provoqué le fameux clash avec le Président Mohamed Ould Abdel Aziz lors de sa dernière sortie médiatique. Et parce qu’il avait quelque chose à prouver, lui qui est jugé proche du parti islamiste, ses questions étaient plutôt incisives et dérangeantes. A tel point qu’il a su, par moments, déranger l’homme politique mauritanien le plus habile en matière de communication, le plus précieux dans son expression et sans doute le plus logique dans ses raisonnements.
A la question de savoir comment Tawassoul qualifiait les visites présidentielles, Jamil Mansour répondit promptement : des visites carnavalesques qui rappellent le passé et qui portent préjudice aux populations visitées tout en donnant l’occasion de dilapidation de biens publics dont on a besoin. A peu près la réponse du Président de Tawassoul. Réplique de Wedi’a : c’est sans doute pourquoi vous avez autorisé les élus de votre parti à y participer ? Bafouillements à la manière d’un maitre : le Président Jamil Mansour essaye d’expliquer la difficulté que l’instance dirigeante a eu à autoriser les élus, mais aussi la nécessité de prendre en compte les contingences locales et les demandes des populations. Pour conclure à peu près : les élus ont le devoir de porter la parole de leurs électeurs devant l’Autorité.
A la question de savoir comment Tawassoul allie-t-il son appartenance au Forum national pour la démocratie et l’unité et le fait de diriger l’Institution de l’Opposition Démocratique, le Président Jamil Mansour n’y a vu aucune contradiction. Et quand le journaliste lui dit que le FNDU ne reconnait pas l’Institution, il conteste : le FNDU n’a jamais exprimé une telle décision. Mais si : son président l’a exprimé publiquement, son secrétaire permanent aussi, les présidents des quatre pôles qui le composent y compris le pôle politique, chacun a expliqué que le Forum ne reconnaissait pas une institution issue d’une élection que le regroupement avait décidé de boycotter.
En fait, le Président Mohamed Jamil Mansour est dans la situation de celui qui défend des positions qui ne sont pas forcément les siennes. Y compris les propositions du FNDU qu’il a tantôt qualifiées de préalables, tantôt de conditions, tantôt de mesures de mise en condition.
On en sort avec le cerveau embrouillé et surtout avec le sentiment que nos hommes politiques continuent à perdre le temps à chercher le consensus là où il ne peut y en avoir. Les partis composants le FNDU n’ont rien en commun. Ni en matière de parcours politiques, de dogmes politiques, de cultures politiques, ni en matière de stratégies (ou de tactiques) politiques, encore moins en matière de méthodes d’action. Leurs intérêts ne sont pas les mêmes. Leurs objectifs ne sont pas les mêmes. Leurs visions – pour ceux qui en ont – ne sont pas les mêmes.
Pour être précis, Tawassoul et l’Union des forces du progrès sont aujourd’hui obligés par leurs partenaires d’adopter des positionnements qui ne servent ni leurs objectifs ni les choix qui sont réellement les leurs. Alors fatalement, quand l’un de leurs responsables essaye de justifier ou de défendre le positionnement actuel, il se perd. Il pratique facilement la langue de bois qui est définie comme suit :
«La langue de bois (appelée parfois humoristiquement xyloglossie ou xylolalie, du grec xylon : bois et glossa : langue ou λαλέω / laleô : parler) est une figure de rhétorique consistant à éviter de présenter une réalité par l'utilisation de tournure de phrase et d'expressions usuelles.
C'est une forme de communication qui peut servir à dissimuler une incompétence ou une réticence à aborder un sujet en proclamant des banalités abstraites, pompeuses, ou qui font appel davantage aux sentiments qu'aux faits.
Il s'agit moins d'impressionner l'interlocuteur en passant pour plus savant qu'on l'est que d'éluder le sujet afin d'éviter de répondre à une question ou un sujet embarrassant.

La langue de bois en politique a, en sus d'une utilité sophistique, une utilité diplomatique : les mots servent alors à neutraliser ou à adoucir les choses qu'ils qualifient. De ce point de vue elle est l'œuvre de la prudence et de la ruse qui sont les qualités cardinales du souverain (on parle de ces qualités si importantes aux yeux de Machiavel)» (Wikipedia).

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