samedi 25 avril 2015

L’autre visage des littéraires

L’«Union des littéraires et écrivains mauritaniens», c’est le nom que se donne l’association sensée rassembler poètes, romanciers, nouvellistes et créateurs mauritaniens. Créée en 1975, elle fonctionne selon un statut qui date du 19/01/1976 et qui a été plusieurs fois amendé et corrigé. Par la force des choses, elle est essentiellement une affaire entre littéraires …arabes, entre ceux qui composent en Arabe classique et ceux qui créent en poésie dialectale Hassaniya. Très peu d’auteurs francophones et/ou des langues nationales. Il faut chercher vainement parmi les 29 membres du Conseil supérieur et les 31 membres du Bureau exécutif pour trouver un nom susceptible de faire porter une voix autre que celle de la création littéraire classique arabe ou populaire hassaniya. Le premier grief qu’on peut faire à cette organisation.
Vous pouvez lire tous les textes la fondant – le statut, le règlement intérieur – il n’est fait nulle part référence à la nécessité d’incarner la diversité culturelle de la Mauritanie. Bien sûr que parmi les objectifs figurent la nécessité de faire porter la voix de la Mauritanie dans le Monde Arabe, en Afrique Noire et dans le Monde. Mais quelle voix nationale ? Aucune place à une dynamique interne à même d’impliquer toutes les créations littéraires mauritaniennes. Deuxième grief.
Il y a quelques trois ans, l’Union a bénéficié d’un soutien financier substantiel de la part des autorités publiques. C’est ainsi qu’une subvention de 60 millions lui est versée annuellement. Une manière de faire passer tout ce que le Président de la République avait dit de la poésie et des poètes il y a quelques années. C’est certainement ce pactole qui a ouvert les appétits et qui a remué les ambitions. Un pactole dont la gestion n’est pas contrôlée – incontrôlable probablement. Ce qui laisse libre cours à toutes les malversations. Ne vous étonnez point donc de tout le tumulte provoqué par le renouvellement du Bureau qui devait intervenir ce samedi, n’était une interférence impromptue de la justice qui a décidé de surseoir à la tenue de l’Assemblée générale suite à une plainte déposée par l’une des parties en course pour la présidence. Pour comprendre cet imbroglio, place aux faits.
Par décision du Bureau exécutif réunion le 17 avril 2015, la date de l’Assemblée générale a été fixée au samedi 25 avril. A cette réunion 21 des 31 membres étaient présents. Du coup, les candidatures furent ouvertes et comme les textes le prévoient, une commission chargée de superviser les adhésions a été désignée pour valider les candidatures déposées ces dernières semaines. Il faut signaler ici que si le rythme des adhésions a toujours été très faible, il s’est accéléré ces dernières semaines de manière à provoquer quelques suspicions.
Entre 1976 et 2012, 132 adhésions ont été enregistrées, alors que l’on a compté près de 500 dossiers de candidatures ces dernières semaines. C’est pourquoi la question est devenue un enjeu principal dans le processus du renouvellement des instances dirigeantes de l’Union. Taisons toutes les querelles personnelles, tribales, régionales et tout le reste.
La commission chargée de valider les adhésions devait décider le gel du processus d’adhésion pour après l’Assemblée générale. Décision entérinée par le Bureau exécutif. La plainte est donc déposée pour contester cette décision. La justice a suivi sans expliquer pourquoi elle s’en mêle. N’empêche, on en est là.
L’Union des littéraires et écrivains mauritaniens a besoin d’apporter une sérieuse réforme à ses textes, à se moderniser, et surtout à s’ouvrir sur l’ensemble des expressions littéraires mauritaniennes. Elle a besoin de quelqu’un qui ne soit pas enfermé sur lui-même, quelqu’un qui a l’atout d’autres langues, y compris les langues dites nationales et qui ne sont que des piliers de cette culture nationale riche de sa diversité. L’image qu’elle doit donner est celle d’une Mauritanie multiculturelle, profondément enracinée dans son ancrage africain et arabe. Son futur président doit être choisi selon les critères qui le prédisposent à la restaurer, à lui rendre sa vocation première qui est celle de promouvoir la création littéraire dans ce pays qui a décidé, depuis quelques décennies, de faire la guerre à la culture et à la création.
Pour ce faire, il est du devoir des autorités, du ministère de la culture en premier, de donner un coup de balai dans la ruche pour imposer un processus qui va dans le bon sens. La décision judiciaire peut être mise à profit pour rappeler poètes et écrivains à l’ordre. Pour leur demander éventuellement des comptes.

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