vendredi 9 décembre 2011

Les droits de l’Homme en question


En 1988, je rencontrai Mbarek Ould Beyrouk qui allait devenir l’un des grands écrivains de ce pays. Un véritable talent qui s’exerçait surtout dans l’art de la nouvelle. On s’est rencontré dans les couloirs du journal officiel Chaab (actuel Horizons). A l’époque c’était la SMPI (société mauritanienne de presse et d’impression) qui éditait les deux journaux (en arabe et en français) et faisait tourner l’imprimerie nationale. Il y avait encore des esprits ouverts – et professionnels – comme Hademine Ould Saadi, Yahfdhou Ould Zeine, Cheikh Bekaye…, dans l’encadrement de la société, mais aussi de très bons journalistes dont la plupart seront abrutis par la suite.
Beyrouk avait un projet auquel il m’avait vite associé : celui de créer un journal indépendant. Ce fut Mauritanie-Demain. Dans l’entendement des autorités, le journal devait être un journal «culturel, exclusivement». La une du premier numéro titrait sur : «Quelle démocratie pour nous ?» Sans grande prétention, nous essayions de planter le décor de l’époque.
Rejoint entretemps par Habib Ould Mahfoudh, Lô Gourmo Abdoul, Ba Abou, Me Moulaye El Ghali Ould Moulaye Eli, Idoumou Ould Mohamed Lemine…, le journal se prenait de plus en plus au sérieux. Son deuxième numéro fut consacré à un dossier sur la Charte africaine des Droits de l’Homme et son implication pour notre pays.
Face à la colère des autorités, nous arguions que la question des Droits de l’Homme, tout comme celle de la démocratie, ne relèvent plus de la politique mais des valeurs culturelles universellement admises et promues. Je croyais ce qu’on disait à l’époque. J'y crois toujours.
En ce jour de célébration de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, il y a lieu de le rappeler, ces problématiques ne relèvent plus du seul politique. Elles sont des problématiques qui tournent autour de valeurs, de préceptes qui fondent l’égalité des citoyens, la tolérance, le respect de la différence (acceptons cette redondance), le droit à l’expression de cette différence, le droit à l’exercice de cette différence…
Nos sociétés traditionnelles ont cultivé l’inégalité en fondant le système de groupes, pour éviter d’utiliser le terme «castes» trop connoté. En inféodant une partie de la population à une autre au nom de la naissance, de la force ou de la richesse. Cette inégalité a fondé à son tour l’injustice et l’intolérance.
A sa naissance, l’Etat moderne s’est voulu creuset de citoyenneté. Mais il a vite été récupéré par les mieux lotis au départ, puis il a été dévoyé. D’erreurs en erreurs, nous avons abouti à l’Etat actuel.
Des avancées, il y en a eu depuis cinquante et un ans. Mais pas assez. A peine les fondements d’un Etat de droit.
Les discours ne suffisent pas à refonder une société moderne, égalitaire et juste. Il nous faut aussi des actions fortes. Au niveau de l’école d’abord, de l’Armée, de l’Administration, de toutes les institutions de la République…
Avant d’écrire son célèbre ouvrage «Du contrat social ou Principes du droit politique», Jean-Jacques Rousseau écrivait dans un article de l’Encyclopédie, que «les vices n’appartiennent pas tant à l’homme qu’à l’homme mal gouverné». Ce qu’il explicitait en affirmant : «Il est certain que les peuples sont, à la longue, ce que le gouvernement les fait être».
Nous sommes ce que nos gouvernants ont voulu qu’on soit durant les cinq décennies de l’existence d’une Mauritanie indépendante. Il est temps pour nous de recouvrer une partie de notre souveraineté. Et avec elle une partie de notre ambition pour nous-mêmes et pour notre pays.

jeudi 8 décembre 2011

Après l’«islamophobie», la «christianophobie»

L’espace public français est secoué par la représentation d’une pièce de théâtre qui a pour titre : «Golgota Picnic». Une pièce écrite par l’Argentin Rodrigo Garcia, connu pour ses relents de provocateur iconoclaste. La pièce est une mise en scène des Évangiles, sans respect aucun pour les personnages représentés, à commencer par le Christ.
Les organisations religieuses chrétiennes ont manifesté leur indignation et demandé que soit arrêtée la représentation de la pièce sur les scènes françaises. Au moins sur celles qui bénéficient de subsides publiques. «Les Chrétiens ne peuvent supporter se voir insulter par une représentation blasphématoire, en des lieux qu’ils financent malgré la crise».
En suivant cette polémique et le déchaînement des passions, on ne peut s’empêcher de penser à la publication des caricatures du Prophète Mohammad (PSL) par certains des journaux en France ou ailleurs en Europe. On se dit que nous sommes entrés dans une ère de désacralisation. Rien n’est plus à l’abri parce que rien n’est plus sacré. Au nom de la liberté de penser et de s’exprimer. Soit.
Mais qu’allons-nous faire des centaines de millions de Musulmans, de Chrétiens heurtés de plein fouet par quelques individus visiblement en mal de se faire reconnaitre ?
Je suis de ceux qui croient que sans la fatwa – idiote du reste – iranienne, l’écrivain britannique Salman Rushdie aurait terminé sa vie en illustre inconnu dans les banlieues de Londres. Que sans les fatwas, Taslima Nasreen, aurait fini sa vie dans son Bengladesh natal. Que sans les attentats ayant suivi la publication des caricatures de notre Prophète, le journal danois aurait fermé depuis longtemps… Que sans les passions manifestées lors de ses premières projections, «La dernière tentation du Christ» serait passé inaperçu… Les exemples n’en finissent pas.
Mais d’un autre côté, on peut se demander à quoi rime tout cela. Les auteurs prétendent apporter du neuf ? une lecture ? une ouverture sur l’autre ? Prétendent-ils satisfaire une quelconque demande visant le dérèglement du monde ?
Je prends l’exemple de Charlie Hebdo dont les journalistes prétendent défendre des idées. En quoi cela avance le débat en France de tourner en dérision le Prophète Mohammad et à travers lui les musulmans ? En quoi cela avance le débat dans nos pays à nous, en ces temps de transition où l’on espère l’avènement d’une Modernité ouverte sur l’Occident, sur l’autre versant de la Méditerranée ? Qu’est-ce que cela apporte en terme de lecture ou de relecture ? Rein, absolument rien… et c’est là où l’on doit situer le débat sur le sacré.
Si la désacralisation des symboles religieux – Prophètes et Saints – sert une cause, dites-nous laquelle. Si par contre, elle ajoute aux déchirures déjà fortes et brûlantes, et c’est ce que je crois, arrêtons de prétendre servir un quelconque humanisme. Car l’humanisme commence par la reconnaissance et le respect de l’autre, de sa culture, de ses croyances, de ses valeurs…
Les manifestants de l’autre soir devant le théâtre du Rond-Point, ne demandaient pas grand-chose : «Nous demandons que notre foi ne soit pas tournée en dérision», disait l’un de manifestants.

mercredi 7 décembre 2011

Boucherie à Tiguint


C’est l’histoire d’un quartier de Tignuint, ce village situé à mi-chemin entre Rosso et Nouakchott. Ce quartier où se trouve une quarantaine de familles qui se battent depuis quelques semaines pour éviter la mise en activité d’une boucherie en plein milieu des habitations.
Pour ceux qui ont déjà pris la route, c’est à l’emplacement où était le poste de contrôle de gendarmerie, juste à l’entrée en venant de Nouakchott. Quelques entrepreneurs, ayant sévi en Gambie, avaient décidé de monter une activité de «vente de viande» dans la zone. Ils ont acheté le terrain puis lancé le projet qui a vite pris la forme d’une boucherie. Sans pour autant prendre les précautions nécessaires pour éviter les effets sur l’environnement immédiat. Un abattoir en plein milieu des habitations, on sait ce que cela va donner.
Les populations concernées se sont rassemblées pour demander au chef d’arrondissement d’abord, puis au Wali de la région d’intervenir pour empêcher la mise en exécution du projet. D’abord rejetée par les autorités administratives, l’initiative a fini par se faire entendre. Pas complètement parce que les promoteurs du projet amènent des populations d’ailleurs pour les faire signer des pétitions demandant l’installation de la boucherie. Les signataires de ces pétitions n’habitent même pas Tiguint. Mais les populations concernées craignent aujourd’hui que les autorités ne finissent par «faiblir» devant les pressions des promoteurs. Après tout ce sont eux qui ont les moyens, pas les populations qui n’ont que le droit de manifester leurs mécontentements face à l’installation d’une boucherie dont la proximité ne peut être qu’une catastrophe pour le milieu et pour les hommes. En attendant le bonheur… 

mardi 6 décembre 2011

S’en débarrasser au plus vite !


C’est un confrère espagnol qui m’a appelé pour demander confirmation : la Mauritanie aurait arrêté deux des responsables du rapt de trois européens (deux espagnols et un italien) du camp Polisario de Rabouni, non loin de Tindouf en Algérie, le 23 octobre dernier.
L’affaire avait suscité un émoi dans toute la région. Les enlèvements se passant jusqu’à présent en Mauritanie, au Mali ou au Niger, des pays considérés comme maillons faibles.
Pour la Mauritanie, les efforts entrepris depuis trois ans ont permis d’éloigner le spectre. En effet, depuis l’attaque de Tourine en septembre 2008, toutes les tentatives de AQMI de s’introduire et de s’attaquer à notre pays ont été déjouées. A Nouakchott, Bassiknou et ailleurs… La stratégie visant l’anticipation sur les projets terroristes, le contrôle du territoire par l’Armée, la multiplication des incursions sur les bases de AQMI, tout cela a permis de mettre fin à la pression exercée jusque-là sur la Mauritanie. L’effort se porte ailleurs : les théâtres d’opération et les enlèvements se multiplient dans les pays qui n’ont pas fait assez pour mettre fin à la situation d’insécurité dans la zone sahélo-saharienne.
L’enlèvement des trois européens en plein territoire algérien qui plus est en territoire sahraoui, a été perçu comme un tournant dans la stratégie de AQMI qui ne semblait plus hésiter à s’attaquer à l’Algérie au même titre que les autres pays, plus faibles.
N’empêche, c’est la Mauritanie qui vient d’arrêter deux des auteurs du rapt dont le présumé organisateur principal qui s’appellerait Mamina Alaaguir Ahmed Baba selon les sources policières citées par l’AFP. Il serait né en 1982 et serait un ressortissant des camps de réfugiés sahraouis en Algérie. Son compagnon s’appellerait Aghdhafna Hamadi Ahmed Baba et serait né en 1979. Cousin du premier, il lui aurait prêté main forte.
Les deux hommes sont arrivés en Mauritanie il y a une dizaine de jours. Ils auraient été «pris en charge» par les services mauritaniens dès leur entrée sur le territoire national. C’est seulement lundi que la police est passée à l’action dans un hôtel de Nouadhibou. Ils sont actuellement interrogés et doivent incessamment être transférés à Nouakchott.
On peut imaginer dès à présent qu’il pourrait ne pas s’agir de militants AQMI mais d’intermédiaires revendant les otages à l’organisation terroriste. On se souvient encore de l’épisode de l’enlèvement des humanitaires espagnols sur la route Nouadhibou-Nouakchott et dont l’auteur principal, Oumar Sahraoui avait été kidnappé à son tour par l’Armée mauritanienne qui l’a exfiltré du Mali, l’utilisant plus tard comme monnaie de change pour faire libérer les otages espagnols.
Le cas présent est légèrement différent. L’enlèvement ne s’est pas passé en Mauritanie, mais en Algérie. Y a-t-il des accords d’extradition entre les deux pays ? L’Algérie a-t-elle lancé un mandat d’arrêt contre les auteurs du rapt ?
Certes la Mauritanie a intérêt à se débarrasser au plus vite de ces deux hommes. Elle ne peut d’ailleurs les retenir que s’ils sont l’objet de recherche ailleurs. Auquel cas, il faut en finir au plus vite. Ce n’est pas par peur des réactions de leurs complices éventuels, mais les relations sociales sont si imbriquées dans cette partie du monde que l’incarcération de tels individus pourrait avoir de fortes répercussions… sociales.

lundi 5 décembre 2011

Plongée dans un passé lointain


La préhistoire, le néolithique mauritanien… Une spécialité du professeur Robert Vernet qui a enseigné, des années durant, au lycée national de Nouakchott, à l’Ecole Normale Supérieure de Nouakchott, puis à l’Université. Des générations de Mauritaniens l’ont connu. J’ai été étudiant dans ses classes de l’ENS.
En plus du cours sur la préhistoire, il dispensait un autre cours sur la problématique du développement du Tiers Monde. C’était le professeur principal de la classe, celui que l’on voyait le plus. Ses manières particulières de faire passer ses cours l’ont fait apprécier par des étudiants qui y trouvaient tout ce qu’ils cherchaient : connaissances, remise en cause (douce), détente, culture générale… Il y avait de tout dans un cours de Vernet. Il y a toujours de tout visiblement.
Hier, au CCF devenu Institut Français de Mauritanie (IFM), Robert Vernet partageait la scène avec un autre éminent professeur de l’ENS : Serge Robert, spécialiste de l’époque médiévale, précurseur des fouilles archéologiques à Tegdaoust et Koumbi Saleh, sans doute l’un des meilleurs connaisseurs de cette ère. Deux conférences qui ont attiré le vieux monde de Nouakchott et quelques connaisseurs des sujets et des conférenciers.
«Quatre modèles économiques complexes dans le Néolithique récent mauritanien», sujet présenté par Robert Vernet. Le terme «récent» peut tromper les non initiés. Il s’agit des époques situées entre 6000 et 3500 ans de notre présent. Eh oui, le pays était peuplé à cette époque. L’activité économique était florissante et diversifiée. Les populations dynamiques et inventives. Ce ne fut certes pas l’Egypte du temps des Pharaons, ni l’Irak d’entre le Tigre et l’Euphrate. Mais ce fut quand même une civilisation complexe et riche.
Composée d’éleveurs, de pêcheurs, de cueilleurs, d’artisans, cette population avait mis en place un système évolué d’échanges parce qu’on retrouvait un peu partout dans l’espace concerné les produits d’ailleurs. C’est ainsi que les outils en cuivre produits dans l’aire d’Akjoujt sont retrouvés dans l’espace culturel de Tichitt qui s’étend du Tagant Ouest (Ashram) au sud de Néma au Hodh, au sud jusqu’à Walaldé sur les rives du Sénégal, au nord sur les sites du Tiris etc. Les produits de pêche se retrouvent aussi un peu partout et même très loin de la mer. On imagine aisément différents groupes humains vivant de différentes activités et échangeant entre eux.
Les amas coquilliers, les villages néolithiques, les outils (flèches, haches, hameçons, couteaux…) attestent du dynamisme de cette population. Que ce soit à Akreijit, Kaçr el Barka, Rachid, Ched Allal, Tintane (vers Nouadhibou) ou Dakhlet el Atrouss, les vestiges de villages témoignent aussi de l’importance numérique de cette population. Des villages de 400 voire 600 habitations avec un espace très bien structuré, ces villages donnent facilement l’impression que l’on est en face de «prémisses de Royaume», selon l’expression de Robert Vernet. Pourquoi pas le Ghana, serons-nous tenté de dire.
Entre cette époque et celle qui suit, il y a certainement une continuité dans le peuplement, l’organisation, les activités… Nous passons naturellement au deuxième sujet présenté par Serge Robert : «Recherches archéologiques et conservation du patrimoine national». En somme, une partie de la vie du conférencier qui surprend par son engagement, sa force de caractère, sa voix qui n’a pas besoin de micro pour être entendue…
«L’aventure archéologique» commence pour lui en 1962 quand il est chargé par le Président Moktar Ould Daddah de former une équipe en vue de dépoussiérer une partie de l’Histoire de la Mauritanie. Aux côtés de son épouse, Denise Robert (aujourd’hui disparue), de Jean Devisse (disparu) et de Robert Saison qui habite à présent sous d’autres cieux. Le seul survivant de l’équipe raconte comment ils ont travaillé à Tegdaoust, la première capitale Sanhaja, puis à Koumbi Saleh, capitale de l’Empire du Ghana, le premier Etat à s’être constitué sur cette terre d’Afrique de l’Ouest.
Il s’agissait pour les autorités de l’époque d’insérer ces recherches archéologiques dans un vaste programme de recouvrement, de réhabilitation et de conservation du patrimoine national. Découvertes des vestiges des mosquées de Akreijit, Kaçr el Barka, Rachid, Wadane, Walata, Tizignt, Sohbi… «nous étions en phase d’établir un répertoire général du patrimoine musulman dans le pays».  
Minarets, dalles, dinars frappés en Andalousie, barres d’or, bijoux, harnachement de chevaux, ustensiles de cuisine… En 1964, 5 à 6 sites archéologiques étaient repérables en Mauritanie. Le choix s’est porté sur Tegdaoust, non loin de Tamchekett au Hodh el Gharby. Puis sur Koumbi où son étudiante, Sophie Berthier avait fait un travail immense, contribuant à déblayer cette partie du passé mauritanien.
Ce qu’on peut en retenir : la parfaite organisation de l’espace qui fait dire au conférencier que l’urbanisme était de qualité exceptionnelle ; que Koumbi Saleh reste l’un des plus grands sites archéologiques – sinon le plus grand – de l’Afrique de l’Ouest ; que la succession de périodes fastes et néfastes explique les différents niveaux observés dans les constructions, cela peut aller à 7 niveaux ; que le désastre écologique né de la sécheresse est probablement à l’origine de l’abandon de ces villes : les puits passent d’une profondeur de -6 mètres au début de la naissance des villes à -14 mètres moins de deux siècles plus tard, suite à la baisse du niveau de la nappe phréatique ; que la mosquée de Koumbi est la première de l’aire géographique au sud du Sahara, qu’elle a beaucoup emprunté à la mosquée de Baçrah en  Irak et qu’on y trouve quelques inscriptions fatimides ; qu’en 1984, quand les travaux ont été arrêtés, un quartier entier a été déblayé dans chacune des villes.
Nous saurons que les barres d’or ont fait partie de matériaux envoyés en exposition à Alger. Elles ne sont jamais revenues à la présidence où elles étaient précieusement gardées depuis l’époque de Moktar Ould Daddah. Les dinars, il n’en restait plus que deux en 1991. Les sites ont été abandonnés depuis 1984. Où en est-on aujourd’hui ?
Nulle part. Les sites ont probablement été recouverts. L’histoire de ces villes n’est pas enseignée dans les établissements scolaires. Le musée national où une salle archéologique a été aménagée dans le temps – et où elle est conservée grâce à l’engagement de la direction actuelle -, ce musée est peu visité, peu promu…
Le pillage de l’Histoire du pays est un autre aspect de ce que nous avons souffert trois décennies durant. Toute refondation doit nécessairement prendre en compte la réhabilitation de ce passé et la réappropriation de ce patrimoine.

dimanche 4 décembre 2011

Autres temps


Mohamed Ali Ould Abadi, mon confrère de Al Mustaqbal, me racontait l’autre jour comment il a appris que feu Habib, génie de tous les temps, écrivait en Français mais ne pouvait être entièrement compris que par un public mauritanien. En d’autres termes comment l’Arabe qu’il est, parlant mal français, avait compris que certains auteurs s’étaient approprié cette langue étrangère pour y camper une partie d’eux-mêmes que seuls leurs compatriotes peuvent saisir.
Ould Abadi était en voyage pour l’Egypte avec un autre confrère. Ils devaient passer par Paris. Ils n’avaient pas pu avoir le visa d’entrée alors qu’ils devaient changer d’aéroport (de Roissy à Orly). Arrivés à l’aéroport, ils ont été cueillis par la police des frontières.
Gentil, le commissaire comprit qu’ils étaient aussi inoffensifs que pouvait l’être un marabout de chez nous, encore pétri par la culture de la mesure et du détachement. Il décida de leur coller un flic qui aura pour mission de les accompagner partout jusqu’à leur départ pour Orly.
A un moment de la journée, Ould Abadi qui avait sympathisé avec le flic, lui passe un vieil exemplaire du Calame et lui propose de lire les Mauritanides de Habib. Pour ceux qui ne le savent pas, il s’agit d’une chronique où tout le génie de cet homme hors du commun, explosait.
Ould Abadi fut surpris de ne pas voir de réaction sur le visage du flic. Celui-ci finit par plier le journal et dire : «qu’est-ce que cela veut dire ?» Surprise chez le jeune Abadi qui n’en revenait pas. «Depuis ce jour, j’ai compris qu’il fallait être initié à notre monde pour comprendre ces écrits qui traduisaient merveilleusement bien notre réalité».
En l’écoutant, je suis resté au niveau du comportement de la police de l’aéroport. L’époque où l’on pouvait être compréhensif, cette époque est révolue. Essayez aujourd’hui de passer de Roissy à Orly sans visa… essayez déjà d’avoir un visa…, vous verrez combien les barrières sont devenues fortes… Là au moins, l’extrémisme a gagné son pari.

samedi 3 décembre 2011

A lire, cette dépêche de l’AFP


Le dernier Français à vivre dans le nord du Mali, un homme de 62 ans converti à l'islam, a dit samedi refuser de quitter la région malgré les consignes de sécurité données par Paris après des enlèvements.
"Je refuse de quitter le nord du Mali. Ma vie est ici et non ailleurs. Je suis désormais musulman. Je m'appelle désormais Ibrahim Kanga. Je me sens bien ici, et surtout en sécurité", a-t-il affirmé à l'AFP, contacté par téléphone.
"J'investis dans le développement. J'ai par exemple participé à la création d'un internat scolaire pour les enfants démunis. Depuis 2006 je suis ici et ma vie n'est pas ailleurs", a ajouté l'homme qui assure être le dernier habitant français de la région.
Deux Français ont été enlevés fin novembre à Hombori, dans le Nord du Mali et Paris déconseille vivement à ses ressortissants de voyager dans la région.
Le rapt des deux Français a été suivi par la mort d'un touriste allemand à Tombouctou, également dans le nord du Mali, tué par des hommes armés qui ont enlevé trois autres touristes européens.
Un haut fonctionnaire malien a déclaré que le Français récalcitrant avait été ramené de force en ville de son village, dans l'une des parties les plus désertiques du territoire malien, pour sa sécurité.
"Mais il n'y a rien à faire. Il a fait un testament. Il veut retourner dans son village auprès de son épouse, une musulmane malienne. Ils ont un enfant de 4 ans", a-t-il dit.
"Dans son testament, il demande notamment de ne jamais payer de rançon s'il était kidnappé. Nous avons pris des mesures pour assurer la sécurité de notre hôte", a ajouté la même source.
Al-Qaïda au Maghreb islamique est soupçonné d'être l'auteur ou le commanditaire de ces rapts et meurtre. (AFP)

Ce grand cœur sera-t-il épargné ? Nous l’espérons vivement.