jeudi 8 décembre 2011

Après l’«islamophobie», la «christianophobie»

L’espace public français est secoué par la représentation d’une pièce de théâtre qui a pour titre : «Golgota Picnic». Une pièce écrite par l’Argentin Rodrigo Garcia, connu pour ses relents de provocateur iconoclaste. La pièce est une mise en scène des Évangiles, sans respect aucun pour les personnages représentés, à commencer par le Christ.
Les organisations religieuses chrétiennes ont manifesté leur indignation et demandé que soit arrêtée la représentation de la pièce sur les scènes françaises. Au moins sur celles qui bénéficient de subsides publiques. «Les Chrétiens ne peuvent supporter se voir insulter par une représentation blasphématoire, en des lieux qu’ils financent malgré la crise».
En suivant cette polémique et le déchaînement des passions, on ne peut s’empêcher de penser à la publication des caricatures du Prophète Mohammad (PSL) par certains des journaux en France ou ailleurs en Europe. On se dit que nous sommes entrés dans une ère de désacralisation. Rien n’est plus à l’abri parce que rien n’est plus sacré. Au nom de la liberté de penser et de s’exprimer. Soit.
Mais qu’allons-nous faire des centaines de millions de Musulmans, de Chrétiens heurtés de plein fouet par quelques individus visiblement en mal de se faire reconnaitre ?
Je suis de ceux qui croient que sans la fatwa – idiote du reste – iranienne, l’écrivain britannique Salman Rushdie aurait terminé sa vie en illustre inconnu dans les banlieues de Londres. Que sans les fatwas, Taslima Nasreen, aurait fini sa vie dans son Bengladesh natal. Que sans les attentats ayant suivi la publication des caricatures de notre Prophète, le journal danois aurait fermé depuis longtemps… Que sans les passions manifestées lors de ses premières projections, «La dernière tentation du Christ» serait passé inaperçu… Les exemples n’en finissent pas.
Mais d’un autre côté, on peut se demander à quoi rime tout cela. Les auteurs prétendent apporter du neuf ? une lecture ? une ouverture sur l’autre ? Prétendent-ils satisfaire une quelconque demande visant le dérèglement du monde ?
Je prends l’exemple de Charlie Hebdo dont les journalistes prétendent défendre des idées. En quoi cela avance le débat en France de tourner en dérision le Prophète Mohammad et à travers lui les musulmans ? En quoi cela avance le débat dans nos pays à nous, en ces temps de transition où l’on espère l’avènement d’une Modernité ouverte sur l’Occident, sur l’autre versant de la Méditerranée ? Qu’est-ce que cela apporte en terme de lecture ou de relecture ? Rein, absolument rien… et c’est là où l’on doit situer le débat sur le sacré.
Si la désacralisation des symboles religieux – Prophètes et Saints – sert une cause, dites-nous laquelle. Si par contre, elle ajoute aux déchirures déjà fortes et brûlantes, et c’est ce que je crois, arrêtons de prétendre servir un quelconque humanisme. Car l’humanisme commence par la reconnaissance et le respect de l’autre, de sa culture, de ses croyances, de ses valeurs…
Les manifestants de l’autre soir devant le théâtre du Rond-Point, ne demandaient pas grand-chose : «Nous demandons que notre foi ne soit pas tournée en dérision», disait l’un de manifestants.

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