mardi 21 juillet 2015

La revanche des Perses

On peut dire : l’Occident triomphant vient de faire plier successivement les Grecs et les Perses, les dépositaires de vieilles civilisations qui ont participé richement à l’établissement de cette culture de l’universel qui est devenu la propriété de tous. La Mondialisation a enfin broyé les derniers bastions de résistance au cycle infernal de l’uniformisation.
On doit dire plutôt : l’Iran vient de prendre sa revanche sur tous ses ennemis, tous ceux qui se sont ligués, un jour ou l’autre, pour faire plier cette Nation millénaire lui doivent aujourd’hui respect et crainte.
Face aux Etats-Unis d’Amérique, la République Islamique d’Iran a tenu tout ce temps. Malgré l’embargo, malgré les menaces, les coups bas répétés, les complots, la mise au ban de la communauté internationale. En quelques trois décennies, l’Iran parvient ainsi à négocier son retour sur la scène internationale, avec la reconnaissance de ses ennemis d’hier.
Acteur incontournable de la stabilisation de la région du Moyen-Orient, l’Iran n’a pas eu besoin d’user de toute son énergie pour faire comprendre aux Américains, et à travers eux aux Occidentaux, que la voie du dialogue avec l’Iran était l’unique vois à suivre. Dès son accession à la présidence, Barack H. Obama l’avait déclaré haut et fort. Pas d’autre alternative que de discuter avec l’Iran. Dix ans de dialogue soutenu.
Téhéran est aujourd’hui la Mecque de tous les diplomates occidentaux. La course pour les marchés iraniens et pour les affaires en Iran est à son comble. Aucun des pays n’accepte de rester à la traine. Ce qui augure de belles perspectives pour ce pays.
Face à l’ensemble des pays de son environnement immédiat, l’Iran a aussi tenu. Face d’abord aux Arabes qui lui ont fait une guerre coûteuse pendant une quinzaine d’années. Les pays du Golf ont financé la guerre menée par l’Irak de Saddam Hussein contre l’Iran. Ils ont été appuyés par tous les membres de la Ligue Arabe.
Face ensuite à Israël qui a déployé tout son savoir-faire en termes de lobbying pour isoler l’Iran, l’encercler puis empêcher la conclusion de l’accord.
Ce n’est pas par hasard aujourd’hui que les seuls pays qui expriment clairement leur hostilité à l’accord sont Israël et les pays arabes. Pour une fois que le combat des régimes arabes et d’Israël est clairement le même. Que peut-on en conclure ?
La République Islamique d’Iran est aujourd’hui un pays démocratique où des élections régulières permettent une alternance pacifique au sommet du pouvoir, où le moteur du jeu politique est l’opposition entre le conservatisme inspiré par l’oligarchie religieuse et la Modernité (hadatha). Dans un environnement où des familles règnent sans partage, dilapident les ressources et ne sont même pas capables de défendre l’intégrité, l’honneur et l’autonomie de décision de leurs pays. Dans un environnement où les coups d’Etat sont la seule expression de l’alternance… De quoi faire détester ce pays et son système de gouvernement…
Aujourd’hui, la République Islamique d’Iran, son peuple et son gouvernement sont les seuls à se rappeler de cette cause que fut la Palestine, les seuls soutiens à la résistance à Israël… C’est à Téhéran qu’il faut chercher ce qui reste de la belle époque révolutionnaire anti-impérialiste et anticolonialiste. Pas ailleurs. Une raison de plus de haïr l’Iran… parce qu’elle est une objection de conscience à ceux qui ont baissé les bras, ceux qui ont accepté de se rendre… 

lundi 20 juillet 2015

La danse de Tsipras le grecque

«J’ai signé un accord auquel je ne crois pas»… un aveu formulé par le Premier ministre grecque Alexis Tsipras qui s’aplatit ainsi après avoir obligé ses compatriotes à croire, mais aussi tous ceux qui ont espéré voir dans sa résistance la fin de l’hégémonie incontestable de la finance internationale. Il aura tout essayé. Jusque les contorsions les plus spectaculaires et les plus ingénieuses. A l’image de la consultation du peuple grec qui fut son déhanchement le plus beau et le plus applaudi. On ne peut que saluer le retour de la démocratie – le retour vers la démocratie – dans le pays qui a vu naitre ce concept de gouvernement. Mais c’était oublier que la force que lui donnait ainsi son peuple ne représentait rien face au diktat international…
En 1946, Nikos Kazantzakis, un écrivain avant-gardiste, publiait un roman intitulé Alexis Zorbas. Adapté au cinéma dans les années 60, il devient le film culte Zorba le grecque. L’œuvre met enscène deux personnalités qui se situent à l’opposé l’une de l’autre : un écrivain venu du Royaume Uni pour recouvrer un héritage et un Grec flamboyant. Basil et Zorba s’opposent tout en restant ensemble. La trame est celle-là : l’insouciante désinvolture du Grec qui semble incarner une culture bien ancrée qui s’écrase contre la solide froideur du Britannique.
L’artiste et philosophe Zorba vit pleinement ses émotions, les exprimant avec une spontanéité toute humaine. Basil, quant à lui, joue la fourmi regardant amusée la cigale chanter tout l’été et attendant le moment de vérité. Zorba se gausse de ses propres entreprises qu’il entame et conclue naturellement mal. Basil, face à ce qui prenait parfois les allures d’une douce folie, restait impassible : la réalité finira par rappeler le Grec à la Raison…
Les Grecs ont bouffé tout ce qu’il leur restait de crédit. Leurs créanciers, froids, les ont laissé emprunter, les poussant même à emprunter. Le jour des comptes est inexorablement arrivé. Rien ne pouvait éviter à la Grèce de passer sous les fourches caudines de ses créanciers. Pas même les intermèdes de l’artiste, Tsipras le grec.
Quand, au milieu des années 80, les institutions financières internationales imposaient à la Mauritanie la cure de l’ajustement structurel, le concept avait été vendu comme la seule possibilité pour le pays de sortir du marasme en accédant aux financements extérieurs. Au début des années 90, on se retrouvait avec un pays qui quittait l’ensemble des pays en voie de développement pour celui des pays les moins avancés, puis, quelques années plus tard, à celui des pays pauvres pour enfin arriver au milieu des années 2000 à la catégorie des pays pauvres très endettés. De programme en programme, de cure d’austérité en cure d’austérité, le pays s’appauvrissait et perdait l’envie de se battre pour s’en sortir. La psychologie ambiante est celle-là : on ne peut sortir de ce cercle vicieux qui est finalement destiné à faite plier toutes les cultures, toutes les économies, autant donc se laisser avoir…
En Mauritanie comme en Grèce le diktat internationale a été rendu possible par l’irresponsabilité des élites qui ont choisi la démission face aux partenaires devenus propriétaires. Si l’un et l’autre des pays ont fini sous la coupe, c’est que la gestion des affaires y a été catastrophique. En Mauritanie, si les programmes ont échoué obligeant le pays à toujours faire de nouvelles concessions, c’est parce que des fonctionnaires sont devenus de grands propriétaires, parce que les voitures rutilantes ont occupé l’espace public qui devait abriter parcs et champs, parce que les hauts responsables passent leurs vacances en Europe, en Amérique… parce que les possibilités financières ont été pillées par une minorité qui avait en charge la mise en œuvre des programmes. C’est le pays tout entier, le peuple tout entier qui paye pour l’avidité et l’inconscience de certains.

On finit toujours par payer… 

jeudi 2 juillet 2015

Il faut sauver la saison de Kanawal (de l’Adrar)

Kanawal, un quartier à l’entrée sud de la belle ville d’Atar. Un quartier qui a son histoire qui pèse dans la somme de l’Histoire de la région de l’Adrar. Un quartier qui a son caractère : festif, ouvert, cosmopolite mais aussi laborieux et organisé.
C’est naturellement dans ses grands espaces publics que s’organisent les veillées autour d’une partie de pétanque, d’un med’h, d’une soirée folklorique… C’est ici aussi que s’organisent les grands tournois à l’occasion de la guetna, ce festival des dattes qui est l’occasion de célébrer la culture oasienne très profonde. Ici, la guetna est d’une ampleur et d’une couleur qu’on ne lui connait nulle part ailleurs. Kanawal devient un point de convergence où une partie du pays se retrouve le temps d’une célébration…
Cette année, le mawsim de Kanawal risque d’être privée de l’une de ses manifestations majeures : le tir à la cible. L’organisation qui la prend en charge est traversée par une profonde crise de leadership.
La justice, comme à son habitude, a ajouté à la confusion dans ses décisions en faveur de l’une ou l’autre des parties prenantes dans un conflit qui a fini par prendre les allures d’un mauvais scénario et d’un tout aussi mauvais jeu de rôles. Du coup, deux directoires pour l’union nationale du tir à la cible. L’exercice qui s’est transformé en sport noble ces dernières années, est devenu l’objet d’enjeux financiers considérables. D’où la lutte acharnée autour de son leadership.
Devant cette confusion, le ministère de la culture, ministère de tutelle, n’a pas trouvé mieux que de demander la suspension des activités de l’union. Il suffisait pour cela d’arrêter l’approvisionnement en munitions dont la traite est la première source de revenus de l’activité. Avec l’arrêt de l’activité, c’est tout un pan du festival (mawsim) de Kanawal qui se trouve en danger.
En effet depuis près de deux décennies, des concours de tir étaient organisés pendant ce festival. Ce qui drainait des activités économiques dont profitaient d’abord les populations laborieuses de l’Adrar. En plus des échanges sociaux et humains qui participaient à alléger la souffrance de ces populations confrontées au dur labeur de la culture oasienne qui est d’abord marqué par la carence de l’eau notamment et par l’hostilité du climat avec les chaleurs excessives.
Cette année, la guetna a été visiblement mauvaise, les problèmes d’approvisionnement en eau potable se posent encore et la culture maraichère a été à son plus bas niveau. La saison du festival était donc plus attendue que par les années passées. Perçus comme un moment d’exceptionnelle abondance, les quelques jours d’activités sportives et culturelles qui animaient la ville d’Atar permettaient à des commerces de prospérer l’espace d’un temps certes court, mais intense. L’absence du concours de la cible cette année remet en cause ce fil d’espoir, cette soupape qui permettait de faire passer un souffle d’oxygène.
Les étrangers ont tué la région en la déclarant zone rouge. Les caprices du climat ont eu raison de la légendaire endurance des habitants d’une région longtemps habitués à vivre de la sueur de leurs fronts – ils sont les seuls dans l’espace Bidhane à faire du travail une valeur. Il ne faut pas qu’une décision rapidement prise prive ces populations et cet espace d’une aubaine qui peut paraitre peu mais qui est beaucoup dans un environnement fait de rareté.
Le règlement des contentieux autour du leadership ne peut pas bloquer les compétitions prévues pour ce mawsim de guetna en Adrar. Parce qu’il va prendre du temps, parce qu’il exige une réelle prise de conscience des autorités et des pratiquants autour des véritables enjeux financiers et sécuritaires (surtout) du tir à la cible.

La décision prise par les autorités n’a pas pris en compte le sentiment de dizaines de pratiquants de ce sport. Elle a ignoré aussi l’intérêt des populations locales pour ce qui est devenu un grand moment social, culturel et économique pour des régions où le tir à la cible est une activité traditionnelle.

mercredi 1 juillet 2015

Le calvaire des prédicateurs

Vous avez certainement lu cette information concernant des groupes de prédicateurs mauritaniens refoulés du Sénégal ou d’ailleurs, sans donner les véritables raisons de ces refoulements. Il est très probable – et même certain dans des cas – que la raison principale est l’absence d’une démarche officielle de la part du ministère des affaires islamiques vers les pays devant recevoir les nôtres. En réalité, le département est englué, depuis des décennies, dans une atmosphère de malversations, de magouilles qui font surface de temps en temps mais qui n’ont jamais été traitées sérieusement. Les ministres qui se succèdent sont rapidement pris en otage par les groupes organisés en maffias et sont obligés de s’aligner et d’accepter l’ordre des choses.
Comme chaque année, le ministère envoie des groupes de prédicateurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Une manière de canaliser la prédication et de la contrôler, mais aussi d’entretenir un rôle de diffuseur de la bonne parole dans les espaces influencés par le rayonnement de la culture mauritanienne et de ses érudits.
Le jeune ministre Ould Ehl Daoud a voulu imposer des règles transparentes cette année. Il a institué un concours pour sélectionner les érudits devant faire campagne pendant ce ramadan. Quarante personnes environ ont réussi à passer le cap. Mais finalement, le groupe dépassera la centaine parce que beaucoup d’autres individus y ont été ajoutés pour faire plaisir ici et rendre service là.
Le ministère a promis de mettre les moyens et de déployer le dispositif adéquat pour permettre aux érudits de prêcher la bonne parole là où ils iront. Un groupe de douze a été envoyé en Côte d’Ivoire. Avant leur départ, on leur a donné un per dium de 700 euros chacun. On leur a dit officiellement qu’ils seront reçus par l’Ambassadeur à Abidjan et le chef de la communauté mobilisée à cet effet. Les services concernés du ministère ont rassuré les membres de la délégation sur le dispositif déployé pour leur permettre un bon et fructueux séjour.
A l’arrivée le 19 juin dernier, le groupe a dû attendre un bon moment à l’aéroport avant de rencontrer le représentant de l’Ambassade qui avait juste son véhicule. Il a fallu donc prendre des taxis pour se rendre dans les lieux de résidence prévus. Les douze allaient se retrouver le lendemain dans un hangar autour du Chargé d’affaires. On était dimanche et il fallut attendre lundi pour être reçu par l’Ambassadeur.
Très affable mais visiblement impuissant, l’Ambassadeur expliqua que le ministère n’a rien fait de ce qu’il lui avait demandé de faire. D’abord, la démarche officielle consistant à avertir le Conseil ivoirien des Ulémas n’a jamais été faite. Ensuite, la Communauté mauritanienne a exprimé son refus catégorique de recevoir une telle mission. Enfin l’Ambassade avait dit qu’elle ne peut assurer que le logement pour six érudits. Tout cela a été ignoré par le ministère qui a envoyé récemment un message annonçant l’arrivée de la mission, sans plus.
L’ambassadeur a ensuite conseillé aux érudits de ne rien entreprendre dans un pays qui appartient à une zone sous menace de groupes radicaux, où donc la suspicion est grande si on n’a pas l’aval du conseil général des Ulémas locaux.
Les érudits ont dû se débrouiller. Deux ou trois étaient venus pour passer des examens médicaux. Ceux-là s’installèrent chez des parents établis à Abidjan. D’autres ont choisi de prendre le chemin du retour soit par route en passant par le Mali avec tous les risques que cela comporte, soit par avion par la route de Dakar. Les billets retour ayant réservés sur Mauritanie Airlines International (MAI) dont les lignes ne seront assurées à partir d’Abidjan qu’à partir de la mi-juillet. C’est donc sur leurs propres comptes que les érudits ayant regagné le pays l’ont fait.
Au total, 110 érudits environ ont été envoyés en Afrique, dans le Monde arabe, en Europe et en Amérique. En moyenne près de mille euros ont été affectés à chacun des voyageurs en plus des frais de voyage. C’est un pactole considérable pour une mission qui a été largement déviée de son objectif initial. Alors ? cela mérite un tour de l’Inspection générale d’Etat.

mardi 30 juin 2015

Fantasmes, désinformations et lobbying

A peine quelques jours se seront passés depuis la réunion qui a ouvert la voie à la reprise des négociations entre l’Union européenne et la Mauritanie en vue d’un nouvel accord de pêche, et voilà que les rumeurs les plus folles et les informations les plus improbables sont savamment distillées par les lobbies intéressés par la conclusion de cet accord. Lancées à partir de Vigo et de Las Palmas, les rumeurs prennent l’ampleur d’informations avérées et sont facilement reprises par les médias.
La semaine dernière, une réunion technique a regroupé négociateurs mauritaniens et européens à Bruxelles. La réunion qui a pris juste une journée a permis de fixer la reprise des négociations début juillet (vers le 7) à Nouakchott. L’évaluation technique de l’état d’avancement des dossiers litigieux a permis de mieux appréhender l’avenir de ces négociations.
Comme nous vous le disions (posting de mardi dernier), la question de l’apurement de l’enveloppe «Appui sectoriel» a été réglée. Ce contentieux qui date de janvier-février 2008, devait nécessairement trouver solution. Selon une source du ministère des pêches, le contentieux sur l’appui sectoriel ne portait plus que sur 6,5 millions euros. Il a été convenu d’utiliser cette somme dans la construction du port de Tanit qui est un projet structurant dans le secteur des pêches
Quant aux discussions, rien, absolument rien n’a concerné une quelconque «concession» de la Mauritanie, selon les négociateurs qui affirment qu’il n’a surtout pas été question ni de la pêche céphalopodière, ni de la remise en cause des fondamentaux de l’accord précédent (2012-2014).
La partie mauritanienne considère que les céphalopodes et la sardinelle sont les seuls produits qui peuvent être pêchés par les artisanaux mauritaniens. Le souci est bien de les réserver aux opérateurs nationaux. D’ailleurs, la décision prise il y a environ trois ans a été comparée à la nationalisation des mises de fer en 1974, tellement sa portée économique et sociale était grande. Jamais les Mauritaniens n’accepteront de discuter ce choix patriotique historique. Quid des dérogations au profit d’opérateurs espagnols ?
Les armateurs espagnols sont habitués à lancer des informations aussi farfelues que celle annonçant l’autorisation de pêcher pour des céphalopodiers espagnols dans les eaux mauritaniennes, ou encore la suspension de l’obligation de débarquement dans les ports mauritaniens en contrepartie de la construction d’un port spécial et l’autorisation pour eux de débarquer le pélagique à Las Palmas en attendant.
Une manière de faire pression pour influer sur les négociations et d’empêcher la conclusion d’un accord équitable. Une fois encore, les armateurs espagnols mêlent fantasmes, rumeurs et désinformations pour influer sur le processus de négociation. Tout indique cependant qu’ils échoueront comme par le passé, chacune des parties, Union européenne et Mauritanie, sachant ce qu’elle tire comme profits de cette coopération qui doit nécessairement instituer un commerce équitable et respectueux des impératifs du renouvellement de la ressource.
Jusque-là, la Mauritanie et l’Union Européenne ont travaillé ensemble. Ce qui a permis la conclusion du dernier accord de partenariat dont les résultats sont évidents pour les deux parties. Et ce sont les Espagnols qui y gagnent le plus, eux qui profitent de l’accord au titre de quatre autres pêcheries qui ne sont pas les céphalopodes. On peut même aller jusqu’à rappeler ici que si Tenerife n’est pas Lampedusa aujourd’hui, c’est bien parce que quelque part la Mauritanie a efficacement combattu la migration clandestine. Cela a son prix aussi.

lundi 29 juin 2015

Renforcer le front intérieur

Ce qui s’est passé cette semaine en France, en Tunisie, au Koweït et plus proche de nous au Mali, doit nous rappeler la fragilité des équilibres et de la stabilisation à laquelle des efforts énormes nous ont permis de parvenir. Aucun pays de la planète ne semble à l’abri d’une explosion, d’une cavale meurtrière menée par un loup solitaire ou par des bandes organisées. Vigilance, vigilance !
C’est d’abord à l’Appareil sécuritaire de renforcer sa puissance de veille. Pour cela il faut lui donner les moyens de protéger notre espace, nos corps et nos biens.
La police mauritanienne a acquis une très grande expérience dans la lutte contre les extrémismes. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir besoin de grands moyens pour accompagner la fulgurante ascension de nouveaux groupes terroristes. En matière de formation, de moyens techniques de pointe, de développement du renseignement humain, d’infiltration des réseaux…
En même temps, une réflexion politique est à mener par tous les acteurs. C’est le lieu ici d’appeler au renforcement du front intérieur. Le processus de dialogue lancé il y a peu doit nécessairement reprendre son cours pour permettre aux protagonistes de renflouer encore le creuset qui les sépare. Il est inutile de rappeler le peu qui les dresse les uns contre les autres.
Quelqu’un comparait la gauche et la droite à un corps hémiplégique en disant que le danger arrive quand la partie saine n’arrive plus à jouer son rôle moteur à force de contorsions et de faux mouvements. Remplaçons par Pouvoir et Opposition.
La peur de la contamination doit pourtant nous amener à plus de prédispositions à nous entendre, à nous accepter. Il faut craindre le moment où un fou, un illuminé accepte de jouer les kamikazes et fasse sauter n’importe quel édifice de Nouakchott. La fragilité de notre pays est si réelle qu’il lui sera difficile de s’en relever.
La plus grande richesse que nous avons actuellement est cette stabilité qui nous offre une tranquillité certaine. Apprécions la situation tout en pensant qu’il s’agit d’un trésor à protéger, à préserver.

dimanche 28 juin 2015

La politique pourquoi faire?

C’est au cours d’un débat entre journalistes sur Al Mourabitoune que la question a été soulevée. A quoi sert la politique ? à prendre le pouvoir ? à participer aux affaires de la cité ? à concevoir les meilleures conditions pour la réalisation du bien commun ? à établir un contrat ou des règles reconnues par tous en vue de parvenir à des équilibres dans la conduite des affaires publiques ?
Au tout début était la question de savoir qu’est-ce qui a manqué à notre élite politique pour imposer un processus démocratique plus ou moins acceptable et consensuel. Pour répondre à cette question, on peut axer sur le seul aspect exercice du pouvoir et donc sur ses modalités (élections). Pour expliquer que notre élite n’a jamais eu les éléments du jeu entre les mains, qu’elle a dû subir la brutalité du pouvoir militaire chaque fois qu’elle a cru être au bout du processus. C’est faire preuve d’indulgence vis-à-vis de cette élite qui n’a jamais rien essayé depuis la première décennie de l’indépendance.
A l’époque, contre vents et marées, l’élite a bien eu pour ambition d’asseoir les fondements d’un Etat égalitaire, citoyen, moderne, pacifique et ouvert. Elle a réussit plus ou moins.
Plus quand il s’est agi d’imposer un Etat dans un environnement hostile où les ennemis de l’intérieur étaient plus actifs et plus dangereux que ceux de l’extérieur. Plus aussi quand le jeune Etat a pu imposer des règles générales à tous et à se faire accepter par les élites traditionnelles (féodales). Plus enfin quand le jeune Etat est devenu un acteur de la scène internationale.
Moins sans doute pour ses incapacités à éradiquer les tares d’une société profondément inégalitaire et donc injuste. Moins aussi quand le pays a été incapable d’instituer le pluralisme et d’incarner la pluralité. Moins enfin quand le jeune Etat s’est laissé enivré par ses succès relatifs et a cru qu’il était assez fort pour mener une guerre qui ne se justifiait pas.
Mais depuis la première décennie, qu’a fait l’élite politique mauritanienne ? Un constat nous permettra peut-être d’en savoir plus.
En mars 2007, le pays connait sa première élection présidentielle consensuelle, plus ou moins régulière. Sur les 19 candidats, deux sortent du lot et doivent se faire face pour un second tour : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah. Deux hommes qui ont tous deux appartenu au dernier gouvernement de Mokhtar Ould Daddah, celui qui a été renversé le 10 juillet 1978. Deux hommes connus pour être des technocrates et non des politiques. Même si pour Ould Daddah, l’entrée en politique date de 1991 (décembre), on peut estimer que les deux hommes sont entrés dans le champ politique par accident (si ce n’est par effraction).
On peut en tirer deux conclusions : soit que la nostalgie était si forte que le peuple a voulu restaurer ce qui restait du pouvoir de Mokhtar Ould Daddah ; soit que toute l’action politique des mouvements et groupuscules qui ont animé la scène trois décennies durant, n’a pas permis de faire sortir du lot un homme capable de provoquer l’adhésion du plus grand nombre. Dans l’une comme dans l’autre des conclusions, c’est bien un échec avéré du personnel politique.
Si l’on suit l’actualité, rien que depuis 1992 (la première élection présidentielle pluraliste), on se rend compte que le personnel politique a toujours couru derrière les événements. Que la capacité d’initiative a été nulle. Une excuse et une explication.
L’excuse, c’est que les formations sont profondément infiltrées par les services de renseignements et que les acteurs subissent des pressions sociales et politiques énormes. L’explication, c’est que les acteurs sont pour leur écrasante majorité obnubilé par l’exercice du pouvoir et le profit qui peut en être tiré. Une conséquence aussi : les acteurs politiques ne voient pas venir les événements, ils sont alors obligés de se contenter de réagir. D’où cette propension à toujours reconnaitre les putschs qui surviennent et qui arrivent à un moment où les forces politiques sont lessivées par des querelles de positionnements qui les empêchent de voir clair.
Mais plus grave encore : notre démocratie a besoin de démocrates. Sommes-nous prêts à concéder une once d’attention, un sacrifice minime pour nous permettre de nous écouter les uns les autres, de trouver entre nous un terrain de convergence ? Avons-nous justement une idée claire de ce terrain de convergence vers lequel nous devons nécessairement évoluer ? Quelle conception avons-nous de la démocratie en général et de notre devenir commun ? Laissons-nous une place pour l’autre et quelle perception justement avons-nous de l’autre ?
Il faut rappeler que l’élite politique actuelle a été formée à l’école du monolithisme (Parti unique, mouvements identitaires, totalitaristes…). Que ce que nous voulons exiger en termes d’alternance pacifique au pouvoir est une notion étrangère à la culture qui est la nôtre. Qu’il s’agit donc d’un apprentissage, long et ardu, qui demande patience et sacrifice.
Chaque fois que vous demandez à notre intelligentsia de réfléchir à l’avenir, de chercher à le concevoir et à le réaliser dès à présent, vous êtes l’objet d’un lynchage public. Une façon de cacher le désarroi face à l’avenir devant lequel on se sent incapable. Quand on refuse de se projeter pour anticiper sur les événements à venir, on annihile toute capacité de progrès. On se condamne à l’inertie. Et c’est ce qui nous arrive.