mercredi 1 juillet 2015

Le calvaire des prédicateurs

Vous avez certainement lu cette information concernant des groupes de prédicateurs mauritaniens refoulés du Sénégal ou d’ailleurs, sans donner les véritables raisons de ces refoulements. Il est très probable – et même certain dans des cas – que la raison principale est l’absence d’une démarche officielle de la part du ministère des affaires islamiques vers les pays devant recevoir les nôtres. En réalité, le département est englué, depuis des décennies, dans une atmosphère de malversations, de magouilles qui font surface de temps en temps mais qui n’ont jamais été traitées sérieusement. Les ministres qui se succèdent sont rapidement pris en otage par les groupes organisés en maffias et sont obligés de s’aligner et d’accepter l’ordre des choses.
Comme chaque année, le ministère envoie des groupes de prédicateurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Une manière de canaliser la prédication et de la contrôler, mais aussi d’entretenir un rôle de diffuseur de la bonne parole dans les espaces influencés par le rayonnement de la culture mauritanienne et de ses érudits.
Le jeune ministre Ould Ehl Daoud a voulu imposer des règles transparentes cette année. Il a institué un concours pour sélectionner les érudits devant faire campagne pendant ce ramadan. Quarante personnes environ ont réussi à passer le cap. Mais finalement, le groupe dépassera la centaine parce que beaucoup d’autres individus y ont été ajoutés pour faire plaisir ici et rendre service là.
Le ministère a promis de mettre les moyens et de déployer le dispositif adéquat pour permettre aux érudits de prêcher la bonne parole là où ils iront. Un groupe de douze a été envoyé en Côte d’Ivoire. Avant leur départ, on leur a donné un per dium de 700 euros chacun. On leur a dit officiellement qu’ils seront reçus par l’Ambassadeur à Abidjan et le chef de la communauté mobilisée à cet effet. Les services concernés du ministère ont rassuré les membres de la délégation sur le dispositif déployé pour leur permettre un bon et fructueux séjour.
A l’arrivée le 19 juin dernier, le groupe a dû attendre un bon moment à l’aéroport avant de rencontrer le représentant de l’Ambassade qui avait juste son véhicule. Il a fallu donc prendre des taxis pour se rendre dans les lieux de résidence prévus. Les douze allaient se retrouver le lendemain dans un hangar autour du Chargé d’affaires. On était dimanche et il fallut attendre lundi pour être reçu par l’Ambassadeur.
Très affable mais visiblement impuissant, l’Ambassadeur expliqua que le ministère n’a rien fait de ce qu’il lui avait demandé de faire. D’abord, la démarche officielle consistant à avertir le Conseil ivoirien des Ulémas n’a jamais été faite. Ensuite, la Communauté mauritanienne a exprimé son refus catégorique de recevoir une telle mission. Enfin l’Ambassade avait dit qu’elle ne peut assurer que le logement pour six érudits. Tout cela a été ignoré par le ministère qui a envoyé récemment un message annonçant l’arrivée de la mission, sans plus.
L’ambassadeur a ensuite conseillé aux érudits de ne rien entreprendre dans un pays qui appartient à une zone sous menace de groupes radicaux, où donc la suspicion est grande si on n’a pas l’aval du conseil général des Ulémas locaux.
Les érudits ont dû se débrouiller. Deux ou trois étaient venus pour passer des examens médicaux. Ceux-là s’installèrent chez des parents établis à Abidjan. D’autres ont choisi de prendre le chemin du retour soit par route en passant par le Mali avec tous les risques que cela comporte, soit par avion par la route de Dakar. Les billets retour ayant réservés sur Mauritanie Airlines International (MAI) dont les lignes ne seront assurées à partir d’Abidjan qu’à partir de la mi-juillet. C’est donc sur leurs propres comptes que les érudits ayant regagné le pays l’ont fait.
Au total, 110 érudits environ ont été envoyés en Afrique, dans le Monde arabe, en Europe et en Amérique. En moyenne près de mille euros ont été affectés à chacun des voyageurs en plus des frais de voyage. C’est un pactole considérable pour une mission qui a été largement déviée de son objectif initial. Alors ? cela mérite un tour de l’Inspection générale d’Etat.

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