lundi 3 mars 2014

La colère des hommes

Nouakchott se réveille en colère. Une colère qui a apparemment duré toute la nuit. En effet, dans la nuit de dimanche à lundi, quelque chose s’est passé dans une petite mosquée de Teyarett. Version reprise par tous : une voiture avec à son bord quatre personnes s’est arrêtée devant la mosquée, entre les prières d’Al Maghrib et d’Al ‘Isha (19:30-20:35) ; deux des hommes qui étaient dans le pick-up sont descendus et se sont positionnés de part et d’autre de la porte d’entrée, un troisième, visiblement le chauffeur, est entré dans la mosquée ; celui-là serait ressorti après avoir pris quatre des six exemplaires de Coran se trouvant là ; le groupe serait reparti en trombe ; c’est en venant pour faire son appel traditionnel pour la deuxième prière de la nuit, que le muezzin a découvert les exemplaires jetés par terre et dont quelques feuilles étaient déchirées ; il avertit l’Imam, lequel en parle aux fidèles déjà en place ; commencent les conciliabules ; quelqu’un (qui ? on ne vous dira jamais) déclare avoir averti la présidence ; l’Imam reçoit un appel de la présidence ; il dit que le Président de la République lui a parlé en personne pour le rassurer ; arrivent les autorités judiciaires et administratives ; on écoute le seul témoin de l’évènement : un enfant de seize ans dont la version est reprise par tous les médias avec de légères transformations çà et là pour dramatiser souvent ; la presse s’en mêle ; la rumeur fait le tour de la ville ; la mosquée devient la destination de centaines de gens qui commencent à manifester ; un peu moins avant 23 heures, les manifestants de Teyarett sont rejoints par des milliers d’autres venus des autres quartiers de Nouakchott ; les foules déferlent vers la Présidence, puis vers l’ancienne mosquée de Nouakchott (Jama’ Ibn Abbass) ; quelques échauffourées avec les forces de l’ordre, ce qui prépare les violents affrontements qui vont suivre pour durer toute la journée ; les casseurs se mêlent aux manifestants désireux de gagner la présidence, les marchés ferment, la circulation baisse considérablement ; partout se dressent les barrages faits de pneus et de poubelles brûlés ; les forces de l’ordre répriment violemment les manifestants ; vers 11 heures, une radio de la place annonce la mort d’un manifestant ; son correspondant se trouvant à l’hôpital décrit avec précision le corps et ce qui l’entoure ; l’une des journalistes se trouvant dans le studio ne peut s’empêcher de pleurer ; l’excitation est à son comble ; le désordre règne dans les grandes avenues de Nouakchott ; les autorités sortent du silence pour donner une version : oui, il s’agit là d’un acte criminel qui sera puni, non ce ne doit pas être l’occasion de désordres ; vers 14 heures, la tension tombe et la contre-campagne peut commencer…
C’est en résumé le film des évènements. Voyons voir maintenant quelles remarques nous pouvons faire : 1. Tout le monde s’est approprié la version du jeune de 16 ans qui n’a rien raté des mouvements suspects des occupants de la voiture pick-up et qui n’a rien fait pour déranger leurs activités. Les médias, l’Imam, tous ceux qu’on attend pour nous éclairer sur le fait ont repris cette version, en y ajoutant parfois quelques ingrédients. 2. Dans toutes les versions rendues publiques, des contradictions et des inexactitudes évidentes n’ont gêné personne. 3. L’entretien téléphonique de l’Imam avec la Présidence n’a visiblement rien arrangé, il a peut-être excité et laissé entrevoir l’ampleur que l’acte pouvait prendre. 4. Cet événement est intervenu à quelques heures de l’inauguration d’une grande chaîne présentée par les autorités comme une pièce de plus dans l’édifice de reconstruction d’un Islam tolérant et ouvert, celui de nos ancêtres. Les autorités voulaient faire de cette inauguration un acte fondateur de la réhabilitation du Malékisme qui peut prémunir contre les déviances de toutes sortes. 5. Il est intervenu à moins d’une heure après la clôture du Forum de l’unité et de la démocratie qui a réuni les forces de l’opposition dite «radicale». Après moult tergiversations, syndicats, ONG et partis politiques se situant dans le camp de l’opposition ont réussi à mener à terme un conclave qui a fini par leur permettre de faire certaines propositions qui ne sont certes pas nouvelles mais qui peuvent nécessairement servir pour assurer la participation du plus grand nombre à la future présidentielle.
Conclusion de ces remarques : il faut peu pour faire exploser la situation parce qu’il a suffi d’un événement dont personne ne peut affirmer l’exactitude et où la seule source est un garçon de 16 ans, pour brûler la ville ; la communication est une arme redoutable dans une aire culturelle où la rumeur est l’élément fondateur de l’information ; l’apprentissage démocratique reste à faire parce que les manifestants et les forces de l’ordre ne savent pratiquer que la violence et à outrance ; on ne peut en vouloir aux partis politiques d’enfourcher le cheval qui se présente, mais ils doivent nécessairement le faire avec prudence et sans excès ; les évènements n’ont pas été commandités par le pouvoir ou l’opposition, parce qu’ils éclipsent les deux grandes actions des protagonistes, ils ne sont dans l’intérêt de personne…

…Alors ?

dimanche 2 mars 2014

Faire vite

Quand Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf a été reconduit comme Premier ministre, que 15 membres de son gouvernement démissionnaire ont été conservés, on a compris qu’il s’agissait là d’une volonté de garder l’ossature de l’équipe gouvernementale qui avait lancé des projets essentiels pour le pays. Une manière pour le Président de la République, futur candidat, de renforcer son bilan qu’il s’agira de présenter aux électeurs.
Sur le plan des infrastructures, le nombre de routes qu’il va falloir terminer ou lancer avant le démarrage de la campagne : Kiffa-Tintane, Kiffa-Kankossa, Néma-Amourj, Néma-Bassiknou, Atar-Awjeft, Atar-Tijikja, Choum-Torchane, Fdérick-Twajil, Aweyvia-Keur Macène, Tiguind-Mederdra, Chogar-Maal, Ghayra-Barkéwol… Toutes ces routes devront être soit réalisées avant juin, soit largement entamées. Le ministre Yahya Ould Hademine qui a été directeur général de ATTM, l’entreprise de travaux qui a eu la plupart des marchés des routes, sait parfaitement là où il faut agir pour accélérer les travaux.
Le deuxième chantier important est celui de l’eau. Le projet Aftout Chergui doit permettre la réalisation de 800 kilomètres de conduite à partir de Foum Legleyta pour alimenter tout le triangle de la pauvreté. Lancé en 2011, ce projet doit être accéléré pour essayer de faire parvenir l’eau aux populations ciblées avant la future saison sèche.
Mis à part, l’annulation de la dette des agriculteurs, de nombreux chantiers peinent à aboutir dans le secteur agricole. Aussi faut-il remarquer que le dernier changement de gouvernement n’a pas été l’occasion de restructurer un secteur qui ne peut continuer à gérer et l’agriculture et l’élevage. L’urgence est de créer un secteur autonome chargé de l’économie pastorale.
La mise en œuvre d’une politique de production d’énergie propre (solaire, éolienne) permet aujourd’hui d’augmenter considérablement le potentiel mauritanien dont une partie est déjà vendue au Mali. A l’approche de l’hivernage – dans quelques quatre mois -, le ministère doit déjà concevoir une solution pour le problème d’assainissement de Nouakchott.
L’Etat de droit a besoin d’une justice assainie. Mais avant tout du rétablissement de la confiance en cette justice qui a été incapable de changer fondamentalement. La création d’un tribunal chargé de réprimer les pratiques esclavagistes est certes une nette avancée. Le pays a besoin cependant de sentir qu’il y a une volonté réelle de réformer le secteur, de l’assainir, de le dépolitiser, de le professionnaliser et de lui redonner le rôle qui est le sien dans l’établissement de l’Etat de droit, accomplissement ultime des efforts communs…
L’éducation, la santé, l’emploi, la cohésion sociale, la réforme de l’administration, la culture, les jeunes, les femmes, la lutte contre l’esclavage, l’apurement des passifs… tellement de chantiers où le travail doit être visible au plus vite pour redonner confiance au pays et à ses habitants.

samedi 1 mars 2014

Les Alliances en conclave

Mercredi et jeudi derniers (26 et 27/2), les Alliances franco-mauritaniennes étaient en conclave à Nouakchott. Elles sont cinq : celle de Nouakchott, sans doute la plus importante, celles de Nouadhibou, de Kiffa, de Kaédi et d’Atar. Présidents et directeurs exécutifs de ces alliances se sont retrouvés deux jours durant pour discuter et évaluer leurs actions.
Les cinq Alliances forment le réseau des alliances de Mauritanie. Celle de Nouakchott est la délégation générale de toutes les alliances. D’où l’importance de son directeur délégué général.
L’Alliance de Nouakchott a été créée en 1994 et inaugurée en 1996 par Pierre Messmer, vieil ami de la Mauritanie. Sa gestation a été laborieuse parce que le gouvernement de l’époque considérait qu’il s’agissait là d’un «néocolonialisme» qu’il fallait combattre et non aider à s’implanter.
A cause de l’hostilité ambiante, les débuts sont difficiles. Mais très vite l’Alliance franco-mauritanienne de Nouakchott connait un destin plutôt heureux. Elle n’atteint cependant un niveau convenable d’activités qu’à partir du milieu des années 2000, quand le pays se libérera peu à peu des pesanteurs chauvines et qu’il cessera de se recroqueviller sur lui-même. Avec notamment la présidence de Ahmed Ould Hamza.

L’AFM de Nouakchott devient un haut-lieu de culture où l’on dispense un enseignement de qualité et où le souci de promouvoir les échanges culturels entre les deux pays est réellement pris en charge. Elle est du coup un véritable cadre de rayonnement de cultures. Le réseau peut alors s’implanter en Mauritanie et gagner les villes de l’intérieur. Chaque année, le réseau se réunit à Nouakchott pour faire le point.

vendredi 28 février 2014

Le forum quand même

C’est tard dans la soirée de jeudi (27/2) que le bureau exécutif du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) a fini ses conciliabules et décidé de participer finalement au forum de l’unité et de la démocratie qui devait s’ouvrir le lendemain.
La veille, mardi d’avant, la même instance avait gelé sa participation à ce forum dont on voulait faire un grand rendez-vous. Une décision surprenante, même si par ailleurs elle est justifiée par les appréhensions nourries par le RFD vis-à-vis des acteurs du forum. La cause directe de ce gel serait le renoncement du comité d’organisation à donner la présidence de la manifestation à Ahmed Ould Daddah qui devait faire le discours d’ouverture. Deux jours d’intenses pourparlers entre les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et le comité d’organisation auront permis d’arriver à une solution : la présidence de la première journée et le discours d’ouverture seront confiés à Ould Daddah, président du RFD, la présidence de la deuxième journée reviendra à Ely Ould Allaf, ancien ministre, ancien diplomate et représentant ici des personnalités «indépendantes» (ou «influentes», selon le terme en Arabe, «eshakhçiyaat al mou athiraa») et la troisième journée, c’est Lalla Aïcha Sy qui, au nom de la société civile, doit diriger les séances finales de synthèse et d’adoption des résultats des trois ateliers (cf. article dans le journal de cette semaine).
Le mal est fait cependant : les divergences au sein de la COD sont apparues au grand jour pour des questions de protocole alors que le fondamental n’était pas encore à l’ordre du jour. Cet incident va participer à l’atténuation des effets de la rencontre parce qu’il aura prouvé que le personnel politique est encore divisé et qu’il manque de confiance en son sein. «Si l’on se chamaille pour un discours d’ouverture et la présidence d’une séance, qu’est-ce qu’il en sera quand il s’agira de partager le pouvoir ?», se demandent les plus sceptiques. Déjà que ce n’est pas toute l’opposition qui se sent concernée par le forum…
En plus de la Coalition pour une alternance pacifique (CAP), constituée par les partis ayant participé au dialogue de 2011-2012 (APP, Al Wiam et Sawab), l’Alliance pour la justice et la démocratie (AJD/MR) de Ibrahima Moktar Sarr est absente du forum. Pourtant il s’agit bien d’un parti d’opposition qui a eu quatre députés et au moins une Mairie de Nouakchott lors des dernières législatives et municipales. C’est bien le président de ce parti qui a été le deuxième à être reçu par le Premier ministre Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf pour continuer la démarche commencée avec Mohamed Ould Maouloud de l’UFP.
Cette démarche, saluée par l’UFP, vise à ouvrir des concertations autour de la présidentielle à venir et des conditions qui pourraient amener l’opposition à y participer. Elle a commencé avant même le forum comme pour en diminuer l’importance. Ceux de la COD avaient alors demandé à surseoir à toute réponse à l’invitation du Premier ministre tant que le forum n’a pas fait ses conclusions. Mais l’on sait déjà que le Premier ministre doit rencontrer Saleh Ould Hanenna, président de Hatem, un des partis de la COD, ce dimanche, alors que le forum se tient encore. Le refus de Ould Daddah de répondre à l’invitation est encore circonstanciel parce qu’il ne s’agit jusqu’à présent que d’un «report de réponse» en attendant la fin du forum.
Certains voient déjà se défiler, derrière ces rencontres, la possibilité d’ouvrir un nouveau dialogue comme celui de 2011-2012. Mais, à part la COD, tous les autres partis sont contre toute perspective de nouveau dialogue, y compris l’AJD/MR. Tous les partis qui ont participé aux dernières élections n’acceptent pas non plus l’idée d’une reprise de ces élections. Le pouvoir n’aura pas à répondre à ces deux doléances exprimées çà et là. Il se contentera de laisser les partis s’affronter là-dessus.
Comme d’habitude, on fera ce qu’on sait le mieux faire : perdre le temps. Tout en sachant que le décret de convocation du collège électoral sera communiqué au plus tard le 21 avril prochain et que la date proposée par la CENI pour l'élection présidentielle est le 21 juin, les partis croiront que le temps s’arrêtera pour les laisser cogiter ce qui est le mieux pour eux. On s’approchera inexorablement de l’échéance, ce qui obligera à accepter le minimum possible ou à ne rien accepter. Quoi qu’il en soit, la décision qui sera prise n’aura pas été mûrement et sagement réfléchie. Ses conséquences seront donc énormes pour les acteurs politiques qui tenteront de rebondir une nouvelle fois. Vainement.
Faut-il envisager un nouveau forum dès à présent ? Peut-être… En 1991, le refus de voter la Constitution avait conduit à la création du Front démocratique uni pour le changement (FDUC). Plus tard ce sera le Front des partis de l’opposition (FPO), à la suite du boycott de de 92. Puis la COD, à la suite du refus de reconnaitre les résultats de la présidentielle de juillet. Et aujourd’hui le FDU (sans le C de changement) après le boycott des dernières législatives et municipales… Les sigles se suivent et se ressemblent. Et avec eux les manières et les méthodologies.

jeudi 27 février 2014

Feuille de route contre l’esclavage

C’était attendu, c’est fait : le Rapporteur des Nations Unies sur les formes contemporaines de l’esclavage et le Gouvernement sont arrivés à définir une feuille de route pour éradiquer l’esclavage dans notre pays. Cette feuille de route, discutée une première fois et signée par des responsables mauritaniens, comportait quelques trois points qui constituaient aux yeux du Gouvernement une source de blocage. La Mauritanie ne pouvait pas accepter de s’engager à créer des centres d’accueil pour les anciens esclaves et à les indemniser, entre autres engagements contenus dans la première feuille de route. Le Gouvernement actuel avait donc à faire preuve de diplomatie et de tact pour ramener l’expert des Nations Unies au registre du possible et de l’acceptable.
Mission réussie apparemment quand on écoute Mme Dulnara Shahinian, le Rapporteur. «Je félicite le Gouvernement Mauritanien pour les mesures prises depuis ma dernière mission en 2009 et pour son engagement à mettre fin à l’esclavage dans ce pays». Tout en invitant les autorités à «prendre des mesures plus vigoureuses pour éliminer l’esclavage et mettre en œuvre pleinement les lois et les politiques».
Mme Shahinian est l’experte indépendante désignée par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, pour contrôler, rapporter et conseiller sur l’utilisation des formes contemporaines d’esclavage, y compris ses causes et conséquences dans le monde. 
A la fin de sa mission en Mauritanie qui a duré quatre jours et pendant laquelle elle a rencontré tous les hauts responsables concernés par la question, Mme Shahinian a fait une évaluation générale du chemin parcouru par la Mauritanie reconnaissant les efforts consentis depuis sa dernière visite en 2009.
«Cependant, le Gouvernement doit traduire ses promesses en actes, et prendre plus de mesures vigoureuses avec une vue d’éliminer l’esclavage et de mettre pleinement en œuvre les lois et les politiques. C’est ce que la feuille de route qui doit être adoptée le 6 mars prochain va tenter de faire. Mme Shahinian est confiante : «L'adoption de la feuille de route pour la mise en œuvre de mes recommandations de ses vestiges une fois pour toutes. Je suis sûr que la date du 6 mars 2014, quand le Gouvernement adoptera formellement la feuille de route, marquera un tournant dans le combat contre l'esclavage dans le pays».
Pour elle, le processus commencé en 2007 avec la loi criminalisant l’esclavage doit continuer par la mise en œuvre des lois existantes, soulignant le nombre encore bas des poursuites contre les auteurs des pratiques. Mais, «le fait que l'esclavage soit maintenant officiellement désigné en tant que crime, constitue un aboutissement majeur dans le combat contre l'esclavage». Conformément à la réforme constitutionnelle présentée en 2012, les personnes reconnues coupables d’actes liés à l’esclavage, peuvent être condamnées jusqu'à dix ans en prison. Aussi la loi de 2011 sur le statut des employés domestiques est-elle un pas de plus qui demande cependant une «action concertée est exigée pour réaliser pleinement leurs droits humains».
La création d’un tribunal spécial chargé de traiter la question a été ressentie par Mme Shahinian comme un acte majeur : «je crois que la mise en place du Tribunal, apportera à la Mauritanie un pas qui la rapprochera à une fin effective de la fin de la pratique de l'esclavage et invitera le Gouvernement à déployer tous les efforts nécessaires à la rendre réelle».
Autre rôle mis en exergue, celui de l’Agence Tadamoun : «Ceci est une étape importante vers l'approche plus holistique et durable dans l'évocation de toutes formes de discrimination et à la fois de la pauvreté à tous les niveaux de société, ce qui est essentiel pour supprimer l'héritage légué par l'esclavage». Cela ne doit pas empêcher la mise en œuvre d’actions ciblées et adaptées destinées aux anciens esclaves. Une discrimination positive qui doit être évidente. «Une condition pour l'efficacité de ces programmes est une information fiable qui manque actuellement, et c'est pourquoi un besoin urgent existe pour fournir des données détaillées et précises, des statistiques et une étude minutieuse».

Mme Shahinian reconnait que «la société civile a un rôle énormément important dans la suppression de l'esclavage, en sensibilisant, en rassemblant des matériaux, en emmenant des cas devant le tribunal et en assistant les victimes d'esclavage». Mais en reconnaissant les avancées, elle risque de se mettre à dos certaines ONG surtout qu’elle a accepté de ne pas en faire des parties civiles dans les cas avérés d’esclavage dont les victimes seront défendues par des avocats commis par l’Etat. Ce qui explique les clashs qu’elle a eus avec certains militants et son scepticisme de plus en plus visible quant à la sincérité des combats qu’ils mènent. Les conclusions et résultats de cette visite seront présentés en septembre prochain au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies. A suivre donc.

mercredi 26 février 2014

Le Président et les jeunes

On en parle beaucoup ces derniers temps : la rencontre des jeunes avec le Président de la République. Il s’agit, selon ses organisateurs, de sélectionner quelques quatre cents jeunes ayant présenté des projets ou des idées susceptibles d’intéresser les décideurs pour une discussion ouverte avec le Président Mohamed Ould Abdel Aziz.
Les candidats sont invités à remplir un formulaire et de présenter leurs idées, de l’envoyer ensuite à la commission d’organisation qui a défini des critères objectifs pour faire la sélection : la pertinence du projet ou de l’idée, la qualité de sa présentation, le cursus de son auteur, son âge… De quoi s’assurer que personne ne sera lésé.
Jusqu’à cette semaine, plus de cinq mille demandes ont été remplies par des postulants. La commission d’organisation est dans la phase de sélection qui prendra quelques jours. Ensuite, les projets seront classés selon des thèmes et des centres d’intérêt qui auront chacun un encadreur qui doit être aussi un jeune avec une expérience confirmée.
L’évènement doit se dérouler en trois phases. La première verra le Président de la République exposer devant les jeunes les grands axes prioritaires pour lui. Il écoutera ensuite les principaux «rapporteurs» qui expliqueront le cheminement qui sera suivi. Les participants se répartiront ensuite en ateliers spécialisés pour formuler leurs idées et leurs projets de manière à en faire des projets pour le pays. Ils seront ensuite reçus à dîner par le Président devant lequel ils présenteront le résultat global. C’est pendant cette dernière rencontre que le résultat global sera adopté solennellement par le Président de la République.
Dans la phase actuelle, l’objectif est de rassembler des jeunes mauritaniens ayant des propositions effectives pour initier, accélérer et/ou corriger les différents projets de développement. Nonobstant leurs appartenances et antécédents politiques.

Mais en définitive, les idées et projets adoptés seront probablement l’ossature du programme du candidat pour l’élection présidentielle prochaine. Tant mieux.

mardi 25 février 2014

Le forum est-il compromis ?

Cette après-midi, on apprend que le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) a décidé de «geler» sa participation au forum de l’Opposition qui doit s’ouvrir ce vendredi (28/2). Sous prétexte que le parti est «sous-représenté» dans les commissions d’organisation qui doivent fixer l’agenda et les objectifs de ce forum.
En réalité, on craint au RFD que «l’on ne soit victime, une fois de plus de machination visant à reléguer au second plan le parti et ses choix stratégiques». Les cadres les plus loquaces n’hésitent pas à rappeler que «chaque fois, le RFD a adopté une feuille de route décidée et mise en œuvre par d’autres, tantôt les Islamistes, tantôt l’UFP, ou le RDU ou l’UNAD ou… ou…  à chaque fois il s’est retrouvé coincé entre la nécessité pour lui de recadrer les objectifs et le souci de rester avec les autres». Conclusion : «il est temps pour le parti de décider lui-même de la direction à suivre».
Le malaise est là depuis qu’il est question de discuter la perspective du candidat unique. Toute évolution vers un accord du genre est sentie comme une forme d’exclusion pour le chef du parti, le Président Ahmed Ould Daddah. Surtout qu’il est question de fixer des critères dont le consensus autour de la candidature et l’absence de précédent dans la course pour la présidentielle. Le consensus autour de la personnalité de Ould Daddah est impossible à avoir dans un microcosme où l’on considère le chef du RFD comme «l’ennemi principal». C’est après tout la position vis-à-vis de l’homme Ould Daddah qui a déterminé le parcours de tous les leaders actuels de l’opposition (dans toutes ses composantes).
Ceux qui collaboraient avec Ould Taya et qui sont les plus actifs aujourd’hui dans ce camp, ont participé à sa diabolisation et à la formation des aspects négatifs de l’image que l’opinion publique a de lui : homme du Sud n’aimant les gens de l’Est, voulant assouvir les soifs de vengeance ethniques, homme politique dédaignant tout sauf la présidence… tous ces clichés qui fondent une certaine idée qu’on peut avoir de lui ont été créés et véhiculés par eux.
Ceux qui l’ont accompagné à un moment ou un autre au sein de l’Union des forces démocratiques (UFD) et qui ont fini par se dresser contre lui à un moment à un autre, souvent à un moment crucial de son parcours.
Certains pensent cependant que la décision du RFD relève plus de la manœuvre que de l’acte déterminé. Mais un parti comme le RFD ne «clique» pas sur des aspects du genre : «nous ne sommes pas assez représentés, nous voulons telle ou telle présidence de commission…». Quand il réussit à imposer ses visions, il y va normalement. Alors qu’est-ce qui peut bien gêner le RFD ?
Bien sûr la question du candidat unique qui est sentie comme un piège : si le RFD accepte de la discuter, il ne peut maîtriser l’issue des débats, encore moins la décision à prendre ; s’il refuse alors qu’elle est déjà posée, il apparaitra comme source de blocage à l’entente générale et, du coup, confirmera ce qu’on dit du parti «qui ne veut que la présidence». Alors mieux vaut surseoir à la participation en attendant d’assurer les arrières pour éviter toute mauvaise surprise.
Il y a aussi la question de la participation à la présidentielle qui, aux yeux du RFD, doit être précédée de préalables significatifs pouvant justifier le retournement après le boycott des législatives et municipales. Comment expliquer aux anciens députés et maires du RFD qu’on refuse de les laisser participer au nom d’une exigence de transparence qui disparait quand il s’agit de la présidentielle ? Il faut donc placer la barre très haut et amener le forum à adopter une feuille de route «forte» : pourquoi ne pas demander le renoncement de Ould Abdel Aziz à se présenter ?, exiger les demandes concernant la stricte neutralité des chefs militaires, de l’administration, réorganiser fondamentalement la CENI, défaire le Conseil Constitutionnel, la Cour Suprême, distribuer équitablement le temps d’antenne dans les médias publics, annuler des dernières élections, mettre en place un gouvernement «neutre»…
Autant de conditions qui seraient plausibles si le rapport de force était autre et si certains partenaires du RFD ne cherchaient pas à trouver une issue à la crise qu’ils traversent depuis leur décision de boycott. C’est le cas, pour certains cadres du RFD, de l’Union des forces du progrès dont le Président Mohamed Ould Maouloud s’est «empressé de répondre à l’invitation du Premier ministre et qui a loué les entretiens qu’il a eus avec lui».
Le forum se tient déjà sans la Coalition pour l’alternance pacifique (CAP) formée par les partis de l’opposition ayant participé au dialogue avec la Majorité en 2011 et 2012 (Al Wiam de Boydiel Ould Hoummoid, Alliance populaire progressiste de Messaoud Ould Boulkheir et Sawab de Abdessalam Ould Horma).
Si les partenaires du RFD au sein de la COD ne réussissent pas à ramener le parti de Ould Daddah dans les débats du forum, il sera impossible d’en faire un événement majeur. Déjà qu’il est «amoindri» par la rencontre entre le Premier ministre et le Président de l’UFP, le voilà  sérieusement compromis par le gel de la participation du RFD.