vendredi 28 février 2014

Le forum quand même

C’est tard dans la soirée de jeudi (27/2) que le bureau exécutif du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) a fini ses conciliabules et décidé de participer finalement au forum de l’unité et de la démocratie qui devait s’ouvrir le lendemain.
La veille, mardi d’avant, la même instance avait gelé sa participation à ce forum dont on voulait faire un grand rendez-vous. Une décision surprenante, même si par ailleurs elle est justifiée par les appréhensions nourries par le RFD vis-à-vis des acteurs du forum. La cause directe de ce gel serait le renoncement du comité d’organisation à donner la présidence de la manifestation à Ahmed Ould Daddah qui devait faire le discours d’ouverture. Deux jours d’intenses pourparlers entre les partis de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) et le comité d’organisation auront permis d’arriver à une solution : la présidence de la première journée et le discours d’ouverture seront confiés à Ould Daddah, président du RFD, la présidence de la deuxième journée reviendra à Ely Ould Allaf, ancien ministre, ancien diplomate et représentant ici des personnalités «indépendantes» (ou «influentes», selon le terme en Arabe, «eshakhçiyaat al mou athiraa») et la troisième journée, c’est Lalla Aïcha Sy qui, au nom de la société civile, doit diriger les séances finales de synthèse et d’adoption des résultats des trois ateliers (cf. article dans le journal de cette semaine).
Le mal est fait cependant : les divergences au sein de la COD sont apparues au grand jour pour des questions de protocole alors que le fondamental n’était pas encore à l’ordre du jour. Cet incident va participer à l’atténuation des effets de la rencontre parce qu’il aura prouvé que le personnel politique est encore divisé et qu’il manque de confiance en son sein. «Si l’on se chamaille pour un discours d’ouverture et la présidence d’une séance, qu’est-ce qu’il en sera quand il s’agira de partager le pouvoir ?», se demandent les plus sceptiques. Déjà que ce n’est pas toute l’opposition qui se sent concernée par le forum…
En plus de la Coalition pour une alternance pacifique (CAP), constituée par les partis ayant participé au dialogue de 2011-2012 (APP, Al Wiam et Sawab), l’Alliance pour la justice et la démocratie (AJD/MR) de Ibrahima Moktar Sarr est absente du forum. Pourtant il s’agit bien d’un parti d’opposition qui a eu quatre députés et au moins une Mairie de Nouakchott lors des dernières législatives et municipales. C’est bien le président de ce parti qui a été le deuxième à être reçu par le Premier ministre Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf pour continuer la démarche commencée avec Mohamed Ould Maouloud de l’UFP.
Cette démarche, saluée par l’UFP, vise à ouvrir des concertations autour de la présidentielle à venir et des conditions qui pourraient amener l’opposition à y participer. Elle a commencé avant même le forum comme pour en diminuer l’importance. Ceux de la COD avaient alors demandé à surseoir à toute réponse à l’invitation du Premier ministre tant que le forum n’a pas fait ses conclusions. Mais l’on sait déjà que le Premier ministre doit rencontrer Saleh Ould Hanenna, président de Hatem, un des partis de la COD, ce dimanche, alors que le forum se tient encore. Le refus de Ould Daddah de répondre à l’invitation est encore circonstanciel parce qu’il ne s’agit jusqu’à présent que d’un «report de réponse» en attendant la fin du forum.
Certains voient déjà se défiler, derrière ces rencontres, la possibilité d’ouvrir un nouveau dialogue comme celui de 2011-2012. Mais, à part la COD, tous les autres partis sont contre toute perspective de nouveau dialogue, y compris l’AJD/MR. Tous les partis qui ont participé aux dernières élections n’acceptent pas non plus l’idée d’une reprise de ces élections. Le pouvoir n’aura pas à répondre à ces deux doléances exprimées çà et là. Il se contentera de laisser les partis s’affronter là-dessus.
Comme d’habitude, on fera ce qu’on sait le mieux faire : perdre le temps. Tout en sachant que le décret de convocation du collège électoral sera communiqué au plus tard le 21 avril prochain et que la date proposée par la CENI pour l'élection présidentielle est le 21 juin, les partis croiront que le temps s’arrêtera pour les laisser cogiter ce qui est le mieux pour eux. On s’approchera inexorablement de l’échéance, ce qui obligera à accepter le minimum possible ou à ne rien accepter. Quoi qu’il en soit, la décision qui sera prise n’aura pas été mûrement et sagement réfléchie. Ses conséquences seront donc énormes pour les acteurs politiques qui tenteront de rebondir une nouvelle fois. Vainement.
Faut-il envisager un nouveau forum dès à présent ? Peut-être… En 1991, le refus de voter la Constitution avait conduit à la création du Front démocratique uni pour le changement (FDUC). Plus tard ce sera le Front des partis de l’opposition (FPO), à la suite du boycott de de 92. Puis la COD, à la suite du refus de reconnaitre les résultats de la présidentielle de juillet. Et aujourd’hui le FDU (sans le C de changement) après le boycott des dernières législatives et municipales… Les sigles se suivent et se ressemblent. Et avec eux les manières et les méthodologies.

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