mardi 6 janvier 2015

Le danger se rapproche

A quelques encablures de la frontière entre le Mali et la Mauritanie, les Jihadistes viennent de mener leur attaque la plus spectaculaire et la plus meurtrière. A Nampala au Mali, le bilan provisoire se chiffre à neuf tués au sein de l’armée régulière malienne. On parle aussi d’otages pris par les assaillants au moment de leur retrait.
Selon les informations fournies çà et là, les assaillants auraient pénétré dans la ville au petit matin à bord de motos et à pieds. Ce qui indique que leur point de départ n’est pas loin. Ils ont pris possession des bâtiments officiels sur lesquels ils ont hissé le drapeau noir frappé de la profession de foi des Musulmans. Ce drapeau qui est d’abord celui d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) avant d’être le signe de reconnaissance de ceux de l’Etat Islamique (Da’esh). Parmi les assaillants, il y aurait surtout des Peulhs et des Touaregs, selon certaines sources.
Côté malien, on estime que les assaillants sont partis de Wagadu, cette forêt rendu célèbre par les incursions de l’Armée mauritanienne en 2010 et 2011 quand elle avait réussi, à elle seule, à empêcher l’établissement d’une base terroriste en ce lieu. A l’époque, il faut le rappeler, la mauvaise volonté du gouvernement Amadou Toumani Touré (ATT) et la complicité des populations locales avaient empêché l’extermination des groupements de combattants terroristes d’AQMI.
Même si côté mauritanien on ne déplore aucune incursion tout près de notre frontière, il y a lieu de s’inquiéter des développements de l’insécurité dans cette partie du Mali. En effet, la proximité des centres urbains désormais cibles des terroristes, la fragilité des populations locales, la possibilité d’infiltration d’éléments isolés, tout cela ne peut laisser indifférent ici.
L’inquiétude a d’ailleurs été exprimé par le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz lors de son déplacement à Conakry quand il a jugé que cette attaque «est très grave parce que Nampala est au sud, et c’est à la frontière avec la Mauritanie». Quelle réponse donner alors ?
Il est utile d’accélérer le processus de mise en place d’une force sahélienne pour faire face à la menace qui s’étend à tous les pays dits du champ, c’est-à-dire l’Algérie, le Niger, le Mali et la Mauritanie. Les chefs d’Etats Major des Armées de ces pays se trouvent actuellement réunis à Alger où ils essayent de trouver une solution commune au trafic d’armes venus de Libye. Il s’agit pour eux à présent de mutualiser réellement leurs efforts pour éviter la sanctuarisation du Nord Mali.
Il ne s’agira plus de simplement procéder «à un échange d’analyses et d’informations», encore moins d’évaluer des «actions» qui n’ont finalement pas eu lieu, mais de mettre en œuvre effectivement «la stratégie de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée adoptée entre ces pays». Cela commence par définir l’action à mener dans l’immédiat pour éviter les débordements des guerres qui se passent – et celles qui couvent – dans le Nord Mali.
Pour ce qui est de la Mauritanie, la position vis-à-vis de cette guerre qui reste la nôtre pour les menaces qu’elle fait peser sur la stabilité et la sécurité de notre espace, cette position a été jusque-là sage et payante.
D’abord l’offensive préventive qui a permis d’éloigner la menace quand aucun autre pays ne voulait participer à la lutte contre le terrorisme dans le Nord Mali. Ensuite le refus de s’embarquer dans une opération d’urgence dont les conséquences pèsent déjà dans la complication de la situation. Enfin la solidarité avec les pays voisins et peuples frères avec l’accueil des réfugiés et l’implication dans la recherche de solutions aux problèmes posés.
Tant que les terroristes s’abstiennent de cibler la Mauritanie, il n’y a pas de raison d’ouvrir un front avec eux. Sans pour autant oublier l’adage latin : Sivis parcem para bellum (qui veut la paix prépare la guerre).

lundi 5 janvier 2015

Le dialogue probable

Encore une fois, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz se dit prêt à ouvrir un dialogue. Au cours de son discours de lancement de la cinquième édition du festival des Villes anciennes qui se tient cette année à Chinguitty, le Président Ould Abdel Aziz a déclaré :
«Nous avons déclaré au cours du discours d'investiture du nouveau mandat présidentiel notre constante disponibilité à rester ouvert au dialogue avec toutes les composantes nationales parce que nous sommes convaincus de la nécessité de la participation de tous à l'œuvre de construction nationale. A cette importante occasion, je renouvelle notre entière disposition pour l'instauration d'un dialogue inclusif pour la réalisation des intérêts suprêmes de la nation».
L’occasion n’est pas traditionnellement consacrée à faire des déclarations du genre. Elle a toujours été celle de discourir sur le passé riche du pays qu’on tente de restaurer à travers la revivification des centres culturels que furent les villes anciennes. L’appel est donc solennel dans sa forme. Il l’est aussi dans son fonds parce qu’il ne revient pas sur les procès d’intention des uns et des autres et qu’il demande un dialogue INCLUSIF, un qualificatif que les autorités ont toujours évité d’utiliser parce que faisant référence aux périodes de crise précédant l’Accord de Dakar.
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment les autres parties vont-elles réagir et aller au-delà des premières réactions. 
D’abord le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) qui rassemble l’opposition radicale dont la majorité des formations avait boycotté les derniers scrutins. Le FNDU va-t-il saisir l’opportunité ouverte ainsi pour présenter de nouvelles propositions ou va-t-il s’en tenir à sa position traditionnellement exprimée et qui met en doute d’avance tout ce que le pouvoir propose ?
Il est difficile d’envisager, alors que le FNDU est dirigé par le RFD de Ahmed Ould Daddah, autre réponse que le rejet sous prétexte que la confiance n’y est pas. On peut alors invoquer toutes les fois où ces forces politiques sont allées au dialogue sans en récolter les dividendes. Situant la responsabilité du seul côté du Pouvoir.
Mais il est probable par ailleurs que la recherche d’un compromis politique l’emporte surtout qu’au sein du FNDU, il existe bel et bien un courant ou plusieurs courants dont la stratégie ne peut rester celle de la chaise vide.
D’abord Tawassoul qui a participé aux élections législatives et municipales et qui a désormais la direction de l’Institution de l’Opposition Démocratique dont elle peut faire un cadre de convergence et un outil de compromis. La logique de Tawassoul est de participer en attendant l’échéance 2019 qu’il faut dès à présent préparer.
Il y a ensuite tout le groupe des anciens Gauchistes qu’on retrouve soit au sein de l’Union des forces du progrès (UFP), soit au sein           de Moussa Fall. Ce groupe a une doctrine politique basée sur la participation au jeu pour s’ouvrir les portes de l’implication dans l’exercice du pouvoir en vue «du changement de l’intérieur». Il se retrouve aujourd’hui, à cause du boycott, à la marge du jeu. Plus grave pour ses militants emblématiques, son destin est désormais lié à celui de Ahmed Ould Daddah qui est aux antipodes du modèle de leadership conçu et bâti sur des décennies d’histoire politique par la littérature militante des Kaidhines et du Mouvement national démocratique (MND) dont sont issues les troupes de ce groupe.
Il y a enfin tous les snipers politiques, les électrons libres, anciens hauts cadres de l’administration PRDSienne pour la plupart, ceux-là ne peuvent se laisser confiner dans des rôles d’opposants, même si cela leur permet de se blanchir et de faire oublier leur participation active au pillage systématique des ressources et à la corruption du processus démocratique. Ils cherchent chacun, une courroie, une fenêtre, une passe où s’engouffrer. La situation actuelle ne peut perdurer pour eux.
Il est temps pour tous d’exprimer un positionnement clair et conforme à la réalité sociopolitique du pays, prenant en compte aussi les rapports de force et les capacités de chacun à atteindre ses objectifs.

En réalité les attelages qui existent – à commencer par le FNDU – ne répondent pas à une logique politique, idéologique et même stratégique partagée. C’est pourquoi, le comportement est celui qu’on connait. Et c’est pourquoi le résultat est celui qu’on voit. Pas besoin d’en dire plus.

dimanche 4 janvier 2015

Le Président à Chinguitty

Quand le Président de la République va à Chinguitty, c’est toute la République qui y va. Ou presque. C’est ce que, du temps de Ould Taya, notre éminent politiste Zekeria Ould Ahmed Salem avait associé au principe de «la souveraineté déambulatoire». Le Pouvoir se déplace avec celui qui le détient… la République suit...
Après le Maire de la ville, c’est naturellement la ministre de la culture, Mme Vatma Val Mint Soueyne’ qui prit la parole pour faire un discours apprécié pour la qualité de la langue, pour les thèmes abordés et pour la parfaite diction. La jeune ministre n’a pas eu le trac, ce qui lui a permis d’assurer.
Ce fut le tour du Président de la République qui avait exceptionnellement préparé un discours écrit. Est-ce parce qu’il devait faire appel à un dialogue ou pour éviter les écarts ? En tout état de cause, le discours a axé sur la portée et les objectifs du festival qui tente de restaurer la grandeur des villes anciennes. Il est aussi une tentative de briser l’enclavement imposé par la menace terroriste qui a longtemps pesé de tout son poids sur cet espace.
«En ce jour mémorable est né le Prophète qui a mis un terme au mythe de la mécréance et de l'athéisme faisant ainsi sortir l'humanité des ténèbres vers la lumière.
Nous nous inspirons et prenons exemple des principes et pratiques du vénéré Prophète qui a réuni sous la bannière de l'Islam et de sa tolérance, Noirs et Blancs, riches et pauvres, avec pour unique échelle de valeur, le degré d'intensité de la foi et le niveau de dépassement au service de la société
».
Un peu pour introduire le sujet de la cohésion sociale et de l’unité nationale : «C'est cela l'Islam, notre sainte religion, source de notre législation et fondement de notre cohésion sociale, de notre unité nationale auxquelles nous veillons tous, société et Etat, à consolider et renforcer, à travers une politique nationale intégrée sur la base de la protection des libertés individuelles et collectives et de l'enracinement des principes des droits de l'Homme, de la justice, de l'égalité entre les citoyens et de la lutte contre la pauvreté dans les zones urbaines et rurales».
Pour finir l’idée par ce verdict : «Notre attachement, peuple et Gouvernement, à ces nobles principes et valeurs est profondément enraciné dans nos pratiques et nobles vertus comme nous y incite notre religion. L'action d'une poignée d'extrémistes, promoteurs du discours de la haine et de la discorde, ne saurait nous en détourner».
Pour reprocher ensuite le silence de «certaines parties extérieures» des décennies durant devant les violations de Droits de l’homme commises au quotidien.

Pour conclure enfin : «La véritable approche pour éradiquer les séquelles du passé, y compris celles liées à l'esclavage, réside dans la lutte contre la pauvreté à travers la transformation de l'économie, le relèvement de la qualité des prestations sanitaires et éducatives et l'amélioration générale des conditions de vie de l'ensemble des citoyens. C'est cette politique que nous avons suivie au cours des six dernières années et que nous continuerons à renforcer au cours du présent mandat présidentiel».

vendredi 2 janvier 2015

Un prêche profond

La visite de l’une des villes anciennes est toujours une occasion de refaire le chemin supposé être celui de dizaines d’hommes et de femmes nous ayant précédés dans cet espace qu’ils ont probablement fixé tel qu’il est aujourd’hui. Partir vers la vieille mosquée de la ville de Chinguitty n’est pas un simple acte de dévotion. C’est aussi un moment d’introspection profonde et de communion avec un espace et ses hommes.
En ce vendredi, j’ai préféré y aller très tôt. Prendre les chemins que prenaient de grands érudits en leur temps, descendre les ruelles les unes après les autres, passer devant ce qui semblait avoir été une école coranique avec son espèce d’internat, pour se retrouver devant la mosquée sans avoir été guidé par autre chose que les traces de pas qui réussissent à marquer l’étendue de sable qui tente d’engloutir ce qui reste encore de la vieille cité.
On peut imaginer que dans le temps, la mosquée surplombait les environs, que son minaret était visible à des lieues de là, qu’il permettait aux voyageurs perdus dans les dunes du Ouarane et sur les escarpements du D’har de se retrouver et de se savoir sauvés. Aujourd’hui, il faut être à côté pour voir le minaret. Il faut descendre des marches pour entrer dans la cour de la mosquée. Descendre un autre niveau pour se retrouver à l’intérieur de l’édifice.
Deux ou trois personnes sont déjà là. Après les rak’at obligatoires à l’entrée d’une mosquée, on peut, si l’on veut discuter de choses et d’autres en attendant l’appel officiel à la prière.
Mes voisins parlent de l’état du pâturage dans le Tiris et le Zemmour. L’un d’eux explique qu’il a préféré envoyer son troupeau vers l’Assaba, «même si cette région est infestée de moustiques et qu’elle reste hostile à l’homme d’ici». Comme on voit l’intérêt que suscite le sujet chez le citadin d’à côté, on l’associe pour trancher : «Sur la route des régions du Sud, il y a quelques nourritures comme le sbat ou oumerekba, il y a l’eau et il n’y a pas cette nécessité de faire le déplacement d’un trait. Alors que vers le Nord, l’inexistence de quoi manger pour les bêtes, la rareté de l’eau nous obligent à faire quinze jours de déplacements continus pour arriver dans le Tiris, quinze jours sont nécessaires pour aller jusqu’au Zemmour et c’est là où les dernières pluies ont véritablement arrosé».
Contre argument de son interlocuteur : «Mais quand tu arrives au Zemmour et même déjà au Tiris, une semaine suffit pour voir les animaux doubler de poids, au point de ne plus distinguer le chamelon de sa mère que par la trace de ses petits pas. Alors que de l’autre côté, tu as la fièvre, les maladies qui affectent les animaux, l’eau impropre…»
Le premier appel à la prière interrompt la conversation. Un appel qui est suivi par une litanie dont une première partie est consacrée à glorifier le Créateur, une deuxième à demander aux Croyants de se préparer à la prière et une troisième à dédier une dévotion particulière au Prophète Mohammad (PSL). C’est la première fois que j’entends pareille chose. Je me dis que c’est probablement comme ça que nos ancêtres faisaient, si ce n’est un rite introduit plus ou moins récemment. Autre particularité : trois muezzins vont se succéder pour faire le même appel à la prière ailleurs lancé en un seul moment et par la même personne.
L’Imam Isselmou Ould Bah n’a pas besoin de haut-parleur pour faire entendre sa voix cassée : l’autorité morale est là pour imposer ce timbre fatalement affecté par l’âge. La prestance et le charisme n’exigent finalement pas un physique dissuasif : le frêle sexagénaire en impose à tous les présents. Il parle de la fraternité, de la solidarité, de l’altruisme, de l’humanisme et de la fraternité… dans une société tiraillée par les querelles nourries par les cloisonnements tribaux et politiques, empoisonnée par la pesanteur d’un passé encore très présent… Puis le Saint homme entreprit d’invoquer la Toute-puissance divine pour arroser ces régions et leurs habitants. L’invocation prit le ton dramatique avec la description de l’état des bêtes et des hommes, des arbres et de la nature en général… Le ton était solennel mais emprunt d’humilité. Toute une leçon en moins d’un quart d’heure, un rite sans manière tout en gardant sa profondeur et sa sacralité.

jeudi 1 janvier 2015

Nos vœux sincères

Que 2015 soit pour nous la fin d’un monde fait de paresses, d’injustices, d’inégalités, d’ignorance…
Que 2015 soit le début véritable des refondations. Refondation mentale. Au niveau de l’Appareil de l’Etat, au niveau des populations où l’on a besoin de recouvrer notre système de valeurs, de retrouver nos réflexes de solidarité, de réactiver les soupapes sociales de sécurité, d’ouvrir les vannes du partage, de reprendre le sourire les uns face aux autres…
Refondation d’un Etat de droit avec le respect des institutions, des lois et textes réglementaires. Une justice plus forte, plus impersonnelle pour mettre fin à la règle de l’impunité.
Une école plus performante pour former le Mauritanien de demain (celui d’aujourd’hui est un peu perdu pour nous). Une santé de proximité. Une administration plus soignée, plus efficace, plus convaincante…
Une classe politique plus exigeante pour elle-même, plus engagée, plus claire dans ses engagements, plus forte dans ses choix…
Un gouvernement plus à l’écoute des gémissements, plus proche du peuple… Un débat plus serein… Une économie plus dynamique… Une société plus créative…
…nos vœux pour vous sont de l’année passée, de l’année d’avant, de celle qui a précédé celle-là… le temps passe, l’espoir demeure. Tant qu’il y a l’espoir, il y a la vie.

mercredi 31 décembre 2014

Ce qu’il faut retenir de 2014 (3)

L’année politique se termine avec la perspective du renouvellement des deux tiers du Sénat. Plusieurs fois remises à plus tard, voilà qu’elle est décidée pour la mi-mars prochain. Cette élection se fait en l’absence, toujours, d’une partie de l’opposition, notamment des formations qui n’ont pas pris part aux élections municipales de fin 2013 : les conseils municipaux issus du scrutin de 2013 forment le collège électoral des sénatoriales futures. Des partis comme le RFD (rassemblement des forces démocratiques de Ahmed Ould Daddah), l’UFP (union des forces du progrès de Mohamed Ould Maouloud), entre autres partis du Forum pour la démocratie et l’unité (FNDU) ne feront certainement partie de la course. Alors que Tawassoul, Al Wiam, l’APP, l’AJD/MR pourront concourir, eux qui ont des conseillers.
L’on retiendra que le boycott prouve encore une fois qu’il ne procède pas d’une vision prospective et positive de l’exercice politique. Des partis ont ainsi choisi de se mettre hors jeu, sans prendre en compte la réalité du terrain et des rapports de force. Ils ont cru que l’absence pouvait occasionner une crise, voilà qu’elle crée un vide rapidement comblé par d’autres acteurs, pas forcément les plus attendus. L’on retiendra deux de ces acteurs.
Birame Ould Dah Ould Abeid doit beaucoup à l’absence des acteurs traditionnels. Son discours prenant en charge les frustrations les plus aigues, a profité du recul et/ou de l’absence d’un discours unificateur tout en étant revendicatif. La nature ayant horreur du vide, les frustrations étant réelles et parfois légitimes, le candidat Biram Ould Abeid a puisé dans ce terreau pour devenir l’homme politique qu’il est devenu. Avec ses 8%, il sentait l’air du fameux renouvellement de la classe politique devenu un leitmotiv ces dernières années.
Tawassoul, le parti des Islamistes est le premier des partis d’opposition ayant participé aux élections législatives et municipales de 2013. Il hérite à ce titre de la présidence de l’Institution de l’Opposition démocratique. Un tremplin qu’il va certainement utiliser dans la perspective de l’échéance qui se pointe en 2019 et qui coïncide avec la fin du deuxième mandat du Président Mohamed Ould Abdel Aziz.
Une première rencontre entre le Président de la République et le nouveau bureau de l’Institution ouvre déjà la porte à de nouvelles chances d’entamer un dialogue sain entre les acteurs. Même si Tawassoul reste prisonnier d’une recherche équilibriste entre un FNDU qui n’entend pas céder une once sur ses positions et qu’il ne peut envisager de quitter dans l’immédiat, et l’exigence pour lui de regarder vers l’avenir et de s’assurer l’accomplissement d’une stratégie de conquête de pouvoir plus ou moins murie.
Comment faire pour donner à l’Institution toutes les chances de réussir sans toutefois se heurter aux partenaires du FNDU ? Comment phagocyter les leaderships traditionnels, les canaliser pour s’en servir le moment venu ? Comment ne pas éveiller les suspicions des partenaires et des adversaires ? Comment définir les uns et les autres et sur quels critères ? Comment mettre en confiance Pouvoir et Opposition pour les ramener à la table de dialogue et s’imposer ainsi comme le facilitateur du moment ?
Dans le court et moyen termes, les rapports en politique dépendront des choix que feront les nouveaux partenaires que sont l’Institution de l’Opposition démocratique et la Présidence de la République. Si le courant rétabli aboutit à une ouverture politique des uns sur les autres et si l’Institution réussit à entrainer dans son sillage ne serait-ce qu’une partie des compagnons du FNDU, il est probable, même très probable, de voir aboutir une nouvelle dynamique plus ou moins inclusive. En tout cas un mouvement qui puisse signifier la reprise du chemin d’une certaine convergence.
A long terme, il faut envisager l’avènement d’un Monde nouveau débarrassé de certaines contingences qui nous freinent aujourd’hui, notamment des vieilles querelles qui tiennent et inspirent encore les acteurs de la scène. La transition qui durera encore produira nécessairement le renforcement des acquis en matière de libertés, surtout d’expression, d’association et de manifestation. Le processus de démocratisation entamé sans démocrates – les acteurs étant pour leur écrasante majorité produits par les écoles du monolithisme – trouvera enfin des animateurs à même de le faire avancer sur la voie du raffermissement de l’Etat de droit garant de l’égalité et de la justice entre ses citoyens.
Malgré les prophètes qui nous promettent malheurs et désolations, il faut espérer fermement que l’avenir, le meilleur, est devant nous.

mardi 30 décembre 2014

Ce qu’il faut retenir de 2014 (2)

Dans son numéro double 2 & 3 de juillet-décembre 2014, le bulletin de la Confédération africaine des organisations professionnelles de pêche artisanale (CAOPA), publie une interview accordée par Roberto Cesari, le négociateur principal de l’équipe européenne pour les Accords de pêche. Bien sûr le cas de la Mauritanie y est évoqué.
Le chef de l’unité Accords bilatéraux et contrôle de l’UE, rappelle que la réforme de la Politique commune de pêche (PCP) a axé sur la nécessité de «mettre au centre la soutenabilité, la préservation des ressources et la durabilité et le contrôle des activités de pêche».
A une question relative à la Mauritanie, le responsable reconnait : «Pour la Mauritanie, on a en effet un souci. La première année avait bien commencé, ils avaient appliqué à la lettre cette obligation de non-discrimination pour une certaine période pour la flotte russe par exemple. Je rappelle que cette règle de non-discrimination s’applique aux conditions techniques et financières : les mêmes conditions que notre accord doivent être appliquées aux autres accords que la Mauritanie conclut pour le même type de flotte qui cible les mêmes espèces».
Concernant les difficultés à renouveler l’Accord de pêche Mauritanie-UE, le négociateur européenne reconnait qu’il y a «encore beaucoup de choses à régler ; ce ne sera pas une négociation facile». Avant de préciser : «on est tout à fait disposé à suivre la ligne politique du Président Aziz réélu pour le secteur de la pêche mauritanien, c’est-à-dire de se concentrer sur la coopération dans le secteur de la pêche pour la création d’emplois et de richesses par le biais de l’accord».
Pour conclure : «On ne va pas remettre en cause les mesures techniques fondamentales qu’on avait bien négocié en 2012. Il faut bien sûr que la clause de non-discrimination soit appliquée et surtout que la transparence soit garantie».
Ces propos donnent une autre dimension des difficultés qui freinent les Européens. Il n’y a pas seulement cette volonté de reculer sur certains acquis au profit de la Mauritanie, notamment le niveau de la compensation, le paiement de l’effort effectif de pêche, la nationalisation de la pêche de fonds, l’obligation de débarquement, le niveau de mauritanisation du personnel embarqué, les quantités de pélagiques prélevées pour alimenter le marché intérieur mauritanien… Il y a aussi et surtout cette volonté de faire plier une petit pays qui a enfin pu traiter, manœuvrer pour tirer le maximum de profits de sa ressource.
Si le souci de l’Europe est d’instaurer un commerce équitable – accès à une ressource de qualité et à proximité, en contrepartie d’avantages somme toute raisonnables -, si la préoccupation de la soutenabilité de l’effort de pêche est réelle, les négociations doivent reprendre sur la base de conclusions techniques et non de considérations qui mélangent la politique et les humeurs.
Nous retiendrons que le sens de la solidarité nationale n’a pas manqué. Même si des voix et des plumes ont essayé de participer à l’effort de faire fléchir la Mauritanie. L’année 2014 nous enseigne que les intérêts personnels – des consignataires, armateurs…- et l’opposition à un pouvoir, opposition qui devient haine, peuvent faire oublier à certains d’entre nous ce qu’est l’intérêt national.