vendredi 14 septembre 2012

Cultiver pendant qu’il est temps


Nous n’avons rien d’autre à faire que la politique. L’hivernage a été excellent, mais la politique nous a assez occupés pour nous empêcher de «cultiver notre jardin» pendant que c’est possible. Les terres cultivables s’étendent partout, attendant que les hommes et les femmes décident de les défricher, de labourer, de semer, pour pouvoir, demain, récolter. Non, sur la route de l’Espoir, peu de terres semblent avoir été cultivées.
La raison essentielle est la paresse des Mauritaniens. Ils ont perdu le goût du travail qui n’anoblit plus depuis qu’il y a les prébendes, les passe-droits, les privilèges octroyés aux intermédiaires politiques, aux thieb-thiabas de toutes sortes… C’est pourquoi la réhabilitation du travail est une nécessité dont il faut faire une cause.
Il y a aussi la non application de la loi domaniale qui décourage les vrais travailleurs de la terre. Quand on sait que la propriété tribale des terres est encore forte, alors que la loi dit que «la terre appartient à celui qui la travaille», on comprend le désintérêt des cultivateurs réels. La terre ne leur appartenant pas, ils n’ont pas accès à l’outil de production et s’ils y ont accès ce sera à un prix excessif (métayage, tribut…). Un souci que notre encadrement national – autorités, opposants, société civile…- doit prendre en charge pour le poser et faire des propositions le concernant.
Que ce soit au sud, dans la Vallée, ou ailleurs, le problème de la propriété est central dans l’évolution sociale et économique du monde rural. Il se pose de différentes manières selon les régions, mais s’exprime partout dans l’incapacité pour certains, pour raisons de statuts sociaux, d’accéder à la propriété terrienne.
Rien n’est entrepris pour mobiliser les énergies et disponibiliser les terres à cultiver aux travailleurs qui veulent les travailler…

jeudi 13 septembre 2012

Big mistake


Ce serait une grande erreur de la part de l’administration américaine que de s’arrêter à l’aspect protestations contre une insulte faite aux Musulmans à travers la production d’un film dénigrant. Les Musulmans – et pas seulement eux, les Juifs et les Chrétiens aussi – sont habitués à ces attaques inconsidérées et excessives de la part de l’industrie hollywoodienne. Certes, les nôtres (Musulmans, Arabes et Noirs) restent les victimes préférées de Hollywood, mais toutes les grandes religions ont souffert de ces traitements. Haine, racisme, stigmatisation, amalgames… messages éternels de la boîte à images américaine.
La colère exprimée ces jours-ci dans les rues arabes et musulmanes est le fruit de toute une politique étrangère qui ne semble pas souffrir des changements intervenus dans le monde, ni de ceux intervenus à la tête de l’Appareil américain.
Toujours le même engagement sans condition derrière Israël. Toujours le même soutien indéfectible à l’idéologie raciste de l’Etat sioniste. Laquelle nous renvoie toujours les mêmes images de Palestiniens dépossédés, assassinés, torturés, exilés, embastillés… en toute illégalité, en toute impunité.
L’entêtement des extrémistes au pouvoir en Israël n’a pas atténué l’engament des Américains qui viennent d’ailleurs de reconnaitre Al Qods (Jérusalem) comme capitale éternelle d’Israël. Comme pour donner une prime à la forfaiture qui consiste à refuser de reprendre les pourparlers de paix.
Il est vrai que pour un temps, les images affreuses qui pleuvaient des Territoires et de Gaza, furent occultées par celles d’un «printemps arabe» qui a finalement été plus sanguinaire, plus destructeur que toutes les guerres civiles dans les territoires concernés. Et si l’on fait la somme, il est aisé de voir que le résultat final est celui de balayer toutes velléités anti-israéliennes, de détruire toute menace qui était - ou qui aurait pu être ou qui aurait dû être pour Israël.
Bientôt deux ans que le «printemps arabe» dure et quels résultats pour les Arabes ? L’Iraq est toujours à feu et à sang à cause de la gestion américaine de l’occupation : avec notamment l’institutionnalisation du communautarisme, l’armement et l’utilisation des factions les unes contres les autres. Il ne suffit pas de se retirer pour se dédouaner d’une gestion meurtrière.
La Syrie est à genoux et ne se relèvera pas rapidement. Le Yémen, la Libye et même l’Egypte et la Tunisie mettront du temps à se normaliser. Les autres pays auront aussi leurs crises de croissance sous forme de dommages collatéraux d’un aventurisme occidental dont l’Administration américaine a été le fer de lance.
Finalement Obama=Bush (père et fils)=Reagan=Carter=Nixon=…. Rien ne change pour nous quand il s’agit de la politique extérieure de la première puissance mondiale. Toujours le même déséquilibre, le même alignement sur le bourreau, le même soutien à l’arbitraire, la même propension à l’exercice de la force brutale, les mêmes réflexes de prédation…
La colère et la haine exprimées dans la rue musulmane en général, arabe en particulier, ne sont pas le fruit de la production d’un film, mais la conséquence de quelques décennies de frustrations nées des mauvais choix de l’administration américaine.

mercredi 12 septembre 2012

Le 11 septembre libyen


Cela s’est passé à Benghazi, cette ville que l’OTAN a utilisée comme prétexte pour détruire le régime de Kadhafi en donnant «un coup de main» à la rébellion. C’est bien pour sauver Benghazi des troupes «barbares» que les pays du Traité atlantique ont dit entreprendre leur entreprise guerrière en Libye. C’est ici que les célébrations du 11ème anniversaire des attentats du 11/9 ont été les plus meurtriers pour les Américains, chefs de file de l’OTAN.
Dans la matinée du mardi 11 septembre, sous prétexte – il y a toujours un prétexte à tout – de protester contre la diffusion d’un film insultant pour la foi musulmane, un groupe armé est entré dans le Consulat américain de Benghazi. Comme par hasard, l’Ambassadeur Chris Stevens se trouvait là en compagnie de nombre de ses collaborateurs. On se souvient du visage sympathique de l’Ambassadeur du temps où il faisait des spots pour expliquer sa mission aux populations. L’attaque va emporter avec lui trois autres américains dont un diplomate et deux Marines.
L’attaque intervenait quelques heures avant l’élection d’un nouveau chef de gouvernement par le nouveau Parlement libyen. Elle a joué sans doute dans l’élection du candidat islamiste, l’opinion cherchant en eux le meilleur bouclier anti-jihadiste. Parce que l’attaque est bien le fait des Jihadistes, probablement ceux du groupe Ançar Echari’a (les soutiens de la Chari’a). Elle pourrait être une réponse – tardive peut-être, mais une réponse quand même – à la liquidation du numéro deux d’Al Qaeda, Abu Yahya Alliby, chef charismatique auquel plusieurs factions libyennes vouent respect et allégeance. Si cela se confirme, cela met l’administration américaine dans un pénible dilemme.
Le Président Obama est en pleine campagne pour une présidentielle de tous les risques. Si la réponse n’est pas ferme et surtout immédiate, tous ses espoirs de réélection pourraient être compromis. Si, par contre, la réaction est prompte et si elle répond aux attentes – expédition punitive et meurtrière contre le groupe qui a organisé l’attaque -, cela pourrait servir sa campagne.
Comment faire alors que les amis libyens n’ont pas les moyens de livrer les auteurs du crime ? Comment faire surtout si l’on sait que la partie libyenne ne peut rien entreprendre contre les groupes armés concernés qui ont, eux aussi, leurs assises tribales, leurs cercles d’influence, leurs poids au sein des structures dirigeantes… ?
Toute attaque américaine compromettrait sérieusement les équilibres déjà fragiles en Libye. Et ouvrirait la voie à toutes les fractures de la Libye de l’après Kadhafi.
Pour rappel, la première guerre outre-Atlantique menée par les Etats-Unis après leur indépendance fut celle dite de «la Tripolitaine». Quand en mai 1801, ce territoire exigea des Etats-Unis d’Amérique un impôt de 83.000$, plus que la somme habituelle payée en contrepartie de la protection de la flotte américaine contre la piraterie souvent soutenue par les autorités elles-mêmes. Le refus américain décida le Pacha à déclarer la guerre aux Américains qui s’empressèrent de bloquer le port de Tripoli. Ils connurent un premier revers avec la destruction de la frégate «Philadelphia» et la prise en otage de son équipage dont le Captain William Bainbridge. Ce qui donna lieu à une guerre qui dura entre 1801 et 1805 et qui se termina par un accord revenant à la situation ante et au paiement d’une rançon de 60.000$ pour les prisonniers.
Les souvenirs de cette époque sont toujours présents dans l’esprit des faiseurs de guerres comme ceux du Pentagone. Tout comme les images des ambassades américaines de Beyrouth et de Téhéran dans les années 70… dur, dur...

mardi 11 septembre 2012

Et les victimes maliennes ?


Ils sont finalement douze Mauritaniens dont trois ont traversé la frontière avec une carte d’identité malienne et ont les corps ne seront donc pas remis aux autorités mauritaniennes, sous prétexte de ces pièces. Neuf Mauritaniens sur les 16 tués par l’unité de Djabali, restent 7 qui sont maliens.
Les autorités mauritaniennes, même si elles évitent d’exercer trop de pression sur le gouvernement malien déjà en proie à des difficultés énormes, la réaction a plutôt été ferme. Dénonciation de l’acte qualifié d’assassinat barbare, demande d’une enquête indépendante à laquelle la partie mauritanienne devrait être associée, rapatriement des corps… et naturellement excuses officielles.
Le ministre malien des affaires étrangères a été dépêché à Nouakchott pour marquer la compassion officielle et présenter les condoléances aux familles et au peuple mauritanien en général. Le ministre de la défense serait prêt à impliquer la partie mauritanienne dans une enquête sérieuse et transparente. Les corps sont rapatriés et une grande cérémonie organisée pour leur inhumation. Moment de ferveur et d’union.
Mais personne ne fait état des 7 maliens assassinés dans les mêmes circonstances. Aucune ONG malienne n’a élevé la voix pour condamner ou demander justice. On a juste entendu Ançar Eddine et le MUJAO dire qu’ils considéraient cela comme un acte de guerre et qu’ils vont y répondre. La société civile malienne qui s’émouvait il y a peu pour une main coupée – ce qui est grave, il est vrai – à Gao, n’a pas émis la moindre protestation devant l’exécution de sang-froid de 7 maliens et du sort encore inconnu réservé à deux autres (le chauffeur de la voiture et son apprenti). Pas un mot, pourquoi ? Parce que tous sont du Nord ? Parce que les déboires de l’Armée malienne doivent systématiquement être passés sous silence ?
Ce que l’opinion publique doit savoir, c’est que ces prédicateurs – dou’aat, comme ils s’appellent eux-mêmes – ne constituent aucune menace et ne l’ont jamais constitué, ni au Mali où ils ont leur plus grand bureau en Afrique de l’Ouest (Bamako), ni en Mauritanie où ils sont présents depuis le début des années 90, ni au Sénégal où une chasse a été engagée contre eux récemment.
On peut les assimiler aux groupes islamistes militants, surtout quand on ne peut rien contre ces groupes militants. Ils sont effectivement pacifiques, sans velléité de violence aucune, prêchant la bonne conduite, refusant de répondre à la provocation, désarmés…
L’Armée malienne qui a tourné le dos aux combattants jihadistes et aux rebelles du Nord, peut se permettre la méprise et tirer sur ces preux moines. La réalité est têtue : le défi pour cette armée est d’aller déloger les indépendantistes et les terroristes qui ont occupé une partie de son territoire, pas de créer des problèmes de plus à un gouvernement qui tente de recoller les morceaux.
En fait, l’incident peut être compris comme une vaine tentative du groupe de Kati – l’ex-junte qui a tout perdu et qui sera obligé un jour ou l’autre à revenir au front – de déstabiliser le nouveau gouvernement qui a pour mission de rétablir la légitimité constitutionnelle et l’unité politique pour envisager la reconquête du Nord. La sortie du capitaine mutin puis putschiste Sanogo à l’ORTM au lendemain de la bavure s’explique par sa volonté de disculper sa troupe (ou ce qui en tient lieu).C’est une anticipation sur les accusations et une façon de couvrir les éventuelles lectures «complotistes». C’est l’aveu et l’expression du sentiment de culpabilité profond de la junte qui tire toujours les ficelles.
Mais où est la classe politique malienne ? où est la société civile malienne qui a su peser par le passé dans le déroulement des faits et dans l’exercice du pouvoir, en devenant un réel contrepouvoir ?  où est l’intelligentsia malienne ?
P.S : la liste des neuf preux dou’aat mauritaniens : Nana Ahmed, Sid’Ahmed Cheikh Yahya, Mohamd Essaghir Mohamed Val Cheikh, Maouloud Sid’Ahmed, Ahmed Baba Eli, Iatwal Eyamou zeidane Bati, Ivikou Abdallahi Mohamed Val, Mohamed Ahmed M’haymid, Ntalla Djibril.

lundi 10 septembre 2012

Assassinat, oui mais...


Triste sort que celui qui a été réservé aux seize membres de la Jemaat Edda’wa wa ttabligh, cette association de prédicateurs très pacifiques et très volontaires.
On ne sait pas encore tout ce qui s’est passé. Mais, contrairement à ce que le correspondant de l’AFP (qui doit être le fameux Serge Daniel, le journaliste-barbouze), ils n’ont jamais refusé d’obtempérer à un ordre d’arrêt à un contrôle. Ils sont pour la plupart des ressortissants des régions frontalières et connaissent parfaitement les règles pour passer de l’autre côté… Ils sont passés la frontière après avoir fait leurs formalités d’entrée avant d’être rejoints par une unité qui a ouvert le feu sur eux.
Passé le moment du choc, c’est une situation à laquelle on pouvait s’attendre. Il y a quelques semaines, le Sénégal annonçait en grande pompe l’arrestation d’un groupe de «terroristes mauritaniens» appartenant à AQMI. Dès qu’on a vu les noms, on a compris ici qu’il s’agissait en fait d’un groupe de prédicateurs qui prennent les routes africaines à la faveur des vacances pour prêcher la bonne parole.
Une campagne de presse a été lancée contre les «salafistes qui ont pris possession des mosquées de Bamako». Il s’agissait en fait de prédicateurs qui n’ont rien à voir avec le militantisme islamique. Cette campagne a probablement participé à la naissance d’une psychose qui fait que tout musulman barbu portant une Djellaba et une marque sur le front, répétant des incantations, est «un terroriste» probable.
Le groupe de prédicateurs ciblés par l’Armée malienne a commis la faute d’aller au Mali dans les conditions actuelles. Mais les populations riveraines ne peuvent se résoudre à croire qu’un quelconque évènement puisse perturber les relations dans cet espace où les frontières n’ont jamais été mentales. On peut imaginer le groupe, essentiellement des enseignants d’écoles, après avoir fait les formalités, traverser calmement avec leurs frères maliens la frontière pour rejoindre leur destination. Ils sont à mille lieues de savoir que leur présence pourrait être suspecte.
Il nous reste à espérer que les Maliens réagissent au plus tôt, ce qu’ils n’ont malheureusement pas fait, donnant l’impression que rien ne s’est passé. Il faut comprendre que les autorités actuelles n’ont pas emprise sur l’ensemble des acteurs et excuser au Mali ses manquements.
En attendant, essayons de supporter la douleur et de contenir nos colères. Et surtout de refuser toute instrumentalisation de ce drame.

dimanche 9 septembre 2012

Assez de politique


Juste pour partager avec vous un éditorial publié par La Tribune dans son édition de la semaine dernière :
«Encore une initiative, des bons offices. Cette fois-ci, elle vient d’un groupe de Shuyukhs (pluriel de Shaykh) qui voudraient amener les protagonistes politiques à s’entendre et à éviter le pire pour le pays. Plusieurs raisons de se poser des questions sur cette initiative, et sur toutes les autres.
Les auteurs de l’initiative, tout comme leurs prédécesseurs, ne semblent pas avoir pris l’attache des protagonistes. Ils n’ont même pas daigné les approcher pour savoir si leur démarche était la bienvenue ou pas.
Comme leurs prédécesseurs dans ce genre de démarche, ils ont décidé d’eux-mêmes de se lancer dans l’arène et de professer la bonne entente. C’est peut-être bien, et même très bien, mais ce n’est pas suffisant. C’est même dangereux quand on sait que c’est là la meilleure manière de parasiter encore plus l’atmosphère politique et de radicaliser les positions.
Est-ce que les «démarcheurs» partagent la même analyse que ceux qu’ils sont sensés démarcher ? Non.
Pour l’Opposition radicale, le problème est la présence au pouvoir de Ould Abdel Aziz, son départ étant la solution, la seule qui vaille. Cette position est répétée depuis des mois. Elle a justifié les manifestations, les graffitis, les appels au changement violent (révolte populaire, coup d’Etat militaire). Il n’y a rien à discuter tant que Ould Abdel Aziz est là.
Pour le pouvoir, la crise dont parlent certains n’existe que dans leur esprit. Tout tourne normalement, les Institutions, l’administration, les commerces, la sécurité est assurée… et aucun mal à voir, de temps en temps, se rassembler les partisans de l’Opposition pour dénoncer l’exercice du pouvoir. Cela fait d’ailleurs partie des signes de bonne santé démocratique.
Le besoin d’intercession, d’intermédiation, de facilitation n’a jamais été exprimé par les parties. Plus, il ne semble pas être une nécessité. C’est pourquoi, toutes ces initiatives apparaissent plus comme des tentatives de placement dans la lutte de classement qui a toujours caractérisé la scène politique mauritanienne. Comme si on voulait se rappeler au bon souvenir des autres. On ne sait jamais…
D’ailleurs, si vous parlez de crise, vous confortez l’Opposition dans ses positions jusqu’au-boutistes et vous vous aliénez le pouvoir qui vous met automatiquement dans l’autre camp. Alors que faire ?
La seule facilitation qui vaille procède essentiellement de la révision des positions des acteurs eux-mêmes. A chacune des parties de faire son autocritique et de voir où mène l’entêtement à vouloir exclure l’autre. Tout en rappelant que ce qui est nouveau en terme de revendication politique, c’est cette exigence de départ, ce «irhal» (dégage) qu’une partie de notre opposition a emprunté à d’autres scènes.
Aux auteurs de l’emprunt de savoir si cela marche. Cela fait quand même un an et quelques mois que cela dure. Est-ce que l’objectif qui est celui de faire tomber le pouvoir est atteint ? est-ce qu’il est proche d’être atteint ? est-ce que la mobilisation autour du thème est toujours porteuse ? est-ce qu’il y a une année blanche à l’université de Nouakchott qui a connu les plus fortes pressions ? est-ce qu’une administration, une seule, a cessé de fournir ses services tout ce temps ?
La politique, comme on dit, est l’art du possible. Ce n’est pas une administration de l’invisible non quantifiable, qu’on ne peut évaluer. Quand on fixe ses objectifs, on doit savoir quels sont ses moyens pour les réaliser, les définir clairement et les poursuivre résolument.
Ceux qui tentent de se frayer un chemin dans la politique, doivent d’abord éviter de se présenter comme des concurrents aux acteurs qui peuplent déjà la scène. Ceux parmi nos Shuyukhs qui se mobilisent pour cette cause d’intermédiation, doivent se ressaisir pour s’occuper de ce pourquoi ils sont vraiment outillés : l’enseignement des préceptes de l’Islam, de sa morale humaniste, de sa philosophie égalitaire, de son essence tolérante… La politique, il y a assez de fourbes qui s’en occupent. Pas besoin de mobiliser plus de gens que ceux qui n’en font déjà une source de revenus». 

Un grand débat


«Le débat», c’est la nouvelle émission de TVM animée par notre confrère (et ami) Yedaly Fall. Dans sa deuxième édition, celle de vendredi soir, il a pu inviter sur le même plateau deux grandes figures de la politique locale : Mohamed Yahya Ould Horma de l’UPR (Union pour la République), représentant la Majorité, et Pr Lô Gourma Abdoul de l’UFP (Union des forces du progrès) représentant la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD).
C’était plus un débat entre les deux hommes qu’entre les deux pôles politiques opposés entre eux, même si chacun a essayé de présenter et de défendre les idées et positons de son camp.
Formellement, le débat était plaisant. Entre deux gentlemen, respectueux l’un de l’autre, avec des pointes de convivialité qui allaient forcer les deux protagonistes à révéler aux téléspectateurs qu’ils restaient amis malgré les divergences, se tutoyant souvent... Aucune dérive, aucun manquement aux règles. On est loin de ce que l’on a vu quand, sur le même plateau, des députés ont failli en venir aux mains.
Sur le fond, toutes les questions ont été abordées par les deux protagonistes : de la crise politique et institutionnelle, de l’historique des relations entre les différentes parties, du refus du dialogue, des réalisations, de la sécurité, des libertés publiques, de la diplomatie, du dossier malien… Chacun des téléspectateurs jugera de la justesse des arguments proposés par l’un ou l’autre des deux débatteurs, l’important ici étant de savoir que la discussion, le débat, voire le dialogue sont possibles.
Sans se faire de cadeau, les deux hommes ont su animer, deux heures durant, une riche discussion qui pourrait être la base d’un «nouveau» départ pour de «nouvelles» approches de la part des acteurs politiques. D’ailleurs, la veille, la COD avait bien pris contact avec la TVM et la HAPA pour dire qu’elle entendait profiter de son temps d’antenne que lui donne la nouvelle législation fruit du dialogue conclu il y a quelques mois avec une partie de cette opposition. Signe que la stratégie du «dégage» (irhal) est en cours d’être abandonnée. Sinon comment comprendre que l’on profite des lois produites par ce dialogue tout en refusant son principe ? Ou est-ce à dire que nous en sommes arrivés à boire la sauce de la viande souillée par l’absence du rituel islamique tout en continuant à dire qu’on ne mange pas cette viande ?
Le débat de vendredi soir a démontré que quelque chose était possible encore, que de nouvelles fenêtres sont ouvertes. Comment fructifier cela ?