lundi 10 novembre 2014

Au secours du Faso

C’est sans doute une grande chance pour le Président Mohamed Ould Abdel Aziz que d’avoir à interférer dans la crise du Burkina Faso, ce pays si lointain hier, si distant et si «suspect» quand il avait à sa tête le Président Blaise Compaoré. On ne doit pas avoir oublié le traitement réservé à la délégation présidentielle mauritanienne lors des festivités marquant le cinquantenaire de l’indépendance du pays. Quand aucun responsable n’est venu à l’accueil à l’aéroport de Bobo Dioulasso. Une façon pour Compaoré d’humilier le Président mauritanien et sa délégation. Bien sûr, que beaucoup de choses se sont passées depuis, notamment deux voyages au moins de Blaise Compaoré à Nouakchott où il devait assister à des panels dirigés par le Président Ould Abdel Aziz. A aucun moment, celui-ci n’a laissé transparaitre son ressentiment. Aujourd’hui, Blaise Compaoré est chassé du pouvoir et c’est au Président Mohamed Ould Abdel Aziz, président en exercice de l’Union Africaine (UA) de venir tenter d’accélérer le processus de normalisation.
A son arrivée à l’aéroport de Ouagadougou, le Président Ould Abdel Aziz a commencé par remercier autorités et peuple burkinabés pour «l’accueil chaleureux» qui «ne surprend pasd’ailleurs» parce qu’«on est en terre africaine». Il a vite levé l’équivoque en affirmant que «l’Union Africaine n’est pas venue pour sanctionner les Burkinabés», mais pour participer à la solution de la crise ouverte. «C’est aux Burkinabés de trouver la solution par eux-mêmes, l’Union Africaine est là pour les accompagner». Avant de louer les sacrifices consentis par le peuple burkinabé et son armée. «Nous ne pouvons que les féliciter, les encourager à continuer de travailler dans la tranquillité, la sécurité et la paix sociale» en vue de raffermir le régime démocratique et de normaliser la situation du pays. Il n’a pas oublié de regretter «ce qui s’est passé» notamment les morts et de souhaiter «prompt rétablissement pour les blessés».
Les déclarations du Président en exercice de l’UA sonnent comme un rappel à l’ordre pour le conseil de paix et sécurité (CPS) dont le commissaire avait donné quinze jours aux autorités militaire du Burkina pour remettre le pouvoir aux civils. Une menace qui avait été mal apprécié par le Lieutenant-colonel Isaac Zida, chef de la junte.  
L’arrivée du Président Ould Abdel Aziz à Ouagadougou a coïncidé avec la remise aux militaires d’un «projet de charte de la transition» consensuel, fruit d’un travail laborieux effectué par les partis politiques de l’ancienne opposition, la société civile et les autorités coutumières et religieuses.
Le projet fixe un délai de douze mois pour revenir à un ordre constitutionnel normal. 26 articles qui devront être revus et probablement amendés par la junte. En certains de ses aspects, le projet semble chercher à confier à la transition des missions qui demandent plus de temps, une légitimité certaine du pouvoir et un apaisement des relations. Comme par exemple la question de la réconciliation nationale. Les structures proposées sont lourdes. Le projet propose la mise en place d’une assemblée nationale de 90 sièges répartis comme suit : 40 sièges à l’opposition (dont 28 à reconduire simplement parce qu’ils siégeaient à l’Assemblée), 30 pour la société civile, 10 pour la junte et 10 pour l’ancienne Majorité qui soutenait Blaise Compaoré.
Après l’adoption de la charte (avec amendements ou non), les militaires et les acteurs de la vie publique burkinabée devront se mettre d’accord sur le nom de la personnalité qui devra diriger la transition, ensuite sur les membres du gouvernement qui sera chargé de la gérer jusqu’au bout. Les membres de ce gouvernement et probablement ceux de l’Assemblée ne pourront pas prétendre à des postes électifs durant cet exercice.

Pendant ce temps, le Président Blaise Compaoré multiplie ses sorties pour commenter l’actualité dans son pays. Il a notamment promis une instabilité chronique au Burkina et accusé l’opposition d’avoir fomenté un complot avec l’Armée. Comme quoi, il est difficile d’accepter la déroute.

dimanche 9 novembre 2014

Il était une fois dans l’Oued ou Pèlerinage à Azougui

A quelques kilomètres d’Atar, on descend la passe de N’tarazi et on se trouve «aspiré» par la plénitude… Au bas de la montagne s’étalent de grandes oasis qui épousent parfaitement les parcours des oueds qui ont creusé la vallée de Teyaret… Au nord-est la montagne, à l’ouest la montagne, à l’est la montagne… la pierre noire qui met en valeur la couleur du sable qui entoure les palmeraies comme pour les engloutir… Un relief qui s’est constitué sur des millions d’années. Une occupation humaine qui date d’au moins dix siècles.
Il y eut probablement une peuplade appelé Bavour. On ne sait pas grand-chose de cette peuplade sinon que sa langue était l’Azer, un mélange de berbère et de soninké. D’ailleurs on en trouve quelques résidus dans le parler des Soninkés d’aujourd’hui.
On dit que les Bavour avaient été convertis au Christianisme puis au Judaïsme et enfin à l’Islam. Qu’ils adoptèrent enfin un islam kharijite ibadite. On dit aussi qu’ils avaient une capitale où le chien était l’animal le plus présent, d’où le nom donné par les voyageurs arabes «medinat el kilaab» (la ville des chiens). C’est dans cette ville que l’Imam Al Hadrami aurait écrit son essai politique qui présageait Le Prince de Machiavel. C’est ici que ce vénérable érudit serait mort et aurait été enterré.
On dit qu’elle deviendra l’une des premières forteresses des conquérants almoravides (Mourabitoune), qu’elle aurait été prise par le frère de Yahya Ibn Omar, l’un de leurs chefs. Au fil des siècles et des conquêtes, Azougui a finalement été une prestigieuse oasis coincée entre les plateaux de l’Adrar, là où ils culminent.
L’un des notables de la ville, Ahmed Ould Eyih nous relate gentiment l’histoire d’Azougui. Il peut surprendre d’entendre un homme de cet âge tenir des propos d’une certaine rigueur scientifique, expliquant la succession de peuplements sans état d’âme particulier et avec une note de fierté certaine.
Il nous fait visiter les anciens monuments sortis des décombres par des fouilles qui ont cessé depuis longtemps, puis la tombe de l’Imam Al Hadrami. Sans excès, il explique que l’intérêt public à ce pan de l’Histoire ne semble pas effectif. «Des responsables viennent de temps en temps promettre que des travaux vont être entrepris, que des efforts vont être consentis… mais on attend toujours…»
Commencées effectivement au milieu des années 70, les campagnes de fouilles du site d’Azougui se sont brutalement arrêtées au début des années 80. Ils avaient permis de déblayer une partie de ce qui paraissait être les pans d’une forteresse ancienne. Juste sur une surface qui ne doit pas dépasser les 15 m2 et qui affleure encore malgré l’abandon par les officiels des travaux. Faute de moyens et de personnels qualifiés, la Mauritanie est incapable de continuer les travaux de recherche archéologiques commencés sous l’égide d’experts français et sur financement de la coopération française.
Il y a aussi le manque d’intérêt certain des autorités et du public pour tout ce qui touche au patrimoine, particulièrement les vestiges anciens.
Dans les années 60, le pays était une véritable Mecque pour les archéologues. A partir de Dakar, des missions ont organisé de nombreuses campagnes de recherches. Le mouvement était si intense que la Mauritanie se trouva dans l’obligation de créer son propre institut de recherches scientifiques (IMRS). Il aura pour mission de préserver, de valoriser et de développer la connaissance du patrimoine national. Au début des années 70 les fouilles à Tegdawst (Awdaghost) et Koumbi Saleh en font un véritable instrument de recherches scientifiques. L’appui personnel du Président Moktar Ould Daddah aux efforts des chercheurs qu’il rencontrait souvent et qu’il visitait sur les lieux de travail parfois, cet appui a réellement servi.
Une véritable école de l’archéologie de la période médiévale a ainsi vu le jour ici. Les professeurs-chercheurs Serge et Denise Robert, Bernard Saison, Sophie Berthier, avec le concours de sommités comme Jean Devisse, encouragèrent des étudiants de l’Ecole normale supérieure de Nouakchott à s’orienter vers le domaine de l’archéologie médiévale. D’autres comme Robert Vernet eurent des disciples dans la recherche en préhistoire. Un engouement certain naquit chez les étudiants de l’ENS pour ces histoires du passé. Une ferveur qui allait survivre aux aléas jusqu’au milieu des années 80.
L’arrivée au pouvoir en France des Socialistes a changé les orientations dans la priorisation des secteurs d’aide au développement. Au moment où le retrait de l’expertise française ne pouvait être entièrement comblé. Comme tout le secteur de la culture, celui de la recherche et particulièrement de l’archéologie tomba en désuétude. Quelques tentatives de le relancer cependant.
Celle couvrant la préhistoire et qui a permit à Robert Vernet de revenir grâce à un accord avec le pétrolier Total. Pour éviter que les recherches et essais sismiques ne détruisent les sites anciens, des campagnes de recherche ont été lancées sur financement de la société et impliquant un personnel mauritanien. De ces campagnes sortirent des cartographies et descriptions de sites préhistoriques où étaient enfouis d’immenses trésor témoignant d’un néolithique florissant.
Quant à l’archéologie médiévale, des campagnes ont failli être lancées au niveau de Koumbi et Tegdawst en 2007. Alors que les contrats étaient signés, que la logistique avait été déployée, que les équipes s’apprêtaient à se rendre sur les lieux, survint l’assassinat des touristes français à Aleg. Un autre crime des groupes jihadistes… Tout s’arrêta.
On est aujourd’hui au point mort. Pour relancer la recherche dans le domaine il faut d’abord la volonté politique, ensuite les moyens financiers et humains, enfin l’intérêt prononcé (et partagé) pour le patrimoine… autant dire l’impossible ou presque.

samedi 8 novembre 2014

Atar, en souvenir de Pierre Bonte

Le centre universitaire d’études sahariennes organise deux jours de débats en hommage au professeur Pierre Bonte, ethnologue spécialiste de la société ouest-saharienne. Celui qui est considéré par ses pairs comme l’un des grands spécialistes – sinon le plus grand d’entre eux – de la société Bidhâne, est mort le 4 novembre 2013 à l’âge de 71 ans.
Il s’intéresse aux milieux tribaux sahariens à la fin des années soixante quand il commence à étudier les Kel Gress, tribu touarègue du Niger. Mais très vite, l’étude commanditée par la MIFERMA (multinationale de mines de fer de Mauritanie exploitant le minerai dans le Tiris Zemmour) lui permet de découvrir l’espace qu’il appellera «l’Ouest-saharien». Il est désormais lancé sur la piste de l’Emirat de l’Adrar qui est sujet d’une grande thèse de doctorat en 1998. C’est l’ethnologue qui essaye d’introduire de nouvelles notions sur les rapports tribaux dans notre région tout en faisant apparaitre les insuffisances dans les anciennes études se rapportant aux sociétés segmentaires qui seraient réfractaires à toute organisation centralisé du pouvoir.
Sa vision de l’exercice des liens tribaux, des rapports entre parenté et politique, de la pratique quotidienne de ce pouvoir… permettent au chercheur militant qu’il est de confronter les théories du structuralisme aux réalités de la vie dans cet espace. Cela s’accompagne pour lui d’une passion pour la région et pour ses habitants. L’école Pierre Bonte est née d’une convergence de vues entre de nombreux chercheurs pour lesquels c’est bien la segmentarité de la société qui a donné les proto-Etats que sont les Emirats qui auraient pu, très probablement si la colonisation n’avait brusquement cassé le processus, évoluer vers un pouvoir centralisé.
Le colloque ouvert solennellement par les autorités administratives et le Recteur de l’Université de Nouakchott, tournait autour de la contribution de Pierre Bonte à l’anthropologie mauritanienne, à ses relations avec son terrain de prédilection qu’est l’Adrar, à son expérience de la SNIM avec son ouvrage «La montagne de fer» et enfin sa capacité à lire et à expliquer la tradition orale, indispensable dans l’interprétation et dans la compréhension de nos sociétés.
Le professeur Abdel Wedoud Ould Abdallahi (Deddoud) a rappelé justement que le dernier résultat des recherches de Pierre Bonte se rapportant à l’Adrar fut un article ayant pour titre : «Des textes peu exploités des récits d’origine» où il traite des récits relatifs à l’origine des cités et des hommes. Il commence par le récit de la naissance de Zouérate tel que raconté encore : ce géologue australien qui aurait, survolant la région, laissé tomber sa casquette pour décider ensuite que la future cité sera édifiée là où sa casquette a été retrouvée. Un récit qui nous rappelle quelque peu la légende de Chinguitty : on raconte que l’ancêtre des Laghlal, marabout vénéré pour son savoir, avait perdu l’une des feuilles du Livre Saint qu’il lisait, qu’il décida alors de fonder une ville là où cette feuille sera retrouvée, ainsi naquit Chinguitty selon l’une des nombreuses légendes.
Pour l’anthropologue, ces histoires ne sont pas de simples récits qui alimentent l’imaginaire des groupes sociaux, mais elle servent tantôt à légitimer leur présence dans un lieu plutôt qu’un autre, tantôt la prédominance du groupe, bref il faut percevoir tout ce qui se rapporte au mythe fondateur. D’où l’importance de l’analyse de la relation entre légende, mythe et Histoire pour déterminer l’historicité de ces récits.
L’étude de ces récits permet aussi d’expliquer les mécanismes des luttes de classement au sein des communautés mais aussi entre elles. On est d’origine Arabe, Sanhadja ou Bavour selon le récit qu’on se fait pour remonter à telle ou telle généalogie. L’occasion pour le Professeur Deddoud d’essayer de percer le mystère des ces populations Bavour qui ont disparu. Il s’agit peut-être de populations berbères d’avant l’introduction du dromadaire. Elles pourraient avoir été Chrétiennes ou Juives, avant d’adopter l’Islam Kharijite Ibadite d’où la présence de chiens dans leur capitale qui aurait été Azougui qui deviendra plus tard la forteresse almoravide.
Plus tard, bien plus tard, les luttes de factions tribales vont cesser d’épouser les liens stricts de sang pour prendre la forme de groupes d’influence qui se battent pour le pouvoir.  C’est ainsi que l’Emir changeait en même temps que sa faction. Il s’agit là d’une évolution qui dément toutes celles qui soutenaient que l’Emirat répondait à une volonté européenne d’avoir affaire à un seul interlocuteur. Au contraire cette alternance allait donner un système judiciaire indépendant, des auxiliaires de justice, un corps de police et parfois des vizirs. L’embryon de l’Etat centralisé était là. La thèse de Pierre Bonte et de ceux de ses collègues qui l’on suivi et/ou accompagné trouve ici toute sa justification.

vendredi 7 novembre 2014

Dialogue ? entame difficile

Comme on pouvait aisément le prévoir, l’installation du nouveau Conseil de l’Institution de l’Opposition Démocratique a bien fait bouger les lignes, ouvrant de nouvelles perspectives sur la scène politique nationale.
Il y a eu d’abord le «bon accueil» exprimé par le Président de l’UPR qui a tout de suite pris contact avec le nouveau Chef de file de l’Opposition pour lui souhaiter plein succès et espérer que sa désignation contribuera à apaiser – ou à normaliser – les relations entre acteurs politiques.
Il y a ensuite ces rencontres entre certains responsables politiques dont des opposants et le Premier ministre Yahya Ould Hademine. Il a déjà rencontré entre autres représentants de partis, Ghoulam Ould Haj Ahmed, député et vice-président de Tawassou, Boydiel Ould Hoummoid député et Président de Wiam. Il aurait été question d’une proposition concernant le Sénat et les modalités de son renouvellement suivant une législation qui reste à élaborer.
Le Premier ministre s’apprêtait à recevoir aussi le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) de Ahmed Ould Daddah et l’Union des forces du progrès de Mohamed Ould Maouloud. Le premier a anticipé la démarche du Premier ministre pour la réfuter en arguant qu’il ne peut s’agir que de manœuvres dilatoires comme par le passé. L’UFP a quant à lui décliné l’invitation du directeur de cabinet du PM en prétextant la nécessité de passer par le Forum national de la démocratie et l’unité (FNDU). Le problème, c’est que Tawassoul est aussi l’un des grands partis du FNDU et il est déjà engagé dans le processus de consultation.
Ces démarches, même si elles restent à l’état de timides entrées en matière, annoncent les soubresauts qui pourraient affecter l’espace politique. Il est sûr que les conséquences du boycott des élections législatives et municipales vont enfin apparaitre.
Les dissensions entre les diverses composantes du FNDU ne manqueront pas de faire surface. Cela s’exprimera chez les partis par l’obsession de se démarquer plus ou moins violemment du processus poursuivi par Tawassoul qui devient un élément du dispositif institutionnel. Chez les personnalités «indépendantes» l’expression sera individuelle et obéira aux ambitions et aux égoïsmes de toujours. Parmi ces personnalités, ceux qui croiront qu’il vaut mieux suivre le cours des choses en poussant vers la normalisation et ceux qui essayeront de combler ce qu’ils considèrent être «le vide» laissé par les anciens. Les premiers encourageront Tawassoul et se commenceront immédiatement à se démarquer du FNDU. Les seconds attendront «le naufrage définitif» des leaderships traditionnels pour prendre la place.
C’est au pouvoir de décider des avancées à faire. Si la rencontre entre le nouveau Conseil de l’Institution de l’Opposition et le Président de la République a lieu rapidement et si elle peut permettre d’établir un lien «normalisé», il est sûr que les choses vont profondément changer.

jeudi 6 novembre 2014

Que craint Air France ?

Depuis quelques deux semaines Air France ne dessert plus Nouakchott. Selon les informations disponibles, cela ferait suite à une mésentente entre la compagnie aérienne et l’agence nationale chargée de la navigation aérienne (ANAC). Celle-ci aurait décidé de retirer tous les badges d’accès à l’aéroport en vue de reprendre en main la gestion de la sécurité de l’intérieur de l’aéroport. La décision est intervenue à la suite d’un conflit de compétence opposant gendarmes et douaniers de l’aéroport.
Devant le chaos qui a amené les responsables des deux corps à en venir aux mains, les autorités ont jugé nécessaire de reprendre les choses en main en imposant de nouvelles mesures encore plus strictes aux usagers. Dans la foulée, l’ANAC qui a fait des efforts énormes en matière de sécurité permettant le classement de la Mauritanie aux premiers rangs des espaces aériens sûrs, a demandé aux Français de s’en tenir aux contrôles déjà imposés par la partie mauritanienne (contrôle de bagages, de voyageurs, etc.). Mais Air France n’a pas confiance et a voulu continuer à contrôler par elle-même voyageurs et bagages. Ce que la partie mauritanienne a senti comme une offense, et même une atteinte à la souveraineté.
Le bras de fer ainsi engagé continue, Air France s’abstenant de desservir Nouakchott, l’ANAC refusant d’aller au-delà des multiples contrôles opérés par les Mauritaniens et qui sont dans les normes (elle serait allée jusqu’à proposer aux Français une supervision de leur part de ces contrôles). Mais que cache ce conflit ?
Derrière l’intransigeance des Français se cache la peur d’un attentat. Plusieurs indices ont permis aux services français d’envisager la possibilité d’un attentat sur un avion de ligne de la compagnie. Boko Haram, Da’esh mais aussi AQMI chercheraient – de manière concertée ou non – à frapper des intérêts français dans la zone, notamment à faire exploser un avion d’Air France sur l’une de ses lignes reliant l’Afrique à la France.
Il y a quelques dix jours – ou plus – un individu a été arrêté à Douala au Cameroun. Il avait sur lui trois passeports dont un mauritanien. L’individu appartient visiblement à Boko Haram et envisageait de monter à bord d’un avion Air France pour commettre un attentat. Les services de renseignements français ont par ailleurs reçu l’information selon laquelle des tentatives similaires seront faites à partir d’aéroports dont celui de Nouakchott dans la fourchette allant du 1er novembre au 14 décembre.
La partie mauritanienne trouve que si le pays est classé aussi bien en matière de sécurité aérienne, c’est bien parce qu’il a déployé moyens et méthodes répondant aux normes internationales. On peut ne pas comprendre le fait de toujours classer la Mauritanie dans les pays à «haut risque» comme si rien n’a été fait pour lui faire confiance. Déjà, les efforts entrepris pour sécuriser le pays n’empêchent pas de la maintenir dans une zone rouge qu’on interdit aux ressortissants occidentaux, particulièrement français. Si l’on fait attention aux discours officiels occidentaux, on se rend compte que la Mauritanie est le pays le moins sûr de la région, alors qu’on a le Mali, la Libye, le Nigeria… De quoi irriter réellement.

mercredi 5 novembre 2014

Le défi du poteau

Il était une fois une route qui devait relier Al Ghayra (route de l’Espoir au niveau de Al Ghayra) et Barkéwol, capitale de l’Aftout et grande porte du «triangle de la pauvreté» rebaptisé «triangle de l’Espoir». Pour dire toute la signification de cette infrastructure qui fait partie d’un programme de désenclavement d’une région qui pourrait devenir l’un des greniers de la Mauritanie après avoir été un foyer de pauvreté.
On se souvient encore du lancement des travaux sur cette route par une société chinoise qui a gagné le marché dans des conditions contestées par ses concurrents. On nous disait qu’il lui faudra 24 mois pour être réalisée. Quelques années (deux au minimum) après, on apprend que cette route est enfin arrivée à Barkéwol, au moins dans sa première phase, l’enrobé devant être «mis» avant février prochain.
A l’orée de la ville, les travaux suivent le tracé du grand axe qui traverse la ville de Barkéwol de part en part. Seulement voilà, la SOMELEC avait planté un grand poteau pour installer les transformateurs et «distribuer» l’électricité à tous les quartiers de la ville. La route ne peut passer à cause de ce poteau implanté au milieu du tracé.
On me dit que le député du département a commencé une démarche qui l’a mené à la SOMELEC et dans les différents départements concernés. Il a dû prendre en charge le déplacement d’une équipe pour évaluer la situation. Pour conclure à la nécessité de débloquer trois millions pour déplacer le poteau. Depuis près de trois semaines, la route n’avance pas parce que personne n’a voulu faire le nécessaire, jusqu’à présent au moins.
Cette affaire singulière nous enseigne que tout reste concentré à Nouakchott. Dans toute la région de l’Assaba, il n’y a pas une grue pour déplacer ce poteau. C’est le cas de toutes les régions de Mauritanie. C’est l’un des aspects néfastes de l’échec de la décentralisation qui est restée au niveau de projet malgré les efforts consentis. Dernier acte de cette volonté officielle, le projet de Code des collectivités locales qui a failli être présenté en conseil des ministres en février 2011. Un texte complet, récapitulant toute l’expérience mauritanienne et proposant d’aller un peu plus sur la bonne voie d’une décentralisation réfléchie.

Cette histoire, malgré son entame, n’est pas une légende, mais elle permet de nous rappeler à l’ordre afin de reprendre ce processus de décentralisation, là où on l’a laissé. Avec l’espoir, cette fois-ci, de le mener jusqu’au bout.

mardi 4 novembre 2014

Un nouveau Chef de file de l’Opposition

Elle a finalement été laborieuse, la mise en place du nouveau Bureau de l’Institution de l’Opposition. Un an ou presque après les élections législatives, le Conseil Constitutionnel procède à la mise en place de ce Bureau qui comprend, outre Tawassoul qui a désigné le Chef de file de l’Opposition, les partis Wiam de Boydiel Ould Hoummoid et AJD/MR de Sarr Ibrahima.
C’est au cours d’une cérémonie officielle organisée hier au siège du Conseil Constitutionnel – un siège loué !!!! – que le Conseil a désigné Hacen Ould Mohamed, maire de Arafatt à la tête de l’Institution. Le chemin a été long. Tawassoul a d’abord proposé son président Jamil Mansour mais l’absence de réponse du Constitutionnel a obligé le parti à faire une nouvelle proposition.
L’article 7 précise en son alinéa premier : «L’Institution de l’Opposition Démocratique est dirigée par un conseil de supervision composé des représentants investis d’un mandat de député, de sénateur ou de membre d’un conseil municipal des partis politiques de l’opposition représentés à l’Assemblée nationale. Le rôle de chacun des membres y est défini en fonction du nombre de députés de sa formation politique». Et en son article 8 (alinéa premier) : «Le Président du Conseil de l’institution de l’opposition est le représentant désigné de la formation politique qui a obtenu le plus grand nombre de siège à l’Assemblée Nationale aux élections législatives générales les plus récentes parmi les partis politiques de l’Opposition Démocratique. En cas d’égalité de sièges, entre deux ou plusieurs partis, le critère de départage retenu est celui du nombre de voix obtenus par la liste nationale de chaque parti».
Le Président Ahmed Ould Daddah, Chef de file sortant de l’Opposition démocratique, a expliqué son absence à la cérémonie par le fait que son parti a boycotté les élections et ne reconnait donc pas tout ce qui en découle. L’explication aurait été donnée au cours d’un entretien téléphonique entre le nouveau et l’ancien. De son côté, le Président de l’Union pour la République (UPR), Me Sidi Mohamed Ould Maham a félicité le nouveau Chef de file avant de lui adresser une lettre rendue publique. Il souhaite que cette mise en place du Conseil de l’Institution de l’Opposition participe à la normalisation des rapports entre les acteurs politiques.
Le premier défi du nouveau bureau de l’Institution de l’Opposition Démocratique, est bien celui de la reconnaissance.
Il aura besoin d’être reconnu par les pouvoirs publics. Cela se traduira par une rencontre – le plus vite possible – entre le Président de la République et l’Institution dans les conditions que prévoit la loi sur le Statut de l’Opposition. C’est-à-dire qu’entre le Bureau et le Président de la République, les échanges concerneront la situation générale du pays. Il n’est pas exclu qu’en arrivant chez le Président, le nouveau Bureau apporte avec lui des propositions claires et des prédispositions avérées en vue d’une reconnaissance mutuelle à même d’assurer l’apaisement des relations entre les protagonistes politiques.
Le Bureau aura besoin de la reconnaissance des autres partis d’opposition. Ce sera difficile, vu le risque que peut faire peser la redynamisation de l’Institution sur le Forum national pour l’unité et la démocratie (FNDU). En effet, dans un débat apaisé et sur une scène normalisée, il n’y a pas de place pour un rassemblement somme toute informel, surtout si l’Institution réussit à se forger un champ d’action et à ouvrir de nouvelles perspectives. On peut se demander alors comment réagiront les partenaires de Tawassoul après l’intronisation du parti dans le leadership légal (et institutionnel) de l’Opposition démocratique.
La désignation d’un Chef de file de l’Opposition Démocratique et d’un Bureau dirigeant peut servir de déclencheur d’une dynamique de dialogue, de concertation et de normalisation des relations entre les protagonistes politiques. La portée de ce «déclencheur» dépendra de la volonté et du savoir-faire d’abord de Tawassoul, ensuite du Pouvoir en place.
On nous promet mille et un déchirements, on va même jusqu’à tout faire pour instaurer un climat délétère en espérant qu’un jour une explosion se produise et qu’elle entraine avec elle le pouvoir en place.

Les prophètes de malheurs oublient qu’en noircissant l’avenir, ils nous dégoûtent du futur qu’ils nous proposent. Ils oublient aussi qu’ils participent à la dé-légitimation de la parole publique et sa décrédibilisation. Il est vrai cependant que l’entretien de propos qui participent de l’autodénigrement en vue d’affecter l’image du pays, nous fait faire un pas de plus vers la désagrégation sociale. A qui cela peut-il profiter ? A personne finalement.