lundi 10 novembre 2014

Au secours du Faso

C’est sans doute une grande chance pour le Président Mohamed Ould Abdel Aziz que d’avoir à interférer dans la crise du Burkina Faso, ce pays si lointain hier, si distant et si «suspect» quand il avait à sa tête le Président Blaise Compaoré. On ne doit pas avoir oublié le traitement réservé à la délégation présidentielle mauritanienne lors des festivités marquant le cinquantenaire de l’indépendance du pays. Quand aucun responsable n’est venu à l’accueil à l’aéroport de Bobo Dioulasso. Une façon pour Compaoré d’humilier le Président mauritanien et sa délégation. Bien sûr, que beaucoup de choses se sont passées depuis, notamment deux voyages au moins de Blaise Compaoré à Nouakchott où il devait assister à des panels dirigés par le Président Ould Abdel Aziz. A aucun moment, celui-ci n’a laissé transparaitre son ressentiment. Aujourd’hui, Blaise Compaoré est chassé du pouvoir et c’est au Président Mohamed Ould Abdel Aziz, président en exercice de l’Union Africaine (UA) de venir tenter d’accélérer le processus de normalisation.
A son arrivée à l’aéroport de Ouagadougou, le Président Ould Abdel Aziz a commencé par remercier autorités et peuple burkinabés pour «l’accueil chaleureux» qui «ne surprend pasd’ailleurs» parce qu’«on est en terre africaine». Il a vite levé l’équivoque en affirmant que «l’Union Africaine n’est pas venue pour sanctionner les Burkinabés», mais pour participer à la solution de la crise ouverte. «C’est aux Burkinabés de trouver la solution par eux-mêmes, l’Union Africaine est là pour les accompagner». Avant de louer les sacrifices consentis par le peuple burkinabé et son armée. «Nous ne pouvons que les féliciter, les encourager à continuer de travailler dans la tranquillité, la sécurité et la paix sociale» en vue de raffermir le régime démocratique et de normaliser la situation du pays. Il n’a pas oublié de regretter «ce qui s’est passé» notamment les morts et de souhaiter «prompt rétablissement pour les blessés».
Les déclarations du Président en exercice de l’UA sonnent comme un rappel à l’ordre pour le conseil de paix et sécurité (CPS) dont le commissaire avait donné quinze jours aux autorités militaire du Burkina pour remettre le pouvoir aux civils. Une menace qui avait été mal apprécié par le Lieutenant-colonel Isaac Zida, chef de la junte.  
L’arrivée du Président Ould Abdel Aziz à Ouagadougou a coïncidé avec la remise aux militaires d’un «projet de charte de la transition» consensuel, fruit d’un travail laborieux effectué par les partis politiques de l’ancienne opposition, la société civile et les autorités coutumières et religieuses.
Le projet fixe un délai de douze mois pour revenir à un ordre constitutionnel normal. 26 articles qui devront être revus et probablement amendés par la junte. En certains de ses aspects, le projet semble chercher à confier à la transition des missions qui demandent plus de temps, une légitimité certaine du pouvoir et un apaisement des relations. Comme par exemple la question de la réconciliation nationale. Les structures proposées sont lourdes. Le projet propose la mise en place d’une assemblée nationale de 90 sièges répartis comme suit : 40 sièges à l’opposition (dont 28 à reconduire simplement parce qu’ils siégeaient à l’Assemblée), 30 pour la société civile, 10 pour la junte et 10 pour l’ancienne Majorité qui soutenait Blaise Compaoré.
Après l’adoption de la charte (avec amendements ou non), les militaires et les acteurs de la vie publique burkinabée devront se mettre d’accord sur le nom de la personnalité qui devra diriger la transition, ensuite sur les membres du gouvernement qui sera chargé de la gérer jusqu’au bout. Les membres de ce gouvernement et probablement ceux de l’Assemblée ne pourront pas prétendre à des postes électifs durant cet exercice.

Pendant ce temps, le Président Blaise Compaoré multiplie ses sorties pour commenter l’actualité dans son pays. Il a notamment promis une instabilité chronique au Burkina et accusé l’opposition d’avoir fomenté un complot avec l’Armée. Comme quoi, il est difficile d’accepter la déroute.

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