vendredi 6 juin 2014

Carnets de campagne (1)

Zéro heure en ce 6 juin. Rosso, la capitale du Trarza, connait une animation irrégulière, même si ici les fêtes nocturnes sont une tradition. Non loin des deux vieilles écoles de la ville, à mi-chemin entre les quartiers ouest et est de la ville (Escale et Médine), deux tribunes sont installées face à face. La première reçoit les membres de la direction régionale de la campagne du candidat Mohamed Ould Abdel Aziz, la seconde est destinée aux prestations des artistes.
C’est naturellement Brahim Ould M’Barek, coordinateur régional de la campagne, qui prend la parole devant la grande foule venue l’écouter. Il commence par remercier les présents rappelant qu’il s’agit là d’une fresque exprimant la belle unité du pays dont toutes les composantes sont là, formant un kaléidoscope dont l’harmonie reflète cette belle richesse de notre pays.
«Nous sommes ici pour soutenir la candidature de Mohamed Ould Abdel Aziz. Nous avons la chance de défendre un résultat et de porter aussi un projet. Le résultat est celui que nous vivons depuis cinq ans : le pays est en chantier, la liberté d’expression règne et tout est fait pour améliorer les conditions de vie des populations…»
Il y a quelques années, des civils se faisaient tuer à Aleg, à Nouakchott où la terreur a régné pendant quelques semaines, des militaires étaient lâchement assassinés un peu partout dans le pays, la Mauritanie connaissait alors la terreur. Son avenir était hypothéqué par l’activisme violent de quelques terroristes qui avaient pu installer leurs bases ailleurs et qui pouvaient mener les campagnes qu’ils voulaient partout où ils voulaient. «Aujourd’hui, nous sommes dans un pays entièrement sécurisé et dont les forces armées et de sécurité défendent efficacement». Le dossier sécuritaire ne pouvait que bénéficier d’une large partie du discours de campagne. «A elle seule, la stabilisation du pays et sa sécurisation nous aurait suffi comme réalisation car rien ne peut valoir la paix et la sécurité des cœurs, mais il se trouve heureusement que les acquis ont été réalisés ailleurs».
S’adressant aux jeunes et aux femmes, Ould M’Barek a d’abord parlé de l’évolution sociale et politique qui a fait de ces deux composantes l’objet d’une attention particulièrement. Nous sommes effectivement dans un pays où 75% de la population sont des jeunes et où les femmes constituent plus de la moitié des habitants. Alors pourquoi ne faut-il pas les mettre au centre des politiques gouvernementales.
Ould M’Barek devait parler aussi du domaine qu’il connait le mieux pour avoir été le premier responsable du secteur agricole. Ici, dans la capitale du Trarza il était important de rappeler les efforts consentis pour développer un secteur productif et porteur. «Avec les résultats qui se traduisent par la croissance exponentielle des surfaces cultivées, par la hausse considérable de la production, par sa diversification par l’introduction de nouvelles cultures, par la réhabilitation de la recherche et de la formation…»
Sans oublier l’annulation de la dette des agriculteurs. «Contrairement à ce que certains soutiennent, 50% de cette dette étaient dus par les petites coopératives agricoles. Ce sont bien les couches vulnérables qui en ont profité et c’est bien l’objectif de notre politique : améliorer la vie des plus démunis pour libérer toutes les énergies et les mettre en contribution».
Le coordinateur régional de la campagne de Ould Abdel Aziz fera le tour des secteurs pour dire combien le mandat qui expire a été fructueux et de conclure : «La Mauritanie d’aujourd’hui est une source de fierté pour nous, à l’intérieur comme à l’extérieur». Et se permettre ensuite de faire ses demandes.
«Nous vous demandons de vous mobiliser, plus qu’auparavant. Il ne faut se dire que la victoire est sûre et s’en tenir là. La bataille est celle du taux de participation, avant d’être celle de la victoire de notre candidat. Il n’est pas permis de rester sur les divisions du passé. Nous comprenons que les élections locales soient le lieu d’exprimer les différences concernant des enjeux qui concernent finalement et directement chacun de nous. Mais l’élection présidentielle est un enjeu autrement plus grandiose, plus national pour ce qu’il comporte de pari sur l’avenir. C’est pourquoi je vous demande de vous mobiliser sérieusement, de retirer vos cartes à temps et d’aller voter le 21 juin prochain le candidat qui est le vôtre, celui de l’espoir pour un avenir meilleur. C’est seulement ainsi que vous pouvez assurer un avenir rayonnant à notre pays et à notre peuple».

La soirée politique prenait fin et commençait l’ambiance pour jeunes. La ville continuait à vivre les joies du démarrage de la campagne. Tandis que la direction régionale de la campagne se retirait pour organiser le déroulement de cette campagne dont le moment le plus important sera le 14 juin prochain quand la capitale du Trarza recevra le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz.

mardi 20 mai 2014

Maalouma, le singulier et le pluriel

A-t-on besoin de le rappeler : Maalouma Mint Meydah sait extraire ce qu’il de mieux dans notre patrimoine pour l’envelopper dans ce qu’il y a de mieux chez les autres pour nous le rendre dans la meilleure des formes. Le pari de Maalouma est largement gagné avec son nouvel album Knou.
Le titre Knou est évocateur parce qu’il est une reprise d’un morceau d’anthologie de la musique traditionnelle Bithâne. Il s’agit d’un rythme qui se caractérise par la douceur qui exige une grande grâce pour les danseuses – parce qu’il s’agit d’une danse réservée plus ou moins aux femmes. Quand on regarde les femmes évoluer sur scène, on pense facilement  aux chancèlements d’un oiseau blessé, aux déhanchements d’une belle et grasse autruche sur le point de tomber entre les mains du chasseur qui l’a juste blessée sans la tuer… le temps pour elle de faire quelques pas de plus… au rythme d’un effort immense qui est rendu par la mélancolie de la musique qui instruit aussi sur le destin tragique et inévitable de l’oiseau… tout est dit dans le rythme et dans les mots qui ne veulent rien dire d’extraordinaire sauf qu’ils riment et qu’ils taisent plus qu’ils ne disent… «laaja likhriiv/n’udaana//nizegnen kiiv/bouzinaana»… «yom, yom…»…
C’est ici que Maalouma apporte sa première note : les mots racontent désormais une histoire, celle d’un ancien séducteur qui n’a plus que les souvenirs pour accompagner allègrement une déchéance certaine…
Le style «singulier» de Maalouma réside dans sa capacité à composer un rythme avant de lui trouver le texte qui va avec. Le défi pour elle, c’est de trouver les mots qui remplissent parfaitement le rythme sans prendre en compte la contrainte de la métrique traditionnelle. C’est ce qui lui permet de faire l’unité du thème et de la poésie. Et ce sont là les «petites» révolutions qui permettent à Maalouma de lancer la «oughniya» mauritanienne qui allait faire des émules en Mauritanie.
Celle à laquelle on s’en prenait pour avoir apporté du neuf dans la musique, bouleversant l’ordre séculaire, dépassant les tentatives timides de modernisation qui n’ont pas tenu devant les remparts de la tradition, celle-là est devenue un modèle. Elle est passée du statut de «griotte» à celui d’«artiste», pour sa capacité à innover, sa détermination à imposer un style et à réhabiliter la créativité et la création artistique.
Deuxième niveau de rénovation, le message véhiculé par l’art sert désormais les valeurs humanistes pour dénoncer les misères terrestres : l’injustice, l’arbitraire, la guerre, la famine, les inégalités…
Pour revenir à Knou, rappelons que ce rythme est si apprécié par les pratiquants et les connaisseurs de la musique Bidhâne qu’il a été joué dans plusieurs modes avec des variations qui n’ont en rien affecté le rythme fondamental. Certains le jouent dans le Vaghu de la Jamba el Kahla (la Voie noire), dans le K-hâl de la Jamba el baydha (Voie blanche), d’autres ont créé «knou el vayiz» dans le Sayni-karr… chacun y allant de ses petites variations pour célébrer ce rythme destiné à faire danser les plus belles femmes présentes. Car pour danser Knou, il faut répondre à un minimum de conditions physiques qui sont pour le rythme, déjà fantastique, une sorte d’ornements supplémentaires… 
L’un des chefs d’œuvres de l’album reste Gwoyredh, ce showr «piqué» dans le répertoire de son père Mokhtar Ould Meidah, l’un des plus grands maîtres de l’art traditionnel. Quelque chose qui révèle tout le talent de Maalouma. Il y a quelques semaines, j’écrivais ici :
«D’abord l’Ârdine, avec un flux intense, sans agressivité cependant, sans violence aussi… juste une série de sonorités qui vous transpercent… doucement… pas lentement, mais doucement… qui vous transportent… La voix de Maalouma arrive pour vous baigner dans l’univers du plus romantique des poètes amoureux de l’espace Bidhâne, M’Hammad Wul Ahmed Youra, le génie de tous les temps de cet espace…
«shmeshâna wu shga’adna/âana wunta hawn uhadna 
yal ‘agl ‘la daar Inzdna/giblit sâhil wâd Hnayna…»
 

Pendant qu’on s’oublie dans la méditation de ce dialogue que le poète entreprend avec son âme ingrate parce que voulant quitter ces lieux sans se donner le temps de pleurer le bonheur ici vécu, sans se souvenir pour rendre aux lieux quelques bribes du bonheur d’antan, en signe de reconnaissance… 

…«mâ vit âna wunta lathnayn/viddâr g’adna wu bkayna 
wu tmathnayna viddâr ilayn/min haq iddâr tnajayna»
 

Comme pour venir en écho au poète Lamartine qui, lui, interpellait le temps qui passe : 

«Eternité, néant, passé, sombres abîmes, 
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ? 
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes 
Que vous nous ravissez ?» (Le Lac)
 

On est perdu dans la comparaison des approches dans l’expression du bonheur perdu… en pensant que M’hammad a voulu faire de ce temps (qui n’est pas perdu pour lui), un espace qu’il vénère et pour lequel il exprime une profonde gratitude… Lamartine qui s’en prend à «ceux» qu’il croit responsables du vol de son bonheur… 
Et dans tout ça, la voix douce et mélancolique de Maalouma… On suffoque sous l’emprise de la complainte quand, soudain sortent les sonorités de la tidinît de Mokhtar Wul Meydah, le père de Maalouma… Il joue sa célèbre partition «Gwoyridh»… «dent-daan-denna-det-denadenadenna-den…» 
Une voix unique en son genre. Un jeu unique d’une tidinît unique… On plonge dans le passé… au sens de l’ancrage, du retour aux sources, de l’immersion dans l’Originel, de la restauration de l’Authentique, de la reprise du chemin perdu, celui de la création et de l’innovation… 
Retour à Maalouma, à l’ârdîne et à la poésie de M’hammad… le moment de flottement qui devrait se comparer avec celui de l’ivresse… qui met les sens aux aguets… tous les sens… quand arrivent les voix d’un chœur chantant un rap des plus modernes… avec des mots qui célèbrent la vie et qui donnent espoir… 
Silence. Méditations. On est encore sous les effets de cette magie qui associe ancien, moderne et postmoderne dans une harmonie parfaite…
» 

Ici, Mokhtar Ould Meidah, Maalouma et Bankofa ont marié tidinit, ârdine et rap… en une mélodie envoûtante, sans précédent. Avec ce talent «singulier», c’est un talent «pluriel» que véhicule tout l’album.

lundi 19 mai 2014

la fuite en avant

Qu’est-ce qu’on n’entend pas comme bêtises énoncées par les spécialistes, parfois les politiques les plus en vue à propos de l’enlèvement de deux cents filles par Boko Haram, cette secte nigériane désormais affiliée à Al Qaeda ? Comme si les activités de cette secte étaient nouvelles. Comme si la jonction entre elle et les mouvements Ashabab de Somalie et AQMI au Maghreb n’étaient pas attendues. Comme si les actions meurtrières n’avaient pas déjà fait des milliers de victimes au Nigéria (la plupart des Musulmans).
Depuis quelques années, on voyait se durcir les positions de la secte nigériane. La présence de Nigérians au Nord du Mali a été signalée dès 2006. Et toutes les analyses prévoyaient la mise en place d’un arc-de-feu qui lierait AQMI dans l’espace sahélo-saharien à la Corne de l’Afrique en passant par l’hinterland ouest-africain. Très tôt on avait même parlé de la menace que faisait peser la présence de cet activisme sur la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest : qu’est-ce qui empêcherait les combattants salafistes de la zone de faire la piraterie comme les Somaliens ?
Avec l’enlèvement de près de deux cents filles nigérianes, on a l’impression que le monde découvre la menace qui fait régner la terreur en semant la mort et le désespoir au sein des populations de la sous-région.
Si le cycle ayant mené à la naissance du Sud Soudan a été un artifice d’Hollywood dont les «citoyens»  ont réussi à embarquer avec eux l’administration américaine, l’action de la France en Afrique de l’Ouest et au Maghreb a déjà conduit à des désastres qui ne finissent pas de coûter aux pays et aux populations.
C’est d’abord l’aventure libyenne qui a pesé lourd sur la stabilité de la région. En suivant les postures d’un sombre philosophe au crépuscule d’une carrière faite de coups d’éclats médiatiques (BHL), le président Sarkozy avait commis une erreur très grave d’abord en poussant l’OTAN à détruire la Libye, ensuite en donnant son vert à l’assassinat sauvage du dictateur Moammar Kadafi. L’instabilité de la Libye et l’enracinement des groupes armés extrémistes dans ce pays allaient irradier toute la région. A commencer par le Mali dont une partie a été occupée par les groupes jihadistes.
C’est donc l’opération Serval ayant servi à libérer le Nord du Mali qui a été le deuxième acte «irréfléchi» des Français dans une zone qu’ils croient pourtant connaitre. Sans anticiper sur la réaction des populations du Nord et tout en faisant un mauvais calcul sur l’apport que pouvait avoir les groupes rebelles «amis», la France s’est engagée sur un champ de bataille qu’elle n’est pas près de quitter. Certes les Tchadiens ont été d’un grand concours, mais à quoi ont servi les autres armées africaines mobilisées dans le cadre de la MISMA (Afrique) puis la MINUSMA (ONU) ?
Sans attendre d’entrevoir l’issue de cette guerre, la France s’est ensuite engagée en Centrafrique. L’opération Sangaris est parue plus comme une couverture aux exactions commises contre les Musulmans de ce pays que comme une opération de pacification. Elle continue de coûter au contribuable français déjà en difficulté à cause de la crise économique.
C’est maintenant le Nigéria qui intéresse la France de François Hollande. Cinq chefs d’Etats viennent de prendre part à un sommet convoqué par le Président François Hollande à Paris. Pour discuter de la situation au Nigéria et de l’activisme de Boko Haram.
Au cours d’une conférence de presse tenue à l’issue de la réunion, le Président Paul Biya du Cameroun : «Nous sommes ici pour déclarer la guerre à Boko Haram». Mais avec quels moyens et comment ?
Aucune précision après le sommet. Le plan adopté se base sur les échanges de renseignements et d’informations, la coordination et la mutualisation des moyens, notamment de surveillance autour du Lac Tchad et la mobilisation d’une force d’intervention.

François Hollande de préciser quand même qu’«il n’est pas besoin pour la France de déployer des unités militaires» parce qu’«elles sont déjà présentes dans la région». Le problème pour le Président français, c’est qu’il a toujours mis en avant la pauvreté des pays «assistés» par l’envoi des troupes, alors que le Nigéria est quand même un pays riche, très riche et dont les forces participent à plusieurs opérations de maintien de paix dans le monde. Cet argument est donc tombé. Qu’est-ce qui restera donc du sommet de Paris ? Rien sinon qu’il aura été une étape de plus dans la fuite en avant des autorités françaises qui tentent de maintenir l’image d’une France influente et volontaire sur la scène internationale. Comme pour faire oublier les déboires intérieurs d’une politique à laquelle peu de Français croient encore.

dimanche 18 mai 2014

Staff de campagne

Le candidat Mohamed Ould Abdel Aziz a nommé son staff de campagne. La campagne nationale sera dirigée par Sidi Ould Salem, ancien ministre des finances du gouvernement d’union nationale de juillet 2009. Cadre du Rassemblement des forces démocratiques qu’il a quitté momentanément en 2004, avant d’y revenir comme beaucoup d’autres au lendemain du coup d’Etat du 3 août 2005, Ould Salem est connu pour son activisme dans la jeunesse opposante au régime de Ould Taya dans les années 90 et 2000. Sans appartenir au Mouvement des démocrates indépendants (MDI), il a longtemps flirté avec cette jeunesse libérale et laïque. Ses tendances profondément religieuses sont certainement à l’origine de sa réserve vis-à-vis du groupe. On lui retient aussi son militantisme anti-esclavagiste dans le Nord dont il est originaire (FDérick, Zouérate, Atar). C’est surtout son passage à la direction de la SOCOGIM qui lui a valu certaines suspicions de malversations de la part de ses détracteurs. A l’époque, ses proches accusaient les généraux d’avoir orchestré la machination qui avait abouti au passage fortement médiatisé de l’Inspection générale à la SOCOGIM.
Lemrabott Sidi Mahmoud Ould Cheikh Ahmed, ministre de l’intérieur de Ould Taya au moment du coup d’Eta d’août 2005, seconde Ould Salem à la direction nationale de campagne. Administrateur chevronné, commis de l’Etat, homme ouvert aux politiques, Ould Cheikh Ahmed a ses réseaux et sa connaissance du terrain qui sera d’une grande utilité à ce moment précis de l’histoire du pays. Il est chargé de la coordination générale de la campagne.
Nani Ould Chrouqa, actuel ministre des pêches et chargé des opérations électorales, est choisi pour ses compétences techniques informatiques. Directeur de cabinet du Premier ministre Zeine Ould Zeidane, il a été président de l’Autorité de régulation, poste qui a été pour lui l’occasion de révolutionner le secteur.
Ba Ousmane, actuel ministre de l’éducation, longtemps ministre secrétaire général du gouvernement, est bien indiqué pour s’occuper du matériel. Le notable politique, alerte et adroit, fait donc partie de la direction de campagne du Président sortant.
Mout’ha Mint el Haj dirige les relations extérieures de la campagne. Professeur de son état, Mint El Haj a gravi les échelons de l’activité politique, elle qui est née dans un milieu cosmopolite et ouvert. Ce sont surtout ces atouts-là qui lui serviront dans sa nouvelle mission à 100% politique.
Sidi Ould Tah, ministre des affaires économiques et du développement, est désigné pour diriger la campagne de Nouakchott. Il aura à relever le défi du taux de participation dans une ville naturellement «indifférente» sinon opposante au pouvoir en place.
Les autres membres du directoire de campagne sont moins connus ou ont moins d’expérience si l’on excepte l’ancien député d’Aleg, Hussein Ould Ahmed el Hady.
Avec cette nomination du staff de campagne la probabilité d’un report des élections s’éloigne définitivement. D’ailleurs, même si elle est fortement médiatisée, elle reste peu probable. A quoi cela sert un report ? Ceux du FNDU ne participeront pas de toutes les façons, quelles que soient les concessions. Parce que les partis politiques n’y ont pas intérêt et parce qu’il sera difficile pour le rassemblement de survivre à une telle décision (celle de participer). Le président Messaoud Ould Boulkheir ne peut plus – moralement du moins – se présenter lui qui dirige le Conseil économique et social où il a été nommé par décret présidentiel.
L’idée d’«élections consensuelles» relève de situations exceptionnelles, alors que le pays a quand même fait du chemin sur la voie de la démocratisation. Toute concession à cette opposition incapable d’apprécier les situations à leur juste valeur, peut être perçue comme une sorte de «prime à l’agitation» et ne peut en aucun servir la démocratie qui est d’abord l’expression d’un rapport de force où les protagonistes doivent accepter les règles tout en cherchant à les améliorer.
Par contre, si les élections présidentielles se déroulent, rien n’empêche les autorités d’engager de nouveaux pourparlers qui auront alors pour but d’ouvrir le jeu à tout le monde en reprenant les élections locales et en désignant de nouvelles instances pour superviser les opérations électorales. Tout le monde y trouvera son compte : le pouvoir en dépassant la crise de reconnaissance, l’opposition radicale en s’ouvrant à nouveau les portes de l’Assemblée et des conseils municipaux.

samedi 17 mai 2014

Nouvelle Mederdra

Je suis sur la route de Mederdra où je suis invité par un ami, notable politique dans le département. Sidi Mohamed Ould Sidi (dit Mohamed el Khamess) organise une cérémonie de soutien au candidat Mohamed Ould Abdel Aziz. Cette précampagne qui s’exprime à travers les «initiatives», survivance d’un âge que nous ne voulons pas passer.
L’occasion pour moi de sortir de Nouakchott et de recommencer à respirer les airs intérieurs. Plus que 17 kilomètres à goudronner des cinquante qui séparent Tiguind de Mederdra. Les poteaux électriques devant servir le réseau qui s’étend de la ville vers les localités Ouest jusqu’à Boer Tores sont en phase de fin d’installation. Dans moins d’un mois, l’électricité arrivera certainement dans toutes ces localités. A ce moment-là aussi toute la route sera très probablement goudronnée. Mais déjà l’on voit les changements sur les populations suite à l’existence de telles infrastructures. Avec cette frénésie dans les constructions aux abords de la route et donc la mise en valeur des terres. L’on attend d’autres incidences plus importantes pour les populations, notamment les facilités de transport, l’existence de nouvelles activités, l’ouverture de nouvelles perspectives pour les marchés éventuels… cela ne s’arrête pas là.
Pour les habitants l’effet psychologique est très important.
Voilà une «vieille» ville qui n’a pas connu de grands changements depuis les années soixante. Une ville qui a subi en plein les effets dévastateurs des sécheresses qui ont frappé la région des années durant. Puis la pression politique, la ville ayant toujours été le foyer de la contestation et du refus de l’ordre établi, elle a fourni l’opposition en cadres et en idéologues, ce qu’elle a dû payer sous les régimes des cinquante premières années de l’indépendance.
Dans quelques mois, disparaitront certainement, les vieilles maisons en briques de ciment fortement mélangé au sable ocre des dunes environnantes, disparaitront aussi les vieilles portes en bois qui sont là depuis le début des années soixante. Parce que les habitants voudront donner de la valeur à leurs habitations, parce que la nouvelle route permettra d’acheminer plus aisément les matériaux nécessaires, les nouvelles conditions attireront des professionnels du bâtiment…
A Medredra, la mairie et les populations doivent travailler quand même à préserver ce qui reste de la ville historique : le lieu où le Cadi Hamed Ould Bebbaha (inégalable Erudit, somptueuse personnalité débordant de générosité et d’humanisme) rendait la Justice en toute conscience ; l’ancien gîte d’étape ; l’emplacement des anciennes prisons qui ont vu quand même passer Shaykh Hamahoullah, M’hammad Ould Ahmed Youra et quelques-uns des illustres résistants de l’époque coloniale et postcoloniale ; les maisons administrative (dyaar el bidh, école Folenfant, marché central, la tribune érigée en 1965, le château d’eau (l’ancien), la maison du préfet, les deux puits qui alimentaient la ville avant les années soixante…
Au lendemain du coup d’Etat de juillet 78, un nouveau préfet a été nommé à Mederdra. Sa première décision a été de vider la salle des archives dans la rue. Laissant disparaitre ainsi une mine d’informations sur une époque qui fait quand même partie de l’Histoire de ce pays. Pour s’expliquer plus tard, ce préfet devenu gouverneur pour ses hauts faits d’arme puis président de la Cour Suprême, disait qu’il fallait détruire les traces du colonisateur…
Il faut préserver quelque chose de cette histoire, ne serait-ce que quelques monuments.

vendredi 16 mai 2014

Incorrigibles politiques

Une rediffusion d’un meeting visiblement organisé par Tawaçoul avec la participation des leaders du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU). A un moment, le président du parti islamiste Jamil Mansour prend la parole. Très à l’aise comme à son habitude, il trouve utile de présenter les leaders un à un : nom, prénoms et fonctions. Il commence par Moustpha Ould Abdeiderrahmane, président du Renouveau démocratique (RD) et termine par  
l’Ambassadeur Mohamed Said Ould Hommodi président du Manifeste des Haratines.
Une vingtaine de personnes, peut-être un peu plus sont citées une à une. Quelques remarques.
On comprend que l’exercice, original en quelque sorte, visait à «installer» ces leaders dans l’atmosphère Tawaçoul : l’annonce de chaque nom est suivie d’applaudissements plus ou moins forts (c’est Salah Ould Hanenna de Hatem, le putschiste de 2003, qui gagne à l’applaudimètre). Une manière de galvaniser la foule présente. Une manière aussi de dire que «tout le monde est là».
Mais l’exercice était maladroit. Il est la preuve d’abord que ces leaders pourraient être mal connus par les militants de Tawaçoul. Alors qu’à entendre les noms des «nominés», il n’y a aucun inconnu dans le tas. Au contraire.
Il y a la catégorie des dirigeants politiques ayant fait leurs armes à l’ombre de tous les pouvoirs qui ont régné en maîtres absolus sur le pays les décennies passées. Manipulateurs, acteurs directs, ils ont été impliqués – et fortement impliqués – dans la gestion du pays durant toute la période qui a précédé le coup d’Etat de 2008. Ils ont été parfois des inspirateurs, parfois des bras pour les pouvoirs qui se sont succédés en Mauritanie. Est-il utile de souligner que la future présidentielle, sera la première du genre où certains d’entre ces grandes personnalités ne seront pas aux premières loges (dirigeant campagnes et communication) ? Toutes les présidentielles ont vu ces «cadres» mettre leurs compétences au service des «présidents sortants», leur dénichant les belles formules pour aborder les campagnes, écrivant de belles tirades pour fustiger leurs protagonistes (parfois les diaboliser). C’est donc la première fois qu’ils seront mis hors d’état de …servir. C’est peut-être tant mieux.
Il y a la catégorie des activistes dont les parcours n’ont jamais été aussi clairs et tranchants. Ils sont les «funambules» de la politique. Leurs positionnements ont découlé de la conscience chez eux de l’obligation de toujours s’adosser à un pouvoir parce qu’ils désespèrent de l’exercer directement. Ceux-là ont eu l’intelligence de ne pas se compromettre ouvertement avec les pouvoirs, de prendre des risques en dénonçant certains excès tout en «calmant le jeu» quand cela pouvait servir à se rapprocher un peu plus du cœur du pouvoir.
Il y a la catégorie des militants des groupuscules qui ont été orientés vers l’activité syndicale ou le travail dans la société civile. Ils sont un peu les «officiers traitant» pour le compte de leurs formations politiques d’origine. Intimement liés à elles, ils ont inféodé syndicats et ONG aux groupes politiques.
Il y a la catégorie des opposants «historiques» qui ont suivi des parcours chaotiques tout en restant quand même de forts symboles. C’est le cas du président Ahmed Ould Daddah qui se trouve noyé au milieu d’un «monde politique» qui a été pour beaucoup dans ses échecs, ses erreurs d’appréciation, sa diabolisation aux yeux de l’opinion publique, la réduction de son rôle comme «chef de file de l’opposition» (avec les modifications apportées au Statut de l’Institution de l’opposition démocratique), sa relégation à la troisième place aux élections de 2009… Pas un homme cité ce jour-là qui ne doit pas des excuses au chef du Rassemblement des forces démocratiques. A gauche, ceux qui l’ont présenté comme étant le Mal en 1992, à droite ceux qui lui ont volé son destin de président en 2007, au centre ceux qui lui ont refusé d’être le candidat unique de l’opposition, un peu partout ceux qui ont manigancé pour lui barrer toutes les routes… même les plus secondaires.
Même aujourd’hui, ce rassemblement qu’est le FNDU a vite pris l’allure d’une manœuvre visant à mettre hors jeu le leader Ould Daddah qui, le comprenant, avait d’abord refusé d’y prendre part, puis accepté avec les conditions qu’on sait (prise de parole à l’ouverture, interdiction d’inscrire la question du candidat unique à l’ordre du jour…). Le «noyer» aujourd’hui au milieu d’un parterre d’hommes politiques qui ont tous travaillé contre lui, c’est un peu le banaliser et en faire «un homme politique comme les autres»…
Il y a enfin la catégorie des «personnalités indépendantes» qui tentent de faire oublier leurs engagements politiques en s’inscrivant sous ce label. Bénéficiant d’un certain respect, ils sont pour la plupart d’anciens cadres, hauts fonctionnaires ayant évité la politique – s’ils n’étaient pas franchement au service comme les autres – et ayant eu des ambitions «présidentielles» à un moment de leurs vies.
Une question : qu’est-ce qui unit tout ce monde en dehors de la haine de Ould Abdel Aziz ?

jeudi 15 mai 2014

Retour au pays

Avec l’âge – je crois -, les liens avec le pays deviennent plus forts et plus pesants. Plus question de s’oublier dans les «délices de Capoue», dans la beauté des paysages toujours verts, dans les cafés toujours pleins, dans les animations d’une société de consommation frénétique… Dès la première semaine de l’absence, on commence à se plaindre, à «manquer de quelque chose» qu’on ne sait pas définir, à chercher «quelque chose qu’on connait»… Même s’il s’agit du Maroc qui est quand même un pays très proche, presque soi-même, on est vite en manque…
Alors le voyage du retour devient un événement majeur, intense, stressant et en même temps enivrant. Le temps pris à gagner l’aéroport, à faire les formalités d’enregistrement, puis les formalités policières et douanières, toutes les étapes se transforment rapidement en désagréments qui, dès qu’ils sont dépassés, sont oubliés parce qu’on aura fait un pas de plus vers cette Mauritanie qui nous manque. Le temps de penser à tous ces compatriotes qui vivent ailleurs pour différentes raisons…
Il y a ceux qui ont quitté pour des raisons économiques, des exilés à la recherche du travail : des qui ont étudié à l’extérieur et qui ont préféré y rester pour continuer dans leurs domaines de compétences. Il y a tous ceux qui, villageois et anciens campagnards, sont partis pour les mêmes raisons – chercher du travail – sans avoir de compétences particulières. Il y a cette jeunesse qui a fui le pays dans les années 80, 90 et 2000 pour absence d’horizons : mal formée, mal préparée, aucune chance pour elle de trouver du travail. Ce sont ces vagues qui se rendaient en Espagne en particulier pour les vendanges, aux Etats-Unis pour les petits boulots. Dans cette diaspora-là, il y a de grandes qualifications : on n’a pas oublié les Rencontres nationales d’experts mauritaniens de l’intérieur et de l’extérieur organisées par l’ANESP. Ce son bien ces Rencontres qui ont recommandé la création d’un département dédié aux Mauritaniens de l’étranger…
Il y a ceux de nos compatriotes qui sont partis pour des raisons politiques de persécutions. Ceux parmi eux qui ne sont pas revenus depuis que le pays est revenu à une situation normale où le danger d’écrire, de manifester, bref de s’exprimer n’existe plus, ceux-là sont restés par manque de confiance en l’avenir ou pour raisons de conforts personnels. Combien sont-ils en Belgique, en France, aux Etats-Unis, et disséminés un peu partout dans le monde ? Personne ne sait, mais ils existent en bon nombre.
A ceux-là il faut ajouter les nouveaux candidats à l’exil qui, pour être acceptés dans les pays riches du Nord, invoquent des raisons aussi farfelues que les persécutions pour «raisons sexuelles» ou «religieuses». Dans la première catégorie, on range ceux qui partent parce qu’ils ne «peuvent pas afficher publiquement leurs orientations sexuelles», autrement dit leur homosexualité. Dans la deuxième, les candidats racontent qu’ils sont poursuivis pour raison de «conversion au christianisme», ce qui est puni par la loi.
Mais la frange de nos compatriotes partant à l’étranger dans des conditions difficiles et parfois dramatiques, ce sont bien tous ces malades accompagnés de leurs familles qui sont obligés de partir en Tunisie, au Maroc, au Sénégal, au Mali pour se soigner souvent pour des maladies qu’on peut bien traiter ici. La présence de plus en plus évidente de malades mauritaniens et l’importance de la facture pour eux et pour l’Etat, doit amener les autorités à réfléchir à une solution au plus vite.
Il y a certes l’effort de moderniser le plateau médical en équipant les hôpitaux. Il y a eu toute l’évolution notoire de l’assurance maladie qui a permis de limiter les évacuations sanitaires. Il y a eu la création de nouvelles structures spécialisées dans la lutte contre des maladies qui tuent de plus en plus en Mauritanie. Mais il reste l’effort à faire au niveau de la ressource humaine, surtout de sa mise à niveau. On a comme l’impression que nos praticiens manquent de tout : expérience, connaissances (parfois), conscience… On peut en parler pendant des jours, ce ne sont pas les exemples ni les indices qui manqueront. Alors ?

En cette veille de campagne pour la présidentielle, la santé doit faire l’objet d’une sérieuse réflexion et de grandes propositions. Elle doit être au centre des débats. Tout comme l’éducation.