vendredi 16 mai 2014

Incorrigibles politiques

Une rediffusion d’un meeting visiblement organisé par Tawaçoul avec la participation des leaders du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU). A un moment, le président du parti islamiste Jamil Mansour prend la parole. Très à l’aise comme à son habitude, il trouve utile de présenter les leaders un à un : nom, prénoms et fonctions. Il commence par Moustpha Ould Abdeiderrahmane, président du Renouveau démocratique (RD) et termine par  
l’Ambassadeur Mohamed Said Ould Hommodi président du Manifeste des Haratines.
Une vingtaine de personnes, peut-être un peu plus sont citées une à une. Quelques remarques.
On comprend que l’exercice, original en quelque sorte, visait à «installer» ces leaders dans l’atmosphère Tawaçoul : l’annonce de chaque nom est suivie d’applaudissements plus ou moins forts (c’est Salah Ould Hanenna de Hatem, le putschiste de 2003, qui gagne à l’applaudimètre). Une manière de galvaniser la foule présente. Une manière aussi de dire que «tout le monde est là».
Mais l’exercice était maladroit. Il est la preuve d’abord que ces leaders pourraient être mal connus par les militants de Tawaçoul. Alors qu’à entendre les noms des «nominés», il n’y a aucun inconnu dans le tas. Au contraire.
Il y a la catégorie des dirigeants politiques ayant fait leurs armes à l’ombre de tous les pouvoirs qui ont régné en maîtres absolus sur le pays les décennies passées. Manipulateurs, acteurs directs, ils ont été impliqués – et fortement impliqués – dans la gestion du pays durant toute la période qui a précédé le coup d’Etat de 2008. Ils ont été parfois des inspirateurs, parfois des bras pour les pouvoirs qui se sont succédés en Mauritanie. Est-il utile de souligner que la future présidentielle, sera la première du genre où certains d’entre ces grandes personnalités ne seront pas aux premières loges (dirigeant campagnes et communication) ? Toutes les présidentielles ont vu ces «cadres» mettre leurs compétences au service des «présidents sortants», leur dénichant les belles formules pour aborder les campagnes, écrivant de belles tirades pour fustiger leurs protagonistes (parfois les diaboliser). C’est donc la première fois qu’ils seront mis hors d’état de …servir. C’est peut-être tant mieux.
Il y a la catégorie des activistes dont les parcours n’ont jamais été aussi clairs et tranchants. Ils sont les «funambules» de la politique. Leurs positionnements ont découlé de la conscience chez eux de l’obligation de toujours s’adosser à un pouvoir parce qu’ils désespèrent de l’exercer directement. Ceux-là ont eu l’intelligence de ne pas se compromettre ouvertement avec les pouvoirs, de prendre des risques en dénonçant certains excès tout en «calmant le jeu» quand cela pouvait servir à se rapprocher un peu plus du cœur du pouvoir.
Il y a la catégorie des militants des groupuscules qui ont été orientés vers l’activité syndicale ou le travail dans la société civile. Ils sont un peu les «officiers traitant» pour le compte de leurs formations politiques d’origine. Intimement liés à elles, ils ont inféodé syndicats et ONG aux groupes politiques.
Il y a la catégorie des opposants «historiques» qui ont suivi des parcours chaotiques tout en restant quand même de forts symboles. C’est le cas du président Ahmed Ould Daddah qui se trouve noyé au milieu d’un «monde politique» qui a été pour beaucoup dans ses échecs, ses erreurs d’appréciation, sa diabolisation aux yeux de l’opinion publique, la réduction de son rôle comme «chef de file de l’opposition» (avec les modifications apportées au Statut de l’Institution de l’opposition démocratique), sa relégation à la troisième place aux élections de 2009… Pas un homme cité ce jour-là qui ne doit pas des excuses au chef du Rassemblement des forces démocratiques. A gauche, ceux qui l’ont présenté comme étant le Mal en 1992, à droite ceux qui lui ont volé son destin de président en 2007, au centre ceux qui lui ont refusé d’être le candidat unique de l’opposition, un peu partout ceux qui ont manigancé pour lui barrer toutes les routes… même les plus secondaires.
Même aujourd’hui, ce rassemblement qu’est le FNDU a vite pris l’allure d’une manœuvre visant à mettre hors jeu le leader Ould Daddah qui, le comprenant, avait d’abord refusé d’y prendre part, puis accepté avec les conditions qu’on sait (prise de parole à l’ouverture, interdiction d’inscrire la question du candidat unique à l’ordre du jour…). Le «noyer» aujourd’hui au milieu d’un parterre d’hommes politiques qui ont tous travaillé contre lui, c’est un peu le banaliser et en faire «un homme politique comme les autres»…
Il y a enfin la catégorie des «personnalités indépendantes» qui tentent de faire oublier leurs engagements politiques en s’inscrivant sous ce label. Bénéficiant d’un certain respect, ils sont pour la plupart d’anciens cadres, hauts fonctionnaires ayant évité la politique – s’ils n’étaient pas franchement au service comme les autres – et ayant eu des ambitions «présidentielles» à un moment de leurs vies.
Une question : qu’est-ce qui unit tout ce monde en dehors de la haine de Ould Abdel Aziz ?

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