mardi 11 mars 2014

Mamère se dégonfle

«Un pschitt», c’est bien ce qui est arrivé avec la déclaration faite par Noël Mamère, il y a plus d’un an. Tout commence quand, au détour d’une sortie sur l’intervention française au Mali dans le cadre d’une émission sur Arte, le député Europe Ecologie Les Verts s’en prend violemment au président mauritanien : «Est-ce que vous imaginez que les Jihadistes vont disparaitre et qu’ils ne vont pas se réfugier… en Mauritanie où il y a un président qui est le parrain d’un trafic de drogue par exemple ?». Nous sommes le 21 janvier 2013 et l’opération Serval est déjà engagée.
En Mauritanie où l’opposition venait de clore un cycle de manifestations exigeant le départ de Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir, voit dans ces déclarations une possibilité nouvelle de rendre fructueuse son action. Le 14 février, la Coordination de l’opposition démocratique (COD) publie un violent communiqué où l’on marque «la consternation» face au silence du pouvoir avant de faire siennes les accusations de Noël Mamère.
Poussé par on ne sait quelle inspiration, le député EELV réitère ses accusations à travers une interview chez nos confrères d’un site de la place. Sans doute croyant que l’affaire n’aura pas de suite.
Le 6 mars 2013, le Président Ould Abdel Aziz porte plainte pour diffamation. De peur de se voir condamné par les tribunaux, le député français s’est très vite lancé dans des tractations en vue de trouver une sortie, lui qui ne pouvait en aucun cas produire de preuves pour les graves accusations formulées.
Tout le monde sait en effet que les grosses prises suivies du démantèlement des réseaux de trafic en Mauritanie, n’ont intervenu qu’au lendemain du 3 août 2005. Tellement évident que l’on avançait une explication : les couvertures qui servaient aux réseaux et leur assuraient l’impunité avaient perdu la main. Et pour cause, les deux colonels artisans du coup d’Etat dirigent désormais le système de sécurité : Mohamed Ould Abdel Aziz qui devient l’homme fort de la junte et Mohamed Ould Ghazwani qui est lui à la Sûreté nationale. 2006 et 2007 connaitront la plus grande campagne contre le trafic de drogue et celui des armes. A partir de 2008, la guerre sera menée aux Jihadistes de AQMI en même temps qu’aux réseaux transfrontaliers. Il suffit de voir les quantités saisies et le nombre d’opérations menées au cours de ces années pour savoir que le député français a parlé sans savoir de quoi il s’agit.
D’ailleurs, il va essayer de revenir sur ses propos en disant qu’il a «évoqué le président mauritanien, sans doute abusivement, comme j’aurai pu dire tchadien, malien ou algérien tant je ne visais pas l’homme lui-même mais plutôt les dysfonctionnements des appareils judiciaires, y compris chez nous en Europe, qui laissent parfois échapper les gros poissons mafieux. Mon propos n’avait pas vocation à stigmatiser le président mauritanien dans sa personne».
Que de mépris vis-à-vis des présidents africains exprimé aussi simplement, aussi vulgairement ! Ces présidents sont finalement tous les mêmes et nagent tous dans les mêmes trafics et les mêmes combines ! Mais la question est de savoir si Noël Mamère peut tenir de tels propos quand il parle de dirigeants européens, lui le «rebelle», l’homme de «gauche» qu’on ne peut accuser de racisme, peut-il faire preuve de la même désinvolture quand il parle de présidents ou chefs de gouvernements d’Europe ?

Ce rétropédalage dans le sens qu’il fallait donner à ses propos ne va pas servir notre homme. La route vers le procès était toute tracée, un procès perdu d’avance pour le député EELV. Le voilà donc qui choisit de faire amande …honorable (?) en présentant publiquement ses excuses «au peuple mauritanien et, partant à son président s’il s’est senti blessé par mes déclarations». Celui qui n’a «pas l’habitude de se soumettre» ferait mieux de ne plus «abuser» en jugeant les dirigeants africains.

lundi 10 mars 2014

De la nécessité de réfléchir

Dans le tumulte qui a dominé le pays ces derniers temps, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’enseignement de la philosophie dans les établissements scolaires. Cette exigence, plusieurs fois répétées, n’a pas mérité commentaire de la part des observateurs. Parce qu’ils savent que la philosophie n’est plus enseignée depuis près de trois décennies. Parce que nombre d’entre eux croient ferment que c’est bien parce que la philosophie n’est plus enseignée que des générations de Mauritaniens, pourtant scolarisés et parfois diplômés, ont perdu la faculté de réfléchir et avec elle le sens critique.
Contrairement à ce que pensent ceux qui vocifèrent aujourd’hui et qui couvrent toutes les voix de la Raison, la philosophie enseigne à refuser le diktat des idées reçues. Elle nous apprend à nous poser des questions et à chercher à y répondre tout en sachant que nous ne serons jamais satisfaits des réponses que nous obtenons dans l’immédiat. Elle nous prémunit contre les déviances parce qu’elle discipline notre esprit, le structure pour lui permettre d’organiser les connaissances accumulées. Elle nous apprend à vivre ensemble, à partager, à discuter, à aller à l’essentiel, à éviter le superflu, à nous interroger et donc à faire des choix…
La philosophie nous apprend à penser et à débattre de la complicité du Monde. La culture qui cesse de se poser des questions se condamne à une déliquescence qui mène fatalement à sa disparition. L’histoire nous enseigne que des civilisations entières ont disparu quand elles ont été incapables de penser leur devenir, de méditer leurs conditions. L’histoire nous apprend aussi qu’à l’origine de toute Renaissance, il y a nécessairement l’interrogation. Car l’interrogation est déjà le début d’une réponse qui est inévitablement une avancée sur la voie de l’accomplissement de soi et de son humanité.
Nos Ulémas, nos élites de façon générale, tentent de trouver la meilleure parade à ce qu’ils croient être «une vague d’athéisme déferlant sur notre jeunesse». C’est la mode de justifier toute cette effervescence politique et sociale par «la dissémination d’idées laïques et athées». Et quand on choisit d’y aller comme si on allait en guerre (sainte ou pas) contre des «mécréants qu’il faut précipiter dans la Géhenne», on ne fait rien pour faire avancer la réflexion qui permet de préserver les fondements qui sont les nôtres. On ne cherche même pas à comprendre ce qui arrive dans notre aire.
Nous sommes dans un pays qui connait tous les problèmes qui expliquent et causent – ou que causent – le sous-développement : ignorance, pauvreté, clochardisation de l’élite, délitement des structures de l’Etat, déstructuration des mécanismes sociaux traditionnels (qui ne sont souvent pas à regretter), absence de chaines de solidarité et de réflexions sérieuses pouvant faire miroiter un monde meilleur. Ajoutons à ce tableau (noir), les effets de multiples agressions dont celles qui relèvent de la nature et de l’environnement (sécheresse), celles qui sont le propre d’une culture faite de cupidité (mal-gouvernance) et celles qui sont le fruit de l’ouverture au Monde. Résultat : une transition qui ne finit pas de nous déstabiliser, une transition qui prend la forme d’un chao parce que nous aurons refusé de l’assumer pour lui donner un sens.
Cette transition mérite des questionnements, notamment sur les transformations sociales que nous subissons malgré nous. Ces questionnements, une fois formulés, exigent des réponses de la société et de ses «bienpensants». Des réponses qui n’esquivent pas les questions, qui ne rejettent pas d’avance les questions, qui ne condamnent pas d’avance leurs auteurs…

Le rôle de nos Ulémas, Exégètes, des écrivains, des pouvoirs publics et de la société est d’apporter des réponses aux questionnements d’une jeunesse sacrifiée par les uns avec la complicité des autres. Et pour permettre à cette jeunesse (mal outillée) de se poser les «bonnes» questions et, qui sait, lui donner la possibilité d’y répondre par elle-même, il est temps de revenir à un enseignement plus rigoureux de la philosophie dans les classes. De quelle manière et par qui ? des questions qui méritent aussi d’être posées et qui sollicitent des réponses. En attendant…

dimanche 9 mars 2014

Une milice finalement ?

Selon la presse locale – il faut toujours douter de ce qu’on lit -, l’ancien ministre Zeydane Ould Hmeida qui se trouve être président d’honneur de l’association de tir à la cible, a déclaré quelque chose comme : «Nous, membres et travailleurs dans les clubs de tir à la cible sommes prêts à diriger nos armes contre toute menace contre la stabilité et la sécurité du pays». A cette mise à disposition, le Wali de Nouadhibou a répondu quelque chose comme : «Je remercie Zeydane Ould Hmeida pour le sens de sacrifice patriotique et la disponibilité des membres des clubs à défendre l’intégrité et la stabilité du pays». Ajoutant qu’il espère «la meilleure des utilisations de l’expertise en armes pour défendre la liberté, la stabilité et la quiétude si besoin est».
Ces deux déclarations sont dangereuses surtout qu’elles émanent de responsables politiques dont l’un fut ministre de la République et l’autre est encore Wali, première autorité administrative de la région économique du pays.
Elles posent encore la problématique du tir à la cible comme sport traditionnel. Jusque-là, heureusement, il n’y a pas eu de dérapage. Pas encore, diront les détracteurs de ce sport. Malgré cela, les différentes compétitions sont l’occasion de déploiement d’armes et de munitions, avec notamment des armes automatiques de combat.
La présidence de l’association fait l’objet d’une intense querelle entre deux factions de ses membres. C’est le camp de Ould Eli Val propriétaire de la Tour du Meuble qui l’a emporté officiellement. Alors que le président sortant, Khattri Ould Djié a porté plainte devant les tribunaux qui semblent, comme d’habitude, hésiter à trancher prétextant qu’il va falloir attendre de statuer sur le fond des contestations. Alors que ce qui est contesté est la nature du collège électoral qui devait comprendre les adhérents ayant participé à un nombre donné de compétitions les deux dernières années. L’actuelle direction a été élue par un collège fait des années 2011 et 2012. L’élection qui s’est déroulée en janvier 2014 devait comprendre 2012 et 2013.
Maintenant que de l’aveu de son fondateur et président d’honneur, l’Association de tir peut intervenir pour «défendre l’intégrité et la stabilité du pays», que l’Autorité s’en félicite, le doute n’est plus permis : cette association n’est pas loin de jouer le rôle d’une milice. Auquel cas, il est urgent de la dissoudre et/ou de prendre les mesures qui s’imposent.

samedi 8 mars 2014

Al Moustaqbal dans la ligne de mire

L’association «Al Moustaqbal» (l’avenir) présidée par Shaykh Mohamd el Hacen Ould Dedew a été fermée par décision du ministère de l’intérieur.
En son article 4, la loi N°098/64 du 9 juin 1964 indique : «L'autorisation visée à l'article précédent pourra être retirée à tout instant par arrêté motivé du ministre de l'Intérieur, lorsque l'association : a) Provoquerait des manifestations armées ou non dans la rue compromettant l'ordre ou la sécurité publique ; b) Recevrait des subsides de l'étranger ou se livrerait à une propagande antinationale ; c) Porterait atteinte par ses activités au crédit de l'Etat ou exercerait une influence fâcheuse sur l'esprit des populations».
C’est en vertu de cette vieille loi que le ministère de l’intérieur a décidé la dissolution de l’association Al Moustaqbal pour incitation à la terreur publique (?) pour traduire l’expression en Arabe et activités suspectes. Mais le ministère semble avoir trouvé des raisons suffisantes à son avis pour mettre fin à l’activité de l’association.
Le récépissé initial a été délivré en 2008 à une association culturelle et éducative, et non pas la prédication. Selon les informations savamment distillées à partir de ce soir par les services publics, le P-V de constitution indiquait : «L'animation de la scène nationale au service du développement humain, la contribution à l'essor national et à la stabilité du pays». En plus, le P-V en question indiquait que le président de l’Association est Ismail Ould Moussa, son Secrétaire général Khattri Ould Babah et son Trésorier Salem Ould Mohamed Lemine. Le ministère de l’intérieur affirme qu’il n’a jamais été prévenu de changements à la direction d’Al Moustaqbal.

Mais l’Association existe et travaille depuis des années et personne n’a jamais relevé d’anomalies dans son état. C’est pourquoi, l’opinion publique persiste à croire qu’il s’agit là d’une mesure prise dans le cadre de la guéguerre menée aux Islamistes et à leurs symboles. Cette guéguerre pourrait être le fruit de plusieurs convergences. Entre ceux qui croient qu’il est nécessaire de porter un coup à cette force politique qui a eu 16 sièges aux dernières législatives et quelques mairies importantes, ceux qui trouvent dans la situation internationale et dans le ciblage des Frères Musulmans par l’Arabie Saoudite notamment, l’occasion d’en finir, entre tous ceux-là et les ennemis traditionnels de la mouvance, une opinion apeurée s’est installée au sein de l’Appareil. L’explosion causé par la rumeur sur la maltraitance des exemplaires du Coran est venue ravivée la crainte pour exciter une réaction sécuritaire des autorités. Mais à en croire les apparences, ni le parti Tawaçoul, ni les organes d’information dits «islamistes» ne seront inquiétés. L’intelligence politique dicte au parti de faire profil bas en attendant que la tempête passe. Ce qu’il fait très bien en refusant d’aller sur le terrain de la confrontation pour ne pas satisfaire ses ennemis. Et ils sont nombreux sur la scène politique et médiatique mauritanienne.

vendredi 7 mars 2014

Lancement d’une feuille de route contre l’esclavage

«Une étape essentielle» a dit Mma Gulnara Shahinian, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les formes modernes de l’esclavage. C’est bien elle qui avait annoncé l’adoption par le gouvernement mauritanien, dans sa réunion du 6 mars, de la feuille de route sur l’éradication de l’esclavage et de ses séquelles. C’est aussi elle qui a supervisé la conclusion des discussions autour de la feuille de route.
«Je vois le 6 mars comme un tournant dans la lutte contre l’esclavage en Mauritanie», a déclaré Mme Shahinian qui a considéré que «l’adoption formelle de la feuille de route pour la mise en œuvre» des recommandations faites en 2010, «est non seulement symbolique, mais marque une nouvelle étape dans les efforts pour éradiquer l’esclavage et ses restes une fois pour toutes». Avant de se dire «confiante que le gouvernement, en étroite coopération avec la société civile, va déployer tous les efforts nécessaires pour mettre pleinement en œuvre la feuille de route afin que ses engagements résultent dans des changements concrets dans la pratique».
Le document comporte 29 points qui proposent un traitement global et multisectoriel. Selon les révélations du ministre de la justice, Sidi Ould Zeine, dans les cas de flagrance, les maîtres seront obligés de verser une compensation financière. Les esclaves ainsi libérés pourront bénéficier de programmes spécifiques pour les sortir de la misère et leur donner les moyens de se libérer mentalement et matériellement. La feuille de route donne «une définition précise de l’esclavage, qui oblige les criminels à accorder des compensations financières aux victimes et accorde à ces dernières l’assistance judiciaire en cas de besoin», a déclaré le ministre lors de son intervention à l’issue du Conseil des ministres.
Mme Shahinian semble satisfaite de l’aspect traitement judiciaire de la pratique : «Le Tribunal spécial pour crime d’esclavage annoncé en décembre, va être mis en place. Et, point très important, les juges bénéficieront d’une formation spécifique. Deuxièmement, le rôle des ONG a été renforcé. Les ONG et les avocats indépendants peuvent désormais se porter partie civile. Ce sont là des éléments cruciaux pour que les victimes aient accès à la justice».

Il faut rappeler que Mme Shahinian doit présenter son rapport sur la Mauritanie en septembre prochain devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

jeudi 6 mars 2014

Pendant ce temps…

Alors que l’on se relève à peine des effets de la secousse lundi, l’Union pour la République (UPR) change de président et de vice-président. Le Conseil national se transforme en Congrès extraordinaire – comme dans le temps du PRDS qui a fini par ne plus organiser de congrès ordinaire. Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine est remplacé à la présidence du parti par Isselkou Ould Ahmed Izidbih, l’ancien directeur de cabinet du Président, ancien ministre, ancien Recteur de l’Université de Nouakchott. Tandis que Me Sidi Mohamed Ould Maham, actuel ministre de la communication, remplace Mohamed Yahya Ould Horma à la vice-présidence.
Il est facile de chercher une explication de la mise à l’écart l’ancienne direction du parti qui ferait suite à la «mauvaise prestation» de l’UPR au cours des dernières élections législatives et municipales. Une appréciation qu’on peut discuter si l’on prend en compte deux données : 1. L’interférence dans les choix des candidats qui ont finalement ignoré les directives du parti, les premières listes ayant été largement remaniées avant de les présenter ; 2. L’encouragement par les hauts responsables (Président et ministres) de candidatures «rebelles» sous les couleurs de partis inféodés.
Malgré tout ce qui a été fait, l’UPR a fini par gagner une Majorité absolue à l’Assemblée nationale et environ 43% des conseils municipaux. Ce qui n’est pas peu. Pourtant, dès la mise en place des nouvelles structures de l’Assemblée, le mécontentement vis-à-vis de la direction du parti était visible. Son président, Ould Mohamed Lemine ne devient pas président de l’Assemblée nationale, c’est son conseiller Ould Boilil qui le devient alors qu’il n’aurait jamais eu de carte d’adhésion à l’UPR. Il n’est pas non plus président du groupe parlementaire de l’UPR, c’est Mohamed el Mokhtar Ould Zamel qui le devient. Et quand est nommé le gouvernement, il est vidé de tous les responsables UPR : le vice-président Ould Horma, le secrétaire général Oumar Ould Maatalla et la responsable des femmes Mint Vergès.
C’est pourquoi le remplacement de Ould Mohamed Lemine était attendu. Tout comme celui de son vice-président Ould Horma désigné récemment à la tête de l’Autorité de Régulation. Ce n’est pas l’explication officielle car on vient bien croire qu’il s’agit d’une évolution «normale» du parti qui a atteint l’âge de la maturité avec ses résultats aux dernières élections. Donc le moment de désigner Isselkou Ould Ahmed Izidbih, antipode de Ould Mohamed Lemine. Ancien militant gauchiste, puis membre de la direction de l’Union pour la démocratie et le progrès (UDP) du temps de feu Hamdi Ould Mouknass, il rejoint les rangs du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et soutient le candidat Ahmed Ould Daddah. Il devient Recteur de l’Université pour son cursus et ses compétences. Le «clash» avec les syndicats affiliés aux Islamistes est immédiat. Il est dans la ligne de mire de la mouvance et le lui rend bien.
La guerre ouverte prend une tournure beaucoup plus prononcée quand Ould Ahmed Izidbih est nommé directeur de cabinet du Président de la République. C’est pourquoi sa nomination à la tête du parti UPR est sentie comme une pointe de plus dans la guerre que le pouvoir semble vouloir engager contre la mouvance islamiste (Tawaçoul et ses démembrements supposés ou réels). Quelles que soient les raisons «cachées» de cette nomination, on notera que le changement intervient quelques semaines avant l’élection présidentielle. En effet c’est le 21 avril que le collège électoral sera convoqué alors que la CENI a fait une première proposition pour le premier tour qu’elle veut fixer au 21 juin.
On ne semble pas cependant pressé : le temps passe alors que les délais légaux des mesures à prendre se contractent, le renouvellement des listes électorales doit par exemple se faire trois mois avant ; si les approches faites par le Premier vis-à-vis des partis en vue d’une concertation autour de l’élection «consensuelle» et si le résultat du forum doit avoir une suite, il va falloir s’engager rapidement car les délais de la présidentielle sont fixées par la Constitution…

mercredi 5 mars 2014

Le jour d’après

On est revenu à la raison. On commence se poser les questions qu’il fallait poser dès les premiers instants, celles qui relèvent de l’intelligence du fait. On comprend désormais que la version que nous avons eue est celle d’un adolescent de 16 ans. On comprend que l’information n’est pas aussi avérée qu’on l’a laissé penser. En attendant que l’enquête en cours aboutisse, on peut faire une évaluation de ce qui s’est passé.
Une grande casse qui a entrainé mort d’homme, un jeune étudiant, mort à la suite de l’inhalation des gaz lacrymogènes et probablement de l’explosion de la grenade tout près de lui. Une mort de trop sans aucun doute qu’on pouvait éviter d’une part en imposant aux forces de l’ordre de se comporter avec prudence, d’autre part en laissant les manifestants exprimer leur colère en toute liberté comme cela a été fait en toute quiétude jusque-là.
Les grandes gueules se sont tout de suite ouvertes pour condamner «le trop de liberté d’expression», d’autres ont commencé à indexer les médias dits «islamistes» avant d’attaquer tout ce qui est presse pour la rendre responsable des débordements. La cabale qui avait commencé il y a quelques mois avec les attaques contre Sahel TV, puis Al Wataniya et Aqlam, cette cabale a repris de plus belle.
La Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA) a alors convoqué les responsables des stations (radios et télévisions) pour parler des responsabilités, des dérapages, des cahiers de charge, du professionnalisme… Tout le monde semble avoir fini par comprendre que l’heure est grave et que la situation ne supportait pas plus d’excitation ou de provocation. Un pays déstabilisé, une quiétude bouleversée, une société traumatisée, un homme en meurt, d’autres sont blessés, avec des dégâts matériels importants…, tout ça pour un récit d’un enfant de 16 ans, une relation d’une grande imprécision et comportant de nombreuses contradictions… mais un récit qui a failli emporter un pays et qui a ébranlé la paix sociale.
On s’en remettra difficilement. Mais cela m’a rappelé les jours néfastes qui ont précédé les évènements d’avril 1989. Avec notamment, les rumeurs qui naissent ici et là-bas pour faire état de massacres interethniques là-bas et ici (selon que vous soyez ici ou là-bas). Les mêmes vecteurs, la même intoxication, peut-être les mêmes hommes qui vont, après, se décharger sur le protagoniste du moment traité comme «ennemi». Cela m’a rappelé aussi l’époque où El Bouchra et La Vérité annonçaient les répressions futures par des attaques ciblées contre tel ou tel organe de presse accusé d’être affilié à telle ou telle mouvance. C’est peut-être pour cela que les observateurs ont, ces jours-ci, pensé à de possibles reculs sur le plan des libertés. Il n’en sera rien parce que le Président Ould Abdel Aziz n’acceptera pas de faire le moindre pas en arrière dans ce domaine. Il est conscient que les acquis en la matière ne doivent pas être remis en cause, sous aucun prétexte.

Nous sommes quant à nous tristes et inquiets parce que la démocratie et son fondement la liberté d’expression ont besoin d’être défendues. Alors que nous sommes dans un pays où la demande démocratique n’a jamais été très forte (elle n’a jamais vraiment fait l’objet de sacrifices), et où ceux qui sont hostiles à l’exercice de la liberté d’expression sont nombreux et bien incrustés dans l’encadrement social et politique. Tout comme ceux qui ne veulent pas de la démocratie.