jeudi 6 mars 2014

Pendant ce temps…

Alors que l’on se relève à peine des effets de la secousse lundi, l’Union pour la République (UPR) change de président et de vice-président. Le Conseil national se transforme en Congrès extraordinaire – comme dans le temps du PRDS qui a fini par ne plus organiser de congrès ordinaire. Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine est remplacé à la présidence du parti par Isselkou Ould Ahmed Izidbih, l’ancien directeur de cabinet du Président, ancien ministre, ancien Recteur de l’Université de Nouakchott. Tandis que Me Sidi Mohamed Ould Maham, actuel ministre de la communication, remplace Mohamed Yahya Ould Horma à la vice-présidence.
Il est facile de chercher une explication de la mise à l’écart l’ancienne direction du parti qui ferait suite à la «mauvaise prestation» de l’UPR au cours des dernières élections législatives et municipales. Une appréciation qu’on peut discuter si l’on prend en compte deux données : 1. L’interférence dans les choix des candidats qui ont finalement ignoré les directives du parti, les premières listes ayant été largement remaniées avant de les présenter ; 2. L’encouragement par les hauts responsables (Président et ministres) de candidatures «rebelles» sous les couleurs de partis inféodés.
Malgré tout ce qui a été fait, l’UPR a fini par gagner une Majorité absolue à l’Assemblée nationale et environ 43% des conseils municipaux. Ce qui n’est pas peu. Pourtant, dès la mise en place des nouvelles structures de l’Assemblée, le mécontentement vis-à-vis de la direction du parti était visible. Son président, Ould Mohamed Lemine ne devient pas président de l’Assemblée nationale, c’est son conseiller Ould Boilil qui le devient alors qu’il n’aurait jamais eu de carte d’adhésion à l’UPR. Il n’est pas non plus président du groupe parlementaire de l’UPR, c’est Mohamed el Mokhtar Ould Zamel qui le devient. Et quand est nommé le gouvernement, il est vidé de tous les responsables UPR : le vice-président Ould Horma, le secrétaire général Oumar Ould Maatalla et la responsable des femmes Mint Vergès.
C’est pourquoi le remplacement de Ould Mohamed Lemine était attendu. Tout comme celui de son vice-président Ould Horma désigné récemment à la tête de l’Autorité de Régulation. Ce n’est pas l’explication officielle car on vient bien croire qu’il s’agit d’une évolution «normale» du parti qui a atteint l’âge de la maturité avec ses résultats aux dernières élections. Donc le moment de désigner Isselkou Ould Ahmed Izidbih, antipode de Ould Mohamed Lemine. Ancien militant gauchiste, puis membre de la direction de l’Union pour la démocratie et le progrès (UDP) du temps de feu Hamdi Ould Mouknass, il rejoint les rangs du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et soutient le candidat Ahmed Ould Daddah. Il devient Recteur de l’Université pour son cursus et ses compétences. Le «clash» avec les syndicats affiliés aux Islamistes est immédiat. Il est dans la ligne de mire de la mouvance et le lui rend bien.
La guerre ouverte prend une tournure beaucoup plus prononcée quand Ould Ahmed Izidbih est nommé directeur de cabinet du Président de la République. C’est pourquoi sa nomination à la tête du parti UPR est sentie comme une pointe de plus dans la guerre que le pouvoir semble vouloir engager contre la mouvance islamiste (Tawaçoul et ses démembrements supposés ou réels). Quelles que soient les raisons «cachées» de cette nomination, on notera que le changement intervient quelques semaines avant l’élection présidentielle. En effet c’est le 21 avril que le collège électoral sera convoqué alors que la CENI a fait une première proposition pour le premier tour qu’elle veut fixer au 21 juin.
On ne semble pas cependant pressé : le temps passe alors que les délais légaux des mesures à prendre se contractent, le renouvellement des listes électorales doit par exemple se faire trois mois avant ; si les approches faites par le Premier vis-à-vis des partis en vue d’une concertation autour de l’élection «consensuelle» et si le résultat du forum doit avoir une suite, il va falloir s’engager rapidement car les délais de la présidentielle sont fixées par la Constitution…

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