mercredi 26 février 2014

Le Président et les jeunes

On en parle beaucoup ces derniers temps : la rencontre des jeunes avec le Président de la République. Il s’agit, selon ses organisateurs, de sélectionner quelques quatre cents jeunes ayant présenté des projets ou des idées susceptibles d’intéresser les décideurs pour une discussion ouverte avec le Président Mohamed Ould Abdel Aziz.
Les candidats sont invités à remplir un formulaire et de présenter leurs idées, de l’envoyer ensuite à la commission d’organisation qui a défini des critères objectifs pour faire la sélection : la pertinence du projet ou de l’idée, la qualité de sa présentation, le cursus de son auteur, son âge… De quoi s’assurer que personne ne sera lésé.
Jusqu’à cette semaine, plus de cinq mille demandes ont été remplies par des postulants. La commission d’organisation est dans la phase de sélection qui prendra quelques jours. Ensuite, les projets seront classés selon des thèmes et des centres d’intérêt qui auront chacun un encadreur qui doit être aussi un jeune avec une expérience confirmée.
L’évènement doit se dérouler en trois phases. La première verra le Président de la République exposer devant les jeunes les grands axes prioritaires pour lui. Il écoutera ensuite les principaux «rapporteurs» qui expliqueront le cheminement qui sera suivi. Les participants se répartiront ensuite en ateliers spécialisés pour formuler leurs idées et leurs projets de manière à en faire des projets pour le pays. Ils seront ensuite reçus à dîner par le Président devant lequel ils présenteront le résultat global. C’est pendant cette dernière rencontre que le résultat global sera adopté solennellement par le Président de la République.
Dans la phase actuelle, l’objectif est de rassembler des jeunes mauritaniens ayant des propositions effectives pour initier, accélérer et/ou corriger les différents projets de développement. Nonobstant leurs appartenances et antécédents politiques.

Mais en définitive, les idées et projets adoptés seront probablement l’ossature du programme du candidat pour l’élection présidentielle prochaine. Tant mieux.

mardi 25 février 2014

Le forum est-il compromis ?

Cette après-midi, on apprend que le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) a décidé de «geler» sa participation au forum de l’Opposition qui doit s’ouvrir ce vendredi (28/2). Sous prétexte que le parti est «sous-représenté» dans les commissions d’organisation qui doivent fixer l’agenda et les objectifs de ce forum.
En réalité, on craint au RFD que «l’on ne soit victime, une fois de plus de machination visant à reléguer au second plan le parti et ses choix stratégiques». Les cadres les plus loquaces n’hésitent pas à rappeler que «chaque fois, le RFD a adopté une feuille de route décidée et mise en œuvre par d’autres, tantôt les Islamistes, tantôt l’UFP, ou le RDU ou l’UNAD ou… ou…  à chaque fois il s’est retrouvé coincé entre la nécessité pour lui de recadrer les objectifs et le souci de rester avec les autres». Conclusion : «il est temps pour le parti de décider lui-même de la direction à suivre».
Le malaise est là depuis qu’il est question de discuter la perspective du candidat unique. Toute évolution vers un accord du genre est sentie comme une forme d’exclusion pour le chef du parti, le Président Ahmed Ould Daddah. Surtout qu’il est question de fixer des critères dont le consensus autour de la candidature et l’absence de précédent dans la course pour la présidentielle. Le consensus autour de la personnalité de Ould Daddah est impossible à avoir dans un microcosme où l’on considère le chef du RFD comme «l’ennemi principal». C’est après tout la position vis-à-vis de l’homme Ould Daddah qui a déterminé le parcours de tous les leaders actuels de l’opposition (dans toutes ses composantes).
Ceux qui collaboraient avec Ould Taya et qui sont les plus actifs aujourd’hui dans ce camp, ont participé à sa diabolisation et à la formation des aspects négatifs de l’image que l’opinion publique a de lui : homme du Sud n’aimant les gens de l’Est, voulant assouvir les soifs de vengeance ethniques, homme politique dédaignant tout sauf la présidence… tous ces clichés qui fondent une certaine idée qu’on peut avoir de lui ont été créés et véhiculés par eux.
Ceux qui l’ont accompagné à un moment ou un autre au sein de l’Union des forces démocratiques (UFD) et qui ont fini par se dresser contre lui à un moment à un autre, souvent à un moment crucial de son parcours.
Certains pensent cependant que la décision du RFD relève plus de la manœuvre que de l’acte déterminé. Mais un parti comme le RFD ne «clique» pas sur des aspects du genre : «nous ne sommes pas assez représentés, nous voulons telle ou telle présidence de commission…». Quand il réussit à imposer ses visions, il y va normalement. Alors qu’est-ce qui peut bien gêner le RFD ?
Bien sûr la question du candidat unique qui est sentie comme un piège : si le RFD accepte de la discuter, il ne peut maîtriser l’issue des débats, encore moins la décision à prendre ; s’il refuse alors qu’elle est déjà posée, il apparaitra comme source de blocage à l’entente générale et, du coup, confirmera ce qu’on dit du parti «qui ne veut que la présidence». Alors mieux vaut surseoir à la participation en attendant d’assurer les arrières pour éviter toute mauvaise surprise.
Il y a aussi la question de la participation à la présidentielle qui, aux yeux du RFD, doit être précédée de préalables significatifs pouvant justifier le retournement après le boycott des législatives et municipales. Comment expliquer aux anciens députés et maires du RFD qu’on refuse de les laisser participer au nom d’une exigence de transparence qui disparait quand il s’agit de la présidentielle ? Il faut donc placer la barre très haut et amener le forum à adopter une feuille de route «forte» : pourquoi ne pas demander le renoncement de Ould Abdel Aziz à se présenter ?, exiger les demandes concernant la stricte neutralité des chefs militaires, de l’administration, réorganiser fondamentalement la CENI, défaire le Conseil Constitutionnel, la Cour Suprême, distribuer équitablement le temps d’antenne dans les médias publics, annuler des dernières élections, mettre en place un gouvernement «neutre»…
Autant de conditions qui seraient plausibles si le rapport de force était autre et si certains partenaires du RFD ne cherchaient pas à trouver une issue à la crise qu’ils traversent depuis leur décision de boycott. C’est le cas, pour certains cadres du RFD, de l’Union des forces du progrès dont le Président Mohamed Ould Maouloud s’est «empressé de répondre à l’invitation du Premier ministre et qui a loué les entretiens qu’il a eus avec lui».
Le forum se tient déjà sans la Coalition pour l’alternance pacifique (CAP) formée par les partis de l’opposition ayant participé au dialogue avec la Majorité en 2011 et 2012 (Al Wiam de Boydiel Ould Hoummoid, Alliance populaire progressiste de Messaoud Ould Boulkheir et Sawab de Abdessalam Ould Horma).
Si les partenaires du RFD au sein de la COD ne réussissent pas à ramener le parti de Ould Daddah dans les débats du forum, il sera impossible d’en faire un événement majeur. Déjà qu’il est «amoindri» par la rencontre entre le Premier ministre et le Président de l’UFP, le voilà  sérieusement compromis par le gel de la participation du RFD.

lundi 24 février 2014

Le vrai danger

Sur les ondes d’une radio privée de la place, un titre : «le président du Rassemblement des Forces Démocratiques refuse de rencontrer le Premier ministre de Mohamed Ould Abdel Aziz». Puis dans le développement : «Selon des sources dignes de foi, de l’intérieur du parti RFD, le président de ce parti a refusé une invitation semblable à celle adressée par le Premier ministre mauritanien à Mohamed Ould Maouloud. Le refus est consécutif à une réunion avec ses proches qui lui ont conseillé de décliner l’invitation…» Pour étayer et expliquer l’information, la radio invite le porte-parole du parti qui dit en substance : «Effectivement, le directeur de cabinet du Premier ministre a contacté celui du Président Ahmed Ould Daddah pour lui signifier l’invitation. Mais on n’en a pas parlé et aucune décision n’a encore été prise à ce sujet». Formel et catégorique. Pourtant, la speakerine enchaine : «Ainsi dont, le RFD refuse l’offre de dialogue…»
Sur une chaîne de télévision locale, un titre : «Le ministre de la Justice dit ne pas être au courant de l’agression contre Ould Dedew». Développement de l’information, on donne une image, sans le son du ministre lors de son intervention à l’issue du Conseil des ministres de jeudi dernier, puis un passage : «…personnellement je ne suis pas au courant d’une telle agression…» Tout ce qui est avant et après est supprimé. Juste cette phrase. Parce que si l’on écoute ce qu’a dit le ministre, rien à voir avec le titre : «J’ai lu sur le net des choses qui sont fausses, y compris à mon égard, pour cette affaire, rien d’officiel ne me permet d’être au courant à l’heure actuelle, en l’absence d’un officier de police judiciaire et le Shaykh n’ayant pas porté plainte, il n’y a pas eu de poursuites. Donc je ne suis pas au courant officiellement».
A la une de toutes les chaines et des sites : le Président de l’Assemblée nationale a refusé à la presse d’accéder à la Chambre pour suivre ses débats. Renseignements pris : le Président de l’Assemblée veut limiter l’accès de la grande salle aux seuls députés devant y siéger. Pour ce faire, il veut réserver un espace à la presse audiovisuelle d’abord, et à côté à la presse écrite. Il entend redynamiser la direction de la communication pour que la presse ait un interface officiel pour avoir une fluidité et une célérité dans l’information. En attendant, il invite les journalistes à aller dans la partie haute de la salle.
Et le syndicat des journalistes de produire un communiqué qui dénonce le recul de la liberté d’expression au lendemain de la publication du rapport de MSF classant la Mauritanie à la 66ème place. Comme si l’objectif était de porter atteinte à cette image positive.
Ce que je reproche ici au syndicat, c’est d’avoir ignoré tous les appels venus de Ulémas, d’Imams, d’érudits, de simples leaders d’opinion, de vendeurs de téléphones en faillite et même de journalistes travaillant dans les radios, les appels des uns et des autres à limiter la liberté d’expression. Certains n’hésitant pas à stigmatiser des stations. C’est le cas de Sahel TV visée par un communiqué des Ulémas et Imams, de Al Wataniya soumise à la vindicte par les manifestants du vendredi dernier et qui ont participé à des actes de vandalisme dans les écoles de Nouakchott…
Ce sont ces appels répétés qui menacent le plus la liberté d’expression. Vient ensuite le niveau des journalistes et le traitement fait par les médias de l’information.
Chaque heure, sa rumeur. On ne recule devant rien quand on croit pouvoir donner une primeur. On crée si on est à sec. Quant à la diffamation, c’est un art pratiqué avec brio chez nous.
Plus que tout, ce sont bien ces relents d’autoritarisme et d’obscurantisme qui causeront le plus de dégâts. Conjugués au manque d’éthique et de professionnalisme, c’est la mort assurée non seulement de la profession mais aussi de l’exercice de la liberté d’expression.
C’est contre cela (aussi) que tous les syndicats, toutes les organisations de presse doivent faire front. Dénoncer les appels et rester vigilants. 

dimanche 23 février 2014

Le festival Soninké

«Démarrage d’un festival racial sous une supervision officielle», c’est le titre que l’un de nos confrères arabophones a choisi pour annoncer le lancement du festival international Soninké. En l’illustrant par une photo des officiels et sans manquer d’expliquer que cette présence officielle pourrait «donner des idées à d’autres ethnies». Et alors ? C’est tant mieux si toutes nos cultures pouvaient s’exprimer sur cette place publique qui manque dangereusement d’animation et de contenu.
Notre confrère devait comprendre qu’il s’agit là d’une troisième édition d’un festival dont le but est de faire connaitre l’une des plus vieilles cultures de l’Ouest-africain. Celle qui a donné l’Empire du Ghana, le premier Etat noir à exister en terre africaine. Cet Empire avait pour capitale Koumbi Saleh dont les ruines se trouvent à quelques quatre-vingts kilomètres de Timbédra, en plein territoire mauritanien.
Le festival vise à faire retrouver les Soninkés du monde l’espace de quelques quatre jours (20-24/2) pour discuter, manifester, s’exprimer, se rappeler, se projeter dans l’avenir… C’est l’un des premiers peuples de la région à s’islamiser. C’est sans doute le plus organisé d’entre tous. Sans doute aussi le plus enraciné de tous.
Parmi les peuples de l’aire Mandé, c’est par le peuple Soninké qu’a rayonné la culture Mandingue. Avec cette musique qui a fini par nous unir, du Sahara à la Savane ouest-africaine. Avec la littérature, les légendes notamment qui ont fini par devenir des mythes fondateurs partagés. Avec la danse, la teinture, les traditions orales…
Dans le temps, la culture Soninké a pu apporter des réponses aux questionnements de notre aire civilisationnelle. Ces rencontres peuvent être une nouvelle opportunité pour notre région, pour notre pays.
Quoi qu’il en soit, la rencontre est une source de fierté pour nous.  Parce qu’elle puise sa légitimité dans le fait que la Mauritanie est bien le berceau de cette culture, le lieu de sa splendeur, le lieu d’où elle rayonna… C’est ici que les Soninkés du Monde se sont donné rendez-vous aujourd’hui. Accompagnons-les pour nous ressourcer. En même temps qu’eux. Là où nos aïeuls allaient s’abreuvoir ensemble, à cette formidable source qui n’était pas seulement faite de «nourritures terrestres», une source qui a illuminé le pays, la région et ses sociétés, et finalement sur le Monde. 

samedi 22 février 2014

La deuxième révolution ukrainienne

C’est en novembre 2004 que nous devions assister à la première révolution ukrainienne, celle qu’on a appelée «la révolution Orange» pour la couleur arborée par les manifestants. On estime que le «printemps arabe» a pris comme modèle cette révolution-là retransmise en direct par les chaines satellitaires comme Al Jazeera.
Elle faisait suite à la proclamation des résultats d’une présidentielle contestée par la plupart des Ukrainiens qui dénoncent la mainmise sur le pouvoir du «clan de Donetsk», le nom de cette grande ville de l’Est alliée de Moscou et fournit les présidents toujours «bien élus». C’est le cas de Viktor Ianoukovytch dont l’élection est contestée par une série de manifestations qui vont aboutir à la révolution Orange. Les principaux leaders de ces manifestations sont Viktor Iouchtchenko, candidat malheureux, et Ioulia Tymochenko, la charmante et charismatique opposante dont les tresses traditionnelles finissent par devenir l’un des symboles de cette révolution.
La reprise des élections ne permet pas de rupture parce que l’élu, Viktor Iouchtchenko instaure un régime marqué par les mauvaises pratiques et les règlements de compte. Le premier résultat est la radicalisation dans les clivages entre Pro-Russes et Pro-Occidentaux. En 2010, Viktor Ianoukovytch est élu président. C’est la revanche des Pro-Russes. C’est naturellement ce clivage qui fait déclencher la deuxième révolution qui est en train d’aboutir sous nos yeux.
Le 21 novembre 2013, Viktor Ianoukovytch décide de suspendre un accord entre son pays et l’Union Européenne. L’homme est déjà contesté pour sa mauvaise gestion et pour ses relents autoritaristes. Il est cependant soutenu par Moscou et par son président Vladimir Poutine qui s’engage à subvenir aux besoins de l’Ukraine en proposant un prêt de 15 milliards dollars le 17 décembre. Mais la tension ne baisse pas.
Contre lui, un rassemblement qui tire sa légitimité de l’actif de la révolution Orange. C’est le cas notamment de ceux du parti Batkivchtchina (Patrie) créé par l’opposante historique Ioulia Timochenko et dont le porte-parole devant les manifestants de Maïdan à Kiev est Arseni Iatseniouk avocat, ancien ministre des affaires étrangères, ancien président de l’Assemblée ukrainienne.
Autres figures de l’opposition : Vitali Klitschko, chef du parti Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme (UDAR), et qui est un ancien champion de boxe. Tous partagent un fort engagement pour l’Europe et une méfiance pour la Russie.
Ioulia Timochenko, libérée après quelques trois ans de détention, semble être la figure d’avenir. Même si elle est fondamentalement pro-russe, elle bénéficie d’une large sympathie dans les milieux de l’UE. Sa libération a été l’épilogue d’une seconde révolution. Peut-être le prologue d’un monde nouveau pour ce peuple déchiré par ses appartenances européenne et russe ?

vendredi 21 février 2014

Les conclusions de Romano Prodi

En 2012, le Conseil de sécurité adoptait la résolution 2056 instituant «La stratégie intégrée de l’ONU pour le Sahel», un programme par lequel les Nations-Unies entendaient trouver des solutions aux problèmes de sécurité et de développement posés au Sahel. Nous sommes en pleine crise du Mali et c’est Romano Prodi, l’homme politique italien de74 ans, qui est nommé par Ban Ki-Moon comme Envoyé spécial chargé de ce programme. Le choix n’était peut-être pas judicieux pour des raisons évidentes de méconnaissance de la zone et de difficulté à communiquer entre le responsable du programme et ceux des pays concernés (Romano Prodi parle très mal Français, langue partagée dans l’espace sahélien). En juin 2013, Romano Prodi présente le Programme devant le Conseil de sécurité et le fait adopter. Il est depuis sur scène pour essayer d’améliorer la gouvernance «inclusive et effective à travers la région sahélienne», améliorer les conditions de paix et de sécurité par le renforcement des mécanismes nationaux, et mutualiser les efforts consentis pour «assurer la résilience à long terme». L’ancien président du Conseil italien, vient de faire le bilan avec l’hebdomadaire parisien Jeune Afrique.
Premier constat du diplomate : «Après l'intervention militaire française de janvier 2013 au nord du Mali, un pan du volet sécuritaire m'a échappé. Mais je dois reconnaître que la situation au Mali s'est considérablement améliorée, même si certaines questions restent en suspens, comme la réconciliation nationale, la décentralisation et la participation de l'ensemble des groupes ethniques à la gestion des affaires publiques». Pour reconnaitre que «le principal défi, pour le Mali comme pour les autres pays de la sous-région, reste le terrorisme». C’est pourquoi «il faut renforcer la coopération sous-régionale, encourager une meilleure coordination entre les cinq pays du Sahel [Mali, Burkina, Mauritanie, Niger et Tchad], mais aussi soutenir une plus grande coopération entre eux et le reste du monde».
Pour lui, «il n'y a pas de développement sans sécurité. Mais il n'y a pas non plus de sécurité sans développement». Il faut élargir le champ des intervenants parce que la menace est globale, tous les pays sont en fait concernés par la lutte contre le terrorisme.
Et pour ce qui est de la multitude des programmes et des Envoyés spéciaux comme lui : «C'est indiscutable, il y a un déficit de coordination entre les différents intervenants. Nous devons remédier à cela en recherchant des synergies et en encourageant les États africains à mieux coopérer». Le G4 du Sahel, créé depuis, est peut-être un premier élément de réponse. «Le plus innovant, c'est sans doute la création d'un fonds spécial pour le Sahel».
Pour ce qui est de son bilan personnel : «J'ai aidé les États de la région à élaborer des plans d'action, à identifier les moyens de les mettre en œuvre, à s'engager dans la recherche de financements. Nous avons surtout poussé à la création d'un mécanisme de coordination entre les cinq pays du Sahel. Il s'agit d'une énorme avancée».
Conclusions générales : on ne peut pas faire sans l’Algérie ; la mauvaise gouvernance joue un rôle dans la déliquescence des Etats ; pour faire aboutir les négociations de paix, «Ne nous enfermons pas dans des délais trop contraignants» ; et pour éviter de répondre à la question sur la probabilité de l’indépendance de l’Azawad, Romano Prodi préfère dire : «Je fonde l'espoir d'un accord acceptable entre Bamako et les groupes armés. Car je considère que, sans accord avec le Nord, il n'y aura jamais de paix au Mali. Les acteurs maliens doivent jouer leur partition pour y arriver, mais la communauté internationale doit aussi les aider à parvenir à une paix définitive».
Un aveu d’échec ?

jeudi 20 février 2014

La couverture religieuse

Depuis un certain temps, la scène mauritanienne, particulièrement celle de Nouakchott, est occupée par des activistes qui se prénomment «Ahbaab Errassoul», un peu pour dire «l’attachement» au Prophète Mohammad (PSL) et s’inscrire dans cette vague qui a fait suite à la publication d’un article injurieux pour l’Islam en général. Chaque vendredi, le nouveau groupe organise de grands rassemblements à Nouakchott et Nouadhibou pour dénoncer la «nonchalance des autorités», «l’engagement des avocats à défendre l’auteur»...
Quand on regarde les principaux animateurs du groupe, on distingue trois catégories de «leaders». La première la plus visible est celle que constituent les érudits connus pour leur proximité des pouvoirs (passés et certainement futurs). Ce que le Shaykh Ould Sidi Yahya appelle : «Ulamas banava» (érudits qui se retrouvent autour des tables bien garnies des plus riches et des plus forts) pour dire combien ceux-là sont au service. Ils drainent avec eux quelques thieb-thiebas du marché qui ont trouvé dans le look islamiste (barbe et tache sur le front) une manière de «bien faire» les affaires. Le financement de cette activité est certainement un investissement dont on attend quelque chose.
La deuxième frange est celle d’érudits sincères dans leur foi et qui croient réellement à une «agression mondiale organisée contre l’Islam». Pour la plupart des Salafistes qui font de la référence aux textes sacrés dans leurs relectures des préceptes islamiques une source de légitimité. Ceux de la première catégorie profitent largement de la bonne foi de ceux-là pour donner crédit à leur action.
Il y a enfin ceux qui tournent autour pour créer un climat favorable aux pillages, à la vindicte, aux règlements de compte, à la tension sociale, aux menaces contre l’ordre… Ce sont des avocats qui veulent régler un compte à leur confrère accusé de vouloir défendre l’auteur de l’article. Ce sont des vendeurs de téléphones cherchant à s’attaquer à des concessionnaires de marques (Samsung par exemple). Ce sont enfin des trafiquants notoires ou des agents connus de certains services de renseignement dont les responsables cherchent à faire revenir l’ordre d’hier.
La conjugaison des efforts des plus entreprenants – notamment ceux de la première et de la dernière catégorie – ont causé les dérives enregistrées. D’abord l’utilisation pour régler des comptes personnels et faire obstruction à la loi. Parce qu’en réclamant l’exécution immédiate de l’auteur, les activistes entendent passer outre la législation mauritanienne. Ils veulent dépasser et décrédibiliser la justice de ce pays. Ils passent facilement du statut de manifestants à celui d’inquisiteurs.
Ensuite le désordre dans les écoles qui a causé un grand émoi dans les milieux populaires avec notamment l’instauration d’un climat de peur et d’insécurité qui a commencé à profiter aux voleurs et malfrats de tous bords. Comme il a été un signe de «démission des autorités».
Enfin, l’entretien d’un tel climat contribue à détourner l’attention des vrais problèmes que sont l’éducation, l’économie, la justice sociale, l’égalité, la citoyenneté, la recomposition du paysage politique…
Ce matin, D. A., un jeune né en 1993 à Dar Naim, l’une des quatre grandes figures de ce mouvement «Ahbaab Errassoul», a été arrêté par la Gendarmerie qui le surveillait pour son rôle dans les mouvements scolaires. C’est en le fouillant pour chercher une arme blanche qu’il aurait sur lui, que les Gendarmes découvrent des sachets de drogue. En fait, ce «grand défenseur de la religion», «amoureux» du Prophète (PSL), fervent adepte de ses enseignements, le «grand leader des vendredis de la colère» n’est rien d’autre qu’un «grand» dealer de quartier. Sous l’activisme qu’il menait, il cachait pernicieusement ses vraies activités. Comme d’autres cachent une entreprise commerçante, une revanche personnelle, un souci de se faire une légitimité… Chez nous, la couverture religieuse a toujours servi.