vendredi 28 juin 2013

Yacine, l’incompris

Il appartenait à une famille, Ehl Nana, très représentative de ce qu’est la culture traditionnelle (musique et poésie). Par sa mère, Debye Mint Sweidbouh, il appartenait à une autre lignée de maitres de cet art accompli qu’est l’azawane Bidhâne. L’histoire de cette famille ressemble au cheminement des temps anciens. Elle est peut-être la dernière famille de griots – les maitres de la musique et de la poésie, la Mémoire aussi du groupe – à avoir passé de campement en campement, d’aire culturelle en aire culturelle avant de revenir en Mauritanie vers la fin des années 60. Alors que le pays vivait sa première révolution sociale et mentale.
A l’époque, le Nouakchott «chic» savait faire la fête et la faisait tout le temps. Boums, soirées dansantes, cérémonies… tout était prétexte aux habitants de se rencontrer et de laisser libre cours à leurs sentiments. La décennie 70 verra évoluer un Nouakchott moderne qui donnera de belles lettres, de beaux poèmes, de grands poètes, de belles voix, de belles danses, de beaux théâtres, de belles salles de cinéma, de beaux films… Tout y fut beau, y compris l’insouciance générale.
C’est dans cet environnement que la famille Nana s’établit à Nouakchott. Filles et garçons sont alors les idoles de plusieurs générations. Alliant l’ancrage dans la tradition et la soif de changement, cette famille arrive à s’imposer malgré la forte résistance de ses concurrents qui avaient pour eux l’avantage de jouir de toutes les solidarités grégaires (tribales, régionales…). Ehl Nana appartenaient à tout le monde. Donc à personne.
On les opposa d’abord entre eux, entre la partie de la famille qui a gardé ses réflexes et son appartenance tribale et qu’on appelait «Nana traditionnel» et les nouveaux arrivants désignés sous le label «Nana modernes». Dans certains milieux réfractaires aux changements qu’introduisait la famille, on poussait la méchanceté jusqu’à dire «Nana musulmans» vs «Nana catholiques»… alors que la famille Mohamed Ould Nana, celle de Yacine était aussi musulmane qu’on devait l’être à l’époque. Mais il s’agit là d’une manière de les discréditer aux yeux de l’opinion publique. Ce qui d’ailleurs n’a pas réussi.
Rendre hommage à Yacine alors qu’il nous quitte procède pour moi de deux impératifs.
Le premier est de célébrer un artiste accompli et…incompris des siens. Avec le violon (zarka) de sa mère Debye, la guitare de son frère Ali, Yacine a donné le mieux de lui-même en ces années 70, à l’époque où l’on chantait pour se faire plaisir et faire plaisir aux autres. Il aura essayé le disco, les reprises, les créations et/ou la modernisation de quelques partitions authentiques de la musique traditionnelle Bidhane… sans pour autant réussir à faire la paix avec les Marabouts qui sont les véritables censeurs de cette société.
Le deuxième impératif découle du premier, celui de faire remarquer à chacun, au moins à mes lecteurs, combien nous sommes réfractaires aux changements, combien la mentalité, la pensée dominante est résistante… Trois siècles (ou plus, en tout cas au moins) n’auront pas suffi à faire accepter le griot comme élément fédérateur de la conscience commune.
Il est le détenteur de la Mémoire collective, le gardien de l’Histoire du groupe mais on lui refuse le statut d’historien ou même de généalogiste. Il est le facilitateur social le plus apte à réunir autour de lui des générations, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, pour perpétuer en eux ce qui distingue cette société : sa langue, sa poésie, sa musique… Une séance de musique traditionnelle est un moment social et culturel de haut niveau…
…Malgré tout cela (et le reste), nous n’arrivons pas à les célébrer… Rappelez-vous dans quel silence assourdissant sont partis Mokhtar Ould Meydah, Sid’Ahmed el Bekaye Ould Awa, sa sœur Fatma… Regardez dans quelles conditions vivent le peu qui reste des plus authentiques parmi eux…
Me reste cette question : pourquoi la société Bidhane a décidé de faire la guerre à sa culture, à ceux qui l’incarnent ?

jeudi 27 juin 2013

Front anti-Mamère

La visite de l’ancien juge antiterroriste, Jean-Louis Bruguière entre certainement dans le cadre de la préparation du procès en diffamation intenté au député Noël Mamère qui avait accusé le Président Ould Abdel Aziz d’être un parrain de la drogue. On se souvient du passage, il y a quelques semaines, d’un groupe de parlementaires français qui étaient, eux aussi, venus en quelque sorte apporter un soutien à la victime des propos inconsidérés du député européen.
Même s’il a tempéré ses propos en disant qu’il a parlé du Président mauritanien comme il aurait parlé de n’importe quel autre Président africain, le député n’a pas encore accepté de présenter des excuses franches et sans appel. Alors que ses propos étaient diffamatoires et dangereux pour la stabilité du pays et pour sa cohésion. D’ailleurs, ils ont alimenté la polémique politique intérieure donnant un argument à une opposition qui se relevait difficilement des effets du «tir ami» sur le Président Ould Abdel Aziz.
Dès qu’une «affaire» est consommée, en apparait une autre qui enflamme les esprits, donne espoir aux détracteurs du régime qu’il s’agit là de l’occasion rêvée de le faire basculer et occasionne rumeurs et intoxications. Pour finir en «pschitt». La «balle amie», les propos de Mamère sur l’implication du Président de la République dans le trafic de drogue, le «Ghana gate» ou «Accra-gate», cela dépend de qui parle et de quand est-ce qu’il parle, en passant par la relation du Président avec les affaires (Hondon, les nouvelles banques, les nouveaux riches, les cousins…)… tout y fut… nous y reviendrons certainement.
L’ancien Juge Bruguière a été reçu par le Président de la République. Cité par les agences à sa sortie d’audience, il a qualifié de "calomnieux et diffamatoires" les propos "tenus en Europe" dans le but de "nuire à la stabilité du pays considéré, à ses institutions et à son président et à la relation bilatérale entre la Mauritanie et l’Union européenne". Et de préciser que "tous ces propos ne sont pas fondés" et ont été tenus "dans une vision assez partisane et idéologique".
"Les éléments que j’ai pu accumuler dans le cadre de mes activités vont à l’encontre de ces accusations calomnieuses", a dit le juge Bruguière. Et de souligner : "en tant que juge, je suis le premier à dénoncer des excès comme tout un chacun ; par contre, je ne peux que m’insurger lorsqu’il y a, à des fins pauliciennes, partisanes ou idéologiques, des propos calomniateurs infondés".
Il a par ailleurs salué "l’action résolue menée activement par la Mauritanie à la fois contre les réseaux" d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et la "criminalité organisée qui y est associée" voire même "indissociable", qu’il s’agisse de la lutte contre les réseaux de stupéfiants et de tous les trafics dans la région ou des enlèvements de ressortissants étrangers contre des rançons.
"J’observe que la Mauritanie a une vraie stratégie de lutte contre le terrorisme dans un environnement qui est incontestablement fragile", a expliqué Jean-Louis Bruguière qui a considéré que même si la sécurité est revenue et que la zone du Nord Mali est pacifiée, tout reste à solidifier.
L’ancien juge français a estimé que "dans cet ensemble fragile, la Mauritanie constitue un pôle majeur et important de résistance, de résilience et de bonne gouvernance où la sécurité a été restaurée et des efforts considérables de développement" ont été déployés.

Et d’ajouter : "comme observateur relativement éclairé, avec une certaine expérience, et ami de la Mauritanie, je vois que ce pays joue et continue à jouer un rôle important dans l’équilibre régional et la relation" entre la Méditerranée, la zone sahélo-saharienne et l’Europe.

mercredi 26 juin 2013

Cissé Mint Boyde victime ?

L’affaire dont on ne sait encore ni les tenants ni les aboutissants a pris une dimension politique avec le limogeage de Cissé Mint Boyde jusque-là ministre de la culture et des sports. Rappel.
Depuis 72 heures, le microcosme nouakchottois est pris de frénésie suite à l’arrestation de trois personnes qui sont : le mari de la ministre, un jeune officier de la Marine, le président de la Commission des marchés du département de la culture et un entrepreneur, directeur d’une société qui avait bénéficié du marché de la construction du stade de Nouadhibou. Tout le monde a lié ces interpellations à ce marché et à son processus. Et chaque jour qui passe nous permet d’en savoir un peu plus, surtout que l’affaire a pris cette ampleur politique qui a conduit au limogeage d’un membre du gouvernement.
En mars dernier, la ministre de la culture aurait été avertie par le président de la fédération nationale de foot que le marché de construction du stade de Nouadhibou a été octroyé à une société qui a produit de faux documents. Elle écrit au Premier ministère pour signaler la fraude et demander l’enclenchement d’une procédure d’annulation. Naturellement, c’est le ministère de l’urbanisme qui est saisi par le cabinet. Lui-même demande à l’autorité compétente en la matière, l’Autorité de régulation des marchés, de faire le nécessaire. Tout ça se déroule en avril-mai. Et dans les règles.
Dans une première étape, l’Autorité se contente d’exiger les originaux des documents présentés par la société pour répondre à la problématique de l’expérience «spécifique», celle qui a été réalisée dans le domaine du marché. Pour répondre à cette exigence, la société avait fait appel à une entreprise sénégalaise qui a produit photos et certificats de construction de différents stades dans la région. Le concurrent immédiat avait réussi à avoir les preuves qu’il s’agissait de faux documents et avait donc porté plainte. D’abord de façon informel, ensuite formel en suivant les procédures.
D’étape à étape, on arrive enfin à l’annulation du marché. Un marché qui, je vous l’ai dit dans le posting précédent, relève du ministère de l’urbanisme et est octroyé par la commission des marchés couvrant «les infrastructures». Un marché dont le rejet a été provoqué par une lettre du secrétaire général du ministère de l’urbanisme. Donc rien à voir avec la culture et les sports.
Pourtant, dès les premières interpellations, c’est bien la ministre de la culture et des sports qui est visée. Puis, c’est elle qui écope de la sentence la plus extrême : le limogeage. Si les prisonniers doivent (et peuvent) s’expliquer devant les enquêteurs, Cissé Mint Boyde n’a fait l’objet d’aucune enquête, d’aucune sollicitation pour comprendre… et d’ailleurs comprend-on ce qui lui arrive ? sait-on seulement la réalité de ce qu’on lui reproche ?
Ce ne peut être la question du marché de Nouadhibou, parce qu’elle n’a rien à voir là-dedans et parce qu’elle est la première à avoir soulevé l’anomalie. On ne peut non plus croire que des entrepreneurs mauritaniens soient assez naïfs pour tenter de corrompre quelqu’un qui n’a pas autorité en matière d’octroi du marché : Cissé Mint Boyde n’est ni le ministre de l’urbanisme, ni la commission des infrastructures, encore moins l’Autorité de régulation qui a mission de contrôler la régularité de l’adjucation. Par ailleurs, si le marché de construction du stade de Nouadhibou est réellement l’objet de l’affaire, pourquoi l’enquête n’a pas touché l’un des responsables du processus suivi par le marché ?

Conclusion : soit il y a autre chose que les autorités doivent devoir expliquer maintenant que l’affaire a pris une tournure politique, soit il n’y a rien du tout… en tout cas la version servie jusqu’à présent par les média – les mêmes finalement qui nous imposent la culture de la rumeur -, cette version manque de sérieux pour convaincre.

mardi 25 juin 2013

Le début d’une affaire

Trois hommes ont été arrêtés ces dernières 24 heures. Selon les premières informations publiées par la presse électronique, les trois hommes seraient impliqués dans une affaire de marché de construction du stade de Nouadhibou. Mais tout ce qu’on peut lire aujourd’hui sur l’affaire est imprécis et peu crédible.
Le projet de construction du stade relève de l’autorité du ministère de l’urbanisme et non de la culture que toutes les analyses voudraient incriminer. Le marché a été octroyé par la commission traitant des marchés des infrastructures et non celle de l’administration de la culture dont le président fait partie des personnes interpellées. Cette adjucation a été rejetée par l’Autorité de régulation des marchés suite à une plainte déposée par un concurrent qui aurait apporté les preuves de l’usage de faux par la société qui a gagné le marché.
A part l’entrepreneur qui serait directeur exécutif de l’entreprise ayant obtenu le marché, les deux autres n’ont donc rien à voir avec le marché. Alors quoi ?
On ne sait pas. L’enquête est diligentée par la Gendarmerie et semble ne souffrir d’aucune fuite. Mais l’on sait que si le sujet est bien le projet de construction du stade de Nouadhibou, ceux qui ont été arrêtés n’ont a priori rien à voir avec le dossier. De quoi pourrait-il s’agir alors ? Même réponse : on ne sait pas, les autorités ne voulant pas communiquer là-dessus.
Depuis des décennies, toutes les affaires commencent comme ça : une interpellation surprise, un manque de communication qui ouvre la voie à toutes les spéculations y compris les plus saugrenues, une multitude de versions qui alimentent la curiosité ainsi excitée de l’opinion, les unes servant toujours à régler des comptes aux ennemis de leurs commanditaires…
En attendant d’en savoir plus, je vous raconte cette anecdote de chez moi.
C’est un Deymani connu pour ses répliques tranchantes et justes. Notre homme se promenait aux alentours du campement - cette «sortie» nécessaire au milieu de la matinée aux hommes et femmes du campement qui se soustraient un moment aux regards indiscrets pour redevenir ce qu’ils sont, des êtres humains.
Il fut surpris par un fou bien connu des habitants de la région. Malgré son air méchant, sa force et ses gestes violents, ce fou est inoffensif. Tout le monde le sait, mais personne ne peut s’en convaincre totalement, sait-on jamais ?

Le fou portait un grand sac et peu d’habits (pour ne pas dire aucun, nous sommes en terre iguidienne, là où l’on dit les vérités à demi). Il s’adressa à notre ami en l’appelant par son prénom et lui dit : «Peux-tu me dire ce qu’il y a dans ce sac…» Et sans attendre la réponse, il déballa le sac pour laisser tomber la tête d’un âne qu’il avait récupérée sur un cadavre non loin de là. Quand cessa le ricanement agaçant du fou, le sage Deymani lui répondit : «…hadha raaç akhbaar ba’d». Littéralement : «ceci est la tête d’une histoire», mais comprendre : «ceci est le début d’une affaire»…

lundi 24 juin 2013

L’ombre des Chinois

Le Président de la République est à Nouadhibou. Toute la journée sera consacrée au lancement de la Zone Franche et à la mise en place de l’Autorité qui en prend gestion. Avec aussi des inaugurations à la SNIM qui vont se poursuivre au cours du deuxième jour de la visite.
Nous aurons remarqué au cours de cette première journée, que le Président de la République n’ira pas et n’évoquera pas ce qui, en son temps, a été présenté comme LE projet «alternatif» pour le secteur de la pêche. Des options de coopération qui permettaient à la Mauritanie d’envisager la possibilité pour elle d’avoir le plus : des constructions à terre, une industrie, un transfert de savoir-faire technologique, beaucoup plus d’emplois et surtout moins d’efforts sur sa ressource.
Le projet chinois de Polyhondon a occasionné de réelles tempêtes dont la moindre est celle qui a fait dire aux détracteurs du régime qu’il s’agissait d’une affaire dans laquelle le Président Ould Abdel Aziz serait lui-même partie prenante. On a vu depuis, que quand la mise en œuvre de la Convention s’est avérée injuste pour la Mauritanie, les autorités n’ont pas hésité à aller jusqu’à menacer de la remettre en cause si certaines corrections ne sont pas apportées. Ce fut fait.
Mais que le projet qui occupe une bonne partie de la superficie de l’espace portuaire n’intéresse pas au moment où l’on célèbre en grande pompe les perspectives de développement de la ville de Nouadhibou, c’est pour le moins curieux.
Dans tout ce qu’on a vu d’ici, rien n’indique non plus que les populations soient dérangées par cette poussière produite par les usines de farine de poisson, le (ou la) «Moka». Il s’agit de ces usines démantelées au Maroc et ayant trouvé refuge chez nous. Avec une quarantaine d’autorisations dont une dizaine déjà opérationnelles, c’est une véritable menace qui menace l’environnement et la ressource.
L’environnement est empesté par les odeurs pestilentielles que les usines dégagent, mais aussi par les déchets qu’elles produisent. Tandis que ce qui est transformé est, non pas les déchets et restes comme ailleurs, mais le poisson en entier, une partie de ce qui pourrait servir dans la sécurité alimentaire des populations.

Aucune pancarte, aucun slogan, aucun groupe d’individus, personne n’a posé le problème. Pourtant il y a là ceux qui demandent la libération des prisonniers de Guantanamo au nom des habitants de Nouadhibou, certains qui exigeaient le renvoi de l’Ambassadeur syrien… mais pas les usines de farine de poisson…

dimanche 23 juin 2013

Les «médians» manifestent

C’est suite à l’appel de plusieurs partis organisés dans une coalition qu’on appelle désormais «AP/CAP» (AP pour Alliance patriotique comprenant Adil, MPR et RD ; et CAP pour Coalition pour une alternance pacifique de APP, Wiam et Sawab), que des milliers de manifestants ont convergé cette après-midi vers la place Ibn Abbass… Assez de gens pour galvaniser les orateurs dont les discours tournaient autour de la nécessité de faire converger Opposition et Pouvoir vers une table de négociations pour assurer des élections apaisées.
Le dessein est noble et indiscutable : tout ce qui vise à ramener à la Raison et qui peut redresser les torts des politiques, toutes tendances confondues, est le bienvenu. Mais il y a comme une gêne dans ce que nous voyons et entendons.
Tout tourne autour de l’initiative du Président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, président aussi de l’APP. Une initiative qui a été lancée il y a un an, un peu plus si l’on prend comme date de départ sa sortie médiatique de mars 2012 dans laquelle il exposait son idée de faire rencontrer les principaux protagonistes. C’était au lendemain de la conclusion officielle, quelques semaines avant, du dialogue entre une partie de l’Opposition dont son parti et la Majorité au pouvoir. Lui-même a été le maître d’œuvre de ce dialogue, et interface dans sa première saison, celle qui englobait toute la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD).
En effet, depuis octobre 2010, c’est bien le Président Messaoud Ould Boulkheir qui faisait la navette entre le Président de la République et sa Majorité et les leaders de la COD. C’est bien le constat d’échec quant à la possibilité de les faire converger qui l’a amené, lui et ceux qui l’ont accepté (Boydiel Ould Hoummoid du Wiam et Abdessalam Ould Horma de Sawab), à abandonner leurs compagnons et à ouvrir un dialogue qui aura duré le temps qu’il faut pour arriver à un accord annoncé solennellement et dont toutes les conclusions ont fait objet de mise en œuvre, de l’aveu même de Ould Boulkheir.
Il ne s’agit pas aujourd’hui de savoir qui a trainé dans le processus de dialogue politique, qui est responsable de l’exclusion – en fait de la marginalisation, il peut s’agir d’une auto-exclusion – d’une partie de la COD, encore moins s’il y a lieu d’ouvrir un nouveau dialogue… La grande question qui demande réponse est celle-là : pourquoi tout ce temps n’a pas suffi à savoir si cette initiative est réellement «une proposition de sortie de crise» (de quelle crise d’ailleurs ?) ou d’une manœuvre politicienne visant à faire perdre le temps à tout le monde… Car n’oublions pas que la seule échéance qui vaille est celle des futures élections vers laquelle nous avançons inexorablement.
Nous savons, grâce à la CENI mise en place par les partis de la Majorité et ceux de la Coalition (AP/CAP), que les élections législatives et municipales doivent se tenir dans la fourchette entre le 15 septembre et le 15 octobre prochains. La CENI vient de signer avec l’Office national des statistiques (ONS) un accord en vue de l’organisation d’un recensement à vocation électoral qui doit être lancé dans les délais légaux. Toute l’opération électorale relève désormais de la compétence – et uniquement de la compétence – de la CENI. Et c’est le lieu ici de se demander à quoi sert un gouvernement d’union nationale. Surtout que les expériences, ici et ailleurs, nous indiquent qu’une telle démarche de consensus met la démocratie en danger sans assurer la bonne marche des choses.

Nous avons ici souvenance de ce qu’il est advenu au lendemain de la dissolution du gouvernement d’union nationale chargé d’organiser la présidentielle de juillet 2009 : le refus de reconnaitre les résultats pour la plupart des acteurs, de tous à continuer dans le même esprit de convergence. Les inimitiés politiques relèvent ici plus du ressentiment personnel que du positionnement idéologique ou de la vision de propositions pour l’avenir. D’où le sentiment que tous les acteurs s’accrochent au seul aspect «gouvernement d’union» de l’initiative de Ould Boulkheir. Un peu si le souci était de ne pas rester à l’écart, d’être impliqué dans la gestion des affaires publiques… C’est légitime quand on n’a jamais fait que s’acoquiner avec les pouvoirs en place. Ce qui est le cas de la majorité de ceux qu’on entend et voit le plus.

samedi 22 juin 2013

Affaire(s) Tapie(s)

La France est aujourd’hui secouée par une nouvelle «affaire Tapie», du nom de cet homme politique, homme d’affaires… qui n’a jamais su apparemment faire la différence entre les deux statuts. Pour comprendre de quoi il s’agit, je vous propose le résumé dans Wikipédia :
«Fin 1992, Bernard Tapie devenu ministre souhaite vendre Adidas pour éviter tout conflit d'intérêt comme le réclame François Mitterrand. Il confie un mandat de vente à la Société de Banque Occidentale (SdBO), une filiale du Crédit lyonnais. Le Crédit lyonnais vend Adidas pour le compte de Bernard Tapie en février 1993, au prix minimal fixé par Bernard Tapie de deux milliards et quatre-vingt cinq millions de francs (472 millions d'euros d'aujourd'hui après actualisation). Bernard Tapie ne conteste pas la vente.
Mais Bernard Tapie est mis en faillite par le Crédit lyonnais un an plus tard, en mars 1994, le Crédit lyonnais cassant le mémorandum signé avec Bernard Tapie qui prévoyait la vente progressive de toutes ses autres affaires afin de rembourser sa dette restante et de constituer, avec le Crédit lyonnais, un fonds d'investissement commun. Ruiné et ainsi rendu inéligible, Bernard Tapie s'intéresse de près à la vente d'Adidas réalisée pour son compte par le Crédit lyonnais. Il découvre que le Crédit lyonnais a effectué un montage opaque par lequel la banque a revendu Adidas à deux sociétés offshore qu'elle contrôle avec une option de revente à Robert Louis-Dreyfus lui permettant d'engranger une plus-value de 2,6 milliards de francs (396 millions d'euros).
Bernard Tapie estime que le Crédit lyonnais l'a berné en effectuant ce montage opaque, qui a permis à la banque de violer son obligation de loyauté et son obligation de neutralité lors de la vente, et ainsi d'empocher les près de 400 millions d'euros qui auraient dû lui revenir. Mais il ne peut pas attaquer le Crédit lyonnais car du fait de sa mise en liquidation par la banque, il n'est plus le propriétaire de BT Finance, la société qui possédait Adidas, qui est la société lésée dans l'opération, et dont les titres appartiennent désormais en quasi totalité au Crédit lyonnais (qui ne va donc évidemment pas porter plainte contre lui-même). Ce n'est donc pas Bernard Tapie mais le mandataire liquidateur de Bernard Tapie Finance et ses petits porteurs (les particuliers qui avaient conservé des actions BT Finance achetées en Bourse des années auparavant) qui vont entamer les procédures judiciaires qui vont durer quinze ans.
Bernard Tapie obtient de pouvoir se joindre à la plainte, et après plusieurs jugements favorables obtient le 11 juillet 2008, par la décision d'un tribunal arbitral, la somme de 403 millions d'euros (243 millions d'euros de dommages, 115 millions d'euros d'intérêts, et45 millions d'euros de préjudice moral). Les conditions de recours à cette sentence arbitrale ont été très controversées au niveau politique et ont fait l'objet de plusieurs recours en annulation devant les juridictions administratives. Tous ces recours devant les juridictions administratives ont été rejetés.
Par ailleurs, une instruction de la Cour de justice de la République, compétente pour juger les ministres, a été lancée à l'encontre de Christine Lagarde pour établir si elle avait commis d'éventuelles infractions pénales. Celle-ci est auditionnée pendant vingt-quatre heures les 23 et 24 mai 2013, et placée sous le statut de témoin assisté le 24 mai 2013.
Dans un autre volet pénal non ministériel de cette affaire, Pierre Estoup, l'un des trois juges du tribunal arbitral est mis en examen pour «escroquerie en bande organisée».
Fin mai 2013, Pierre Moscovici, ministre des Finances du gouvernement socialiste, affirme qu'il envisage la révision de l'arbitrage de 2008.»
Imaginons un moment que des enquêtes pareilles soient diligentées en Mauritanie… Des banques, des assurances, des sociétés publiques bradées sans scrupules, des projets détournés, des propriétés (meubles et immeubles) publiques cédées, des licences de pêches, des agréments en douanes, en justice… toute une ère de vandalisme organisé sera mis à nu.
Nous saurons alors que les politiques les plus en vue ne sont que des prédateurs de la chose publique, que les hommes d’affaires les plus «respectés» des corrupteurs en force, que les journalistes les plus moralisateurs, les dignitaires les plus «nobles», et même les religieux les plus «détachés»… que tous sont des receleurs consentants. Ce qui aggrave leurs cas.

Et c’est bien pourquoi le procès de la gestion du passé n’a jamais été une demande sociale (ou politique) séreuse. Parce que des affaires Tapie, il y en a ici, et de bien plus dangereuses (et plus flagrantes)… laissons-les…tapies… le seul «consensus national» est autour de la question. Jusqu’à quand ?