samedi 24 novembre 2012

La fièvre du samedi soir


La fièvre gagne Nouakchott depuis 24 heures… La ville est en ébullition. Tout semble se concentrer sur Tevraq Zeina, mais les quartiers populaires sont tout aussi effervescents que les quartiers huppés qui attestent de la mauvaise gouvernance (passée et à venir).
Le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz est de retour. Et rares sont ceux qui s’abstiennent de faire la démonstration de leur joie. C’est un ouf ! que la population semble pousser après tant de rumeurs sur la santé du Président, tant de discours sur son «incapacité», et les serments de ses détracteurs, et le silence de ses alliés…
Des milliers de gens, «des dizaines de milliers» diront les correspondants de presse, étaient massés sur la route reliant l’aéroport au palais présidentiel. Une foule composite, reflétant parfaitement la diversité du pays, était là pour accompagner l’homme jusqu’à son lieu de travail (et de résidence). Des scènes d’hystérie, des mouvements de masse incontrôlables, et Ould Abdel Aziz qui a droit à un bain de foule extraordinaire.
Certes l’organisation laissait à désirer. Quelques survivances du clientélisme sont apparues quand il a fallu faire accéder cet homme d’affaires au salon d’honneur alors que ministres et députés attendent à l’extérieur. Un sentiment de grande improvisation. Comme d’habitude dans de pareils cas.
Il est temps justement de rompre avec cela. C’est ici aussi qu’on attend des mesures vigoureuses. Ce sont les Ambassadeurs qui sont venus d’eux-mêmes, visiblement parce qu’il a fallu appeler l’Ambassadeur de France à la dernière minute. Alors que seuls les Ambassadeurs Arabes étaient là (Maroc, Arabie Saoudite…). Fallait-il les inviter ou les laisser choisir d’eux-mêmes ? S’il fallait les inviter, pourquoi ne pas l’avoir fait à temps ? Est-ce que les partis ont été invités de façon formelle et si oui pourquoi ne pas avoir associé ceux de la COD, quitte à les laisser boycotter eux-mêmes ? Pourquoi a-t-on convié les gens à venir dès quatorze heures, alors qu’on peut savoir à quelle heure l’avion arrive ?
De nombreuses questions qui n’altèrent en rien la fête de ce soir, mais qui demandent cependant réponses.

vendredi 23 novembre 2012

Comme toujours


La trêve entre Palestiniens et Israéliens a été décrétée. Grâce à une entremise égyptienne et américaine. Comme toujours. Quelques jours de bombardements intenses, de destructions intenses, des dizaines de morts d’une part, une ou deux victimes (au plus cinq) de l’autre, des centaines de bombes fracassantes, de missiles «intelligents», des assassinats ciblés, d’autres qui ne le sont pas… et puis, l’Egypte arrive avec sa diplomatie, vigoureusement épaulée par les Etats-Unis, la trêve est signée, un cessez-le-feu précaire prévaut pour un moment, le temps pour Israël de reprendre ses bombardements ciblés et pour les Palestiniens de voir le ciel leur tomber sur la tête à chaque instant de leur vie.
Ce qui a changé ? C’est que Oumar Souleymane, l’ancien chef des renseignements dont c’était le rôle n’est plus là pour taper sur les doigts des Palestiniens meurtris et esseulés. L’homme qui l’envoyait, Hosni Moubarak, n’est plus là non plus. Le rôle des deux hommes dans la stabilisation de l’Etat d’Israël a été «hérité» par le gouvernement islamiste de Mohamed Morsi. Comme son prédécesseur, il donne les preuves de ses «bonnes intentions» envers Israël. C’est ce qui lui fait croire qu’il peut, impunément rassembler tous les pouvoirs entre ses mains.
Après avoir refusé d’entériner la dissolution de l’Assemblée mal élue selon le Conseil constitutionnel égyptien, préférant garder la main sur cet organe, le voilà qui essaye d’inféoder l’Appareil judiciaire. Alors que l’élaboration de la nouvelle Constitution est toujours en projet. D’ailleurs, nombre des acteurs devant contribuer à la rédaction de cette nouvelle Constitution ont gelé leur participation aux conclaves, entamant sérieusement la légitimité de ce qui en sortira…
Comme toujours… un dirigeant du monde arabe entend concentrer tous les pouvoirs entre ses mains et pour éviter les critiques de l’Occident, il se met au service d’Israël… comme toujours.

jeudi 22 novembre 2012

Le serment (sermon) de Jemil


Il avait juré par Allah que Ould Abdel Aziz était dans «l’incapacité», sans préciser. Il revient et précise : «…dans l’incapacité physique de diriger…». Bien sûr qu’il se ménage une porte de sortie en défiant Ould Abdel Aziz de revenir immédiatement à ses activités «normales» : ses voyages à l’étranger, ses déplacements à l’intérieur, ses rencontres…  
Ce qui intrigue dans cette «reprise» du serment de la semaine passée, c’est qu’on croyait que le chef islamiste estimait que le Président dont il exige le départ depuis près de deux ans, était «incapable» moralement ou intellectuellement ou encore politiquement… On ne pouvait pas croire que Ould Mansour faisait ce serment autour de la santé du Président alors que les rumeurs savamment orchestrées autour de sa santé commençaient par être évidemment démenties. Mais non ! c’est bien pour dire que Ould Abdel Aziz était «désormais dans l’incapacité physique de remplir ses fonctions»… Les «bons» Musulmans de chez nous, ceux qui affichent la piété et s’arrogent le droit d’en imposer aux autres, ceux-là se réservent toujours une porte de sortie dans pareils cas. «Ce n’est pas ça que j’ai voulu dire, mais ça…» Qu’importe la sincérité après.
Oui, il est évident que le Président Ould Abdel Aziz ne reviendra pas immédiatement à son rythme normal de travail. Mais il est évident qu’il est dans toutes ses capacités. L’interview avec France 24 nous a révélé un homme d’une grande lucidité, d’une franchise évidente parce qu’il n’a rien tu de son état et surtout parfaitement au courant des derniers développements en Mauritanie et dans la région en général. Il a été ferme là où il fallait (dossier malien), rassembleur quand il s’est adressé au peuple mauritanien et franc pour ce qui est de son état de santé.
Une première fois, le président de Tawaçoul a voulu convaincre son auditoire qui commençait à douter de tout ce qui se disait et qui s’écrivait allègrement. Le deuxième serment – qui prenait l’allure d’un sermon - devait être plus prononcé, plus élaboré parce qu’il était destiné à balayer une réalité, un fait : le Président Ould Abdel Aziz recouvrait toutes ses aptitudes physiques et préparait son retour triomphal au pays.
«Triomphal», pourquoi ? Parce qu’il aura vaincu, si l’on en croit tout ce que ses détracteurs (et parfois ses alliés) ont dit, nombre d’épreuves et de risques. De quoi en faire, encore une fois, un être couvert par une baraka qui l’a plusieurs fois accompagné, parfois sauvé des pires faux pas…

mercredi 21 novembre 2012

Les valeurs mères


C’est une discussion avec mon ami Billil qui m’a convaincu de parler de ce dont je vais vous parler. Un peu de ces valeurs qui ont manqué dans la gestion de la phase actuelle de notre devenir.
Trois notions selon mon ami ont disparu, participant au dérèglement de notre système de valeurs : «trezgui», «tmaghviir» et «tazawiit».
La première notion, «trezgui», est dérivée du nom de la première vague des Bani Hassane, les Awlad Rizg qui ont établi leur autorité sur une grande partie du sud-ouest, ce qui deviendra plus tard l’Emirat du Trarza. La notion leur dicte une certaine hauteur vis-à-vis de tout ce qui est «petit», ce qui est «minable»… Quand on est «mrezgui», il y a des misères qu’on ne peut s’autoriser. Exercer une pression sur le plus faible, voler, ruser pour avoir un indu, exprimer un attachement prononcé pour la nourriture, pour le bien d’ici-bas…
«Tmaghviir» vient des Mghafra, la deuxième et dernière vague des Hassanes qui ont finalement dominé le pays, imposant leur langue (le Hassaniya) et fondant un nouveau pouvoir. C’est une forme évoluée de «trezgui» et va plus loin parce qu’elle impose un devoir d’assistanat au plus faible, à l’opprimé, d’imposer la grandeur d’esprit, la Morale comme contrainte dans l’action…
«Tazawiit», c’est un concept tiré de la composante maraboutique (Zwaya) de la société. Ce sont bien les lettrés qui ont imposé une idéologie qui fait de leurs valeurs l’élément stabilisateur de la société…
Les trois notions imposent de ne pas mentir, de ne pas tricher, de ne pas trahir, d’être mesuré, tolérant, équitable, juste, précis… tout ce qui a manqué à l’élite mauritanienne ces dernières années, particulièrement ces dernières semaines…

mardi 20 novembre 2012

Ould Abdel Aziz, le retour


La rumeur sur la santé du Président avait repris de plus belle. A la veille de la manifestation organisée par l’a Coordination de l’opposition démocratique (COD) autour de «la vacance du pouvoir» (pas moins !), la question était de savoir quand est-ce que le Président va venir déclarer lui-même son incapacité. C’est ce que les hauts cadres politiques, les intellectuels les plus avertis tenaient à discuter… quand la nouvelle est tombée…
Sur les ondes de RFI, on annonce le rendez-vous entre les deux présidents, le mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et le français François Hollande. Rendez-vous qui a lieu à 11 heures ce matin de mardi. A la sortie de l’audience où il paraissait, certes amaigri, mais en bonne santé quand même, le Président Ould Abdel Aziz déclare qu’il rentre «bientôt» à Nouakchott. Plus tard, c’est la présidence mauritanienne qui annonce la date du 24 novembre comme date du retour du Président. Il sera donc là pour commémorer l’indépendance nationale, quitte à revenir dans les semaines qui viennent à Paris pour un dernier contrôle.
En Mauritanie, c’est le soulagement malgré les dernières tentatives d’intoxication. Il faut attendre la diffusion de l’interview accordée à France 24 par le Président et sa reprise par la télévision nationale pour assister à l’explosion de joie.
L’heure est aux bilans. Au niveau des camps politiques, il y a lieu, comme nous l’avons déjà fait, de souligner la capacité du pouvoir à contenir le choc sans précédent à plusieurs égards. C’est la première fois de l’Histoire du pays que les Mauritaniens vivent une telle situation, nous n’y reviendrons pas. Cette situation a ouvert la voie à toutes les manigances et pour la première fois, nous avons failli assister à un coup d’Etat par la rumeur.
L’épisode du samedi 28 octobre est effectivement une tentative de déstabilisation savamment orchestrée et qui a failli aboutir n’était-ce le sang-froid et la retenue de ceux qui avaient en charge d’assurer l’ordre et la sécurité. Imaginons un moment qu’en un lieu donné de Nouakchott, quelques badauds avaient pris au sérieux les rumeurs de renversement du régime, d’affrontements entre factions du pouvoir, d’absence de direction des opérations, pour piller une boutique, qu’ils aient été dispersés violemment par la police ou la garde, que pour cela on ait utilisé des grenades lacrymogènes, imaginons le bruit que cela ferait, complétant le tableau de désordre qu’on a voulu installer… un chao était espéré ce soir-là… heureusement pour tout le monde finalement que le pire n’est pas arrivé.
Le système aura donc tenu tout ce temps. Ni le chef d’Etat Major national, ni le Premier ministre, ni le Cabinet présidentiel, ni les responsables de la sécurité n’ont cédé à la panique. Il y a, pour Ould Abdel Aziz, quelque chose sur lequel il peut construire un système qu’il a jusqu’à présent éviter d’asseoir.
Entre ceux qui ont juré par Allah que «Ould Abdel Aziz était dans l’incapacité de diriger» et ceux qui ont défendu les pires thèses sur la personne, on retiendra que des hommes politiques, des intellectuels qui se croient de haut niveau, ont fait des viscères d’un homme et du drame d’un pays, un sujet de conversation tout au long de ces longues semaines. Comme s’il n’y avait plus d’humanité en eux…
On retiendra pour nous autres, tous ces développements qui prétendent à la science autour des intestins, du foie, des blessures à l’abdomen, des montages photos, des récits bien cousus… comme si la seule expertise que nous avions à développer est celle de la confection du faux. Rappelez-vous tout ce qui a été «prouvé» grâce à l’éveil technique (et technologique) de nos journalistes, toutes ces photos dont on avait démonté le faux. Rappelez-vous ces récits dont l’objectif était de dénigrer l’institution en travaillant les circonstances de l’accident. Rappelez-vous ces intellectuels, pseudos penseurs, quand ils se lançaient dans des démonstrations à partir de faits virtuels…
Rappelez-vous et dites-vous que notre élite est à un niveau de réflexion, à un niveau de «moralité», à un niveau d’engagement… désespérants.  

lundi 19 novembre 2012

Pour mémoire


«Remarquons que les trois grands pôles politiques sont actuellement dirigés par des hommes qui avaient, à l’époque, fait allégeance à l’ancien dirigeant libyen Mouammar Khaddafi au cours d’une cérémonie «épique» à l’époque savamment utilisées par la propagande libyenne. Il s’agit bien sûr de Saleh Ould Hanena président de la COD, d’Ethmane Ould Ebou Maaly président de la coalition des partis de la majorité présidentielle et Abdesselam Ould Horma président de la CAP Coalition pour une alternance pacifique».
Sans ce papier de notre confrère Le Quotidien de Nouakchott, la chose serait passée inaperçue. Pourtant elle mérite d’être relevée. Le 22 mars 2010, un groupe d’acteurs politiques mauritaniens avaient fait solennellement allégeance au Guide libyen, Moammar Kadhafi. Parmi ces trois hommes qui se trouvent aujourd’hui à la tête des trois principales coalitions politiques qui se font face en Mauritanie.
Oublié le temps où leur acte était unanimement dénoncé par la classe politique, intellectuelle et médiatique. Oublié ces heures de questionnements sur les véritables intentions des «assujettis» et de leur «souverain». Oublié les accusations de trahison… Sous ces latitudes, on ne fait qu’oublier…
Chaque opérateur peut se targuer du parcours qu’il veut, se faire une virginité le moment qu’il veut, on ne retient rien de ce que l’un ou l’autre a dit, a fait. Rien de son position antérieur. C’est ainsi que nos chers bourreaux d’hier se présentent aujourd’hui à nous comme s’ils n’ont jamais tenu un fouet. Les prédateurs, comme s’ils n’ont jamais pillé récoltes et ressources. Les mauvais génies, comme s’ils n’ont jamais inspiré de mauvais actes. Je m’en vais vous saouler encore avec la question de notre rapport au temps. Parce que je crois qu’elle est à l’origine de ce défaut d’ancrage historique. Il y a quelques années je concluais un article sur le temps dans la poésie de chez nous :
«Si la tendance des poètes du monde a été celle de pleurer hier, d’ignorer ou de mal supporter aujourd’hui et de craindre demain, le poète saharien y a ajouté une recherche constante d’amalgame et de mélange d’époques et de dates. Perdant la notion du temps. Refusant de se plier aux lois du temps qui avance. Campant définitivement dans le temps dont il a finalement fait un lieu, un espace.
Je répète donc que notre poète – de tous temps – n’a fait que traduire une conscience sociale qui nous façonne. Cette conscience est faite de négation du progrès (le temps n’avance pas), de refus du changement (le temps est la répétition du présent), et «d’annulation» de l’Histoire (le temps ne permet pas l’accumulation des expériences humaines).
En l’absence de notion de progrès, de changement et d’Histoire, la dynamique sociale est annihilée. Ne nous étonnons point de voir que l’espace est occupé par les mêmes personnes depuis plus d’un demi-siècle. Que ces personnes n’entendent pas se démettre. Que l’alternance est donc impossible. Nous dirons toujours que la demande social de changement n’existe pas parce qu’elle commence par l’exigence de renouvellement des acteurs, par la rénovation dans les lois du jeu (égalité, équité, transparence) et par la capitalisation effective de nos expériences passées. Autrement dit et avec plus de trivialité, nous dirons que ce dont nous souffrons aujourd’hui est d’abord cette relation avec le temps».

dimanche 18 novembre 2012

Un enseignant pour Bir el Barka


A plusieurs reprises j’ai parlé dans cette rubrique de cette bourgade située sur la route Boutilimitt-Aleg, non loin d’Aghshorguit. Un village de Haratine qui a fini par être une halte obligatoire pour les voyageurs de cette route. La qualité du service et du méchoui font que le repos ici est très prisé.
Les habitants ont fini par s’émanciper, avoir leur propre école, une mosquée et un système de relations avec l’autre. Tout cela en fait une communauté ouverte malgré l’influence très évidente de la Jemaa Edda’wa wattabligh très implantée ici.
L’école du village n’a jamais eu un enseignant de français. Il y a quelques années, pour éviter le départ ailleurs de leurs enfants candidats au concours d’entrée en sixième, le collectif des parents avait décidé de louer les services d’un enseignant. Mais l’effort ne pouvait continuer. Le ministère refuse apparemment de les pourvoir et leurs enfants candidats au concours sont obligés d’aller ailleurs. ils s’en plaignent et n’ont que ça à faire. Six salles de classes, près de deux cents élèves et pas un enseignant de Français... 
Qui peut leur venir en aide ?