lundi 19 novembre 2012

Pour mémoire


«Remarquons que les trois grands pôles politiques sont actuellement dirigés par des hommes qui avaient, à l’époque, fait allégeance à l’ancien dirigeant libyen Mouammar Khaddafi au cours d’une cérémonie «épique» à l’époque savamment utilisées par la propagande libyenne. Il s’agit bien sûr de Saleh Ould Hanena président de la COD, d’Ethmane Ould Ebou Maaly président de la coalition des partis de la majorité présidentielle et Abdesselam Ould Horma président de la CAP Coalition pour une alternance pacifique».
Sans ce papier de notre confrère Le Quotidien de Nouakchott, la chose serait passée inaperçue. Pourtant elle mérite d’être relevée. Le 22 mars 2010, un groupe d’acteurs politiques mauritaniens avaient fait solennellement allégeance au Guide libyen, Moammar Kadhafi. Parmi ces trois hommes qui se trouvent aujourd’hui à la tête des trois principales coalitions politiques qui se font face en Mauritanie.
Oublié le temps où leur acte était unanimement dénoncé par la classe politique, intellectuelle et médiatique. Oublié ces heures de questionnements sur les véritables intentions des «assujettis» et de leur «souverain». Oublié les accusations de trahison… Sous ces latitudes, on ne fait qu’oublier…
Chaque opérateur peut se targuer du parcours qu’il veut, se faire une virginité le moment qu’il veut, on ne retient rien de ce que l’un ou l’autre a dit, a fait. Rien de son position antérieur. C’est ainsi que nos chers bourreaux d’hier se présentent aujourd’hui à nous comme s’ils n’ont jamais tenu un fouet. Les prédateurs, comme s’ils n’ont jamais pillé récoltes et ressources. Les mauvais génies, comme s’ils n’ont jamais inspiré de mauvais actes. Je m’en vais vous saouler encore avec la question de notre rapport au temps. Parce que je crois qu’elle est à l’origine de ce défaut d’ancrage historique. Il y a quelques années je concluais un article sur le temps dans la poésie de chez nous :
«Si la tendance des poètes du monde a été celle de pleurer hier, d’ignorer ou de mal supporter aujourd’hui et de craindre demain, le poète saharien y a ajouté une recherche constante d’amalgame et de mélange d’époques et de dates. Perdant la notion du temps. Refusant de se plier aux lois du temps qui avance. Campant définitivement dans le temps dont il a finalement fait un lieu, un espace.
Je répète donc que notre poète – de tous temps – n’a fait que traduire une conscience sociale qui nous façonne. Cette conscience est faite de négation du progrès (le temps n’avance pas), de refus du changement (le temps est la répétition du présent), et «d’annulation» de l’Histoire (le temps ne permet pas l’accumulation des expériences humaines).
En l’absence de notion de progrès, de changement et d’Histoire, la dynamique sociale est annihilée. Ne nous étonnons point de voir que l’espace est occupé par les mêmes personnes depuis plus d’un demi-siècle. Que ces personnes n’entendent pas se démettre. Que l’alternance est donc impossible. Nous dirons toujours que la demande social de changement n’existe pas parce qu’elle commence par l’exigence de renouvellement des acteurs, par la rénovation dans les lois du jeu (égalité, équité, transparence) et par la capitalisation effective de nos expériences passées. Autrement dit et avec plus de trivialité, nous dirons que ce dont nous souffrons aujourd’hui est d’abord cette relation avec le temps».

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