lundi 17 septembre 2012

Il faut sauver le prédicateur Loula


C’est le survivant mauritanien de la tuerie perpétrée par une unité de l’Armée malienne à Diabali. Visiblement le seul da’iya, prédicateur, à avoir pu échapper, par miracle, à l’exécution qui a visé tout le groupe. On parle du chauffeur qui aurait survécu lui aussi, mais il ne s’agit pas d’un prédicateur, c’est un Malien qui loue ses services aux usagers transfrontaliers. On ne sait toujours pas où il est.
Nous savons cependant que le Mauritanien se trouve depuis une semaine entre les mains des autorités maliennes qui avaient promis de le remettre à son ambassade à Bamako. Bientôt une semaine que Loula Ould Najem, un jeune de Fassala (Bassiknou) est entre les mains des autorités militaires maliennes. Seul témoin oculaire de ce qui s’est passé ce soir-là, il n’est pas sûr là où il est.
Là-bas, l’Armée qui s’accroche au pouvoir et qui veut créer des problèmes au gouvernement d’union nationale et qui surtout fait tout pour retarder l’obligation pour elle d’aller au combat pour recouvrer l’intégrité territoriale de son pays, cette Armée-là acceptera difficilement que ce témoin soit rendu aux siens. Il est donc tout à fait normal que la partie mauritanienne s’inquiète pour lui. Ses parents, ses amis, ses frères de la da’wa, les autorités… tout le monde ici s’inquiète.
Quand on sait que les enjeux sont importants, qu’aucune des questions soulevées à l’occasion du meurtre des prédicateurs n’a été éludée, que les complicités doivent exister au plus haut de la hiérarchie militaire malienne, il y a des raisons de ne pas croire que le survivant, seul témoin de la tuerie, soit livré aussi facilement aux siens.
Ce que les Maliens doivent savoir, c’est que ce soir-là des militaires ont reçu l’ordre de leur supérieur d’exécuter le groupe de 18 personnes appréhendées dans l’après-midi après avoir fait leurs formalités d’entrée sur le territoire malien auprès du poste frontière et après avoir décliné leurs identités aux éléments de l’unité. Celle-ci les gardera quelques heures avant de décider de s’en débarrasser en les exécutant.
Nos frères maliens – partis politiques, société civile, presse, gouvernement…- doivent se mobiliser pour obliger l’Armée à remettre Loula Ould Najem à la Mauritanie. Tout faire pour sauver le prédicateur Loula.

dimanche 16 septembre 2012

Ces contrôles qui dérangent


Chaque fois que je prends la route Nouakchott-Boutilimitt, je suis écœuré par le nombre de postes de contrôle : au moins huit, c’est-à-dire un en moyenne tous les 20 kilomètres (à peu près, restons Mauritaniens, restons approximatifs). Police, gendarmerie, douane et maintenant la sécurité routière. A quoi ça sert ?
D’abord à créer des goulots d’étranglement sur une route déjà «étranglée». Ensuite à exciter des usagers déjà excités. Enfin à corrompre des corps largement entamés.
C’est quoi un poste de contrôle de chez nous ? C’est un point de collecte d’impôts plus ou moins illégaux levés par des commissariats, des brigades, des compagnies etc. Ici, les usagers, du moins les imposables parmi eux, sont obligés de s’arrêter et de «rendre service», de «graisser la barbe» pour utiliser l’expression consacrée.
Les «imposables» sont d’abord ceux qui font le transport et qui prennent du plaisir à afficher leur mépris à ces postes. Ce mépris prend différentes formes. Il y a ceux qui interpellent les agents de loin en leur disant «je fais le nécessaire au retour, meherdak». Il y a ceux qui arrivent avec une surcharge et en ayant passé outre toutes les réglementations, qui s’arrêtent convenablement, qui descendent avec un billet bien en vue et qui reviennent avec le sourire comme pour dire que la cause a été entendue. Il y a ceux qui forcent gentiment le barrage, ce sont les habitués, ceux qui sont passés au moins une fois ce jour-là. Il y a ceux qui attendent calmement derrière leurs volants, l’arrivée de l’agent et qui «lui font ce qu’ils lui font» devant tous les passagers, sans forme. Cinq minutes en observant un poste de contrôle et vous serez édifiés.
Les véhicules personnels qui inspirent le pouvoir ou la richesse ne sont pas imposables, ils passent sans problème. Verres fumés ou pas, infraction ou pas, surcharge ou pas… circulez, il n’y a rien à voir. Quelqu’un dans la voiture ne s’empêchant pas de dire : «ils vous laissent passer parce que vous pourrez constituer pour eux une perte de temps et d’occasions». Ce sont les autres qui sont les plus recherchés, parce qu’ils sont plus exposés.
Reste que les véhicules sont surchargés, qu’ils ne répondent à aucune norme, qu’ils mettent en danger les passagers et les passants. Reste que les usagers finissent par ne plus avoir de respect pour l’autorité, par être un peu plus excités qu’ils ne l’étaient avant de prendre la route, un peu moins respectueux de l’ordre et du code. Quand un accident survient dans cet environnement, il ne peut qu’être meurtrier.
En trois mois cette année, il y a eu 1.622 accidents avec un bilan désastreux : 43 morts immédiats, 531 blessés dont de graves. Selon les autorités, 49% de ces accidents sont dus au «manque de vigilance» (de qui ?), 30% à l’excès de vitesse, 13% à de mauvais réflexes sans oublier les pannes mécaniques. Ce sont les chiffres officiels d’il ya trois semaines.
On se souvient que l’année dernière, le Président a dû lui-même exhorter les autorités concernées (transport, police, gendarmerie, sécurité routière…) à prendre conscience de l’ampleur du désastre et d’agir afin de limiter les dégâts. Qu’est-ce qui a été fait depuis ?
Une campagne médiatique qui a duré le temps de faire oublier les injonctions du Président, avant de revenir à la situation normale qui est celle de voir multiplier les postes de contrôles tout en assistant à une augmentation fulgurante des accidents.
Ces postes de contrôle ne servent à rien, sinon à diluer les efforts, à donner une mauvaise image de l’autorité publique et à participer à la détérioration des conditions générales du voyage.
Si l’on vous dit que jamais, de l’histoire récente du pays, un suspect n’a été arrêté par un poste de contrôle, que rarement – très rarement – ces postes ont appréhendé des colis suspects, qu’ils émettent très, très peu d’amendes pour les infractions pourtant nombreuses et visibles…, vous n’allez pas croire qu’ils ne servent à rien. Sinon à compliquer une situation déjà compliquée. 

samedi 15 septembre 2012

Encore un débat


On devrait s’empresser d’ajouter : «heureusement !», même si… Rien à voir avec le premier débat entre Mohamed Yahya Ould Horma (UPR) et Lô Gourmo Abdoul (UFP). Cette fois-ci le face-à-face a opposé Ahmed Ould Lafdal (RFD) et Mohamed Mahmoud Ould Jaafar (UPR). Toujours les mêmes thèmes : la situation politique avec les élections en vue, l’économie, le social, la sécurité, la diplomatie… Toujours de la même manière : le journaliste – notre confrère et ami Yedaly Fall – qui pose sa question avant de donner alternativement la parole à l’un et l’autre des intervenants.
Les deux hommes politiques étaient très polémistes. Chacun cherchant la confrontation, le clash. Le mode d’expression utilisé relevait plutôt du dialectal traduit. D’ailleurs, à différents moments, les deux hommes furent amenés chacun à terminer un bout de phrase en Hassaniya. C’est peut-être ici le lieu de se demander pourquoi ce genre de débat, du reste très intéressant, n’a pas été fait en Arabe et/ou dans les langues nationales. La portée aurait été plus grande…
Je retiens que les débatteurs étaient confrontés à l’habitude de la pratique de parler devant le public. L’un était passionnément opposé, l’autre passionnément rangé du côté du pouvoir. Si bien qu’on n’a rien senti d’autre que le rejet mutuel. Avec des pics de mise à mal qui ont viré parfois au cafouillage.
Un moment fort, c’est celui qui a vu les deux hommes avancer vers l’évocation de l’héritage de Ould Taya. A une série de questions sur les marchés de gré à gré et sur les concessions rurales, Ould Jaafar ne trouve pas mieux que de dire à son interlocuteur que ceux qui ont excellé là-dedans sont aujourd’hui dans le camp de l’opposition. «Mais vous étiez ministre avec eux, mieux vaut pour vous de ne pas en parler», lui rétorque Ould Lafdal avant de relancer sur l’isolement diplomatique de la Mauritanie qui serait selon lui aujourd’hui coupée de ses ancrages africain et arabe. Décrivant étrangement une situation que l’on vivait à la veille du 3 août 2005, avec notamment une relation encombrante avec Israël, la sortie de la CEDEAO et le froid avec les voisins.
Sur ces questions, Ould Jaafar qui est pourtant secrétaire exécutif aux affaires politiques de l’UPR, est incapable de répondre. Même pas de rappeler que pour le cabotage, la société exclue appartenait à un homme d’affaires qu’on disait proche du régime et que le prix de 14$/tonne a été appliqué à la MTM qui l’a toujours eu à 22-24$. Que les 450 hectares ayant servi à financer la construction de l’aéroport ne représentaient pas 5% des concessions rurales pour lesquelles des titres fonciers ont été donnés en toute illégalité par le passé. Que les faux chiffres ne doivent pas déranger, surtout pas ceux qui défendaient le bilan économique et financier de Ould Taya jusqu’au 2 août 2005…
Le problème chez nos élites c’est toujours le manque de sérieux dans la préparation des sorties publiques. On croit ici aux vertus de la spontanéité qui demande une sincérité dans les engagements et une parfaite connaissance des sujets qui pourraient être abordés. En l’absence de la sincérité et de la maîtrise des sujets, la confrontation tourne facilement à la vulgarité. Heureusement qu’on n’en est pas arrivé à ce stade ce soir-là.

vendredi 14 septembre 2012

Cultiver pendant qu’il est temps


Nous n’avons rien d’autre à faire que la politique. L’hivernage a été excellent, mais la politique nous a assez occupés pour nous empêcher de «cultiver notre jardin» pendant que c’est possible. Les terres cultivables s’étendent partout, attendant que les hommes et les femmes décident de les défricher, de labourer, de semer, pour pouvoir, demain, récolter. Non, sur la route de l’Espoir, peu de terres semblent avoir été cultivées.
La raison essentielle est la paresse des Mauritaniens. Ils ont perdu le goût du travail qui n’anoblit plus depuis qu’il y a les prébendes, les passe-droits, les privilèges octroyés aux intermédiaires politiques, aux thieb-thiabas de toutes sortes… C’est pourquoi la réhabilitation du travail est une nécessité dont il faut faire une cause.
Il y a aussi la non application de la loi domaniale qui décourage les vrais travailleurs de la terre. Quand on sait que la propriété tribale des terres est encore forte, alors que la loi dit que «la terre appartient à celui qui la travaille», on comprend le désintérêt des cultivateurs réels. La terre ne leur appartenant pas, ils n’ont pas accès à l’outil de production et s’ils y ont accès ce sera à un prix excessif (métayage, tribut…). Un souci que notre encadrement national – autorités, opposants, société civile…- doit prendre en charge pour le poser et faire des propositions le concernant.
Que ce soit au sud, dans la Vallée, ou ailleurs, le problème de la propriété est central dans l’évolution sociale et économique du monde rural. Il se pose de différentes manières selon les régions, mais s’exprime partout dans l’incapacité pour certains, pour raisons de statuts sociaux, d’accéder à la propriété terrienne.
Rien n’est entrepris pour mobiliser les énergies et disponibiliser les terres à cultiver aux travailleurs qui veulent les travailler…

jeudi 13 septembre 2012

Big mistake


Ce serait une grande erreur de la part de l’administration américaine que de s’arrêter à l’aspect protestations contre une insulte faite aux Musulmans à travers la production d’un film dénigrant. Les Musulmans – et pas seulement eux, les Juifs et les Chrétiens aussi – sont habitués à ces attaques inconsidérées et excessives de la part de l’industrie hollywoodienne. Certes, les nôtres (Musulmans, Arabes et Noirs) restent les victimes préférées de Hollywood, mais toutes les grandes religions ont souffert de ces traitements. Haine, racisme, stigmatisation, amalgames… messages éternels de la boîte à images américaine.
La colère exprimée ces jours-ci dans les rues arabes et musulmanes est le fruit de toute une politique étrangère qui ne semble pas souffrir des changements intervenus dans le monde, ni de ceux intervenus à la tête de l’Appareil américain.
Toujours le même engagement sans condition derrière Israël. Toujours le même soutien indéfectible à l’idéologie raciste de l’Etat sioniste. Laquelle nous renvoie toujours les mêmes images de Palestiniens dépossédés, assassinés, torturés, exilés, embastillés… en toute illégalité, en toute impunité.
L’entêtement des extrémistes au pouvoir en Israël n’a pas atténué l’engament des Américains qui viennent d’ailleurs de reconnaitre Al Qods (Jérusalem) comme capitale éternelle d’Israël. Comme pour donner une prime à la forfaiture qui consiste à refuser de reprendre les pourparlers de paix.
Il est vrai que pour un temps, les images affreuses qui pleuvaient des Territoires et de Gaza, furent occultées par celles d’un «printemps arabe» qui a finalement été plus sanguinaire, plus destructeur que toutes les guerres civiles dans les territoires concernés. Et si l’on fait la somme, il est aisé de voir que le résultat final est celui de balayer toutes velléités anti-israéliennes, de détruire toute menace qui était - ou qui aurait pu être ou qui aurait dû être pour Israël.
Bientôt deux ans que le «printemps arabe» dure et quels résultats pour les Arabes ? L’Iraq est toujours à feu et à sang à cause de la gestion américaine de l’occupation : avec notamment l’institutionnalisation du communautarisme, l’armement et l’utilisation des factions les unes contres les autres. Il ne suffit pas de se retirer pour se dédouaner d’une gestion meurtrière.
La Syrie est à genoux et ne se relèvera pas rapidement. Le Yémen, la Libye et même l’Egypte et la Tunisie mettront du temps à se normaliser. Les autres pays auront aussi leurs crises de croissance sous forme de dommages collatéraux d’un aventurisme occidental dont l’Administration américaine a été le fer de lance.
Finalement Obama=Bush (père et fils)=Reagan=Carter=Nixon=…. Rien ne change pour nous quand il s’agit de la politique extérieure de la première puissance mondiale. Toujours le même déséquilibre, le même alignement sur le bourreau, le même soutien à l’arbitraire, la même propension à l’exercice de la force brutale, les mêmes réflexes de prédation…
La colère et la haine exprimées dans la rue musulmane en général, arabe en particulier, ne sont pas le fruit de la production d’un film, mais la conséquence de quelques décennies de frustrations nées des mauvais choix de l’administration américaine.

mercredi 12 septembre 2012

Le 11 septembre libyen


Cela s’est passé à Benghazi, cette ville que l’OTAN a utilisée comme prétexte pour détruire le régime de Kadhafi en donnant «un coup de main» à la rébellion. C’est bien pour sauver Benghazi des troupes «barbares» que les pays du Traité atlantique ont dit entreprendre leur entreprise guerrière en Libye. C’est ici que les célébrations du 11ème anniversaire des attentats du 11/9 ont été les plus meurtriers pour les Américains, chefs de file de l’OTAN.
Dans la matinée du mardi 11 septembre, sous prétexte – il y a toujours un prétexte à tout – de protester contre la diffusion d’un film insultant pour la foi musulmane, un groupe armé est entré dans le Consulat américain de Benghazi. Comme par hasard, l’Ambassadeur Chris Stevens se trouvait là en compagnie de nombre de ses collaborateurs. On se souvient du visage sympathique de l’Ambassadeur du temps où il faisait des spots pour expliquer sa mission aux populations. L’attaque va emporter avec lui trois autres américains dont un diplomate et deux Marines.
L’attaque intervenait quelques heures avant l’élection d’un nouveau chef de gouvernement par le nouveau Parlement libyen. Elle a joué sans doute dans l’élection du candidat islamiste, l’opinion cherchant en eux le meilleur bouclier anti-jihadiste. Parce que l’attaque est bien le fait des Jihadistes, probablement ceux du groupe Ançar Echari’a (les soutiens de la Chari’a). Elle pourrait être une réponse – tardive peut-être, mais une réponse quand même – à la liquidation du numéro deux d’Al Qaeda, Abu Yahya Alliby, chef charismatique auquel plusieurs factions libyennes vouent respect et allégeance. Si cela se confirme, cela met l’administration américaine dans un pénible dilemme.
Le Président Obama est en pleine campagne pour une présidentielle de tous les risques. Si la réponse n’est pas ferme et surtout immédiate, tous ses espoirs de réélection pourraient être compromis. Si, par contre, la réaction est prompte et si elle répond aux attentes – expédition punitive et meurtrière contre le groupe qui a organisé l’attaque -, cela pourrait servir sa campagne.
Comment faire alors que les amis libyens n’ont pas les moyens de livrer les auteurs du crime ? Comment faire surtout si l’on sait que la partie libyenne ne peut rien entreprendre contre les groupes armés concernés qui ont, eux aussi, leurs assises tribales, leurs cercles d’influence, leurs poids au sein des structures dirigeantes… ?
Toute attaque américaine compromettrait sérieusement les équilibres déjà fragiles en Libye. Et ouvrirait la voie à toutes les fractures de la Libye de l’après Kadhafi.
Pour rappel, la première guerre outre-Atlantique menée par les Etats-Unis après leur indépendance fut celle dite de «la Tripolitaine». Quand en mai 1801, ce territoire exigea des Etats-Unis d’Amérique un impôt de 83.000$, plus que la somme habituelle payée en contrepartie de la protection de la flotte américaine contre la piraterie souvent soutenue par les autorités elles-mêmes. Le refus américain décida le Pacha à déclarer la guerre aux Américains qui s’empressèrent de bloquer le port de Tripoli. Ils connurent un premier revers avec la destruction de la frégate «Philadelphia» et la prise en otage de son équipage dont le Captain William Bainbridge. Ce qui donna lieu à une guerre qui dura entre 1801 et 1805 et qui se termina par un accord revenant à la situation ante et au paiement d’une rançon de 60.000$ pour les prisonniers.
Les souvenirs de cette époque sont toujours présents dans l’esprit des faiseurs de guerres comme ceux du Pentagone. Tout comme les images des ambassades américaines de Beyrouth et de Téhéran dans les années 70… dur, dur...

mardi 11 septembre 2012

Et les victimes maliennes ?


Ils sont finalement douze Mauritaniens dont trois ont traversé la frontière avec une carte d’identité malienne et ont les corps ne seront donc pas remis aux autorités mauritaniennes, sous prétexte de ces pièces. Neuf Mauritaniens sur les 16 tués par l’unité de Djabali, restent 7 qui sont maliens.
Les autorités mauritaniennes, même si elles évitent d’exercer trop de pression sur le gouvernement malien déjà en proie à des difficultés énormes, la réaction a plutôt été ferme. Dénonciation de l’acte qualifié d’assassinat barbare, demande d’une enquête indépendante à laquelle la partie mauritanienne devrait être associée, rapatriement des corps… et naturellement excuses officielles.
Le ministre malien des affaires étrangères a été dépêché à Nouakchott pour marquer la compassion officielle et présenter les condoléances aux familles et au peuple mauritanien en général. Le ministre de la défense serait prêt à impliquer la partie mauritanienne dans une enquête sérieuse et transparente. Les corps sont rapatriés et une grande cérémonie organisée pour leur inhumation. Moment de ferveur et d’union.
Mais personne ne fait état des 7 maliens assassinés dans les mêmes circonstances. Aucune ONG malienne n’a élevé la voix pour condamner ou demander justice. On a juste entendu Ançar Eddine et le MUJAO dire qu’ils considéraient cela comme un acte de guerre et qu’ils vont y répondre. La société civile malienne qui s’émouvait il y a peu pour une main coupée – ce qui est grave, il est vrai – à Gao, n’a pas émis la moindre protestation devant l’exécution de sang-froid de 7 maliens et du sort encore inconnu réservé à deux autres (le chauffeur de la voiture et son apprenti). Pas un mot, pourquoi ? Parce que tous sont du Nord ? Parce que les déboires de l’Armée malienne doivent systématiquement être passés sous silence ?
Ce que l’opinion publique doit savoir, c’est que ces prédicateurs – dou’aat, comme ils s’appellent eux-mêmes – ne constituent aucune menace et ne l’ont jamais constitué, ni au Mali où ils ont leur plus grand bureau en Afrique de l’Ouest (Bamako), ni en Mauritanie où ils sont présents depuis le début des années 90, ni au Sénégal où une chasse a été engagée contre eux récemment.
On peut les assimiler aux groupes islamistes militants, surtout quand on ne peut rien contre ces groupes militants. Ils sont effectivement pacifiques, sans velléité de violence aucune, prêchant la bonne conduite, refusant de répondre à la provocation, désarmés…
L’Armée malienne qui a tourné le dos aux combattants jihadistes et aux rebelles du Nord, peut se permettre la méprise et tirer sur ces preux moines. La réalité est têtue : le défi pour cette armée est d’aller déloger les indépendantistes et les terroristes qui ont occupé une partie de son territoire, pas de créer des problèmes de plus à un gouvernement qui tente de recoller les morceaux.
En fait, l’incident peut être compris comme une vaine tentative du groupe de Kati – l’ex-junte qui a tout perdu et qui sera obligé un jour ou l’autre à revenir au front – de déstabiliser le nouveau gouvernement qui a pour mission de rétablir la légitimité constitutionnelle et l’unité politique pour envisager la reconquête du Nord. La sortie du capitaine mutin puis putschiste Sanogo à l’ORTM au lendemain de la bavure s’explique par sa volonté de disculper sa troupe (ou ce qui en tient lieu).C’est une anticipation sur les accusations et une façon de couvrir les éventuelles lectures «complotistes». C’est l’aveu et l’expression du sentiment de culpabilité profond de la junte qui tire toujours les ficelles.
Mais où est la classe politique malienne ? où est la société civile malienne qui a su peser par le passé dans le déroulement des faits et dans l’exercice du pouvoir, en devenant un réel contrepouvoir ?  où est l’intelligentsia malienne ?
P.S : la liste des neuf preux dou’aat mauritaniens : Nana Ahmed, Sid’Ahmed Cheikh Yahya, Mohamd Essaghir Mohamed Val Cheikh, Maouloud Sid’Ahmed, Ahmed Baba Eli, Iatwal Eyamou zeidane Bati, Ivikou Abdallahi Mohamed Val, Mohamed Ahmed M’haymid, Ntalla Djibril.