samedi 19 novembre 2011

La fin d’une traque ?


Sayf el Islam (le glaive de l’Islam, littéralement), le plus politique, le plus guerrier des fils de Kadhafi vient d’être arrêté dans le sud libyen. Il tentait visiblement de gagner l’espace sahélo-saharien, soit par le Niger où se trouve déjà l’un de ses frères, soit par le Mali.
La première fois où j’ai entendu parler de Sayf el Islam, c’était au milieu des années 90 quand on parlait de lui comme futur successeur de son père. A l’époque on entrevoyait chez quelques-uns des dirigeants arabes une volonté de fonder des dynasties en préparant leurs fils à leurs successions.
Les premiers à traiter avec lui furent les Occidentaux. Naturellement : on ne s’embarrasse jamais ici quand il s’agissait d’intérêts, sonnant et trébuchant du reste. Couvertures de magazines et de journaux, la une de télévisions officielles, réceptions en son honneur… tout y fut. En moins de temps qu’il faut pour le raconter, l’homme devient le chargé des relations publiques auprès des pays européens et américains. Pour son père.
C’est lui qui négocie les arrangements qui vont permettre la normalisation de la Libye avec la communauté internationale. Il discute avec les renseignements anglais et américains, avec les diplomates, les présidents et chefs d’Etats pour trouver une porte de sortie dans le dossier de Lockerbie, de celui de l’attentat du DC 10 d’UTA… Il fait plier son père qui va jusqu’à décider de se plier quant au dossier des armes interdites (chimiques et nucléaires).
Sayf el Islam est présenté comme un homme moderne qui sera la chance de la Libye de demain. Exactement comme ce fut le cas pour Bechar el Assad, Jemal Moubarak…
En février dernier, alors que la Libye connait ses premières révoltes, alors que tout indiquait que le changement tant attendu était nécessaire, Sayf el Islam fait une sortie où il menace le peuple libyen en promettant que beaucoup de sang va couler. Promesse tenue. Largement d’ailleurs.
Même s’il y a lieu de rappeler que Sayf el Islam n’est pas le seul responsable – avec lui l’OTAN, les rebelles et tout son clan à lui -, il faut espérer qu’il soit jugé par la Cour internationale pour laquelle il avait espéré se rendre. Il pourrait avoir le même sort que son père et son frère froidement assassinés, ce qui ajoutera un trauma de plus à la dramatique situation de la Libye. Prions pour qu’il soit épargné pour être jugé.

vendredi 18 novembre 2011

Le printemps qui dure


Le printemps arabe… dès le début on sentait qu’il y avait une arnaque en acceptant d’adopter une appellation aussi optimiste que celle-là. Il est vrai que les évènements de Tunisie ont vite enflammé les rues arabes et même européennes et américaines. D’où ce mouvement mondial de «l’indignation».
Quelques semaines après la fuite de Ben Ali, et c’est le dictateur d’Egypte qui s’en est allé contraint. Quelques mois et c’est Kadhafi qui connait une fin tragique. Cela dure encore au Yémen et en Syrie, dans une moindre mesure au Bahreïn.
Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on. La Tunisie à elle seule ne peut pas faire le «printemps arabe». Et, malheureusement, il n’y aura que la Tunisie…
Seule la Tunisie semble réussir à pousser le changement au-delà d’un simple lifting du système ayant sévi des décennies durant. Sans doute le niveau d’instruction a-t-il joué dans ce pays qui a, depuis l’indépendance en 1956, joué la carte de la ressource humaine. Il y a certainement aussi la proximité de l’Europe et surtout le bon départ d’une Tunisie libérée des pesanteurs ancestrales par la volonté d’un moderniste visionnaire : Habib Bourguiba.
La place de la femme, le niveau de scolarisation, l’école moderne, la promotion de la culture (arts, écriture, lecture…), le tout a joué maintenant que le pays se trouve à un tournant de son histoire.
Mais il y a un peu plus que cela. Il y a Rachid Ghanouchi, ce leader islamiste qui a fait ses relectures bien avant que la Turquie islamiste ne fasse les siennes. Idéologue du mouvement islamiste tunisien, Ghanouchi a su (et pu) concevoir un mouvement enraciné dans les valeurs traditionnelles et résolument moderniste. Dès la chute du régime Ben Ali, l’homme est rentré n’attendant pas de voir s’exprimer les radicalismes libérés par la disparition d’un régime qui réduisait au silence tous les acteurs. Il est rapidement entré dans le débat interne, choisissant de s’investir lui-même pour contenir les affrontements prévisibles à cause des passions.
La démarche a été payante pour un mouvement qui a eu le mérite de n’avoir jamais composé avec la dictature. Pas un moment. Sa réussite aux élections est une prime à l’opposition, à l’attitude d’objection morale aux trafics politiques ambiants.
Le processus de mise en place d’un gouvernement d’union, plus ou moins consensuel, est le fruit de la maturité d’un mouvement qui a su être autonome. C’est un défi pour tous les mouvements islamiques dans le monde arabo-musulman où la décennie à venir sera celle de la conquête du pouvoir par ces mouvements.
Le processus «révolutionnaire» est beaucoup moins évident en Egypte où il reste otage de vieilles querelles, de visions archaïques (celle notamment des idéologues islamistes du début du 20ème siècle), et surtout du système qui n’a perdu que l’une de ses têtes (visibles).
En Libye, il faudra attendre que se calment les vents annonciateurs d’instabilités politiques et sociales pour parler de «processus révolutionnaire». Au Yémen et en Syrie, l’entêtement des pouvoirs en place continue de mener à la dérive. Au Bahreïn, la confrontation avec l’Iran permet à la minorité Sunnite de réprimer en silence…
Vous avez dit «printemps arabe» ?

jeudi 17 novembre 2011

Le peu qui fâche


On ne peut prendre au sérieux les rumeurs concernant quelques «malaises» dans les relations de la Mauritanie avec certains pays. Notamment le Qatar, les Emirats Arabes Unis, un peu moins le Koweït et l’Arabie Saoudite.
Avec ces pays l’on apprend que la campagne lancée par les disciples de Kadhafi depuis le début des attaques de l’OTAN contre le dictateur libyen, que cette campagne de dénigrement des Emirats du Golfe a bien pris. Insultes à leurs dirigeants, manifestations dans la rue avec des scènes où l’on voit les drapeaux brûlés etc.
Il paraît que les ambassades des deus Etats du Golfe (EAU et Qatar) à Nouakchott ont envoyé des lettres de protestation au ministère des affaires étrangères mauritanien lequel n’a pas daigné répondre.
Pour l’ambassade des Emirats, une lettre parlant du projet de manifestation a même été envoyée au ministère, mais aucun retour n’est venu rassurer ou expliquer que la liberté de manifester et de s’exprimer est ici garantie par la loi. Et que ce qui allait être dit n’engage qu’un petit groupe d’individus affiliés à une vision politique donnée… il y avait quelque chose à dire aux représentations diplomatiques de ces pays. Quelque chose qui pouvait préserver la particularité des liens.
Le pays de l’Emir Cheikh Zayed Ben Sultâne al Nahyane mérite un traitement particulier de la part des Mauritaniens. Nous devons aussi culpabiliser pour l’absence de représentant mauritanien à ses obsèques en 2004. A l’époque, la politique d’isolement menée par le régime conduisait à des comportements de ce genre. Sinon comment comprendre l’absence des Mauritaniens qui ont profité des largesses d’un Etat qui a accompagné leur développement, construisant routes, hôpitaux et écoles ?!? Ce fâcheux précédent nous dicte plus d’attention vis-à-vis des Emiratis. Tout comme le précédent avec le Koweït que nous avons lâché au moment de son occupation en 1990. Et l’Arabie Saoudite dont nous avons célébré l’attaque du territoire (Khafgi) en 1991. Autre époque, autres mœurs politiques.
Aujourd’hui que le pays est lancé sur la voie de la refondation, nous avons intérêt à faire plus attention à ces voisins …lointains, frères tout proches. Ce n’est pas parce qu’on est disciple de Kadhafi que l’on doit oublier que ce que les Emirats, le Koweït, l’Arabie Saoudite, le Qatar et même l’Irak ont donné à la Mauritanie n’est en rien comparable avec l’apport libyen. En terme de réalisations ayant profité aux populations. En terme aussi de soutien moral et politique.
Sans renier notre indépendance de décision ni nos lois garantissant la liberté d’expression, exprimons notre gratitude d’une manière ou d’une autre.

mercredi 16 novembre 2011

L’un des secrets du bonheur


C’est une émission de France 2 qui m’a inspiré. Une émission intitulée : «Leurs secrets du bonheur». L’autre soir, l’actrice, réalisatrice et auteur Florence Foresti s’est prêtée aux exercices proposés par Ilios Kotsou, chercheur en psychologie des émotions, enseignant de notoriété internationale. Il fait partie d’un groupe de chercheurs internationaux qui travaillent sur les secrets du bonheur de manière scientifique, quantifiable. C’est à la lumière d’une récente étude, «Etude Emmons, RA & Mc Cullough (Université de Californie)», qu’il «s’amusait» ce soir-là ç faire des démonstrations simples et utiles. Voir la vie sous un angle positif, optimiste, éviter le stress…
Ce soir-là, deux éléments du secret du bonheur ont attiré mon attention. Le premier, c’est l’expression de la gratitude. Elle rend plus heureux à plus de 25%. Elle permet de mieux dormir, de mieux vivre sa vie en dormant mieux et plus, en s’ouvrant mieux et plus sur l’autre, en subissant mieux le stress… Vous aurez compris que dans une société qui ne cultive pas la gratitude, il est intéressant de savoir cela.
On ne dit pas merci ici. On n’a pas d’exigence vis-à-vis de celui qui vous sert. Quelqu’un me disait l’autre jour que nous avons une société qui ignore les protocoles. Je dirai que c’est plus que ça : nous avons perdu l’habitude de reconnaitre le bienfait de l’autre, l’exigence morale de la reconnaissance, de la gratitude… En perdant le réflexe de dire «merci», on perd aussi une chance d’être heureux.
Deuxième élément, le sourire aux lèvres. Il déterminerait votre bonheur à l’intérieur et tout autour. Nous avons perdu le sourire… depuis longtemps.
Comprenez alors que nous soyons constipés. Des générations de constipés au sein de notre élite. Ce qui explique le recul de la joie, cause principale de certains de nos déboires psychologiques et sociaux.  

mardi 15 novembre 2011

Sans commentaire


Le lien m’a été envoyé par l’un des avocats de Mohamed Lemine Ould Dadde, ancien Commissaire des Droits de l’Homme. Il s’agit d’un article publié le 15 novembre par l’hebdomadaire français L’Express. Sous la plume de l’un de ses grands reporters, Vincent Hugeux et avec pour titre «Un combattant des droits humains embastillé en Mauritanie».
Sans commentaires, je vous propose en lecture des extraits :
«Que reproche un parquet aux ordres à cet activiste libéral, hier farouche opposant au régime autocratique de Maaouiya Ould Taya (1984-2005)? Officiellement, des malversations et détournements d'un montant de 271 millions d'ouguiyas, soit 750000 euros, commis dans l'exercice de ses fonctions. Grief fantaisiste, au regard des incohérences et des à-peu-près d'un dossier d'accusation digne de figurer parmi les études des cas soumises à des étudiants en droit de première année
«Tout indique que ce noble de la tribu des Tagounanet, fils d'un notable érudit, paie avant tout son engagement résolu contre l'esclavage et autres traditions féodales, tels l'excision ou le gavage des jeunes filles promises au mariage. A l'évidence, ses initiatives en faveur des Haratine, serfs négro-africains affranchis, auront irrité une élite arabe attachée à la perpétuation d'archaïsmes socio-ethniques. Mohamed Lemine avait d'ailleurs d'emblée prêché l'exemple, rendant sa liberté à son " frère de lait " Etman, l'esclave qui, conformément aux usages maures, lui fut alloué à sa naissance. Mais voilà: dans la Mauritanie de 2011, les tabous ancestraux font de la résistance

lundi 14 novembre 2011

Participe (passé), participe (présent)…

L’ouverture de la nouvelle session parlementaire m’amène à (re)parler de la participation aux futures échéances et au déroulement du dialogue et surtout aux conséquences du refus de certains d’y participer.
La présence des députés de l’Opposition «refusante» (rabida) du dialogue et de ses résultats interpelle à deux niveaux. Au niveau de la légitimation de la tenue de la session en dehors des délais initiaux qui voulaient que le mandat de la Chambre soit consommé : en acceptant de venir, les députés de l’Opposition (dure) bénissent l’avis donné par le Conseil Constitutionnel sur la possibilité d’étendre le mandat au-delà des délais initialement prévus.
Au niveau aussi de la légitimation des accords passés lors du processus du dialogue. La présente session sera, comme l’a dit le président de l’Assemblée Messaoud Ould Boulkheir, consacrée à l’adoption des textes de loi issus de l’accord intervenu entre les parties prenantes au dialogue. Les discussions autour de ces textes seront l’occasion pour les absents aux assises du dialogue d’apporter les correctifs qu’ils jugent nécessaires. A défaut d’avoir participé en tant que partis et cadres, ils vont le faire donc en tant que députés. Ce sera l’occasion pour les promoteurs de ce dialogue de faire plus de consensus autour de cet accord.
Revenons donc à l’exigence pour nous de savoir si les partis politiques vont pour une fois avoir une ligne de conduite conséquente. Sans mélange de genre.
En attendant, peut-on reprendre ce rappel de notre confrère QDN : "Il s’agit de l’Ordonnance n° 91-028 du 7octobre 1991 portant loi organique relative à l’élection des députés de l’Assemblée Nationale, modifiée par l’ordonnance 91-041 du 8 Décembre 1991 et la loi 2001-28 du 7 Février 2001 qui stipule en son article 2 : « Les pouvoirs de l’Assemblée Nationale expirent à l’ouverture de la cession du mois de Novembre à la cinquième année qui suit son élection. Sauf cas de dissolution, les élections générales ont lieu dans les soixante (60) jours qui précèdent l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée nationale."
Qui est complice de quoi dans ce cas ? et qui va finir demain par dénoncer ce dont il est responsable en partie ? 

dimanche 13 novembre 2011

Elections en vue


Il y a quelques mois, on se faisait étriper si on défend l’opportunité d’une participation au dialogue entre Pouvoir et Opposition. Certains partis ont finalement accepté d’engager ce dialogue. Cela a abouti à un accord qui est, quoi qu’en disent ses détracteurs, est une nette avancée sur la voie du raffermissement de la démocratie.
Renforcement des règles de la transparence avec la naissance d’une CENI ayant le contrôle de toute l’opération électorale, augmentation substantielle des taux d’élus à la proportionnelle, volonté de limiter le nomadisme politique, obligation de passer par les partis pour se faire élire, mesures visant à garantir la neutralité de l’administration et de l’Armée…
Les élections dont la date reste à fixer, doivent obligatoirement être prévues avant octobre 2012. Il faut y penser dès à présent. Le refus de participer au dialogue va-t-il dicter le boycott des élections ? Est-ce que les partis du refus seront amenés par la logique de rejet à ne pas participer aux futures élections ?
Des questions qu’on évite de se poser (et de poser) à présent et qu’il va falloir poser un jour.
Nos politiques choisiront certainement le dernier moment pour se poser de telles questions. Comme toujours ils devront répondre dans la précipitation, sous la pression des sentiments. Comme toujours.