vendredi 9 janvier 2015

Reprise de la guerre contre la gabegie ?

Il promet depuis un certain temps d’activer l’arsenal mis en place pour lutter contre la gabegie. On l’attendait sur les récentes affaires qui ont secoué le secteur financier à commencer par les banques puis le trésor public. Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a enfin réagi en nommant un nouveau Gouverneur à la tête de la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) et un nouvel Inspecteur Général de l’Etat (IGE).
Le nouvel IGE est Mohamed Lemine Ould Guig, ancien Premier ministre du temps de Ould Taya, ancien président de la Cour des Comptes et professeur de Droit à l’Université de Nouakchott. Le courage physique de l’homme a toujours été mis en avant pour expliquer son incapacité à s’adapter et à prendre ses marques du temps de la prédation. A chaque fois, il a vite été rejeté par le corps des hauts fonctionnaires composés essentiellement de prédateurs aguerris. Cette expérience lui servira à redorer le blason de l’IGE en imposant aux décideurs de donner suite à ses inspections et en rendant plus visible son action.
A la BCM, c’est Aziz Ould Dahi qui arrive. Tout le monde lui reconnait des qualités de compétence, de rigueur dans la gestion, d’humilité dans le comportement… Tout ce qui peut faire la réussite à la tête d’une institution aussi importante que la BCM. L’ancien ministre de la modernisation de l’administration et jusque-là directeur de la CNAM, préside aussi un cercle de réflexion, Mauritanie-Perspectives (MP) qui a vocation de proposer des réponses aux problématiques de développement, notamment la mal-gouvernance.
Ces nouvelles nominations arrivent dans un contexte particulier. Le système bancaire vit actuellement l’une de ses crises majeures avec le retrait de deux agréments, celui de la Maurisbank et celui de la FCI, une société financière d’investissements qui a monté le fameux Sukuk. Ce retrait est prématuré dans la mesure où on ne semble pas avoir cherché à trouver des solutions à ces deux problèmes, notamment celui de la Maurisbank.
Voilà une banque qui ne participe plus à la compense depuis près de huit mois, sans que cela suscite chez l’autorité de tutelle, la BCM, une quelconque réaction. Inutile de revenir sur les conditions de sa création et sur tout ce qu’on raconte sur le cursus de son promoteur, l’homme d’affaires Ahmed Ould Mogueya dont ce ne sont pas là les premiers démêlés avec le système bancaire.
Il suffit de s’en tenir au manque de prévoyance et à l’indulgence du contrôle des banques en général, vis-à-vis du processus de faillite de la Maurisbank. Comment la BCM n’a rien vu venir ? Pourquoi avoir attendu des mois pour réagir ? Pourquoi passer directement au retrait de l’agrément de la banque sans procéder à des tentatives de sauvetage dont certaines sont prévues par la réglementation ? Pourquoi par exemple la BCM n’a pas décidé la mise sous tutelle de la Maurisbank quand quelques dysfonctionnements sont apparus, notamment quand elle a commencé à s’absenter de la compense ?
Cette odeur de complicité se dégage aussi quand on découvre que de nombreux importateurs payaient les droits de douane en chèque certifiés par la Maurisbank. Les chèques sont ensuite déposés à la direction du Trésor pour être soldés auprès de la BCM. Seulement il est à remarquer qu’on laissait s’empiler les chèques au niveau du trésor. Jusqu’à hauteur de cinq milliards environ. Qui laissait faire ainsi ?
Le coup de balai que le Président de la République semble vouloir donner passe nécessairement par l’assainissement de la situation au niveau du ministère des finances. Pour se demander comment a-t-on laisser faire tout ce temps ? Pas seulement ces chèques, mais aussi la prédation qui a déjà abouti à la découverte de malversations au niveau des directions régionales et qui ont occasionné près d’une dizaine de milliards, rien que sur ce qui a été révélé.
Au niveau du Trésor, il y a deux payeurs, l’un suivant la situation extérieure, l’autre celle intérieur. Si le premier doit gérer des mouvements qui se font trimestriellement surtout, le second suit des mouvements quotidiens.
Il y a quelques années, la direction du Trésor avait demandé aux banques primaires de lui permettre l’accès direct aux comptes ouverts par ses bureaux de l’intérieur. Ce qui permettait un suivi immédiat des versements.
L’absence du système Rachad au niveau de l’intérieur est compensé par ce suivi et par l’existence d’une direction appelé pompeusement la Direction de l’audit et du contrôle. En réalité, cette direction n’a pas su créer un cadre lui permettant de bien remplir sa mission. En plus de l’absence d’un statut spécifique des auditeurs et d’une Charte pour engager leur moralité, il y a aussi une faiblesse de taille : absence de tableau de bord et de code de procédures pour l’audit. Les pesanteurs sociales et les carences personnelles viennent s’ajouter aux conditions déjà objectivement mauvaises.
Face au percepteur, l’auditeur/contrôleur qui n’a pas exploité le système d’information existant – les données au niveau de la BCM par exemple, l’état des comptes des différentes perceptions, de ceux des communes… -, cet auditeur ne peut que se satisfaire de ce que lui dira le percepteur. Le contrôle se résume alors à un arrêt de caisse et ne va pas au-delà des mouvements qui seront présentés par le percepteur qui peut alors surestimer les notifications de besoins (dépenses), sous-estimer les provisionnements et/ou gonfler les avances faites pour combler les déficits des communes.
Vient s’ajouter à ces données favorables à la mauvaise gestion et à la prédation, le système maffieux qui s’est installé peu à peu au ministère des finances et surtout dans les représentations régionales du Trésor. L’inamovibilité de certains responsables et l’obligation pour le ministère de procéder à des permutations au lieu de nommer et dénommer au bout d’un temps donné. Finalement ceux qui succèdent apprennent rapidement de leurs prédécesseurs, les mécanismes frauduleux qui ont été suivis jusque-là. Parce qu’ils pensent en user, ils protègent et couvrent ces prédécesseurs. Jusqu’à quel niveau la complicité existe ? C’est ce que le nouvel IGE doit découvrir au plus vite. Parce qu’il en va du système des finances déjà sérieusement affecté par l’incompétence ou la mauvaise volonté de ses responsables. Sinon comment expliquer les problèmes autour de l’appui budgétaire accordé par l’Union européenne (UE) ?
Mais la tâche de Aziz Ould Dahi, le nouveau Gouverneur de la BCM est plus urgente et demande beaucoup plus de tact. Il ne suffit pas de corriger les problèmes immédiats liés à la situation de la Maurisbank qui a désormais la latitude d’engager et de gagner un procès contre la BCM, tellement la procédure a été mal faite de bout en bout, il faudra aussi redresser ce qui peut l’être d’un système bancaire fragilisé par des pratiques peu orthodoxes.
D’abord sur le nombre des banques : une vingtaine de banques agréées pour une population d’environ 100.000 clients (les comptes sont estimés à 300.000) et une activité économique relative. Sans compter les institutions financières de microcrédits et celles des particuliers.
La décision de retirer les agréments révèle l’absence d’une garantie pour les déposants. En effet la BCM indique ainsi qu’elle ne garantit pas les banques primaires, la solidarité interbancaire qui a prévu un fonds alimenté régulièrement pour intervenir dans de tels cas, cette solidarité ne suffit pas à elle seule. Dans le cas de la Maurisbank, cette solidarité ne peut prévaloir dans la mesure où la BCM a tué cette banque.
Dans un pays où la bancarisation a toujours été un obstacle, il est à craindre de voir les gros déposants retirer au plus vite leurs avoirs parce qu’ils savent désormais que personne ne garantit la banque où ils ont choisi de déposer leur argent.
A tous ces problèmes il faut ajouter la nécessité d’assainir le portefeuille de chaque banque primaire, les prêts sont souvent accordés sur des bases clientélistes, parentèles ou affairistes, toujours subjectives.
C’est dans cette fourmilière que le jeune Aziz Ould Dahi devra mettre les pieds. C’est ce cocotier qu’il devra secouer. La question ici n’est pas de savoir s’il a les coudées franches ou si la volonté politique de vouloir assainir le système est réelle, mais la question est de savoir s’il y a le temps pour cela.

jeudi 8 janvier 2015

L’actualité booste Timbuktu

C’est une dépêche de l’AFP que je vous fais lire et qui parle des chances de notre compatriote Abderrahmane Sissako pour son film Timbuktu. La dépêche :

"Timbuktu", film magistral d'Abderrahmane Sissako sur la vie quotidienne àTombouctou occupé par les islamistes, est le premier film mauritanien candidat à l'Oscar du meilleur film étranger, et il est parvenu à se hisser en pré-sélection. Déjà une victoire en soi, a expliqué le cinéaste à l'AFP.
Gagner un Oscar "serait avant tout une victoire de l'Afrique. Etre dans une +short list+, c'est déjà quelque chose de rare pour le continent, et quand ça arrive on a l'impression que c'est lui qui avance, qu'on parlera de lui différemment ne serait-ce qu'un instant", a-t-il déclaré en marge du festival du film de Palm Springs, enCalifornie.
Le fait que ce film "au propos actuel" touche les gens, "y compris les votants" de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, qui décerne les Oscars, "est une satisfaction", ajoute-t-il.
Cette coproduction française concourt avec huit autres titres retenus parmi un record de 83 films, aux côtés du polonais "Ida" ou du russe "Leviathan". La liste des cinq finalistes sera annoncée le 15 janvier avant la cérémonie de remise des prestigieuses statuettes dorées le 22 février.
"Timbuktu", à la cinématographie épurée et lumineuse, sortira le 28 janvier auxEtats-Unis. Il est depuis le 10 décembre sur les écrans français après avoir remporté le prix du jury oecuménique au festival de Cannes, entre autres distinctions, et récolté des critiques dithyrambiques.
L'actualité brûlante liée aux massacres du groupe Etat Islamique en Syrie et enIrak a contribué à la visibilité du film.
"Depuis la première à Cannes, il y a eu un phénomène d'identification à la victime en Europe et aux Etats-Unis," avec les vidéos d'exécutions d'otages occidentaux diffusées par les islamistes sur internet et relayées par les médias, "mais l'EI n'a pas commencé par couper les têtes d'Américains. Il y a des exécutions de masse, des viols quotidiens" loin des caméras, souligne le réalisateur âgé de 53 ans.
"Timbuktu" dépeint le courage des habitants qui se battent pour garder leur dignité, leur vie, et notamment des femmes, contraintes d'abord de se couvrir le corps et le visage jusqu'à ne plus pouvoir travailler, d'adolescentes mariées de force, violées, au risque d'être tuées.
Les hommes, les femmes résistent, continuent à chanter même sous la torture, à jouer au football même sans ballon, à parler à l'envahisseur pour le mettre face à ses contradictions.
"Cette forme de résistance, c'est la survie même, elle existe partout, mais on ne les voit pas. Combien de femmes qui ont refusé d'être violées et qui sont mortes? Imaginez ce qui se passe en Syrie en ce moment", interroge le réalisateur qui a voulu montrer que "la principale victime, c'est l'islam".
Tombouctou, occupée en 2012 par les islamistes d'Aqmi et d'Ansar Dine, "est une ville connue pour sa religiosité, mais aussi pour sa foi ouverte qui n'exclut pas les autres, sa compassion. C'est ça qui a été pris en otage", estime le cinéaste aux cheveux marqués d'une mèche blanche.
Le film devait initialement être tourné au Mali. "A un mois du tournage àTombouctou, qui était déjà libérée (par l'opération militaire française Serval, ndlr), il y a eu un attentat suicide devant la garnison. Là, je me suis dit que c'était naïf d'amener une équipe étrangère de Français, de Belges. On aurait été des cibles privilégiées. On a finalement tourné à Oualata, en Mauritanie, avec le soutien de l'Etat, qui a décidé de sécuriser le plateau".
Le film n'a pas encore été montré au Mali, mais l'a été en Mauritanie, où le cinéaste s'est réinstallé il y a quatre ans après de nombreuses années passées en France. "La sortie nationale était nécessaire pour pouvoir concourir aux Oscars", remarque notamment Abderrahmane Sissako, qui fait le constat de la déshérence du cinéma en Afrique, un continent où les salles de cinéma ont largement péréclité et où la production de films est anémique.
Après "En attendant le bonheur", "Bamako" et "Timbuktu", ce cinéaste travaille sur un nouveau projet, beaucoup moins politique, "sur la Chine et l'Afrique, avant tout une histoire d'amour. Je veux montrer la mondialisation, la réalité d'un monde qui change".

mercredi 7 janvier 2015

L’horreur au siège de Charlie Hebdo

Ils avaient bien calculé leur coup : cette réunion de rédaction de Charlie Hebdo sera la dernière pour les plus brillants des dessinateurs de cet hebdomadaire «bête et méchant». Quand les agresseurs ont crié dans la rue «Nous avons tué Charlie !», ils exprimaient là toute l’absurdité du crime crapuleux qu’ils venaient de commettre. En ce mercredi matin, les secondes qui ont précédé la tuerie, Charlie Hebdo est au bord de la faillite. Ses provocations désinvoltes, son style corrosif à l’excès, son irrévérence maladive, ses acharnements contre une religion donnée (l’Islam), la stigmatisation de l’Islam cultivée comme un dogme… tout ce qui fait le journal satyrique a fini par lasser malgré la brillance des dessinateurs qui sont là. Même l’intelligence, même la puissance de la créativité finissent par forcer au détournement des regards à force d’éblouir.
Depuis près d’un an, Charlie Hebdo ne vend plus 50% de son tirage – à peine 30.000 exemplaires. Le journal subsiste grâce à quelques dernières volontés, des donateurs sur le point d’arrêter. Les journalistes sont aux abois. Il est très probable que l’un des sujets évoqués en cette matinée de réunion hebdomadaire de la rédaction, était l’état critique du journal.
Les meurtriers sont venus. Ils ont froidement tué et blessé ceux qui étaient là avant de se retirer en disant qu’ils venaient de «venger le Prophète Mohammad» (PSL).
Au-delà de tout ce qui sera dit sur les meurtriers et leurs intentions, sur l’Islamisme et le radicalisme, sur l’intégration des Musulmans de France, ou sur l’horreur du geste malheureux, il est important pour nous ici de savoir qu’il s’agit certainement là d’une affaire franco-française. Même si elle met en cause des égarés de l’Islam de France, elle ne peut et ne doit satisfaire chez nous aucune soif de vengeance. Elle ne peut et ne doit être considérée comme un acte d’héroïsme à célébrer. Elle ne peut et ne doit susciter chez nous un quelconque sentiment d’approbation ou de culpabilisation. Hormis le dégoût que suscite toute haine, la révolte qu’inspire tout extrémisme, le refus que nourrit toute barbarie. Nous sommes des humains et en cette qualité, nous sommes choqués par tout ce qui peut découler de la déshumanisation des individus.
Non, le problème en France n’est pas l’Islam, ni les Musulmans, encore moins leur capacité à s’intégrer, à fondre dans la République, à en reconnaitre et à en assimiler les préceptes. Le problème, c’est bien la capacité de la société française, d’essence judéo-chrétienne, à adopter l’Islam et ses fils. Les dérives s’alimentent les unes les autres. Les extrémismes se nourrissent les uns des autres. Dérives et extrémismes naissent de l’excès qui peut prendre la forme de marginalisations, d’exclusions, de stigmatisations… tout ce qui est le lot de la communauté musulmane de France… comme si cette communauté n’était pas la deuxième du point de vue nombre après celle catholique… Ils naissent certainement de la gausserie continuelle : à force de se sentir indexé, vilipendé, moqué, raillé…, on finit par perdre son sang froid, sa modération, sa raison…
Mercredi 7 janvier 2015, un peu avant 11 heures du matin, le journal Charlie Hebdo vit des moments difficiles qui peuvent sonner le glas de son existence, la société française est déboussolée par l’absence de propositions politiques et d’hommes ayant le charisme pour la faire rêver à un avenir meilleur, le Parti Socialiste au pouvoir se débat dans ses contradictions internes, le Président François Hollande est au plus bas dans les sondages, l’économie française peine à se relever…
Ils sont venus, ils ont tué et semé la panique… Ils ont oublié que leur geste pourrait sauver ce qui peut l’être : Charlie Hebdo, le Parti socialiste, François Hollande, la société française et finalement la France.

C’est en cela que ce 7 janvier 2015 s’apparente à un certain 11 septembre 2001.

mardi 6 janvier 2015

Le danger se rapproche

A quelques encablures de la frontière entre le Mali et la Mauritanie, les Jihadistes viennent de mener leur attaque la plus spectaculaire et la plus meurtrière. A Nampala au Mali, le bilan provisoire se chiffre à neuf tués au sein de l’armée régulière malienne. On parle aussi d’otages pris par les assaillants au moment de leur retrait.
Selon les informations fournies çà et là, les assaillants auraient pénétré dans la ville au petit matin à bord de motos et à pieds. Ce qui indique que leur point de départ n’est pas loin. Ils ont pris possession des bâtiments officiels sur lesquels ils ont hissé le drapeau noir frappé de la profession de foi des Musulmans. Ce drapeau qui est d’abord celui d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) avant d’être le signe de reconnaissance de ceux de l’Etat Islamique (Da’esh). Parmi les assaillants, il y aurait surtout des Peulhs et des Touaregs, selon certaines sources.
Côté malien, on estime que les assaillants sont partis de Wagadu, cette forêt rendu célèbre par les incursions de l’Armée mauritanienne en 2010 et 2011 quand elle avait réussi, à elle seule, à empêcher l’établissement d’une base terroriste en ce lieu. A l’époque, il faut le rappeler, la mauvaise volonté du gouvernement Amadou Toumani Touré (ATT) et la complicité des populations locales avaient empêché l’extermination des groupements de combattants terroristes d’AQMI.
Même si côté mauritanien on ne déplore aucune incursion tout près de notre frontière, il y a lieu de s’inquiéter des développements de l’insécurité dans cette partie du Mali. En effet, la proximité des centres urbains désormais cibles des terroristes, la fragilité des populations locales, la possibilité d’infiltration d’éléments isolés, tout cela ne peut laisser indifférent ici.
L’inquiétude a d’ailleurs été exprimé par le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz lors de son déplacement à Conakry quand il a jugé que cette attaque «est très grave parce que Nampala est au sud, et c’est à la frontière avec la Mauritanie». Quelle réponse donner alors ?
Il est utile d’accélérer le processus de mise en place d’une force sahélienne pour faire face à la menace qui s’étend à tous les pays dits du champ, c’est-à-dire l’Algérie, le Niger, le Mali et la Mauritanie. Les chefs d’Etats Major des Armées de ces pays se trouvent actuellement réunis à Alger où ils essayent de trouver une solution commune au trafic d’armes venus de Libye. Il s’agit pour eux à présent de mutualiser réellement leurs efforts pour éviter la sanctuarisation du Nord Mali.
Il ne s’agira plus de simplement procéder «à un échange d’analyses et d’informations», encore moins d’évaluer des «actions» qui n’ont finalement pas eu lieu, mais de mettre en œuvre effectivement «la stratégie de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée adoptée entre ces pays». Cela commence par définir l’action à mener dans l’immédiat pour éviter les débordements des guerres qui se passent – et celles qui couvent – dans le Nord Mali.
Pour ce qui est de la Mauritanie, la position vis-à-vis de cette guerre qui reste la nôtre pour les menaces qu’elle fait peser sur la stabilité et la sécurité de notre espace, cette position a été jusque-là sage et payante.
D’abord l’offensive préventive qui a permis d’éloigner la menace quand aucun autre pays ne voulait participer à la lutte contre le terrorisme dans le Nord Mali. Ensuite le refus de s’embarquer dans une opération d’urgence dont les conséquences pèsent déjà dans la complication de la situation. Enfin la solidarité avec les pays voisins et peuples frères avec l’accueil des réfugiés et l’implication dans la recherche de solutions aux problèmes posés.
Tant que les terroristes s’abstiennent de cibler la Mauritanie, il n’y a pas de raison d’ouvrir un front avec eux. Sans pour autant oublier l’adage latin : Sivis parcem para bellum (qui veut la paix prépare la guerre).

lundi 5 janvier 2015

Le dialogue probable

Encore une fois, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz se dit prêt à ouvrir un dialogue. Au cours de son discours de lancement de la cinquième édition du festival des Villes anciennes qui se tient cette année à Chinguitty, le Président Ould Abdel Aziz a déclaré :
«Nous avons déclaré au cours du discours d'investiture du nouveau mandat présidentiel notre constante disponibilité à rester ouvert au dialogue avec toutes les composantes nationales parce que nous sommes convaincus de la nécessité de la participation de tous à l'œuvre de construction nationale. A cette importante occasion, je renouvelle notre entière disposition pour l'instauration d'un dialogue inclusif pour la réalisation des intérêts suprêmes de la nation».
L’occasion n’est pas traditionnellement consacrée à faire des déclarations du genre. Elle a toujours été celle de discourir sur le passé riche du pays qu’on tente de restaurer à travers la revivification des centres culturels que furent les villes anciennes. L’appel est donc solennel dans sa forme. Il l’est aussi dans son fonds parce qu’il ne revient pas sur les procès d’intention des uns et des autres et qu’il demande un dialogue INCLUSIF, un qualificatif que les autorités ont toujours évité d’utiliser parce que faisant référence aux périodes de crise précédant l’Accord de Dakar.
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment les autres parties vont-elles réagir et aller au-delà des premières réactions. 
D’abord le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) qui rassemble l’opposition radicale dont la majorité des formations avait boycotté les derniers scrutins. Le FNDU va-t-il saisir l’opportunité ouverte ainsi pour présenter de nouvelles propositions ou va-t-il s’en tenir à sa position traditionnellement exprimée et qui met en doute d’avance tout ce que le pouvoir propose ?
Il est difficile d’envisager, alors que le FNDU est dirigé par le RFD de Ahmed Ould Daddah, autre réponse que le rejet sous prétexte que la confiance n’y est pas. On peut alors invoquer toutes les fois où ces forces politiques sont allées au dialogue sans en récolter les dividendes. Situant la responsabilité du seul côté du Pouvoir.
Mais il est probable par ailleurs que la recherche d’un compromis politique l’emporte surtout qu’au sein du FNDU, il existe bel et bien un courant ou plusieurs courants dont la stratégie ne peut rester celle de la chaise vide.
D’abord Tawassoul qui a participé aux élections législatives et municipales et qui a désormais la direction de l’Institution de l’Opposition Démocratique dont elle peut faire un cadre de convergence et un outil de compromis. La logique de Tawassoul est de participer en attendant l’échéance 2019 qu’il faut dès à présent préparer.
Il y a ensuite tout le groupe des anciens Gauchistes qu’on retrouve soit au sein de l’Union des forces du progrès (UFP), soit au sein           de Moussa Fall. Ce groupe a une doctrine politique basée sur la participation au jeu pour s’ouvrir les portes de l’implication dans l’exercice du pouvoir en vue «du changement de l’intérieur». Il se retrouve aujourd’hui, à cause du boycott, à la marge du jeu. Plus grave pour ses militants emblématiques, son destin est désormais lié à celui de Ahmed Ould Daddah qui est aux antipodes du modèle de leadership conçu et bâti sur des décennies d’histoire politique par la littérature militante des Kaidhines et du Mouvement national démocratique (MND) dont sont issues les troupes de ce groupe.
Il y a enfin tous les snipers politiques, les électrons libres, anciens hauts cadres de l’administration PRDSienne pour la plupart, ceux-là ne peuvent se laisser confiner dans des rôles d’opposants, même si cela leur permet de se blanchir et de faire oublier leur participation active au pillage systématique des ressources et à la corruption du processus démocratique. Ils cherchent chacun, une courroie, une fenêtre, une passe où s’engouffrer. La situation actuelle ne peut perdurer pour eux.
Il est temps pour tous d’exprimer un positionnement clair et conforme à la réalité sociopolitique du pays, prenant en compte aussi les rapports de force et les capacités de chacun à atteindre ses objectifs.

En réalité les attelages qui existent – à commencer par le FNDU – ne répondent pas à une logique politique, idéologique et même stratégique partagée. C’est pourquoi, le comportement est celui qu’on connait. Et c’est pourquoi le résultat est celui qu’on voit. Pas besoin d’en dire plus.

dimanche 4 janvier 2015

Le Président à Chinguitty

Quand le Président de la République va à Chinguitty, c’est toute la République qui y va. Ou presque. C’est ce que, du temps de Ould Taya, notre éminent politiste Zekeria Ould Ahmed Salem avait associé au principe de «la souveraineté déambulatoire». Le Pouvoir se déplace avec celui qui le détient… la République suit...
Après le Maire de la ville, c’est naturellement la ministre de la culture, Mme Vatma Val Mint Soueyne’ qui prit la parole pour faire un discours apprécié pour la qualité de la langue, pour les thèmes abordés et pour la parfaite diction. La jeune ministre n’a pas eu le trac, ce qui lui a permis d’assurer.
Ce fut le tour du Président de la République qui avait exceptionnellement préparé un discours écrit. Est-ce parce qu’il devait faire appel à un dialogue ou pour éviter les écarts ? En tout état de cause, le discours a axé sur la portée et les objectifs du festival qui tente de restaurer la grandeur des villes anciennes. Il est aussi une tentative de briser l’enclavement imposé par la menace terroriste qui a longtemps pesé de tout son poids sur cet espace.
«En ce jour mémorable est né le Prophète qui a mis un terme au mythe de la mécréance et de l'athéisme faisant ainsi sortir l'humanité des ténèbres vers la lumière.
Nous nous inspirons et prenons exemple des principes et pratiques du vénéré Prophète qui a réuni sous la bannière de l'Islam et de sa tolérance, Noirs et Blancs, riches et pauvres, avec pour unique échelle de valeur, le degré d'intensité de la foi et le niveau de dépassement au service de la société
».
Un peu pour introduire le sujet de la cohésion sociale et de l’unité nationale : «C'est cela l'Islam, notre sainte religion, source de notre législation et fondement de notre cohésion sociale, de notre unité nationale auxquelles nous veillons tous, société et Etat, à consolider et renforcer, à travers une politique nationale intégrée sur la base de la protection des libertés individuelles et collectives et de l'enracinement des principes des droits de l'Homme, de la justice, de l'égalité entre les citoyens et de la lutte contre la pauvreté dans les zones urbaines et rurales».
Pour finir l’idée par ce verdict : «Notre attachement, peuple et Gouvernement, à ces nobles principes et valeurs est profondément enraciné dans nos pratiques et nobles vertus comme nous y incite notre religion. L'action d'une poignée d'extrémistes, promoteurs du discours de la haine et de la discorde, ne saurait nous en détourner».
Pour reprocher ensuite le silence de «certaines parties extérieures» des décennies durant devant les violations de Droits de l’homme commises au quotidien.

Pour conclure enfin : «La véritable approche pour éradiquer les séquelles du passé, y compris celles liées à l'esclavage, réside dans la lutte contre la pauvreté à travers la transformation de l'économie, le relèvement de la qualité des prestations sanitaires et éducatives et l'amélioration générale des conditions de vie de l'ensemble des citoyens. C'est cette politique que nous avons suivie au cours des six dernières années et que nous continuerons à renforcer au cours du présent mandat présidentiel».

vendredi 2 janvier 2015

Un prêche profond

La visite de l’une des villes anciennes est toujours une occasion de refaire le chemin supposé être celui de dizaines d’hommes et de femmes nous ayant précédés dans cet espace qu’ils ont probablement fixé tel qu’il est aujourd’hui. Partir vers la vieille mosquée de la ville de Chinguitty n’est pas un simple acte de dévotion. C’est aussi un moment d’introspection profonde et de communion avec un espace et ses hommes.
En ce vendredi, j’ai préféré y aller très tôt. Prendre les chemins que prenaient de grands érudits en leur temps, descendre les ruelles les unes après les autres, passer devant ce qui semblait avoir été une école coranique avec son espèce d’internat, pour se retrouver devant la mosquée sans avoir été guidé par autre chose que les traces de pas qui réussissent à marquer l’étendue de sable qui tente d’engloutir ce qui reste encore de la vieille cité.
On peut imaginer que dans le temps, la mosquée surplombait les environs, que son minaret était visible à des lieues de là, qu’il permettait aux voyageurs perdus dans les dunes du Ouarane et sur les escarpements du D’har de se retrouver et de se savoir sauvés. Aujourd’hui, il faut être à côté pour voir le minaret. Il faut descendre des marches pour entrer dans la cour de la mosquée. Descendre un autre niveau pour se retrouver à l’intérieur de l’édifice.
Deux ou trois personnes sont déjà là. Après les rak’at obligatoires à l’entrée d’une mosquée, on peut, si l’on veut discuter de choses et d’autres en attendant l’appel officiel à la prière.
Mes voisins parlent de l’état du pâturage dans le Tiris et le Zemmour. L’un d’eux explique qu’il a préféré envoyer son troupeau vers l’Assaba, «même si cette région est infestée de moustiques et qu’elle reste hostile à l’homme d’ici». Comme on voit l’intérêt que suscite le sujet chez le citadin d’à côté, on l’associe pour trancher : «Sur la route des régions du Sud, il y a quelques nourritures comme le sbat ou oumerekba, il y a l’eau et il n’y a pas cette nécessité de faire le déplacement d’un trait. Alors que vers le Nord, l’inexistence de quoi manger pour les bêtes, la rareté de l’eau nous obligent à faire quinze jours de déplacements continus pour arriver dans le Tiris, quinze jours sont nécessaires pour aller jusqu’au Zemmour et c’est là où les dernières pluies ont véritablement arrosé».
Contre argument de son interlocuteur : «Mais quand tu arrives au Zemmour et même déjà au Tiris, une semaine suffit pour voir les animaux doubler de poids, au point de ne plus distinguer le chamelon de sa mère que par la trace de ses petits pas. Alors que de l’autre côté, tu as la fièvre, les maladies qui affectent les animaux, l’eau impropre…»
Le premier appel à la prière interrompt la conversation. Un appel qui est suivi par une litanie dont une première partie est consacrée à glorifier le Créateur, une deuxième à demander aux Croyants de se préparer à la prière et une troisième à dédier une dévotion particulière au Prophète Mohammad (PSL). C’est la première fois que j’entends pareille chose. Je me dis que c’est probablement comme ça que nos ancêtres faisaient, si ce n’est un rite introduit plus ou moins récemment. Autre particularité : trois muezzins vont se succéder pour faire le même appel à la prière ailleurs lancé en un seul moment et par la même personne.
L’Imam Isselmou Ould Bah n’a pas besoin de haut-parleur pour faire entendre sa voix cassée : l’autorité morale est là pour imposer ce timbre fatalement affecté par l’âge. La prestance et le charisme n’exigent finalement pas un physique dissuasif : le frêle sexagénaire en impose à tous les présents. Il parle de la fraternité, de la solidarité, de l’altruisme, de l’humanisme et de la fraternité… dans une société tiraillée par les querelles nourries par les cloisonnements tribaux et politiques, empoisonnée par la pesanteur d’un passé encore très présent… Puis le Saint homme entreprit d’invoquer la Toute-puissance divine pour arroser ces régions et leurs habitants. L’invocation prit le ton dramatique avec la description de l’état des bêtes et des hommes, des arbres et de la nature en général… Le ton était solennel mais emprunt d’humilité. Toute une leçon en moins d’un quart d’heure, un rite sans manière tout en gardant sa profondeur et sa sacralité.