samedi 17 mai 2014

Nouvelle Mederdra

Je suis sur la route de Mederdra où je suis invité par un ami, notable politique dans le département. Sidi Mohamed Ould Sidi (dit Mohamed el Khamess) organise une cérémonie de soutien au candidat Mohamed Ould Abdel Aziz. Cette précampagne qui s’exprime à travers les «initiatives», survivance d’un âge que nous ne voulons pas passer.
L’occasion pour moi de sortir de Nouakchott et de recommencer à respirer les airs intérieurs. Plus que 17 kilomètres à goudronner des cinquante qui séparent Tiguind de Mederdra. Les poteaux électriques devant servir le réseau qui s’étend de la ville vers les localités Ouest jusqu’à Boer Tores sont en phase de fin d’installation. Dans moins d’un mois, l’électricité arrivera certainement dans toutes ces localités. A ce moment-là aussi toute la route sera très probablement goudronnée. Mais déjà l’on voit les changements sur les populations suite à l’existence de telles infrastructures. Avec cette frénésie dans les constructions aux abords de la route et donc la mise en valeur des terres. L’on attend d’autres incidences plus importantes pour les populations, notamment les facilités de transport, l’existence de nouvelles activités, l’ouverture de nouvelles perspectives pour les marchés éventuels… cela ne s’arrête pas là.
Pour les habitants l’effet psychologique est très important.
Voilà une «vieille» ville qui n’a pas connu de grands changements depuis les années soixante. Une ville qui a subi en plein les effets dévastateurs des sécheresses qui ont frappé la région des années durant. Puis la pression politique, la ville ayant toujours été le foyer de la contestation et du refus de l’ordre établi, elle a fourni l’opposition en cadres et en idéologues, ce qu’elle a dû payer sous les régimes des cinquante premières années de l’indépendance.
Dans quelques mois, disparaitront certainement, les vieilles maisons en briques de ciment fortement mélangé au sable ocre des dunes environnantes, disparaitront aussi les vieilles portes en bois qui sont là depuis le début des années soixante. Parce que les habitants voudront donner de la valeur à leurs habitations, parce que la nouvelle route permettra d’acheminer plus aisément les matériaux nécessaires, les nouvelles conditions attireront des professionnels du bâtiment…
A Medredra, la mairie et les populations doivent travailler quand même à préserver ce qui reste de la ville historique : le lieu où le Cadi Hamed Ould Bebbaha (inégalable Erudit, somptueuse personnalité débordant de générosité et d’humanisme) rendait la Justice en toute conscience ; l’ancien gîte d’étape ; l’emplacement des anciennes prisons qui ont vu quand même passer Shaykh Hamahoullah, M’hammad Ould Ahmed Youra et quelques-uns des illustres résistants de l’époque coloniale et postcoloniale ; les maisons administrative (dyaar el bidh, école Folenfant, marché central, la tribune érigée en 1965, le château d’eau (l’ancien), la maison du préfet, les deux puits qui alimentaient la ville avant les années soixante…
Au lendemain du coup d’Etat de juillet 78, un nouveau préfet a été nommé à Mederdra. Sa première décision a été de vider la salle des archives dans la rue. Laissant disparaitre ainsi une mine d’informations sur une époque qui fait quand même partie de l’Histoire de ce pays. Pour s’expliquer plus tard, ce préfet devenu gouverneur pour ses hauts faits d’arme puis président de la Cour Suprême, disait qu’il fallait détruire les traces du colonisateur…
Il faut préserver quelque chose de cette histoire, ne serait-ce que quelques monuments.

vendredi 16 mai 2014

Incorrigibles politiques

Une rediffusion d’un meeting visiblement organisé par Tawaçoul avec la participation des leaders du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU). A un moment, le président du parti islamiste Jamil Mansour prend la parole. Très à l’aise comme à son habitude, il trouve utile de présenter les leaders un à un : nom, prénoms et fonctions. Il commence par Moustpha Ould Abdeiderrahmane, président du Renouveau démocratique (RD) et termine par  
l’Ambassadeur Mohamed Said Ould Hommodi président du Manifeste des Haratines.
Une vingtaine de personnes, peut-être un peu plus sont citées une à une. Quelques remarques.
On comprend que l’exercice, original en quelque sorte, visait à «installer» ces leaders dans l’atmosphère Tawaçoul : l’annonce de chaque nom est suivie d’applaudissements plus ou moins forts (c’est Salah Ould Hanenna de Hatem, le putschiste de 2003, qui gagne à l’applaudimètre). Une manière de galvaniser la foule présente. Une manière aussi de dire que «tout le monde est là».
Mais l’exercice était maladroit. Il est la preuve d’abord que ces leaders pourraient être mal connus par les militants de Tawaçoul. Alors qu’à entendre les noms des «nominés», il n’y a aucun inconnu dans le tas. Au contraire.
Il y a la catégorie des dirigeants politiques ayant fait leurs armes à l’ombre de tous les pouvoirs qui ont régné en maîtres absolus sur le pays les décennies passées. Manipulateurs, acteurs directs, ils ont été impliqués – et fortement impliqués – dans la gestion du pays durant toute la période qui a précédé le coup d’Etat de 2008. Ils ont été parfois des inspirateurs, parfois des bras pour les pouvoirs qui se sont succédés en Mauritanie. Est-il utile de souligner que la future présidentielle, sera la première du genre où certains d’entre ces grandes personnalités ne seront pas aux premières loges (dirigeant campagnes et communication) ? Toutes les présidentielles ont vu ces «cadres» mettre leurs compétences au service des «présidents sortants», leur dénichant les belles formules pour aborder les campagnes, écrivant de belles tirades pour fustiger leurs protagonistes (parfois les diaboliser). C’est donc la première fois qu’ils seront mis hors d’état de …servir. C’est peut-être tant mieux.
Il y a la catégorie des activistes dont les parcours n’ont jamais été aussi clairs et tranchants. Ils sont les «funambules» de la politique. Leurs positionnements ont découlé de la conscience chez eux de l’obligation de toujours s’adosser à un pouvoir parce qu’ils désespèrent de l’exercer directement. Ceux-là ont eu l’intelligence de ne pas se compromettre ouvertement avec les pouvoirs, de prendre des risques en dénonçant certains excès tout en «calmant le jeu» quand cela pouvait servir à se rapprocher un peu plus du cœur du pouvoir.
Il y a la catégorie des militants des groupuscules qui ont été orientés vers l’activité syndicale ou le travail dans la société civile. Ils sont un peu les «officiers traitant» pour le compte de leurs formations politiques d’origine. Intimement liés à elles, ils ont inféodé syndicats et ONG aux groupes politiques.
Il y a la catégorie des opposants «historiques» qui ont suivi des parcours chaotiques tout en restant quand même de forts symboles. C’est le cas du président Ahmed Ould Daddah qui se trouve noyé au milieu d’un «monde politique» qui a été pour beaucoup dans ses échecs, ses erreurs d’appréciation, sa diabolisation aux yeux de l’opinion publique, la réduction de son rôle comme «chef de file de l’opposition» (avec les modifications apportées au Statut de l’Institution de l’opposition démocratique), sa relégation à la troisième place aux élections de 2009… Pas un homme cité ce jour-là qui ne doit pas des excuses au chef du Rassemblement des forces démocratiques. A gauche, ceux qui l’ont présenté comme étant le Mal en 1992, à droite ceux qui lui ont volé son destin de président en 2007, au centre ceux qui lui ont refusé d’être le candidat unique de l’opposition, un peu partout ceux qui ont manigancé pour lui barrer toutes les routes… même les plus secondaires.
Même aujourd’hui, ce rassemblement qu’est le FNDU a vite pris l’allure d’une manœuvre visant à mettre hors jeu le leader Ould Daddah qui, le comprenant, avait d’abord refusé d’y prendre part, puis accepté avec les conditions qu’on sait (prise de parole à l’ouverture, interdiction d’inscrire la question du candidat unique à l’ordre du jour…). Le «noyer» aujourd’hui au milieu d’un parterre d’hommes politiques qui ont tous travaillé contre lui, c’est un peu le banaliser et en faire «un homme politique comme les autres»…
Il y a enfin la catégorie des «personnalités indépendantes» qui tentent de faire oublier leurs engagements politiques en s’inscrivant sous ce label. Bénéficiant d’un certain respect, ils sont pour la plupart d’anciens cadres, hauts fonctionnaires ayant évité la politique – s’ils n’étaient pas franchement au service comme les autres – et ayant eu des ambitions «présidentielles» à un moment de leurs vies.
Une question : qu’est-ce qui unit tout ce monde en dehors de la haine de Ould Abdel Aziz ?

jeudi 15 mai 2014

Retour au pays

Avec l’âge – je crois -, les liens avec le pays deviennent plus forts et plus pesants. Plus question de s’oublier dans les «délices de Capoue», dans la beauté des paysages toujours verts, dans les cafés toujours pleins, dans les animations d’une société de consommation frénétique… Dès la première semaine de l’absence, on commence à se plaindre, à «manquer de quelque chose» qu’on ne sait pas définir, à chercher «quelque chose qu’on connait»… Même s’il s’agit du Maroc qui est quand même un pays très proche, presque soi-même, on est vite en manque…
Alors le voyage du retour devient un événement majeur, intense, stressant et en même temps enivrant. Le temps pris à gagner l’aéroport, à faire les formalités d’enregistrement, puis les formalités policières et douanières, toutes les étapes se transforment rapidement en désagréments qui, dès qu’ils sont dépassés, sont oubliés parce qu’on aura fait un pas de plus vers cette Mauritanie qui nous manque. Le temps de penser à tous ces compatriotes qui vivent ailleurs pour différentes raisons…
Il y a ceux qui ont quitté pour des raisons économiques, des exilés à la recherche du travail : des qui ont étudié à l’extérieur et qui ont préféré y rester pour continuer dans leurs domaines de compétences. Il y a tous ceux qui, villageois et anciens campagnards, sont partis pour les mêmes raisons – chercher du travail – sans avoir de compétences particulières. Il y a cette jeunesse qui a fui le pays dans les années 80, 90 et 2000 pour absence d’horizons : mal formée, mal préparée, aucune chance pour elle de trouver du travail. Ce sont ces vagues qui se rendaient en Espagne en particulier pour les vendanges, aux Etats-Unis pour les petits boulots. Dans cette diaspora-là, il y a de grandes qualifications : on n’a pas oublié les Rencontres nationales d’experts mauritaniens de l’intérieur et de l’extérieur organisées par l’ANESP. Ce son bien ces Rencontres qui ont recommandé la création d’un département dédié aux Mauritaniens de l’étranger…
Il y a ceux de nos compatriotes qui sont partis pour des raisons politiques de persécutions. Ceux parmi eux qui ne sont pas revenus depuis que le pays est revenu à une situation normale où le danger d’écrire, de manifester, bref de s’exprimer n’existe plus, ceux-là sont restés par manque de confiance en l’avenir ou pour raisons de conforts personnels. Combien sont-ils en Belgique, en France, aux Etats-Unis, et disséminés un peu partout dans le monde ? Personne ne sait, mais ils existent en bon nombre.
A ceux-là il faut ajouter les nouveaux candidats à l’exil qui, pour être acceptés dans les pays riches du Nord, invoquent des raisons aussi farfelues que les persécutions pour «raisons sexuelles» ou «religieuses». Dans la première catégorie, on range ceux qui partent parce qu’ils ne «peuvent pas afficher publiquement leurs orientations sexuelles», autrement dit leur homosexualité. Dans la deuxième, les candidats racontent qu’ils sont poursuivis pour raison de «conversion au christianisme», ce qui est puni par la loi.
Mais la frange de nos compatriotes partant à l’étranger dans des conditions difficiles et parfois dramatiques, ce sont bien tous ces malades accompagnés de leurs familles qui sont obligés de partir en Tunisie, au Maroc, au Sénégal, au Mali pour se soigner souvent pour des maladies qu’on peut bien traiter ici. La présence de plus en plus évidente de malades mauritaniens et l’importance de la facture pour eux et pour l’Etat, doit amener les autorités à réfléchir à une solution au plus vite.
Il y a certes l’effort de moderniser le plateau médical en équipant les hôpitaux. Il y a eu toute l’évolution notoire de l’assurance maladie qui a permis de limiter les évacuations sanitaires. Il y a eu la création de nouvelles structures spécialisées dans la lutte contre des maladies qui tuent de plus en plus en Mauritanie. Mais il reste l’effort à faire au niveau de la ressource humaine, surtout de sa mise à niveau. On a comme l’impression que nos praticiens manquent de tout : expérience, connaissances (parfois), conscience… On peut en parler pendant des jours, ce ne sont pas les exemples ni les indices qui manqueront. Alors ?

En cette veille de campagne pour la présidentielle, la santé doit faire l’objet d’une sérieuse réflexion et de grandes propositions. Elle doit être au centre des débats. Tout comme l’éducation.

mercredi 14 mai 2014

Touche pas à «mon» opposition

En Mauritanie, la plupart du ceux qui s’activent sur la toile (ils doivent être en-deçà de 3000) exercent un véritable terrorisme intellectuel à l’égard de toutes les voix différentes à celles qu’ils veulent entendre. Gare à vous si vous êtes capables de dire ce que vous pensez de la situation du pays sans être un opposant radical, un esprit sectaire, un raciste invétéré (anti ceci ou cela). Il faut, pour avoir le soutien (ou l’indifférence) des commentateurs anonymes dans la plupart du temps (signe d’une grande lâcheté qui fait qu’on n’assume pas ce qu’on exprime), verser dans le sens d’une Mauritanie en état de putréfaction ethnique, sociale, économique et politique. Il faut défendre par exemple une communauté contre une autre, décrire une situation de l’esclavage où l’on trouve des marchés d’esclaves, des pratiques avérées (qui existent mais en nombre de plus en plus limité), nier toute avancée, s’interdire de critiquer les voix qui dominent par la cacophonie qu’elles produisent… Le politiquement correct ici est d’imposer un pessimisme ambiant qui cherche à donner une image d’un pays sans avenir et sans passé.
En lisant l’interview du chercheur Vincent Bisson et les réactions qu’elle a suscitées parmi le lectorat francophone, je suis surpris par tant de haine et de mauvaise foi. Je sais, pour l’avoir expérimenté à mes dépens, que remettre en cause la «pensée unique» d’un spectre d’opposants très déterminés à ne rien lâcher sur le net, relève du grand risque de se voir lynché par une foule (de doigts, non de personnes) se préservant quand même derrière le confortable masque de l’anonymat.
Qu’a dit ce chercheur, grand spécialiste de la Mauritanie (auteur notamment d’une belle thèse sur les dynamiques comparées d’urbanisme en milieu rural en Tunisie, Jordanie et Mauritanie) pour irriter les cyber-activistes radicaux ?
Que «l’opposition mauritanienne considère que les conditions ne sont pas réunies pour la transparence du scrutin (présidentielle de juin prochain, ndlr). Donc elle ne veut pas servir de caution démocratique à la réélection du président Mohamed Ould Abdel Aziz». Pour aller plus loin que Vincent Bisson, l’opposition a toujours considéré comme erreur le fait d’avoir participé aux élections de 2009 suite à l’Accord de Dakar. Alors que l’erreur à ce moment-là c’est d’avoir cru pouvoir louvoyer en essayant de reculer les échéances : en signant les Accords, les représentants des deux pôles politiques de l’opposition tablaient sincèrement sur l’impossibilité de respecter les délais légaux. Oubliant que l’Accord avait l’assentiment de la communauté internationale et qu’elle allait obliger toutes les parties à en finir. Deuxième erreur – peut-être s’agit-il d’une carence plus que d’une erreur – c’est le choix des représentants dans la CENI et au sein du gouvernement d’union nationale devant superviser les élections : aucun de ses représentants n’a accepté de démissionner quand les partis l’ont demandé pour éviter d’en arriver au terme du processus. Troisième erreur de taille : avoir refusé de reconnaitre immédiatement les résultats comme le préconisait l’Accord et exiger la suite (dialogue inclusif).
«Les raisons en réalité ne sont pas valables» nous dit Vincent Bisson. Qu’on le veuille ou non, toute lecture juste de la situation nous renseigne sur les tenants et aboutissants des tergiversations de l’opposition mauritanienne. C’est d’abord son incapacité à faire une analyse froide et objective de la situation. D’où la multitude de positionnements qui paraissent plus relever de la concurrence pour le classement des acteurs les uns par rapport aux autres que de la recherche d’un intérêt général. C’est ensuite tous ces rendez-vous manqués avec l’Histoire : de 1992 avec le boycott des premières législatives et municipales jusqu’en 2013 avec le refus pour de grands partis de participer à ces élections, en passant par les attitudes mitigées vis-à-vis des changements violents.
«On est face à une population qui, dans sa majorité, pas dans sa totalité, ne vote pas pour un parti ou pour un programme. On vote d’abord pour quelqu’un qui peut vous apporter la sécurité et de quoi manger. A partir de là, aujourd’hui le président Ould Abdel Aziz est en position de force». Etranger qu’il est, Vincent Bisson a parlé avec plus de gens du peuple que la plus part des leaders politiques mauritaniens qui se suffisent de ce qu’on leur rapporte ou d’entretiens avec quelques notables et intermédiaires en rupture momentanée avec les régimes qu’avec la masse.
La fraude ? «On ne peut pas faire un procès à charge du régime et prétendre que les élections ne seront pas transparentes». Pas seulement parce que «Ould Abdel Aziz n’a pas besoin de la fraude pour gagner», comme dit le chercheur, mais parce que les réformes introduites ont permis d’éloigner réellement le spectre de la fraude : bulletin unique, carte biométrique, obligation de remettre une copie du PV à chaque représentant de candidat, publication des listes électorales sur le net permettant un audit du fichier à temps, l’existence de plusieurs instances de contrôle, la prise en charge par la CENI de toute l’opération… Comment peut-on frauder aujourd’hui ?
L’un des espoirs de l’opposition, a toujours été de mobiliser l’opinion publique nationale et les partenaires au développement étrangers. Les deux ans de lutte pour faire «dégager» le régime ont lamentablement échoué. Alors qu’il a été impossible pour les partis d’opposition d’embarquer avec eux la moindre opinion de l’extérieur. D’ailleurs les ressentiments franchement exprimés vis-à-vis de ces partenaires a ajouté à la décrédibilisation de l’action de cette opposition qui donne l’impression de ne rien pouvoir faire si elle n’a pas le soutien des pays étrangers.
Cela exclut-il de futurs mouvements ? Non, selon le chercheur qui pense qu’«il y aura de nouvelles contestations, c’est sûr. Tous les débats que l’on a vus ressurgir ces derniers mois, c’est-à-dire autour de la question des rapatriés, de l’esclavage, ces débats sont positifs. Effectivement ce sont des dossiers qui sont lourds, qu’il faut traiter parce qu’il y a une situation effectivement critique dans le pays sur ces questions-là. De là à remettre en cause la légitimité du président ? Je n’y crois pas».
Pas besoin d’être devin pour savoir que les arguments développés aujourd’hui par l’opposition à Ould Abdel Aziz ne portent plus. D’abord pour la désuétude des discours. Ensuite pour le discrédit des personnes les plus en vue pour les porter. Les opposants plus ou moins légitimés par le combat mené durant les années «dures» ne sont plus en première ligne. Ce sont les ministres de l’époque de la dictature aveugle, de l’exercice de l’arbitraire, des exactions contre les populations civiles, du pillage systématique des ressources, de la fraude à grande échelle…, ce sont ceux-là qui nous abreuvent de leurs écrits et nous assourdissent par leurs paroles. Leurs vociférations feront-elles oublier tout le mal qu’ils ont fait au pays ? difficile à croire.

En définitive, Vincent Bisson qui connait sûrement le pays plus qu’une grande partie de notre élite, a juste fait une lecture objective et mesurée de la situation en Mauritanie. Pas celle du Congo démocratique. Pas non plus celle de la Libye.

mardi 13 mai 2014

Des fiches avant de nommer

On l’apprend par notre confrère alakhbar.info, l’un des heureux promus au cours du dernier Conseil des ministres est un …condamné à 1 an de prison ferme. Il s’agit d’un fonctionnaire qui a été condamné le 5 mars derniers pour avoir agressé un collègue à lui. Les raisons invoquées sont encore plus graves que les faits eux-mêmes : le Tribunal de Nouakchott l’a condamné sur la base de faits avérés d’agression sur son collègue qui a refusé de baigner avec lui dans une combine visant à ajouter le nom de candidats sur la liste close du Baccalauréat. Coups et blessures de la victime, flagrance des faits et absence d’une solution à l’amiable entre les deux protagonistes.
Ce qui n’empêche pas le Conseil des ministres de nommer le condamné au poste de directeur adjoint de l’enseignement privé, ce qui n’est pas rien. Ce n’est pas la première fois qu’il y a méprise de la sorte, toujours parce que les nominations ne sont pas précédées d’établissement de fiches particulières sur chaque promu.
Il est cependant à remarquer que l’un des sources les plus répandues de la méprise est la confection de CV plus ou moins «travaillés». Vous avez ainsi des ministres qui parlent plusieurs langues alors qu’ils n’en parlent réellement qu’une seule. Ce qui fait que certains d’entre eux sont incapables aujourd’hui de mener à bien leurs missions. Ils ne participent jamais aux réunions internationales qui les concernent, ne semblent pas jouer le rôle qui doit être le leur dans la décision qui les concerne…
Il y a eu l’épisode des équivalences de diplômes, des ingénieurs qui n’en sont pas, des docteurs qui n’en sont pas, des enseignants qui n’en sont pas…
Cette affaire qui semble la plus dangereuse de toutes – pour toutes ses implications – doit amener les autorités à mettre en œuvre un système de promotion (et de recrutement) qui incluse l’établissement de fiches détaillées concernant tous ceux qui peuvent intéresser.

lundi 12 mai 2014

La gloire de Sissako

Timbuktu. Le chagrin des oiseaux. C’est le titre du film que présente notre compatriote Abderrahmane Sissako au prestigieux Festival de Cannes en France. Avec ce film, il montera enfin les marches, ce qui est déjà une reconnaissance du talent de ce réalisateur extraordinaire. Une consécration aussi pour cela qui a longtemps flirté avec Cannes sans pouvoir y aller en officiel et en «concourant».
En 1993, il a accepté dans la sélection officielle «Un certain regard» du Festival, sélection destinée à promouvoir le cinéma qui se fait sans gros moyens et avec énormément de talents et qui raconte des histoires venues d’ailleurs. Octobre, c’est le titre du film, raconte l’amour impossible entre une Russe et un Africain.
Puis en 2006, Sissako présente Bamako hors compétition à Cannes. Ce film est une révolte contre le diktat de la Banque Mondiale qui y est décriée comme la source des grands problèmes de l’Afrique. Le cinéaste a tout simplement donné la parole aux populations pour en juger.
Mais la relation avec les festivals commence pour Sissako en 1991 avec Le jeu qui fait une entrée remarquée au Fespaco de Ouagadougou. Le succès est relatif parce qu’il est finalement acheté par Canal+ (c’est son argent qui sert à tourner Octobre. C’est bien au Fespaco qu’il signe son plus grand succès avec En attendant le bonheur (Heremanco) en 2003 où il obtient le grand prix Etalon de Yenenga qui est la plus haute distinction du festival du cinéma africain.
Refusant de verser dans la facilité, le cinéaste se refuse à produire la fiction pure, peut-être parce que les réalités africaines sont déjà assez émotives pour créer cette communion entre le public et le produit artistique, nécessaire à tout succès du cinéma d’aujourd’hui. Ce succès dépend d’abord de la capacité du récit à rendre l’image et tout l’accompagnement technique (cadrage et reste), à en faire un langage universel qui parle aux cœurs et à la Raison. D’où ces notes de réalisme, ce soucis de coller à la réalité des événements relatés, tout en suggérant l’affection, la mélancolie, l’émotion provoquée par le beau… Des fresques qui vous font voyager tout en vous rappelant toutes les misères du Monde.
En attendant le bonheur a servi à fixer les désillusions d’un jeune mauritanien qui, après des années d’exil et de séparation, retrouve les siens dans des conditions de vie difficile. Bamako, c’est le procès à la Banque Mondiale et à l’Ordre mondial inique. Aujourd’hui, avec Timbuktu. Le chagrin des oiseaux, Abderrahmane Sissako raconte certainement – je n’ai pas vu le film – le destin tragique d’une ville qui a été la splendeur de l’espace sahélo-saharien avant de devenir le fief d’une idéologie qui se fonde sur la négation de la vie. Timbuktu, une ville-martyre, abandonnée peu à peu, puis brutalement à son sort. Destruction des monuments historiques dans une (vaine) tentative de nier cette Histoire pleine d’enseignements allant à l’encontre de toutes les lectures et postures des apostats qui se revendiquent pourtant de la Religion. Répression de toute émotion chez une population oubliée de ses frères, de ses amis, de ses semblables… Plus le droit de sortir, de fumer, de s’aimer, d’apprendre, de chanter, de danser, de manifester, de parler librement, même de parler sans rien dire…

Comment l’une des merveilleuses cités de l’Islam médiéval, l’un de ses plus grands centres culturels ayant rayonné sur le Monde, l’un des trésors de l’Humanité a-t-il été pillé, comment a-t-il été abandonné, comment ses populations ont-elles vécu le drame de l’occupation… ? beaucoup de questions qui pourront rester sans réponse mais qui auront le mérite d’être reposées. Cette fois-ci avec la force de l’art.

dimanche 11 mai 2014

Désinformation & consort

Tôt ce matin, j’ai lu une information sur une déclaration qu’aurait faite le diplomate algérien Saïd Djinnit depuis Dakar. Le représentant spécial des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest – c’est son titre – parlait devant les chefs de mission de paix des Nations Unies dans la région, quand il a fait une sortie sur la Mauritanie en exigeant que le dialogue soit repris pour avoir des élections inclusives et acceptées par la communauté internationale.
Les propos arrivaient au lendemain des déclarations faites par l’Union européenne laquelle, tout en souhaitant une élection «transparente» et «ouverte» n’insistait pas outre mesure sur le dialogue préalable. Un revers pour les acteurs politiques détracteurs du régime qui, on le sait, compte d’abord sur les positions des partenaires avant leurs capacités à mobiliser les foules en Mauritanie. La sortie de Saïd Djinnit prenait donc toute sa dimension politique dans la mesure où elle allait à contre-courant. D’autant plus qu’il s’agit d’un diplomate chevronné qui connait parfaitement bien le dossier mauritanien, qui plus est un Algérien… On voit d’ici le poids des mots quand ils sont prononcés par un diplomate comme Saïd Djinnit…
C’est vers quatorze heures que le démenti est tombé. Nos confrères de l’ANI (édition francophone) ont pris la peine de prendre les contacts nécessaires (c’était quand même bien gros). Cela a donné a démenti cinglant et ferme de la part du responsable onusien.
«Je déments formellement avoir lancé un appel aux partis politiques mauritaniens dans ma déclaration à la presse du vendredi dernier 9 Mai à l’issue de la réunion de concertations entre les chefs de mission de paix des Nations Unies en Afrique de l’Ouest. Je déplore que ma déclaration ait été déformée pour la rapporter à la situation en Mauritanie.» 
Que s’est-il passé ? Saïd Djinnit précise : «Dans ma déclaration, j’avais fait état des élections qui sont attendues en Afrique de l’Ouest en 2015 et au-delà et souhaiter qu’elles se déroulent dans des conditions pacifiques et inclusives pour préserver les acquis démocratiques et la stabilité dans la région
Contrairement aux premiers propos qui n’apparaissent nulle part que dans des médias mauritaniens, cette déclaration a fait le tour des agences. Pourtant, à part un aucun des sites qui avaient publié en première l’information, n’a daigné reprendre le démenti. Même après la publication de ce démenti, certaines chaînes de télévisions (privées) n’ont pas hésité à la donner à la une le soir même, c’est-à-dire des heures après le démenti.
Quand le Président Macky Sall accédait à la présidence du Sénégal, exactement au lendemain de la nomination de son gouvernement, j’ai lu que son ministre de l’hydraulique avait fait une déclaration sur la volonté de son pays de reprendre le fameux projet des Vallées fossiles. Je cherchais alors dans tous les sites d’information sénégalais, puis sur ceux de la région, nulle trace de cette déclaration qui constituait un casus belli au niveau du gouvernement mauritanien qui a toujours estimé qu’un tel projet changeait le cours tranquille des eaux du Fleuve et qu’il remettait donc en cause tous les accords précédents. Pour dire qu’il s’agit là d’une information de première importance.
J’appelais le directeur du site qui me donna le nom du journaliste qui avait écrit l’information. Un jeune très volontaire mais qui ne parle d’autre langue que l’Arabe, d’autre dialecte que le Hassaniya (utile à savoir pour le reste). Je lui demandais poliment s’il était sûr de son information parce que j’allais la reprendre. Il confirma ajoutant une longue relation de discussions qu’il aurait eues récemment avec le ministre en question et en présence de son homologue malien en marge d’une réunion de l’OMVS à Bamako (sic). En quelle langue ont eu lieu ces discussions ? Le jeune journaliste cafouilla et je compris qu’il s’agissait d’un scoop qui n’en était pas. Un genre dans la méthode du «çina’at il khabar» (la création de l’information). N’importe lequel de nos confrères vous dira que «la vraie information aujourd’hui est celle qui va au-devant des faits, qui les provoque…, le journaliste professionnel, c’est bien celui qui peut anticiper sur le cours des événements et qui n’hésite pas à prendre des risques en donnant l’information probable, possible…» D’où toutes les dérives que nous constatons. D’où aussi la décrédibilisation du fait et de la vérité en général. D’où enfin cette culture du mensonge et de la rumeur qui a pris le dessus dans notre société.
La bataille, la bonne cause, est bien de rétablir les vérités, de réhabiliter la vérité des faits. Elle mérite d’être menée.