dimanche 27 janvier 2013

SNIM, de A à Z (4)


E comme EVB, «Entretien, Voirie, Bâtiment», la direction de la SNIM spécialisée dans la construction, la maintenance des bâtiments. Depuis quelques années, EVB travaille réellement pour améliorer le cadre de vie des travailleurs de la SNIM. A Zouératt cela s’est traduit par une belle organisation de l’espace, un effort considérable pour embellir les rues, les orner, les parer de panneaux de circulation, damer les trottoirs, éclairer les rues, assurer la propreté des quartiers, réhabiliter les espaces publics (parcs, maisons de spectacles…), retaper les bâtiments (habitations, bureaux…)… Ce qui donne une ville où il fait mieux de respirer. Exemple que l’on semble vouloir copier à Cansado à Nouadhibou.

F comme F’Dérick… qui se souvient encore que la ville de F’Dérick est la capitale de la région du Tiris Zemmour ? Pas même l’administration qui a fini par élire domicile à Zouératt (30 kilomètres). L’ancien Fort Gouraud n’est plus visible du bas de la Kédia qui s’étende d’ici sur plus de 50 km vers Zouératt et au-delà. Ne subsiste de la ville que des constructions en banco qui donnent l’impression de recevoir bon an mal an une pluviométrie importante. Alors que le délabrement n’est que l’expression des flétrissures du temps. Depuis la fin de l’exploitation de ce côté de la montagne (Kédia), F’Dérick a perdu sa superbe. Mais l’aura des saints qui y sont enterrés peut-elle lui rendre ceux qui l’ont désertée ? Peut-être…
Avec les espoirs nourris de trouver du minerai riche encore enfoui dans la pierre, on envisage désormais de rouvrir la mine fermée en 1982 pour des raisons de sécurité et d’économie : l’exploitation de la mine devenait dangereuse parce qu’elle demandait d’aller encore plus loin dans les parois tout en coûtant de plus en plus cher. Les essais lancés à partir de 2005 ont conclu à l’existence d’une réserve qui pourrait donner entre 20 et 30 millions de tonnes de minerais riches. Ce qui justifie la réhabilitation de l’ancienne manutention et le retour de l’activité sur ce côté de la Kédia.
Non loin de là, les guelbs où s’est engagée la multinationale XSTRATA, El Aouj. La perspective de cet engagement amène déjà la société à faire du social dans la ville non loin de laquelle elle envisage de construire une base de vie. En effet, XSTRATA y a construit un centre de santé dont l’équipement a été financé par la Fondation SNIM.

samedi 26 janvier 2013

SNIM, de A à Z (3)


D comme Développement. A la SNIM, ce mot désigne tout un programme qui a d’ailleurs porté le nom de «Programme de développement et de modernisation» (PDM) et qui consistait à moderniser les infrastructures pour les rendre plus efficientes. Son objectif était d’améliorer la production et de diminuer les coûts de production. Ce programme mis en œuvre à partir de 2006-7 a permis de lancer le projet Guelb II, de réhabiliter et d’agrandir le port minéralier, de moderniser la maintenance de la voie et du système de communication, de modifier la manutention du TO 14 pour permettre l’exportation directe de sa production (en cours de réalisation), d’améliorer les conditions de vie par la réhabilitation des cités et des hôtels et enfin de créer un nouveau centre de formation professionnelle à Zouératt.

E comme eau, la denrée qui manque le plus sur ces terres. De Yaghraf, sur la route Akjoujt-Atar, à Zouératt, c’est la désolation qui marque le visiteur. Les arbres déjà rabougris, sont de noir vêtus. Plus rien n’indique que les hautes pailles, sèches à présent, ont verdi un jour. De temps en temps quelques chèvres, quelques ânes, signes furtifs d’une présence de vie humaine. Puis deux parfois trois taudis (m’baar) d’où sortent des êtres faméliques qui ont quand même la force de faire un signe de main et de tenter de survivre dans des conditions chaque jour plus difficiles.
Dans «le couloir» qui relie Zouératt à Nouadhibou, c’est la SNIM qui supplée à l’absence d’une administration qui a ici démissionné. Pourtant, nous sommes dans une zone frontalière où la disponibilisation de l’eau est un élément essentiel de la sécurisation du territoire. Surtout que cette année, la partie nord du Tiris-Zemmour a été arrosée. D’où la ruée des cheptels alors que les points d’eau sont rares, presqu’inexistants.

vendredi 25 janvier 2013

SNIM, de A à Z (2)


B comme Ben Ameira qui est un bloc de pierre situé à mi-chemin entre Nouadhibou et Zouératt, à 393 km de la capitale économique qui se trouve à 650 km de la capitale minière. C’est un monolithe, troisième du genre dans le monde (Uluru et Mont Augustus en Australie), qui culmine à 550 mètres. Il serait, selon les scientifiques, un morceau de météorite tombé ici il y a des millions d’années. La nature de la roche diffère complètement de ce qui l’entoure. Non loin du pic, un autre de la même nature mais plus petit appelé «Aysha Edhkhira» (Aïcha la prestigieuse). On raconte dans la zone qu’une histoire d’amour aurait lié les deux pics «étrangers», mais que la jalousie avait poussé le mâle (Ben Ameira) à éloigner de lui celle qu’il aimait et à laquelle il tenait pourtant. Ce qui expliquerait la distance qui les sépare et leur positionnement actuel l’un par rapport à l’autre.
Après avoir été une grande attraction pour les touristes étrangers, surtout pour les artistes du monde entier qui ont marqué leurs passages de traces indélébiles gravées sur les parois du monolithe, Guelb Ben Ameira est aujourd’hui un témoin silencieux des vaines tentatives humaines de changer le cours des choses : ici le village qui a voulu être l’une des plus grosses agglomérations de la zone, là la ceinture verte qu’on avait voulu barrage aux vents et au désert… Ben Ameira n’est même pas une étape obligatoire même s’il reste un passage obligatoire pour les trafiquants qui prennent la voie tracée à travers le Tijirit et qui mène d’ici à la route Nouakchott-Nouadhibou, au niveau de là où les humanitaires espagnols avaient été kidnappés un certain 29 novembre 2009…


C comme Choum, sans doute la plus grosse agglomération dans «le couloir», mot qui désigne l’espace traversé par le chemin de fer reliant Zouératt à Nouadhibou. Un arrondissement de l’Adrar qui vit au rythme des passages du train. Il y a quelques années, Choum était un centre d’échanges où débarquaient la majeure partie des voitures volées en Europe et réexportées à travers marchés marocains vers la Mauritanie, le Mali et le Sénégal. De Nouadhibou, les voitures entrées frauduleusement sont embarquées à bord du train et descendent à Choum pour reprendre la route des marchés du sud par Atar et Akjoujt. La route Nouakchott-Nouadhibou a ouvert un axe plus rapide et moins coûteux pour les trafiquants. Les restaurateurs de Choum sont partis s’installer sur cette route. Les mécaniciens, les commerçants d’occasion, les crieurs… tous ont quitté le patelin qui est revenu à sa population d’origine faite de migrants et d’autochtones qui n’ont d’autre choix que celui de rester. La sécheresse des deux dernières années a lourdement affecté le cheptel. Des cas de malnutrition sont signalés ici et là. Les populations d’ici n’ont pas l’habitude de se plaindre, l’Histoire leur a appris à vivre du peu qu’elles ont.
La Fondation de la SNIM contribue considérablement à améliorer leurs conditions de vie. Un abattoir, une centrale, des médicaments, des fournitures scolaires et deux écoles… L’une de ces écoles a été construite dans l’oued de Choum, à quelques kilomètres du village. Là où l’on avait cru un jour pouvoir installer la nouvelle ville. Là où «meurt» a le plateau de l’Adrar pour laisser place à un champ de dunes qui prend possession de la vie, là était «l’oued de Choum», un projet resté à l’étape de projet. La Fondation, sur demande de l’administration et de la Mairie, a implanté une école de …six classes… pour seize élèves pour la plus optimiste des estimations.

jeudi 24 janvier 2013

SNIM, de A à Z

J'ai récemment fait un voyage dans le Nord du pays, un voyage qui m'a conduit de Zouératt à Nouadhibou par le fameux "couloir" que constitue la ligne du chemin de fer qui relier la capitale minière à son port d'exportation. J'en ai rapporté une sorte de reportage qui espère faire la lumière sur certaines activités de la Société nationale industrielle et minière (SNIM) dans le Nord.


A comme ATTM qui est l’une des filiales de la SNIM. C’est celle qui est dédiée aux travaux et génie civil d’où son nom : Assainissement, Travaux, Transport et Maintenance. Elle fait partie du «consortium» (même si ce n’est pas le nom retenu par la SNIM) qui comprend d’autres entités : la SAFA qui produit de l’acier, la COMECA qui s’occupe de la construction mécanique, la GMM qui traite le granite et le marbre, la SAMIA pour les industries métallurgiques et qui a fait du gypse, la SAMMA pour l’acconnage et la manutention, la GIP pour la gestion des installations pétrolières et qui tend à devenir un acteur dans la distribution des hydrocarbures, la DAMANE pour les assurances et la SOMASERT pour le tourisme.
La philosophie au début du lancement des filiales était double : créer des sociétés spécialisées dans des activités que la SNIM ne pouvait plus prendre en charge et pousser l’expertise privée nationale à améliorer ses prestations en lui imposant une concurrence. Mais cette concurrence est devenue à la longue déloyale. Une filiale comme l’ATTM a fini par avoir tous la majeure partie des marchés de construction des routes et des aéroports et ce au moment où elle connaissait une sérieuse baisse dans son régime de travail. Au lendemain de la nomination au poste de ministre de son ancien directeur, Yahya Ould Hademine, son remplaçant, Mohamed Ould Bilal avait cru bon de renouveler tout son personnel d’encadrement, mettant à la marge une grande expérience. Ce qui lui a fait prendre de grands retards sur les marchés qui lui ont été confiés. ATTM peine par exemple sur l’axe Kiffa-Tintane qui était parti pour un délai de deux ans et qui est bientôt à sa quatrième année. Elle a beau sous-traiter à des intervenants privés, ATTM est incapable de résorber ses retards.
Par contre la SOMASERT a connu un processus inverse. Si elle a connu un âge d’or qui a marqué les premières années de son démarrage avec son premier directeur Abderrahmane Ould Douwa, elle va entrer dans une profonde léthargie qui va compliquer sa mission qui est celle de booster l’industrie touristique au moment où la situation sécuritaire crée une véritable crise dans le secteur. Depuis un an et à la suite de la nomination d’un universitaire à sa tête, Dr Ahmed Ould Gawad, la SOMASERT reprend son rôle de leader et améliore sa position et sa situation (voir aussi H comme hôtellerie).

mercredi 23 janvier 2013

Le choix des mots


Ce matin, j’ai entendu le correspondant de France24 à Niono (Mali) dire une phrase comme «…les islamistes ont cherché à se cacher sous ces arbres, ce n’était pas assez pour éviter la puissance de nos forces aériennes…» Le mot «islamiste» revient souvent dans la bouche des reporters – pressés et/ou fatigués – quand ils parlent des groupes armés qui subissent les bombardements de l’Armée française.
Quand on dit «islamisme» cela renvoie désormais à l’activisme politique militant qui est, dans son acception officielle, loin de toute violence. Même si cela couvre plusieurs écoles, le mot désigne d’abord ceux qui ont choisi le terrain politique visible et concurrentiel pour exprimer leurs idées et leurs choix.
Même quand on parle de «Salafisme», on doit savoir qu’il s’agit d’une idéologie qui n’est pas nécessairement violente. Elle peut évoluer vers l’adoption d’une attitude violente qui considère que l’autre est sur la mauvaise voie et qu’il faut le remettre sur la bonne voie même par la force. De là à introduire l’exigence du «Jihad», il n’y a qu’un pas allègrement franchi par les «Salafistes jihadistes» dont se réclament tous ces mouvements qui opèrent au Nord du Mali, mais aussi un peu partout sur les théâtres brûlant de Syrie, de Libye, du Yémen…
En Mauritanie, la presse peut adopter, en tous temps et en toutes circonstances, les positions que lui dictent ses choix idéologiques et ses lignes éditoriales. Pendant que le pays menait la guerre aux bandes armées l’ayant attaqué dans ses frontières, des journaux et des sites ont défendu la cause de l’ennemi en dénonçant les agissements de l’Armée mauritanienne. Ce n’est qu’un exemple…
Ailleurs, la presse est tenue de s’aligner sur les «préférences de la Nation». L’intérêt national permet de limiter les libertés, de les conditionner et de diriger ainsi la presse. D’où le «nous» fréquemment utilisé par les journalistes quand ils parlent des forces de leurs pays. Consultez n’importe quel site mauritanien, il vous dira : «…l’Armée mauritanienne… le Président mauritanien… la Mauritanie…», vous laissant l’impression qu’on parle de la Papouasie-Nouvelle Guinée ou en tout cas d’un pays autre que celui qui est le nôtre…Pourquoi ? Parce que… c’est certainement la conscience que nous avons de nous-mêmes et du rapport que nous entretenons avec cette portion de la terre qui reste étrangère dans le subconscient de la plupart de nos élites… mais ça c’est une autre question.

mardi 22 janvier 2013

Au nom des Musulmans du Mali


Une quarantaine de figures plus ou moins connues du salafisme en Mauritanie ont émis un avis dénonçant la guerre «menée par la France chrétienne» contre «les Musulmans du Mali». Parmi eux se trouvaient certes quelques vénérables Shaykhs comme Mohamed Lemine Ould Hacen, mais cela n’a pas donné une grande ampleur au mouvement. Puis vint la position très tranchée du Conseil mondial dirigé par Youssouf Qaradawi, le Shaykh établi au Qatar dont il cautionne tous les agissements. Et enfin notre vénérable Shaykh Mohamed el Hacen Ould Deddew est entré en ligne pour exprimer la même attitude de condamnation violente d’une «croisade» contre les Musulmans du Mali.
Il se trouve, en plus de ce que nous avons déjà dit, que le Haut conseil islamique du Mali, seul représentant de l’expression musulmane dans le pays, bénit parfaitement l’intervention française. Aujourd’hui, le président de ce Conseil, Mahmoud Dicko qui, faut-il le souligner pour le lecteur mauritanien n’a pas d’équivalent ou de concurrent au Mali, a déclaré devant la presse que cette guerre vise la reconquête et donc la libération d’une partie du Mali occupée par des bandes armées «qui n’ont rien d’islamique» même si elles revendiquent le contraire.
Le porte-parole – légitime et légal – s’est dit outré par l’attitude exprimée par les Salafistes d’Egypte, le Président Mohamed Morsi, le gouvernement de Tunisie, le Shaykh Qaradawi et le Qatar qu’il a accusé d’avoir une position équivoque vis-à-vis des groupes agissant au Nord du Mali.
«Le Haut Conseil islamique du Mali constate avec regrets que depuis le début de la crise du Nord le 17 janvier 2012, le Mali, pays membre fondateur de l’OCI n’a pas bénéficié du soutien de la communauté musulmane». Et de rappeler que c’est le Mali qui a été agressé et que sa population a subi la loi de «bandes de criminels» agissant au nom de l’Islam et bénéficiant visiblement de la complicité de certains pays de la Oumma islamique. Avant de conclure : «Tous les Musulmans du Mali apprécient hautement l’intervention militaire française qui vise à mettre fin à l’occupation d’une partie de leur territoire».
Et comme cela ne suffit pas pour convaincre nos shuyukh (pluriel de shaykh) de revenir sur leurs propos qui sont finalement un encouragement pour les groupes armés, voilà venir le temps des dissensions au sein de l’organisation principale qui justifie cet alignement : Ançar Eddine. Avec la naissance du Mouvement Islamique de l’Azawad, nous avons le premier «coup de gueule» au sein de la nébuleuse créée par Iyad Ag Ghali. La dissidence exprime naturellement sa volonté d’«aller vers une solution pacifique». Le mouvement, «indépendant», «composé exclusivement de nationaux», affirme «de la manière la plus solennelle qu’il se démarque totalement de tout groupe terroriste, condamne et rejette toute forme d’extrémisme et de terrorisme et s’engage à les combattre». Le nouveau groupe dirigé par l’une des figures locales Algabas Ag Intalla qui a participé aux différentes rencontres de Ouagadougou, «lance un appel aux autorités maliennes et à la France pour un arrêt des hostilités dans les zones que nous occupons, à savoir les régions de Kidal et Ménaka (nord-est du Mali) et (pour) créer un climat de paix qui va nous permettre d’aller vers l’établissement d’un dialogue politique inclusif».
A ceux qui se sont empressés pour se ranger du côté des vrais assaillants d’appeler les groupes armés à déposer les armes, de demander aux combattants algériens, mauritaniens, nigériens, nigérians, libyens, égyptiens, tunisiens, européens ou nord-américains, de leur demander de quitter ce pays qui n’est pas le leur et de laisser sa population vivre en paix. Eux qui semblent écoutés par ces jeunes en rupture avec leurs sociétés d’origine, doivent dire la seule bonne parole qui vaille : parce que la solidarité des «frères» (de tous genres) a fait défaut, le Mali avait le droit de faire appel à ses alliés pour continuer à exister et pour refaire son unité. Les criminels, les vrais, sont ceux qui ont mis la région à feu et à sang. Depuis quelques mois déjà et qui ont préparé le coup depuis quelques années déjà.

lundi 21 janvier 2013

Ce qui devait être dit


Ils étaient finalement 32 agresseurs à avoir participé à l’attaque du site gazier de Tiguentourine. 29 d’entre eux ont été tués. Ils appartenaient à sept pays différents : Algérie, Egypte, Tunisie, Mali, Niger, Canada et Mauritanie.
Le Mauritanien du groupe est un jeune du nom de Abdallahi Ould Hmeida. Il a rejoint les groupes au Nord du Mali en 2008 alors qu’il avait 14 ans. Il en a donc 18 aujourd’hui.
Deux des Algériens, Abul Bara qui a un moment été présenté comme le chef du groupe opérant à In Amenas, et Lamine Bouchenab qui en est le véritable cerveau, appartiennent tous deux à un groupe algérien dénommé «les fils du Sahara islamique». Voilà ce que nous en écrivions en avril dernier (édition N° 590 du 8/4/12), après avoir insisté sur l’option du MUJAO de cibler l’Algérie : «Un autre mouvement partage le souci de cibler l’Algérie. Un peu plus marginal que le MUJAO, le «mouvement des fils du Sahara pour la justice islamique», composé essentiellement des ressortissants des zones sahariennes algériennes. Né en 2007, il a eu à son actif une attaque célèbre : l’opération de Djanet effectuée le 8 novembre 2007 et à la suite de laquelle les autorités algériennes ont ouvert des pourparlers avec le mouvement. Pour ce faire, elles auraient utilisé les services des notabilités locales pour avoir une accalmie. Le mouvement réapparait en septembre 2011 à travers un violent communiqué annonçant que le mouvement prend ses bases dans le nord malien avec pour objectif de s’attaquer au pouvoir algérien. Les combattants de ce mouvement seraient aujourd’hui sous la bannière du MUJAO pour certains, de Ançar Eddine pour d’autres». C’est un mouvement qui voulait jouer le rôle d’Ançar Eddine mais pour le Sud algérien…
Abderrahmane Ennigery du Niger est très connu des services mauritaniens pour avoir participé à plusieurs attaques contre notre pays et pour avoir encadré de nombreux combattants recrutés parmi la jeunesse mauritanienne.
L’opération de In Amenas a finalement coûté très cher à AQMI en la privant des services de quelques-unes de ses figures les plus emblématiques et de ses animateurs les plus déterminés et les plus sanguinaires. Au moment où la communauté internationale accepte enfin de consacrer un effort pour éradiquer le crime organisé dans cette région sahélo-saharienne.
Dans le même journal de l'époque, on concluait sur AQMI :
«Que veut AQMI ? Créer un Emirat islamique qui servira de base pour«combattre les impies», gouvernements jugés à la solde de l’ennemi de l’Islam (l’Occident), populations ne se pliant pas aux «préceptes originels de l’Islam», intellectuels, cadres, femmes dévoilées… et surtout lutter contre la démocratie considérée comme une apostasie, source des malheurs des peuples de la sous-région. C’est du moins l’objectif officiellement exprimée des chefs de l’organisation.
Dans la vie de tous les jours, on les voit se mêler aux trafics les plus illicites : drogue, armes, personnes, cigarettes et même alcool. Et s’ils ont réussi leur insertion sociale dans cet espace sahélo-saharien, c’est bien parce qu’ils ont pu «accompagner», couvrir et promouvoir les activités qui font vivre les populations et qui sont nécessairement des activités illégales.
Avec la prise des grandes villes du nord malien par ses alliés d’Ançar Eddine et ceux de MUJAO, AQMI aura à faire une mutation. De mouvement faisant des montagnes Tegharghar un Tora Borasaharien, AQMI est désormais adressée dans des villes comme Tombouctou, Gao ou Kidal. Peut-être pas ses éléments algériens, mais son élément africain, surtout malien et mauritanien. Est-ce à dire qu’il est plus facile désormais d’éradiquer le mouvement ? Rien n’est moins sûr maintenant qu’elle a de nouveaux armements, des bases fixes et un territoire à défendre.
Les spécialistes ont souvent parlé de la volonté d’Al Qaeda de provoquer l’arrivée sur ses territoires d’opération d’un élément militaire occidental. Cela lui permet à chaque fois de transcender le débat sur la légalité de combattre une armée d’occupation, et en même temps de justifier de nouveaux recrutements. C’est la théorie de «l’ennemi lointain» qu’il faut amener à proximité en combattant «l’ennemi proche» que sont les gouvernements locaux (Jean-Pierre Filiu).
Certains considèrent que les attaques du 11 Septembre ont été une catastrophe pour Al Qaeda et ses protecteurs Talibans, pour ce qu’elle a signifié de désastres, de morts ciblées, de démantèlements de réseaux, de perte d’initiative… D’autres estiment par contre qu’elle a permis à la nébuleuse de vivre une multitude de vies et sur tous les continents.
Qu’en sera-t-il de l’expérience que nous voyons se déployer au Mali ? Va-t-elle servir AQMI en en faisant un mouvement de libération nationale, ou, au contraire, va-t-elle la desservir en mettant à nu son caractère encombrant pour les populations ? En d’autres termes, dans les jours qui viennent, l’enjeu ne sera pas seulement «quelle intervention pour éradiquer le mouvement ?», mais celui de savoir qui des protagonistes présents, aujourd’hui alliés, va servir l’autre (ou le desservir)».