dimanche 18 novembre 2012

Un enseignant pour Bir el Barka


A plusieurs reprises j’ai parlé dans cette rubrique de cette bourgade située sur la route Boutilimitt-Aleg, non loin d’Aghshorguit. Un village de Haratine qui a fini par être une halte obligatoire pour les voyageurs de cette route. La qualité du service et du méchoui font que le repos ici est très prisé.
Les habitants ont fini par s’émanciper, avoir leur propre école, une mosquée et un système de relations avec l’autre. Tout cela en fait une communauté ouverte malgré l’influence très évidente de la Jemaa Edda’wa wattabligh très implantée ici.
L’école du village n’a jamais eu un enseignant de français. Il y a quelques années, pour éviter le départ ailleurs de leurs enfants candidats au concours d’entrée en sixième, le collectif des parents avait décidé de louer les services d’un enseignant. Mais l’effort ne pouvait continuer. Le ministère refuse apparemment de les pourvoir et leurs enfants candidats au concours sont obligés d’aller ailleurs. ils s’en plaignent et n’ont que ça à faire. Six salles de classes, près de deux cents élèves et pas un enseignant de Français... 
Qui peut leur venir en aide ? 

samedi 17 novembre 2012

Gaza, la cause perdue


Cela fait quelque temps que les opinions publiques arabes ont oublié la cause. En fait, le «printemps arabe» a fait passer la cause palestinienne en second rang. Dans les deux pays où ce printemps a abouti à un changement de régime, nous ne savons plus si l’on doit parler de «printemps» ou «d’hiver». Le froid qui souffle sur la Tunisie et sur l’Egypte ne présage pas forcément de lendemains meilleurs que ceux du passé. Et la révolution risque vraisemblablement d’y être juste un changement de bourreaux et de victimes. Et dans ce tumulte, la Palestine a été oubliée. Jusqu’au jour où Israël, dans son incommensurable arrogance guerrière, décide de frapper à nouveau. Quelques dirigeants militaires du Hamas tombent et c’est l’escalade. Les bombes pleuvent sur les têtes d’une population déjà largement éprouvée par un blocus qui dure depuis des années… Moins violente cependant que la guerre de 2009…
Contrairement à ce qui a été dit ça et là, rien n’a changé pour les Palestiniens. Il ne suffit pas de déplacer des hauts responsables d’Egypte ou de Tunisie à Gaza pour dire que les choses ne sont plus comme avant. Surtout que ces visites ont plus pour objectif de faire pression sur le Hamas pour avoir une trêve et du coup faire jouer aux nouveaux gouvernements un rôle sur l’échiquier international. L’occasion pour eux et pour la mouvance islamiste dont ils se réclament de normaliser ses relations avec un Occident qui n’a pas changé pourtant sa vision vis-à-vis du monde auquel nous appartenons. Voire de se rendre utile ou même indispensable dans le jeu des puissances.
Rien n’a changé. Les bombes israéliennes pleuvent, les civils palestiniens crèvent, la Ligue Arabe se réunit et condamne. Et alors ?
C’est sur Sahel TV que j’ai vu les images de la manifestation organisée à Nouakchott. Quelques deux mille personnes, avec des leaders qui se battaient pour les premiers rangs. Et qui gardaient le sourire malgré la gravité du moment et les sérieuses divergences qui les divisent. Il faut revoir ces images pour comprendre où en sont nos hommes politiques ou du moins ceux d’entre eux qui essayent de garder la main.
La cause palestinienne aurait pu nous unir. Dans un même élan on aurait dû voir UPR et COD, côte à côte manifester pour dénoncer la barbarie et l’injustice. Chacun a voulu en faire une chasse gardée, une spécialité de son camp, voire de son parti. Alors que la cause appartient à tous.
Le propre du personnel politique mauritanien est qu’il ne sait pas ce qui le divise ni ce qui l’unit. Il nage dans une eau boueuse qui l’empêche de se mouvoir correctement ou de voir s’il y a quelque branche à laquelle il peut s’accrocher…

vendredi 16 novembre 2012

Dembameiddah.blogvie.com


Le blog de Mohamed Ould Meidah dit Demba, à vocation culturelle essentiellement. Un blog qui est très utile pour ce qu’il vulgarise de culture, de récits, de photos historiques et de perles de notre patrimoine culturel.
Dans sa posting du 16 novembre, Demba raconte que quand on demandait à Cheikh Wul Mekiyine, un virtuose de l’art poétique de la fin du 20ème siècle, de déclamer sa plus belle production, il disait sans hésiter :
«Iila ‘aad eddahr ‘la haal
eddahr illi na’rav mazaal
wu bla baas u’iid ettihjaal
wu blad viih ennaas il tengaas
mazaal u mazaal iila gaal
illi yibghi had ibla baas
aana ba’d u laani maqiis
illi nibghi naw’ad Baqaas
wumn ennaas innekhteyr ingiis
ella dhaak ilviih imn ennaas»

C’est effectivement l’un des chefs d’œuvre de Wul Mekiyine. On raconte que quand il a composé ce poème, les Awlad Deymane ont dit : «ça y’est il peut repartir chez lui tranquille…» Un peu pour reconnaitre le talent de cet homme originaire du Brakna, un moment établi parmi eux, dans un milieu difficile à conquérir où il semble vain de se faire adopter. La manière de dire son attachement à un lieu, Baqaas, et aux gens qui s’y trouvent, est propre à la manière de parler de l’Iguidi où e non-dit est plus important, plus déterminant que le dit.
Pour ma part, j’ai toujours considéré que ce poème était une perle jusqu’au jour où j’ai découvert (merci Mokhtar) que quelqu’un d’autre avait déjà usé du même procédé, de la même démarche pour exprimer le même sentiment d’attachement à un lieu et à ceux qui s’y trouvent.
Shi khaçar gaa’ ‘la had irkab
wu gradh ‘aagib Lem’argab
wu stagbal sawhal layn ‘gab
Lemkhayniz walla khaadh ‘liih
haadha yahbaabi maa yaghlab
maara baatil had iwaasiih
huwa gaa’ ilviih imn ilbaas
‘la had immaasiih, agçiih
yajbar shi yibghiih imn ennaas
wiiji liblad yikhtayr ijiih

Remplacer Baqaas par un lieu qui vient après avoir passé Lemkhayniz et Lem’argab et ceux qui sont là-bas par ceux qui sont ici. Reste à savoir qui est l’auteur de ce poème. Mon ami qui me l’a déclamé l’attribue à Mohamed Baba Wul M’Hammad Wul Ahmed Youra. La famille et les grands esprits le donnent à M’Hammad Wul Ahmed Youra plutôt. Si bien qu’aujourd’hui, ce serait une erreur de l’attribuer à un autre poète que le génie de tous les temps : M’Hammad. Et quoi qu’il en soit, cela affecte quelque peu l’originalité qui faisait la force du poème de Wul Mekiyine qui reste cependant un chef d’œuvre.

jeudi 15 novembre 2012

Kobenni, «Allaa bonni»


Dans le conscient collectif des Mauritaniens, Kobenni est resté cette contrée par laquelle la plus grande opération de fraude est arrivée lors de l’élection présidentielle de janvier 1992. Qui a oublié les 100% de votants qui ont porté leur choix sur le candidat Ould Taya, lui donnant l’occasion de devancer et de loin son concurrent immédiat Ahmed Ould Daddah ? On avait parlé à l’époque d’un déploiement des chars vers les dernières heures de la nuit où l’on donnait les résultats (25 au 26 janvier), déploiement en prévision de l’éventualité d’un deuxième tour, rien n’indiquant plus que le président sortant était assuré de l’emporter dès le premier tour. Puis la machine s’est mise en marche : les gourous trouvèrent la parade. Des coins les moins attendus et les plus reculés, les résultats devaient arriver le plus tard possible. C’est là qu’il faut agir. Les artisans de cette méga-manipulation électorale – la première du genre dans notre pays, sont encore vivants – trop vivants d’ailleurs – et peuvent témoigner pendant qu’ils occupent les devants de la scène. Qu’est-ce qui s’est passé entre le 24 et le 26 janvier ? Tout le monde savait que le candidat de l’opposition ne pouvait passer, mais personne ne prévoyait un passage aussi «facile» pour le président sortant et avec un écart aussi emportant (65 contre 33%). Alors comment avez-vous fait, vous anciens sbires de Ould Taya, anciens gourous, anciens bourreaux… ? dites-nous et vous aurez servi le pays pour une fois.
Kobenni aujourd’hui est un gros village qui prend l’allure d’une ville. Ce n’est pas la proximité de la frontière avec le Mali qui fait sa richesse mais le dynamisme de sa population. Le commerce est certes alimenté à partir du Mali, soit pour les denrées importées de ce pays, soit pour celles exportées vers ce pays. Aujourd’hui, on ne sent pas les effets de la guerre et de la partition du Mali. Entre les deux pays, le flux semble normal, même un peu plus intense que d’habitude. C’est vrai qu’on ne voit plus beaucoup d’étrangers à la région, de moins en moins d’Européens par exemple. N’empêche, la route connait un usage intensif. C’est d’ailleurs ce qui explique son état du côté mauritanien. Car, malgré tout ce qu’on dit de notre côté, la route Aïoun-Kobenni est dans un état lamentable.
A l’entrée de la ville, nous sommes abordés par un policier perdu dans sa tenue qui, après avoir été beige puis kaki, a gardé une tâche de chaque. Flottant littéralement dans cette tenue, il tenait quand même une cigarette dans sa bouche et un téléphone dans la main. Il chaussait une paire de sandales en caoutchouc (erriya) et marchait très lentement vers nous. Il ne voulait pas couper sa communication avant de nous atteindre.
Une minute, deux minutes… je commençais à le regarder de telle manière à lui faire comprendre que le temps passait. C’est ce qui l’énerva visiblement. Sinon qu’il était déjà énervé par celle qui lui disait apparemment au téléphone ce qu’elle pensait réellement de lui maintenant qu’il était loin d’elle. Sa discussion, on l’avait entendue de là où nous étions.
Quand il daigna s’adresser à nous, c’est naturellement avec le fameux : «‘arrvouna brouskoum». Stupide démarche qui a le don de m’énerver. J’ai le choix entre une présentation traditionnelle en déclinant l’appartenance tribale et en descendant vers le nom et la filiation, sinon lui donner les papiers de la voiture. J’optai pour cette solution.
«Je n’ai pas demandé les pièces de la voiture, je veux savoir qui vous êtes…» Puant le mépris et l’impatience. Dans ce cas, les cartes d’identité suffiront. Trois cartes lui firent remises. Ils nous regarda avant d’aller dans le poste. Il prit le temps qu’il fallait. Quinze, vingt, trente minutes… nous n’étions pas pressés et rien ne nous amènera à lui donner prétexte à nous enquiquiner encore plus. J’avançais légèrement la voiture de telle manière à bloquer un peu plus l’espace. Au bout de quelques minutes, il y avait assez de voitures  à attendre, pour que des protestations fusent. Le famélique policier revint et nous remit les papiers avec un «tvadlu» qu’il regrettait visiblement de devoir dire. Ici, c’est ça l’Etat…

mercredi 14 novembre 2012

Barrage à la rumeur


Quand on sort de Nouakchott, on rattrape les rumeurs d’il y a une semaine. Il y a une semaine qu’on a parlé du retour du Président Ould Abdel Aziz dans un hôpital parisien, c’est maintenant que cette rumeur arrive en Assaba et dans les Hodh’s. Je ne crois pas que ce «décalage» est le résultat de l’éloignement : aujourd’hui aucune contrée n’est loin grâce aux moyens modernes de communication (téléphone, internet).
Mais en fait, les groupes de travail qui construisent, diffusent et entretiennent ces rumeurs ne visent pas les populations de l’intérieur. Pour eux, ces populations n’entrent pas dans le schéma visant la déstabilisation du pouvoir en place. Dans les milieux qui «producteurs» de la rumeur, le peuple est sorti depuis longtemps des calculs visant à ouvrir la voie vers la prise de pouvoir.
En désespoir de cause et dans l’incapacité de faire adhérer la masse aux projets qu’ils fomentent – ce terme sied mieux aux méthodes utilisées -, les «sorciers» politiques ont recours à un genre d’occultisme particulier. Il faut d’abord semer le trouble, ensuite la zizanie, de quoi perturber le cours normal des choses et intoxiquer les relations au sein du système, en espérant que cela aboutira à le faire ronger de l’intérieur pour le faire écrouler de lui-même. C’est ce qui a été essayé tout u long de ces interminables semaines d’absence du Président de la République. Cela n’a pas réussi, maintenant passons à autre chose…
Mais en attendant revenons aux rumeurs et aux cibles qu’elles visent. C’est d’abord à Nouakchott, dans le quartier chic de Tevraq Zeina que tout se conçoit. C’est d’ici que tout part. Autour d’un thé, dans un café ou dans un salon huppé, quelques individus bien nourris, blanchis par l’habitude de la climatisation, rasés de près, sentant les meilleurs parfums de Paris, s’asseyent et décident. Les informations qu’ils vont produire et faire circuler doivent d’abord viser les éléments du régime les plus établis, ceux qui sont sensés faire barrage à tous les projets ou encore ceux qui pourraient être victimes de manipulations. Cela va du chef d’Etat Major des Armées au Premier ministre, au directeur du Cabinet présidentiel, aux chefs de corps, au président du parti au pouvoir, aux hommes d’affaires proches ou lointains soutiens de Ould Abdel Aziz… en fait à tous ceux qui, dans l’entendement de ces esprits, pourraient peser de leurs poids dans le cours des événements. Machiavélique : la rumeur arrive de partout et prend l’allure d’une vraie information. Elle finit par intoxiquer ses producteurs qui vont désormais travailler dans la perspective qu’ils ont cru ouvrir…
On finit par revenir à la réalité. Une fois de plus, le système Ould Abdel Aziz – on doit désormais parler d’un système – a tenu devant les assauts de ses détracteurs. Comme quand son avion tombait au milieu de nulle part et qu’il perdait tout contact avec l’extérieur (juin 2009)… Le moment de savoir qui gagne dans ce jeu.
D’abord les opérateurs de téléphonie mobile. Ils ont battu tous les records un certain soir de samedi 28 octobre. Ensuite le pouvoir de Ould Abdel Aziz lui-même. Tout ce qu’on a raconté sur son compte lui attire plus de sympathie que ses détracteurs ne peuvent imaginer. Quand il reviendra dans les jours qui suivent, il aura vaincu des épreuves, virtuelles certes parce qu’elles sont restées du domaine du supposé, réelles cependant dans les esprits parce qu’on les a martelées tout au long de ces longues semaines. Ce qui lui donnera cette image de «chef invincible», du moins «dur à cuire», de «çou’louk», de guerrier intrépide déjouant tous les calculs et arrivant à bout de toutes les misères que lui concoctent ses adversaires.
C’est ça, tout ce qui a été fait (dit et écrit) va dans l’intérêt de Ould Abdel Aziz et de son système. A lui d’en profiter calmement à son retour.

mardi 13 novembre 2012

La Mauritanie n’a jamais accusé le Maroc


J’ai lu sur des sites de chez nous et sur d’autres de la région une information selon laquelle la Mauritanie aurait accusé le Maroc d’être derrière le tir sur le Président de la République le 13 octobre dernier. Le libellé de l’information aurait suffi pour la démentir : «…la Mauritanie accuse le Maroc d’être derrière la tentative d’assassinat du Président…» Car la Mauritanie n’a jamais dit qu’il s’agissait d’une «tentative d’assassinat»… mais pour semer le doute et entretenir l’actuelle atmosphère délétère, tout est permis.
On a d’abord essayé le complot intérieur. En cherchant à empoisonner les relations entre les différents pans du pouvoir. Au lendemain de la fête (Aïd) qu’est-ce qu’on n’a pas dit sur les «mauvaises intentions» des uns et des autres. Quand on a échoué à déstabiliser les piliers du régime – l’Armée, le Gouvernement…- par cette voie, on a essayé d’installer la peur.
D’abord en donnant de fausses informations sur la santé du Président, pour dire tantôt qu’il était mourant tantôt qu’il est désormais incapable de diriger ou de se tenir debout. L’essentiel étant de faire un matraquage à même d’inquiéter l’opinion publique et de lui faire croire à un effondrement imminent. Quoi de plus inquiétant pour les Mauritaniens que de ne pas savoir où l’on va et/ou de ne pas savoir qui dirige ?
Ensuite en faisant croire que la Mauritanie va participer à la guerre annoncée au Mali. La Mauritanie a dit son mot par la voix de son Président qui a exclu toute participation à cette guerre tant que notre pays n’est pas directement menacé. Et qui a renouvelé cette position dans un entretien téléphonique récent avec le président en exercice de la CEDEAO, l’ivoirien Alassane Ouattara qui essayait de le convaincre du contraire. Rien de neuf sur ce plan.
Toutes ces mayonnaises n’ont pas pris. Le système, malgré sa jeunesse et sa fragilité apparente, est resté maître de la situation. Le peuple mauritanien a fait preuve de maturité en s’abstenant de suivre les oiseaux de mauvaise augure. Qu’est-ce qui restait ? Essayer de jouer sur les relations de la Mauritanie avec les pays voisins. C’est naturellement le Maroc qui est le mieux indiqué pour certains esprits encore pourris par le poids du passé. Oubliant que les relations entre les Etats sont plus fortes que les rumeurs qu’on peut colporter ici ou là.
J’en vois qui m’accuseront d’être pro-cela ou anti-cela. Rien de ça, même si je n’ai jamais caché mes choix pour la Mauritanie qui doit rester un pays de convergence en renforçant ses ancrages africain et maghrébin. Sans de relations fortes avec ses voisins, il ne faut pas espérer bâtir une Nation viable pour les Mauritaniens sur ce territoire dont la vocation première – la richesse première – est de pouvoir être l’interface pour les deux versants du Nord-ouest africain.
Pour conclure : la Mauritanie n’a jamais dit qu’il s’agissait d’une «tentative d’assassinat», encore moins que le Maroc était concerné ; la Mauritanie ne participera à cette guerre tant qu’elle n’est pas menacée dans sa sécurité. 

lundi 12 novembre 2012

Une nuit à Oumla’dhâme


C’est une bourgade située à mi-chemin entre Néma et Aïoun. Petite par la taille, grande par la notoriété et le poids de l’Histoire. Nous sommes ici dans le campement d’Ehl el Mokhtar – traduction vulgaire de l’expression «zmâne Ehl el Mokhtaar» mille fois chanté par les poètes les plus inspirés. Quelque part ici une muse, une égérie pour Wul Tarumba, pour Cheikh Mohamed Lemine, pour Sidaty Wul Hammadi… Quelque part par là, on raconte l’épopée d’Ehl Lemhaymiid, la chefferie qui a pu fédérer Meshdhouf, l’une des plus grandes tribus du Traab el Bidhâne.
Ce soir, c’est ‘Aala Wul Dendenni qui tente d’animer la soirée, faisant vibrer l’assemblée aux sons de ses accords parfaits et avec une voix qui fait la particularité de la famille Ehl Dendenni. Douceur, mélancolie, méditations…
Autour de lui, quelques jeunes – et moins jeunes – de la ville (synonyme «rat de ville»). Des cadres des mines, d’autres de l’administration, des journalistes… pratiquement toute l’équipe des séminaires organisés par le Comité national de l’ITIE en Assaba et dans les deux Hodh’s.
Certains essayent de jouer aux poètes en déclamant des anciens poésies amoureuses, nostalgiques et/ou guerrières. D’autres sont carrément des poètes et le prouvent en improvisant. De quoi nous rassurer sur cette culture bidhâne qui n’est pas près de mourir tant que des jeunes prennent goût à l’entretenir, à l’exercer et à la réinventer. Merci Abaya…
Il joue un «shawr» composé par son père, le virtuose Ahmed Wul Dendenni, alors qu’il était dans le train reliant Khayes à Dakar. Ici il s’était trouvé en face d’un griot mandingue qui avait une kora et qui la jouait merveilleusement bien. Ils commencèrent chacun à narguer l’autre. De leurs échanges, une belle partition est née. Elle est encore jouée par ‘Aala…
Nuit inoubliable, nuit bidhânesque en ce qu’elle allie de passé et de présent, de nostalgie et de plaisir immédiat, de tristesse et de rire…