mercredi 5 septembre 2012

Sur la route du Hodh (2)


Quand nous quittons Kiffa, nous sommes rejoints par une deuxième voiture de la mission. Nous sortons sans problème de la capitale de l’Assaba. La route goudronnée s’arrête à moins de 40 kilomètres de la ville. En trois ans, l’ATTM, cette filiale de la SNIM qui a eu le marché de la route Kiffa-Tintane (140 km), n’a pas dépassé 40 km !!! sur une route stratégique parce qu’elle alimente les régions les plus peuplées de Mauritanie, en plus du Mali et de toutes les activités commerciales qu’elle permet. Plusieurs fois, la question du retard de cette route a été posée au ministre de l’équipement qui répondait invariablement que «dans quelques mois, elle sera réalisée». Trois ans depuis que le Premier ministre en a lancé les travaux. Trois ans que les promesses durent.
On m’explique que jusqu’à récemment (il y a quelques mois), les engins et outils mobilisés «sur» la route étaient loués à des particuliers. Que cela aurait coûté entre 50 et 70 millions par mois à la société. Calculez et vous trouverez peut-être la raison de la nonchalance des responsables à terminer ce chantier qui rapporte tant qu’il existe.
On me dit aussi que ATTM avait eu tellement de marchés qu’elle ne pouvait les honorer à temps tous. Elle a donc établi un ordre de priorité où la route Kiffa-Tintane arrivait en queue.
Autre explication qu’on entend : le directeur de ATTM nommé au lendemain du départ de Yahya Ould Hademine (devenu ministre de l’équipement et du transport), a bouleversé la structure en changeant les responsables techniques ayant fait leurs preuves par le passé et les a fait remplacer par des novices qui n’ont pas pu «boucher» le trou. Il s’en est suivi un désordre et une désorganisation dans les méthodes et dans la gestion des hommes.
Quoi qu’il en soit aucun prétexte ne peut être trouvé à ce retard, aucun justificatif. De la mauvaise planification sinon l’incapacité de la société à remplir son contrat. Auquel cas il fallait le lui prendre et chercher nouveau preneur.
Il y a espoir aujourd’hui. En effet l’on remarque du matériel nouveau sur la route : camions, engins, outils… sont regroupés à des points de la route. Tout indique que les travaux recommencent avec plus de volontarisme. En attendant il faut compter quatre heures pour faire les 140 kilomètres de route entre Kiffa et Tintane.
Tintane est toujours sous l’eau. La nouvelle ville est en construction mais attire peu les populations qui continuent à résister à la tentation d’abandonner la dépression pour la dune (seyf) où a été construite la nouvelle ville. Le goudron qui devait relier l’entrée ouest à la sortie est est toujours une promesse. Mais l’électricité est là traversant les lotissements. Un marché en construction, une station d’essence aussi, quelques belles maisons… pas assez pour faire une nouvelle ville.
Aïoun, la capitale du Hodh el Gharby, a perdu de son éclat. Il fut un temps où elle était la ville la plus propre du pays. Partout il y a la poubelle. La ville la plus sûre du pays. Une bande terrorise actuellement les habitants. Son chef sera arrêté ce jour heureusement, mais la psychose est là. Mais les gens sont heureux : l’hivernage est un don de Dieu. Et quel don !!!
Ceux de Kobenni se plaignent des délestages continus. Ils disent que la ville frontière devait refléter une image positive de la Mauritanie. Quelques projets y voient le jour cependant. Des privés y investissent. Mais l’économie du tourisme reste la plus porteuse pour toute la région.

mardi 4 septembre 2012

Sur la route du Hodh (1)


Ce n’était pas un voyage d’agrément, mais une mission que m’avait confiée Sy Mamadou président de notre regroupement, le RPM. Un séminaire organisé par la Commission nationale des Droits de l’Homme en association avec le RPM. A dire vrai, je n’avais pas idée de ce que ce devait être parce que personne ne m’avais réellement édifié. Je savais tout simplement que nous étions quatre du RPM à devoir faire le déplacement. Deux d’entre nous, Mohamed Mahmoud Ould Ebilmaaly (ANI) et moi-même devions faire les modérateurs, tandis que Haiba Ould Chaikh Sidati (alakhbar.info) et Isselmou Ould Moustapha (Tahalil) devaient faire des présentations. Ould Ebilmaaly ne viendra pas.
Je prends la voiture à 5 heures du matin en compagnie d’un conseiller de la Commission et de deux journalistes de TVM, heureusement qu’elle ne pouvait prendre plus de passagers. Le voyage, commencé avec beaucoup d’enthousiasme, sera fatigant.
Plus on s’approche de Boutilimitt, plus on sent l’hivernage. Mais il faut descendre sur l’Aftout, juste après Boutilimitt, pour voir s’étaler le beau tapis vert. De quoi «se laver les yeux» de toutes les poubelles de Nouakchott… Kendelek, cette grande mare qui est devenue l’attraction des riverains et des touristes en mal d’espace, est remplie d’eau. Elle déborde sur la route goudronnée. A droite un marché de bétail improvisé depuis quelques années. A gauche, la mare et ses touristes insouciants. On imagine, à notre passage, le plaisir que l’on peut avoir à paresser sous l’ombre des acacias au bord des eaux stagnantes en attendant un méchoui savamment préparé.
Notre halte, ce sera à Bir el Barka, une sorte d’aire de repos où le service est de qualité et où la convivialité des habitants relève du sens de l’hospitalité traditionnelle. Mon ami Abdallahi est là après une longue «sortie» (kharja) avec les Du’aat, ces prédicateurs venus des confins asiatiques pour «prêcher la bonne parole et rappeler la mission de l’homme sur terre qui est celle de la dévotion». C’est comme ça que Abdallahi explique quand on lui reproche de «perdre son temps» à prêcher en milieu maraboutique largement islamisé. «Quand je les (les Pakistanais, ndlr) ai vus venir au village, j’ai eu les larmes aux yeux. Tu sais ils viennent de loin pour nous nous rappeler notre misère et nos faiblesses. Quand ils sont partis, j’ai beaucoup hésité avant de me résoudre, malheureusement pour moi, à rester ici…»
Nous quittons Bir el Barka et décidons de ne s’arrêter qu’à Kiffa. Mais le temps en a voulu autrement. A la sortie d’Ashram, un vent se lève. La pluie n’est pas loin. Il faut passer Essiyassa avant les torrents d’eau que la montagne d’Akraraay déverse sur la plaine de cet Aftout. Nous y arrivons même si la pluie commence à tomber avant d’entrer dans la bourgade de Essiyassa.
On m’a raconté un jour, que ce nom d’Essiyassa qui veut dire littéralement «la politique», lui a été donnée par un militant qui avait décidé de tenir tête à l’autorité traditionnelle de l’Emir du Tagant. Cet homme s’était retiré dans ce coin perdu et avait commencé à couper des arbres pour d’une part déblayer un espace habitable, et d’autre part créer une sorte de barrage en amassant les arbres coupés sur le chemin de l’eau. Et quand on lui demandait ce qu’il faisait, il répondait inlassablement «hadhi Essiyassa» (ça, c’est la politique). Quelques années pour avoir effectivement un barrage et un village sur les lieux. Le village s’appellera donc Essiyassa, un peu en hommage à ce combat. Vrais ou fausse, cette histoire est un peu le mythe fondateur de ce village, aujourd’hui commune.
Une bonne pluie qui nous retarde mais qui nous fait passer le temps. Quand on passe Essiyassa, il faut faire vite pour passer El Ghayra, la passe de Diouk, celle de Kamour, toutes pourraient être barrées à cause de l’eau. C’est ainsi que nous arrivons à Kiffa sans s’en rendre vraiment compte. Tout est mouillé. On va dans un restaurant. Tout y est vieux, les matelas et le mobilier n’ont pas été changés depuis le premier investissement. Mais la sympathie des gens vous fait oublier le reste. Nous pouvons repartir une heure après.

lundi 3 septembre 2012

Peur sur l’audiovisuel


Sahel TV, l’une des chaînes autorisées par la HAPA sous la présidence de Haibetna Ould Sidi Haiba, la seule qui a finalement diffusé, a décidé de fermer hier soir après trois mois seulement de diffusion. L’annonce a été faite par son directeur, Bah Ould Salek au terme d’une édition spéciale présentée sur la chaîne dans la soirée de dimanche.
Si j’ai bien compris, c’est un conflit entre les partenaires du projet qui l’a fait capoter. Les journalistes et le directeur de Sahel TV accusant la partie «hommes d’affaires» de faire faux bond au moment où la chaîne attendait un apport financier de leur part. D’ailleurs elle n’a pas payé ses employés depuis trois mois.
On comprend aussi de ce qui a été dit que le conflit a été ouvert à la suite d’un différent autour de «la ligne éditoriale» de la chaîne. Les reporters ont expliqué que le reproche qu’on leur faisait (de la part de leurs partenaires) est la présence «excessive» de «négro-mauritaniens» (?). Le fait de traduire la diversité culturelle de la Mauritanie ne plairait pas aux partenaires de Bah Ould Salek. Lequel s’est défendu en présentant un graphique qui dit que la chaîne avait consacré 64% de ses programmes à la communauté arabe.
Dans un Français très approximatif (pas seulement pour la locution), une jeune reporter a parlé de la volonté d’exclure les «négro-mauritaniens» du champ culturel national. Disant en substance : «Le seul reproche qu’on nous fait est le fait d’être noir, ce n’est pas de notre faute si nous comprenons mieux Français qu’Arabe…»
La fermeture de Sahel TV nous rappelle que la deuxième licence pour la télévision n’a pas encore été exploitée.
A l’époque de la mise en œuvre de la libéralisation, la HAPA de Ould Sidi Haiba avait sélectionné deux projets de télévision alors que les autorités avaient ouvert pour cinq projets. Excluant des projets plutôt professionnels comme celui de Saharamédia, Chinguitti TV ou encore la télévision islamiste Al Mourabitoune. Au niveau des radios, la HAPA de Ould Sidi Haiba, avait accordé cinq licences. Deux seulement sont aujourd’hui fonctionnelles.  
Au moment où la nouvelle HAPA tente de recentrer son action en sensibilisant sur la régulation et ses enjeux, il serait temps de lancer un nouvel appel d’offres pour de nouvelles chaînes, d’accorder probablement la faveur à ceux qui sont déjà lancés et à tous ceux qui ont été injustement exclus lors de la première sélection. Il faut sauver la libéralisation de l’audiovisuel que nous avons revendiquée depuis tant d’années et qui bat de l’aile aujourd’hui.

dimanche 2 septembre 2012

C’est quand même un musulman


Le MUJAO (mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) vient de déclarer qu’il a procédé à l’exécution du diplomate algérien, Taher Twati qui faisait partie du groupe du Consulat algérien à Gao. Il en restait quatre aux mains de leurs ravisseurs du MUJAO qui avait lancé un ultimatum menaçant d’exécuter le vice-consul Taher Twati.
Le MUJAO est cette organisation, génération spontanée, avatar si vous voulez de AQMI, qui s’est déclarée au lendemain du rapt des humanitaires occidentaux des camps sahraouis près de Tindouf. Profondément anti-algérien, le mouvement a revendiqué des attentats dans le sud algérien. C’est à l’occasion de l’occupation de Gao que le mouvement a enlevé six diplomates algériens dont le consul et son adjoint. Il a fini par libérer deux des otages et essayé de marchander les autres.
L’Algérie qui travaille pour une résolution contre le paiement des rançons aux terroristes et qui s’était fâchée avec le Mali pour avoir libéré des terroristes dans le cadre de négociations, cette Algérie est dans une mauvaise posture. Elle ne peut accepter de marchander alors que le MUJAO semble déterminé à exécuter les otages.
Quand le gendarme mauritanien avait été enlevé par AQMI, les autorités avaient trouvé une formule d’échange qui n’affectait en rien leur détermination à ne pas libérer de combattants faits prisonniers. C’est contre un trafiquant intermédiaire, de nationalité malienne, que le gendarme avait été libéré. Le groupe responsable de son rapt avait fait l’objet d’une attaque aérienne au lendemain de sa libération. Une manière pour les Mauritaniens de dire que ces actes ne resteraient pas impunis.
Que peut faire l’Algérie aujourd’hui ? Le MUJAO a été coupable d’acte de guerre vis-à-vis de l’Algérie qui doit répondre au plus vite. Sinon, elle se sera rendue coupable d’avoir abandonné les siens.
Reste à savoir comment et pourquoi une organisation qui prétend s’inspirer de l’Islam peut justifier le meurtre d’une personne qui proclame la profession de foi (laa ilaaha illa Allah, Mohammad rassoul Allah). A y penser, on ne peut qu’être terrifié par les choix de ces organisations, mais aussi par le silence assourdissant des activistes politiques et ceux de la société civile dans nos pays.
Taher Twati a été exécuté hier, samedi et jusqu’à présent aucune voix «musulmane» ne s’est élevée pour condamner cet acte barbare. Ni parti, ni Imam, si syndicat… grave, non ?

samedi 1 septembre 2012

L’affaire Mussa Sadr


C’est un vieux dossier qui pourrait trouver son dénouement en Mauritanie. Le 31 août 1978, l’Imam Mussa Sadr, un chef Chiite libanais, disparaît sans laisser de traces, en même temps que ses deux collaborateurs qui l’accompagnaient au terme d’un périple dans les pays arabes en vue de plaider pour un sommet au lendemain de l’occupation du Sud-Liban par les forces israéliennes (mars 1978).
Les autorités libyennes ont toujours soutenu que l’Imam Sadr avait quitté le pays pour l’Italie. Ce que le gouvernement italien a toujours réfuté.
L’Imam Mussa Sadr est une autorité du Chiisme, mais aussi l’une des plus grandes figures politiques et religieuses du pays du cèdre. Là-bas, ce philosophe et exégète du Chiisme avait promu un dialogue interconfessionnel. Poussant le sens de l’ouverture jusqu’à assister, en 1963, à l’intronisation du Pape Paul VI. Il est le premier Chiite (et le seul) à participer à un tel évènement. Autre signe : sa présence lors de l’inauguration de la cathédrale Saint-Louis de Beyrouth.
Il a usé de son charisme et de son aura pour stopper la guerre civile qui a détruit le pays en ces années sombres. Il est même allé jusqu’à décréter une grève de la faim pour protester contre la constitution d’une milice de confession chiite (Amal). C’est dire que sa disparition avait suscité un grand émoi dans les milieux progressistes arabes et particulièrement dans son pays.
A-t-il été tué par Kadhafi sur demande des Syriens et des Palestiniens qui le percevaient en adversaire ? a-t-il été liquidé suite à une altercation avec les autorités libyennes déjà fortement marquées par les humeurs pathologiques de Kadhafi ? Personne ne peut répondre même si, en février 2011, l’Ambassadeur libyen auprès de la Ligue Arabe, avait déclaré qu’il avait été tué et enterré non loin de la ville libyenne de Sebha. Au Liban, la question est toujours d’actualité.
C’est pourquoi, le pays de Sadr fait des démarches auprès des autorités mauritaniennes pour avoir de nouvelles informations par Abdallah Senoussi, l’ancien chef des renseignements libyens arrêté à Nouakchott dans la nuit du 16 au 17 mars 2012. Surnommé «la boîte noire de Kadhafi», Senoussi pourrait effectivement avoir quelques renseignements là-dessus, lui qui a été de toutes les basses besognes. Comme quoi la position du gouvernement mauritanien était plutôt juste.
En effet, en acceptant de livrer Senoussi avant de «faire le point» avec lui, la Mauritanie se serait privée d’une mine d’informations concernant l’histoire du Monde arabe et musulman, mais aussi des Amériques, des mouvements de libération et des activistes de partout… Il faut seulement se demander si les Mauritaniens ont été intéressés par soutirer à Senoussi tout ce qu’il sait sur les agissements libyens dans le Sahel, au Sahara, au Moyen-Orient, en Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est, en Asie et en Amérique. Si c’est le cas, ce ne sont pas seulement les Libanais qui seraient attirés par les services mauritaniens. Sinon, ce serait dommage.

vendredi 31 août 2012

L’exemple du Sénégal


Le 24 août, c’était la mise en place dernier au Sénégal de l’Observatoire des acteurs non étatiques pour la lutte contre la non transparence, la corruption et la concussion. L’occasion pour le Premier ministre qui a ouvert les travaux d’exprimer la volonté du nouveau gouvernement de recouvrer les biens mal acquis durant l’exercice du président Wade. D’ailleurs, une Cour de répression de l’enrichissement illicite avait été créée à cet effet. La Banque Mondiale a fini par exprimer son soutien et sa disponibilité à aider à cela.
On peut toujours, comme le fait Wade et son camp, rétorquer que l’opération doit couvrir toutes les époques, de l’indépendance du pays à nos jours. Après tout, les responsables actuels, y compris le Président Macky Sall, ont eu à gérer les affaires publiques. Mais là n’est pas la question pour moi.
Imaginons un moment qu’au lendemain du 3 août 2005, la junte arrivée au pouvoir ce jour-là, avait décidé de permettre aux Mauritaniens et à la Mauritanie de recouvrer les biens mal acquis des trois dernières décennies… si elle avait décidé de poursuivre les fauteurs en matière de gestion des affaires du pays… si une commission ou une cour spéciale s’étaient intéressées aux achats à l’intérieur comme à l’extérieur de biens, meubles et immeubles, par les hauts fonctionnaires de l’époque… si on avait poussé pour déceler les connivences et complicités entre les nouveaux riches, ceux dont l’enrichissement s’est fait trop rapidement, et les hauts fonctionnaires, entre cet enrichissement et le blanchiment de l’argent destiné au développement des infrastructures, du secteur agricole, de l’élevage, des mines, des banques, de l’administration, de l’enseignement, de la formation technique…
Nous aurions collecté certainement de quoi financer toutes les périodes de transition, l’évolution politique du pays, son retard… Mais, plus important pour nous, la plupart de ceux qui devaient «raser les murs» pour reprendre l’expression du président du CMJD à l’époque de l’affaire Zeidane Ould Hmeyda, n’auraient pas occupé la scène aujourd’hui, nous assourdissant de leurs propos dont l’objectif premier est de blanchir leur époque après l’avoir volée et violée.
Les milliards détournés et/ou tout simplement offerts ont manqué quand il s’est agi de construire des routes, des écoles, des points de santé, des puits… quand il s’est agi de moderniser le pays et de l’équiper, de faciliter la vie des citoyens, de promouvoir leur bien-être…
Si nous en sommes encore à nous vanter d’avoir désenclavé quelques-unes de nos capitales départementales, c’est parce qu’il y a eu des ministres de l’équipement et du transport, des secrétaires généraux de ces ministères, des directeurs des Travaux Publics, de l’ENER, du Laboratoire des TP, des délégués régionaux… qui ont trouvé des formules pour détourner les financements destinés à cela.
Si l’on court encore derrière l’autosuffisance alimentaire, c’est bien pour la même raison. Tout comme pour l’amélioration de notre système éducatif, de notre système de santé… si les Mauritaniens continuent à aller dans les pays voisins pour se soigner, c’est parce que des ministres de la santé, des secrétaires généraux, des directeurs centraux et ceux des établissements, ont volé les financements… Il en va de même pour l’administration où ministres, gouverneurs et préfets ont perpétué la gestion coloniale marquée par le pillage des ressources.
Heureusement que ce ne sont pas tous les hauts fonctionnaires qui ont été indélicats. Mais les plus exigeants parmi eux, les plus bruyants, les plus présents sur la scène… ceux qui donnent le plus de leçons aujourd’hui l’ont été… et la cabale, comme celle ouverte au Sénégal, aurait pu servir à les calmer, le temps pour le pays d’asseoir un système démocratique acceptable et une des règles durables de bonne gestion.
«’ava Allahu ‘an maa salav» (qu’Allah pardonne ce qui est passé), ce fut le leitmotiv, la grande prière de l’époque, le temps de faire oublier ce qui s’est passé, de faire pardonner ses hommes et ses actes. Réussi jusqu’à présent.

jeudi 30 août 2012

Non, la Mauritanie n’est pas coupable


Dans ce qui se passe au Mali, certains grands leaders de la politique locale n’hésitent pas à culpabiliser le pouvoir actuel en lui attribuant la responsabilité entière dans la déconfiture de l’Etat et dans la partition du territoire. Sincères ou prétextes pour charger un adversaire, ces accusations méritent réflexion.
Quand en juillet 2010, l’Armée mauritanienne entreprend sa première action guerrière contre AQMI en plein territoire malien, l’ensemble de la classe politique, à quelques exceptions près, approuve à juste titre. En effet, depuis le temps que cette organisation s’attaque impunément aux intérêts de notre pays, nombreux ceux qui espéraient – qui attendaient avec impatience – une réaction de la part de notre Armée. L’union «sacrée» permit un rapprochement entre le pouvoir et l’opposition, rapprochement qui s’est traduit par une rencontre entre le Président de la République et le chef de file de l’Opposition démocratique et, plus tard, par l’acceptation par toutes les parties – ou presque – de la nécessité d’ouvrir un dialogue politique. Il s’en suivra une proximité entre les symboles de chacun des camps : l’image du Président de l’Assemblée nationale et du chef de file de l’Opposition aux côtés du Président de la République dans tous ses déplacements officiels, cette image est restée jusqu’en décembre 2010. Les uns et les autres s’étaient entendus sur le principe de préparer une plate-forme en vue du dialogue dont l’ouverture devait être solennelle. Les évènements de Tunisie, puis d’Egypte allaient interrompre le processus d’ouverture, les camps revenant à plus radicales positions… en tout cas pour certains d’entre eux.
Revenons à l’action en territoire malien. Le premier revers subi par l’Armée mauritanienne fut celui de Hassi Sidi en plein territoire malien. Nous savons aujourd’hui que les Mauritaniens avaient été trahis par des officiels maliens fortement impliqués dans la préparation d’une attaque préventive contre des convois d’AQMI qui se regroupaient en vue d’une attaque en Mauritanie. Puis vinrent les épisodes victorieux (pour la Mauritanie) de Wagadu, la forêt où AQMI voulait installer une base avancée pour pouvoir lancer ses attaques contre la Mauritanie de tout près. Malgré les trahisons des officiels maliens dont un officier du cabinet militaire de ATT (dont la communication avec AQMI avait été enregistrée et remise au président malien lui-même), l’Armée mauritanienne est a pu détruire le camp en construction et poursuivre les combattants pour les éloigner encore plus de nos frontières. C’est à ce moment-là que certains politiques locaux ont parlé de «guerre par procuration», reprenant les termes des communiqués de l’organisation terroriste responsable de la mort d’une quarantaine de Mauritaniens, de l’assassinat et du rapt de plusieurs étrangers sur le sol national. Pas assez apparemment pour considérer que cette guerre a été imposée à la Mauritanie.
Quelques autres attaques et/ou contre-attaques ont permis aux Mauritaniens d’éloigner la menace et d’instaurer la peur dans le camp ennemi. C’est ainsi que l’Armée nationale a pu extraire des responsables d’actions en territoire mauritanien dont certains ont permis la libération d’otages occidentaux. Comme elle a pu s’attaquer à des convois de l’organisation et à ceux, plus utiles pour elle, du trafic de drogue qui profitait largement aux populations locales et en faisait des alliés passifs du crime organisé.
L’action réussie de l’Armée mauritanienne malgré ses moyens et son expérience toute nouvelle, cette action a mis à nu le laxisme qui caractérisait l’attitude du gouvernement ATT. Aux yeux de ses élites militaires et civiles, le pouvoir malien avait démissionné préférant laisser aux autres la mission de pacifier une partie de son territoire. Ajouter à cela la corruption, le sentiment d’exclusion des populations locales, l’interférence officielle dans les réseaux de trafics et de traite d’otages, la fuite en avant de l’autorité centrale et son refus de régler les problèmes exacerbés par l’arrivée massive de combattants rentrant de la Libye, l’allégeance à certaines «puissances» régionales (Algérie, Burkina…)… Assez pour faire d’une manifestation de soldats, une mutinerie puis un coup d’Etat.
Le Mali s’est effondré à cause de la mauvaise gouvernance des problèmes qui le secouent cycliquement depuis son indépendance, notamment la sédition du Nord. Il s’est effondré aussi à cause de la carence de sa classe politique qui n’a pas pu anticiper et accepter d’une part de prendre en charge ces problèmes (dans la campagne présidentielle qui a précédé les évènements de mars, aucun candidat n’est allé au Nord), d’autre part de s’éloigner du giron d’un pouvoir qui dérivait inexorablement (la recherche constante d’un gouvernement d’union nationale pour partager le gâteau).
Ce pays s’est effondré de lui-même. La Mauritanie (pouvoir et société) est le premier de ses voisins à regretter cela et à travailler pour que l’unité territoriale et la stabilité soient retrouvées. Il en va de notre avenir à tous.