mercredi 5 septembre 2012

Sur la route du Hodh (2)


Quand nous quittons Kiffa, nous sommes rejoints par une deuxième voiture de la mission. Nous sortons sans problème de la capitale de l’Assaba. La route goudronnée s’arrête à moins de 40 kilomètres de la ville. En trois ans, l’ATTM, cette filiale de la SNIM qui a eu le marché de la route Kiffa-Tintane (140 km), n’a pas dépassé 40 km !!! sur une route stratégique parce qu’elle alimente les régions les plus peuplées de Mauritanie, en plus du Mali et de toutes les activités commerciales qu’elle permet. Plusieurs fois, la question du retard de cette route a été posée au ministre de l’équipement qui répondait invariablement que «dans quelques mois, elle sera réalisée». Trois ans depuis que le Premier ministre en a lancé les travaux. Trois ans que les promesses durent.
On m’explique que jusqu’à récemment (il y a quelques mois), les engins et outils mobilisés «sur» la route étaient loués à des particuliers. Que cela aurait coûté entre 50 et 70 millions par mois à la société. Calculez et vous trouverez peut-être la raison de la nonchalance des responsables à terminer ce chantier qui rapporte tant qu’il existe.
On me dit aussi que ATTM avait eu tellement de marchés qu’elle ne pouvait les honorer à temps tous. Elle a donc établi un ordre de priorité où la route Kiffa-Tintane arrivait en queue.
Autre explication qu’on entend : le directeur de ATTM nommé au lendemain du départ de Yahya Ould Hademine (devenu ministre de l’équipement et du transport), a bouleversé la structure en changeant les responsables techniques ayant fait leurs preuves par le passé et les a fait remplacer par des novices qui n’ont pas pu «boucher» le trou. Il s’en est suivi un désordre et une désorganisation dans les méthodes et dans la gestion des hommes.
Quoi qu’il en soit aucun prétexte ne peut être trouvé à ce retard, aucun justificatif. De la mauvaise planification sinon l’incapacité de la société à remplir son contrat. Auquel cas il fallait le lui prendre et chercher nouveau preneur.
Il y a espoir aujourd’hui. En effet l’on remarque du matériel nouveau sur la route : camions, engins, outils… sont regroupés à des points de la route. Tout indique que les travaux recommencent avec plus de volontarisme. En attendant il faut compter quatre heures pour faire les 140 kilomètres de route entre Kiffa et Tintane.
Tintane est toujours sous l’eau. La nouvelle ville est en construction mais attire peu les populations qui continuent à résister à la tentation d’abandonner la dépression pour la dune (seyf) où a été construite la nouvelle ville. Le goudron qui devait relier l’entrée ouest à la sortie est est toujours une promesse. Mais l’électricité est là traversant les lotissements. Un marché en construction, une station d’essence aussi, quelques belles maisons… pas assez pour faire une nouvelle ville.
Aïoun, la capitale du Hodh el Gharby, a perdu de son éclat. Il fut un temps où elle était la ville la plus propre du pays. Partout il y a la poubelle. La ville la plus sûre du pays. Une bande terrorise actuellement les habitants. Son chef sera arrêté ce jour heureusement, mais la psychose est là. Mais les gens sont heureux : l’hivernage est un don de Dieu. Et quel don !!!
Ceux de Kobenni se plaignent des délestages continus. Ils disent que la ville frontière devait refléter une image positive de la Mauritanie. Quelques projets y voient le jour cependant. Des privés y investissent. Mais l’économie du tourisme reste la plus porteuse pour toute la région.

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