lundi 14 mai 2012

La cause oubliée


Nos peuples ont-ils fait une trêve avec Israël ? ont-ils oublié la Palestine et «la cause» ? Toute la mobilisation autour de la question du sort des prisonniers palestiniens dans les geôles palestiniennes, ne prend pas. L’acquittement des éléments de l’Armée israélienne coupables d’avoir tué 23 membres d’une même famille en janvier 2009 à Gaza, n’a pas lui non plus suscité d’émoi public.
Le «printemps arabe» est passé par là… L’une des conséquences «évidentes» (visible) des rébellions populaires dans les pays arabes, c’est bien qu’on parle de moins en moins de Palestine et des souffrances du peuple palestinien.
Nous sommes, en Mauritanie par exemple, passés d’une instrumentalisation excessive de la question, vers une sorte d’indifférence qui ne dit pas son nom. Avant, on ne pouvait pas nous réunir sans arborer les drapeaux de l’Etat palestinien, sans proférer les slogans des mouvements de libération, sans fustiger Israël et ses alliés. Cela fait plus d’un an que «la cause» ne mobilise plus.
On peut être heureux de voir les Mauritaniens se rassembler autour de questions qui les concernent plutôt que des questions qui sont «plus loin» géographiquement de nous. Mais on est en droit de s’inquiéter quand on voit cette absence de la scène d’une cause qui a été au centre de toutes nos préoccupations.
La première révolution arabe, celle du début du 20ème siècle, s’est faite autour de la revendication d’indépendance et de libération du joug Ottoman et Occidental. La deuxième révolution s’est faite au nom de la recherche de l’unité de la Nation arabe. Elle a eu pour source nourricière la récupération des terres palestiniennes et la lutte contre Israël, considéré la source de tous les maux de la Nation.
Profondément antioccidentale, cette révolution a produit les dictatures que la troisième révolution a emporté en partie. Cette révolution en cours est fortement soutenue par l’Occident. Sous prétexte qu’elle a pour inspiration la démocratie.
Est-ce ce soutien qui fait oublier la Palestine ?

dimanche 13 mai 2012

La liberté d’expression à la base


La célébration de la fête du 3 mai a coïncidé avec le lancement officiel de la radio privée Mauritanid FM (MFM). Dans la réalité, elle émet depuis quelques semaines. Et déjà elle est la première radio écoutée à Nouakchott. La couverture des informations, le pluralisme de l’expression, les débats, l’implication des auditeurs… tout cela participe à donner une longueur d’avance considérable à la première radio privée du pays.
Depuis l’expérience de la Radio citoyenne durant la première transition, on n’a plus d’inquiétudes concernant les dérives verbales sur les ondes. Les émissions et les échanges sur les ondes MFM confirment la responsabilité de l’auditeur mauritanien, à quelque niveau que ce soit…
Nombreux sont ceux qui s’inquiètent pour la Mauritanie qui risque selon eux des dérives inévitables. Oubliant que "là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve", selon l’heureuse expression du poète allemand Friedrich Hölderlin.
«Ce qui sauve», c’est, à la base, cette liberté d’expression qui ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. L’un des maux de notre société d’aujourd’hui, c’est justement le refus d’en user, voire d’en abuser.
Au lieu d’assumer nos écrits et nos positionnements, certains d’entre nous, par lâcheté plus que par peur des conséquences, préfèrent utiliser l’expression sous le couvert de l’anonymat. Ceux d’entre nous qui cherchent à réhabiliter les réflexes anciens, restaurer l’ordre qui prévalait, préfèrent les graffitis, les tracts… et donc fatalement la vulgarité dans l’expression, les excès dans le langage. Ce qui participe à la décrédibilisation de la parole publique, déjà largement entamée. Et fait partie des aspects de la résistance engagée pour empêcher les transformations de notre société.
En ces heures de questionnements, nous avons besoin d’entendre nos intellectuels indépendants, au sens de l’autonomie. Pas ceux qui sont liés à la ligne d’un parti ou d’une idéologie de parti. Pas ceux non plus qui se réclament d’une orthodoxie stérile.
Nous avons besoin d’une conscience critique et libérée des pesanteurs qui nous empêchent d’avancer. Nous avons besoin d’une explosion de créativité et de création pour nous miroiter des pâturages meilleurs vers lesquels nous pourrons nous diriger. Nous avons besoin d’affirmer notre diversité dans l’unité de notre espace…
…De quoi fonder une société égalitaire, une conscience citoyenne fondée sur le principe de la solidarité, ayant pour seul objectif l’accomplissement de l’homme et son émancipation. Son bonheur en somme. 

samedi 12 mai 2012

«Le devoir d’audace»


C’est le titre d’un texte écrit par Jean-Luc Mélenchon, le chef du Parti Gauche, candidat pour le Front de Gauche aux présidentielles 2012, arrivé quatrième avec 11,1%.
Le dernier acte de courage, «d’audace», est sans doute sa candidature aux législatives prochaines dans une circonscription réputée fief de Marine Le Pen, présidente du Front National (FN). Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), c’est le nom de la circonscription, a donné première la fille Le Pen au cours du 1er tour des présidentielles. Mélenchon y est arrivé en quatrième position.
Pour le leader du Front de Gauche, il s’agit là d’une nouvelle étape dans sa guerre contre le FN et sa présidente. Celui qui se définit lui-même comme «un socialiste républicain», a dédié son action politique à la lutte contre le FN qu’il considère comme un rassemblement de fascistes. Il croit pouvoir «rassembler toute la Gauche» pour réaliser «une révolution des urnes» qui vise à transformer profondément la société française. «Refonder la République» passe par la mise hors jeu du courant nationaliste fasciste du FN.
Dans leur dernier débat – avant la présidentielle – il disait à Marine Le Pen : «Vous êtes comme Dracula, un peu de lumière et vous disparaissez». Autrement dit, un peu d’ouverture et de courage, de discernement et d’intelligence, suffit à chasser les obscurantismes. De tous genres.
Cela me rappelle tous les combats que nous devons mener chez nous et qui ne sont pas menés. Petit à petit, les obscurantismes étendent leur chape. Ils deviennent «acceptables», «fréquentables», parfois «mémorables»… Sans résistance. Si bien qu’en termes de libération, d’émancipation, de créativité, d’intelligence, peu de batailles sont menées. On veut le pouvoir d’abord. En croyant que le pouvoir mène fatalement à un monde meilleur. Ce qui n’est pas le cas.
La métamorphose que nous espérons depuis toujours est celle qui dérangera nos aprioris, qui révolutionnera nos rapports… Nous avons besoin de changer de monde… Plus d’égalité citoyenne, d’équité dans la redistribution des ressources, de justice dans nos exercices quotidiens… Chacun de nous se doit de faire une révolution sur soi pour réaliser le grand changement que nous espérons. Besoin d’audace pour déranger la pensée dominante, la classe dominante qui promeut une «révolution conformiste» qui préserve les privilèges en faisant changer les injustices de camp. Au mieux. En s’abstenant de déranger l’ordre ancien. Au pire.

vendredi 11 mai 2012

Le symbole oublié


Chaque fois que je le rencontre, je me fais un devoir d’en parler. Il s’agit de l’artiste-griot Sid’Ahmed Ould Ahmed Zeidane, véritable mémoire vivante d’un monde que l’on croit perdu et dont quelques bribes survivent encore…
Hier soir, je suis resté longtemps à discuter avec lui… «discuter»…, cette fois-ci je l’ai laissé parler sans chercher à le faire douter… Et c’est le nationaliste arabe qui est revenu à la surface… Un nationalisme qui se traduit par la volonté de tout raccorder à la Péninsule ou à ses environs immédiats. Une lecture teintée de naïveté, une innocente… instrumentalisation. Ce qui, il y a quelques années encore, m’irritait beaucoup, prenait dans sa bouche des airs de sympathique naïveté…
La musique aurait été créée par Ishaq al Mowçili (de Moçoul en Irak). «Attention, précise Sid’Ahmed, c’est un homme qui descend d’une lignée éthiopienne même s’il était blanc. Son art, il a commencé à le pratiquer suivant une tradition familiale. Ishaq grandit avec la dynastie des Abbassides qui allaient faire de Baghdad leur capitale. Il était souvent l’invité des princes.
«Il fut particulièrement bien traité par El Mamoune qui le prit sous sa protection. Chaque jour, il venait l’enchanter par sa musique. Il chantait rarement. A la fin de la journée, El Mamoune le couvrait de présents et le laissait partir».
Un jour, il lui demanda s’il n’avait pas réussi à former des disciples dans l’art qu’il exerçait. Ishaq commit l’imprudence de lui parler de son «meilleur disciple : Ziryab». Il le fit amener pour l’écouter lui qui chantait et jouait en même temps. Le maître remarqua l’enchantement produit par l’élève sur le Khalife. Il décida de réagir et vite.
A la fin de la journée, Ishaq s’adressa à Ziryab : «tu as le choix entre deux : soit je te tue, soit tu quittes le pays pour des contrées lointaines, l’Andalousie par exemple, là où les survivants Omeyades sont allés s’installer».  Rapidement équipé par son maître, Ziryab s’en alla le plus loin possible. Ishaq rendra compte fidèlement le lendemain au Khalife. «De son côté Ziryab alla propager cet art dans l’Occident du Monde de l’époque, et c’est ainsi que cet art parvint à nous…»
Il fut un temps où cette lecture relevait de la pensée dominante. Heureusement qu’elle est largement dépassée aujourd’hui. Pendant des décennies, notre culture nationale – dans sa diversité – était prise en otage par des lectures idéologiques. L’un des acquis du «processus démocratique» restera « l’arrachement» de ces questions culturelles à cet espace idéologique. Si la question de la langue – Arabe, Pulaar, Soninké, Wolof – reste dans le champ de l’instrumentalisation par les politiques, ce n’est plus le cas des produits culturels comme la musique ou la poésie. On sait – et on en est fier – que les évolutions doivent d’abord aux emprunts des uns des autres. Que la musique Bidhâne doit beaucoup à l’héritage Mandingue ouest-africain que nous partageons avec les frères de l’espace soudano-sahélien. Que la musique Pulaar doit aussi à celle Arabe, tout comme la Soninké ou la Wolof.
Ces échanges ont créé une culture nationale, multiples dans ses manifestations et ses pratiques, une dans ses fondements et son osmose. «Unique», reconnait Sid’Ahmed Ould Ahmed Zeidane… avec nostalgie. Tout chez lui inspire la mélancolie. La voix, l’intonation, la fragilité du physique de l’homme, sa manière de déployer ses ustensiles de tabac, les sujets abordés, l’attitude face à la vie…
«Je suis un être oublié ici… J’ai conscience d’appartenir à une société qui a eu ses heures de grandeurs, de dignité, de générosité… Je m’interdis aujourd’hui d’aller tourner dans les bureaux ou les lieux publics pour ne pas qu’on dise que je suis à la quête de quelques biens immérités… Je me dis parfois que je n’intéresse plus personne… pour me rendre compte ensuite que je me trompe… heureusement. Mais jusqu’à quand ?»
Aucune autorité «culturelle» ne se soucie de ce monument. De temps en temps, un chercheur étranger, un nostalgique local, un survivant de l’ancien monde… sinon, «el khoumoudoud ni’matoun»…

jeudi 10 mai 2012

C’est mieux comme ça


La Coordination de l’opposition démocratique (COD) a organisé une marche suivie d’un meeting… on va dire «qui a pris du temps», un meeting qui a duré le temps nécessaire pour permettre à tous les leaders et chefs de partis de dire ce qu’ils avaient envie à dire, pour permettre que tout soit dit. Sans discernement parfois, sans retenue souvent. Toute la nuit. Entre deux heures et trois heures du matin et après concertation, les chefs de la COD ont décidé de se retirer sans confrontation. La semaine d’avant ils avaient été «surpris» par l’offensive policière et préféré vider les lieux sans se battre.
Les explications données sont (très) recevables : en fait c’est pour éviter à la Mauritanie les dérives et les affrontements inutiles. Noblesse d’esprit à louer d’autant plus que tous les leaders ont répété cette explication des faits. Mais pourquoi ne pas avoir le même souci avant même d’enclencher le processus qu’on voulait déterminant pour le départ du pouvoir de Ould Abdel Aziz ? C’est là où l’opposition pèche.
Le «dégage» de Tunisiens – parce que c’est lui que nous empruntons – n’a pas fait partie des slogans des premiers jours. Si l’on considère que la «révolution tunisienne» - insurrection populaire qui a abouti à faire partie la tête du système – a duré un mois (du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2012), on peut dire que le slogan «dégage» a été le leitmotiv des dernières 72 heures. On a commencé par des revendications de changement, d’amélioration, de pluralisme, de justice… et devant l’entêtement du régime qui n’a pas hésité à tuer pour réprimer, on est passé à la vitesse supérieure. Même démarche en Egypte…
Ici, les partis de la COD sont passés du stade de l’opposition «conciliante» ou «bienveillante» ou encore «constructive», vers le slogan «dégage». Trois qualificatifs pour utiliser une situation où les partis s’empressaient à rompre le processus du rejet du pouvoir issu des élections de juillet 2009, pour chercher à s’acoquiner avec lui plus ou moins franchement.
Si ces partis ont pour la plupart refusé de reconnaitre les résultats de juillet 2009, on a vu leurs leaders autour du Président Ould Abdel Aziz de juillet à décembre 2010. On les a entendus reconnaitre sa légitimité (et ou sa légalité), engager avec lui un rapprochement très rapide. Avant de les voir à nouveau virer pour aller le plus loin possible… et aboutir, dès les premières hésitations de la révolution, au slogan «dégage»…
Certains parmi les acteurs souhaitent voir le dialogue reprendre pour inclure ceux de la COD. Tous ceux qui l’ont exprimé appartiennent à des formations qui ne font pas partie du regroupement de l’opposition. Celle-ci ne l’a pas exprimé, d’aucune manière. Et si l’on s’en tient à ce slogan «dégage», la perspective d’une participation à un nouveau dialogue n’est pas envisageable.  Ce n’est pas pour autant qu’il faille rester à attendre de voir les protagonistes s’user sans faire quelque chose qui puisse faire avancer la situation.
Première urgence, mettre en pratique les lois fruits de l’accord entre les partis ayant accepté de participer au processus de dialogue de 2011. Mettre en place, et au plus vite, la Commission électorale indépendante consensuelle. Cette mise en place de la CENI permettra de déplacer le débat vers la participation ou non aux élections futures. A la place du slogan «dégage» qui bloque la situation politique aujourd’hui, il faut espérer une dynamique de discussions autour des garanties données sur la régularité des élections pour permettre une grande participation. Cette dynamique participera à désamorcer la tension entretenue actuellement en ouvrant des horizons devant les opérateurs politiques.
En attendant des mesures concrètes qui participeraient à l’apaisement de la scène, profitons de l’accalmie, résultat de la fin heureuse du meeting d’hier.

Le meilleur n’est pas dans le passé


J’ai entendu, il y a quelques mois, un leader politique soutenir que le pire des régimes de notre histoire est l’actuel. Je n’avais pas pu m’empêcher de réagir. Pour rappeler que tout ce que la Mauritanie a souffert de pillages de ses ressources, de remises en cause de ses fondements, de sape de son économie, de corruptions morales et matérielles, de blessures, de fractures, d’injustices et d’arbitraires quotidiens… tout est fruit d’une gouvernance que certains débutent en 1978, que d’autres limitent à 1980 ou 1984. C’est selon l’interlocuteur. Mais que tous confondent avec le régime militaire qui s’est approprié le pays jusqu’en 2005, date à laquelle le premier vrai changement a été espéré et même mis en œuvre pour un temps donné.
J’ai toujours cru que la bataille en Mauritanie est celle qui oppose ceux qui ont à cœur de réhabiliter un système et une méthode de gouvernement, et ceux qui espèrent tourner définitivement la page de ce système et de cette méthode. Si les derniers ne coordonnent pas et ne se retrouvent pas dans le même camp, les premiers travaillent de connivence et tiennent compte des positionnements. Refuser de trafiquer l’Histoire et de réhabiliter une page sombre de notre destin, c’est l’objectif que doivent se fixer ceux qui croient que la Mauritanie a trop souffert l’impunité et l’irresponsabilité de ses élites. Il ne faut rien laisser passer…
Cette semaine encore, l’une des figures de proue de la politique actuelle, soutenait : «J’étais ministre avec Ould Taya, parce qu’il y avait un Etat de droit, parce que les Institutions républicaines étaient respectées, parce qu’il y avait une justice sociale…» En substance devant des milliers de militants venus l’écouter. Un autre ancien haut cadre (et actuel figure de premier plan) soutenait : «Vous avez là les meilleurs ministres des anciennes époques, les meilleurs présidents, les meilleurs intellectuels, les meilleurs administrateurs…» Un troisième, arrivé à la politique par les affaires (l’un menant facilement à l’autre), martelait : «Il n’y a jamais eu autant de gabegie, autant de détournements…» Pour quelqu’un qui a participé à l’effondrement du système bancaire, au pillage des ressources halieutiques, au gaspillage des ressources destinées au développement agricole…, les propos ne peuvent laisser indifférents.
Quand Ould Taya prend le pouvoir en décembre 1984, il hérite d’une Mauritanie exsangue, avec plus de 7000 de prisonniers et d’exilés forcés, mais d’une Mauritanie fortement décidée à tourner la page.
21 ans après, c’est d’une Mauritanie plus meurtrie que celle de 1984 qu’il laisse à ses successeurs. En plus du sac économique et moral, le pouvoir a travaillé sur l’atomisation sociale. Affrontements ethniques, tribaux, oppositions sur la base régionaliste… tout fut mis à contribution pour assurer la pérennité du pouvoir par l’instrumentalisation des différences et l’exacerbation des divergences.
Ce fut une entreprise savamment orchestrée par des cadres bien formés, très intelligents et sachant parfaitement ce qu’ils voulaient : perpétuer le système de prédation par l’affaiblissement des structures de l’Etat. Des cadres identifiés et identifiables. Regardons autour de nous et écoutons la cacophonie. Discernons leurs voix, reconnaissons leurs silhouettes… le combat pour le changement commence par l’isolement de ces virus.

mercredi 9 mai 2012

Célébrer par-ci, commémorer par là


Le 8 mai 1945 a été «retenu» comme jour de la libération par la France. C’est le jour où l’Allemagne nazie a signé la capitulation à Berlin. Elle avait signé la veille, le 7, à Reims, mais les Russes avaient exigé un second acte à Berlin qui n’eut lieu que le 8 à 23 heures et quelques minutes, heure de Berlin : on était déjà le 9 mai en Russie. Trois dates pour un même événement.
Chaque année, la France fête solennellement cet anniversaire qui est celui de la fin de l’occupation allemande. En grande pompe. Mais chaque année aussi, la France doit faire un examen de conscience que lui impose la commémoration, cette fois-cis en Algérie de cette date… autre lieu, autre symbole, autre événement…
Le 8 mai 1945, alors que la France se libère, ses colonies bougent. A Sétif, à Guelma, partout dans le Constantinois, des militants du mouvement indépendantiste algérien manifestent pour réclamer l’indépendance. Dans l’euphorie qui suit l’annonce de la capitulation allemande, les militants du Parti populaire algérien (PPA) de Messali Hadj arborent fièrement le drapeau de l’indépendance. Un policier tire sur la foule. Il tue un manifestant à Sétif. Des émeutes qui font une centaine de morts dans les rangs des colons. Répression sanglante des forces coloniales. 45.000 morts selon la mémoire collective algérienne, 17.000 et 20.000 blessés selon les services américains de l’époque, les historiens se contenteront de parler de «milliers de morts». Assez pour approfondir la fracture entre autochtones et colons et pour refonder le mouvement nationaliste qui donnera la révolution algérienne, épique dans ses parcours, accomplie dans son aboutissement… L’insurrection de novembre 1954 qui est le point de départ de cette fabuleuse révolution algérienne.
Reste cette plaie… La France, prompte à reconnaitre le «génocide arménien», refuse encore de reconnaitre le mal fait et de s’excuser en conséquence… sujet de discorde entre les deux pays…