dimanche 28 juin 2015

La politique pourquoi faire?

C’est au cours d’un débat entre journalistes sur Al Mourabitoune que la question a été soulevée. A quoi sert la politique ? à prendre le pouvoir ? à participer aux affaires de la cité ? à concevoir les meilleures conditions pour la réalisation du bien commun ? à établir un contrat ou des règles reconnues par tous en vue de parvenir à des équilibres dans la conduite des affaires publiques ?
Au tout début était la question de savoir qu’est-ce qui a manqué à notre élite politique pour imposer un processus démocratique plus ou moins acceptable et consensuel. Pour répondre à cette question, on peut axer sur le seul aspect exercice du pouvoir et donc sur ses modalités (élections). Pour expliquer que notre élite n’a jamais eu les éléments du jeu entre les mains, qu’elle a dû subir la brutalité du pouvoir militaire chaque fois qu’elle a cru être au bout du processus. C’est faire preuve d’indulgence vis-à-vis de cette élite qui n’a jamais rien essayé depuis la première décennie de l’indépendance.
A l’époque, contre vents et marées, l’élite a bien eu pour ambition d’asseoir les fondements d’un Etat égalitaire, citoyen, moderne, pacifique et ouvert. Elle a réussit plus ou moins.
Plus quand il s’est agi d’imposer un Etat dans un environnement hostile où les ennemis de l’intérieur étaient plus actifs et plus dangereux que ceux de l’extérieur. Plus aussi quand le jeune Etat a pu imposer des règles générales à tous et à se faire accepter par les élites traditionnelles (féodales). Plus enfin quand le jeune Etat est devenu un acteur de la scène internationale.
Moins sans doute pour ses incapacités à éradiquer les tares d’une société profondément inégalitaire et donc injuste. Moins aussi quand le pays a été incapable d’instituer le pluralisme et d’incarner la pluralité. Moins enfin quand le jeune Etat s’est laissé enivré par ses succès relatifs et a cru qu’il était assez fort pour mener une guerre qui ne se justifiait pas.
Mais depuis la première décennie, qu’a fait l’élite politique mauritanienne ? Un constat nous permettra peut-être d’en savoir plus.
En mars 2007, le pays connait sa première élection présidentielle consensuelle, plus ou moins régulière. Sur les 19 candidats, deux sortent du lot et doivent se faire face pour un second tour : Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et Ahmed Ould Daddah. Deux hommes qui ont tous deux appartenu au dernier gouvernement de Mokhtar Ould Daddah, celui qui a été renversé le 10 juillet 1978. Deux hommes connus pour être des technocrates et non des politiques. Même si pour Ould Daddah, l’entrée en politique date de 1991 (décembre), on peut estimer que les deux hommes sont entrés dans le champ politique par accident (si ce n’est par effraction).
On peut en tirer deux conclusions : soit que la nostalgie était si forte que le peuple a voulu restaurer ce qui restait du pouvoir de Mokhtar Ould Daddah ; soit que toute l’action politique des mouvements et groupuscules qui ont animé la scène trois décennies durant, n’a pas permis de faire sortir du lot un homme capable de provoquer l’adhésion du plus grand nombre. Dans l’une comme dans l’autre des conclusions, c’est bien un échec avéré du personnel politique.
Si l’on suit l’actualité, rien que depuis 1992 (la première élection présidentielle pluraliste), on se rend compte que le personnel politique a toujours couru derrière les événements. Que la capacité d’initiative a été nulle. Une excuse et une explication.
L’excuse, c’est que les formations sont profondément infiltrées par les services de renseignements et que les acteurs subissent des pressions sociales et politiques énormes. L’explication, c’est que les acteurs sont pour leur écrasante majorité obnubilé par l’exercice du pouvoir et le profit qui peut en être tiré. Une conséquence aussi : les acteurs politiques ne voient pas venir les événements, ils sont alors obligés de se contenter de réagir. D’où cette propension à toujours reconnaitre les putschs qui surviennent et qui arrivent à un moment où les forces politiques sont lessivées par des querelles de positionnements qui les empêchent de voir clair.
Mais plus grave encore : notre démocratie a besoin de démocrates. Sommes-nous prêts à concéder une once d’attention, un sacrifice minime pour nous permettre de nous écouter les uns les autres, de trouver entre nous un terrain de convergence ? Avons-nous justement une idée claire de ce terrain de convergence vers lequel nous devons nécessairement évoluer ? Quelle conception avons-nous de la démocratie en général et de notre devenir commun ? Laissons-nous une place pour l’autre et quelle perception justement avons-nous de l’autre ?
Il faut rappeler que l’élite politique actuelle a été formée à l’école du monolithisme (Parti unique, mouvements identitaires, totalitaristes…). Que ce que nous voulons exiger en termes d’alternance pacifique au pouvoir est une notion étrangère à la culture qui est la nôtre. Qu’il s’agit donc d’un apprentissage, long et ardu, qui demande patience et sacrifice.
Chaque fois que vous demandez à notre intelligentsia de réfléchir à l’avenir, de chercher à le concevoir et à le réaliser dès à présent, vous êtes l’objet d’un lynchage public. Une façon de cacher le désarroi face à l’avenir devant lequel on se sent incapable. Quand on refuse de se projeter pour anticiper sur les événements à venir, on annihile toute capacité de progrès. On se condamne à l’inertie. Et c’est ce qui nous arrive.


samedi 27 juin 2015

Une Armée républicaine est une armée forte

La sortie ces derniers jours d’une nouvelle promotion d’élèves officiers de l’Ecole militaire Interarmes d’Atar (EMIA) – la 31ème depuis la création de l’école en 1976 – est une occasion de revenir un peu sur la nécessité pour nous – journalistes, politiques… - de revoir notre relation à l’Armée.
Sortie exsangue de la guerre du Sahara, l’Armée nationale ne s’est pas relevée avant ces dernières années. C’est que les gouvernants l’ont surtout perçue comme une source de menace pour leur pouvoir. Ils ont alors orchestré une opération de sape qui a abouti au résultat que nous avons connu en 2005.
Le 4 juin 2005, un commando du Groupe salafiste de combat et de prédication (GSPC qui deviendra Al Qaeda au Maghreb Islamique, AQMI) attaque la garnison de Lemghayti, quelque part dans le désert mauritanien. C’est un trafiquant de la zone qui donne l’alerte bien après le déroulement des événements. C’est dire que l’unité cantonnée à Lemghayti n’avait même pas la possibilité d’entrer en contact avec son Etat Major. Le pouvoir d’alors réagit très mal.
Aucun éclaircissement ne sera donné sur les conditions de l’attaque. Si bien que l’héroïsme des éléments de l’unité de l’Armée nationale sera passé sous silence. On laissera croire que les soldats mauritaniens avaient été surpris parce qu’ils avaient établi des relations de copinage avec les trafiquants de la région dont les terroristes. En fait, ces soldats avaient peu de moyens et étaient laissés à la merci de ces trafiquants qui avaient de fortes relations à Nouakchott.
La colère du Président de l’époque est si forte qu’il décide d’envoyer une expédition punitive poursuivre les assaillants jusqu’aux confins de la frontière entre le Mali et le Niger. Pour équiper les troupes, il fait appel aux groupes d’affaires : un groupe finance la motorisation, un autre l’armement, un autre la logistique… ce sont donc les privés – les commerçants, les hommes d’affaires… appelez-les comme vous voulez – qui financent l’expédition punitive.
Le millier d’hommes envoyés au désastre reviendra à la faveur du coup d’Etat du 3 août 2005, sans avoir pu accrocher l’ennemi. C’est certainement la goutte qui a fait déborder le vase et qui a finalement amené les plus jeunes des officiers supérieurs à renverser le Président Ould Taya.
Mais la transition qui s’ouvre avec le coup d’Etat est 100% politicienne. Les vrais enjeux pour le pays – apurement des passifs humanitaires, refondation des institutions étatiques, réinvention des vocations premières de l’Etat mauritanien…-, ces enjeux sont occultés par la course au pouvoir et la perspective des élections. La passion fait le reste.
L’Armée est donc oubliée dans les débats restés plus ou moins superficiels. Personne ne pense à lui donner les moyens de sa profonde réforme. Sans doute, le mépris affiché par l’élite traditionnelle qui a toujours vu en l’institution militaire un outil à utiliser dans la conquête et donc dans le maintien du pouvoir. L’équiper, la réorganiser, la restructurer, la moderniser… tout ça n’est pas dans le registre des urgences.
L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement civil n’a pas changé les choses. Surtout qu’elle s’est accompagnée d’un déni du danger. L’autorité politique, par la voix du Président et du Premier ministre, a immédiatement nié l’existence d’une menace terroriste. Première conséquence : rien n’est fait pour améliorer l’exercice des forces armées et de sécurité. Au contraire, on revient rapidement à la charge pour essayer de les mettre au pas. Alors qu’elles avaient besoin d’être renforcées.
Les événements se précipitent avec les attaques terroristes de 2007 et 2008. Puis la crise politique ouverte qui mène droit au coup d’Etat du 6 août 2008. En plus des incertitudes sur le plan intérieur, le pays fait face à une guerre larvée menée à partir du Mali voisin par des bandes armées combinant trafics (drogue, cigarettes, armes) et lutte idéologique. Tourine, rapts successifs d’étrangers, attentats, assassinats d’étrangers… C’est la menace pesante qui dicte l’ordre de priorité.
L’Armée connait alors une remise à niveau qui lui permet rapidement de porter le théâtre des opérations sur le territoire ennemi (les caches des groupes armées dans le Sahara malien). L’offensive que mène la Mauritanie pour assurer la sécurité de ses frontières apporte ses fruits. En quelques mois, plusieurs opérations sont menées contre les terroristes dans leurs bases. Toutes leurs tentatives de faire des actions d’éclat en Mauritanie s’écrasent contre le cordon de sécurité mis en place par l’Armée nationale. La stratégie mise en œuvre par la Mauritanie n’a pas le soutien de ses voisins et amis. Ils paieront plus tard cette désinvolture, notamment quand tout le Nord malien sera sous contrôle jihadiste. Ils payent encore aujourd’hui le prix fort de ne pas avoir réagi à temps.
C’est sans doute cette guerre préventive qui a permis au pays de ne pas se laisser entraîner dans le tourbillon qui a suivi et qui a mis à genoux bien des Etats. Il y a lieu pour nous de célébrer notre Armée à toute occasion. Il y a lieu surtout de se dire qu’une Armée qui n’a pas les moyens de remplir ses missions de défense et de préservation de l’unité du pays, ne peut aspirer à être républicaine.
Jusqu’à présent, notre Armée a lorgné du côté du pouvoir seulement quand elle a été abandonnée par les décideurs ou quand elle a été l’objet de leur vindicte : 1978 avec la guerre du Sahara dans les conditions qu’on sait, 1984 avec sa marginalisation au profit de forces extérieures (Polisario notamment), 2005 avec son démantèlement progressif durant les deux décennies qui ont précédé, en 2008 avec la remontée en surface des démons des pouvoirs précédents.
Le pari est heureusement engagé sur la ressource humaine. En plus du lycée militaire, il y a désormais une Ecole supérieure polytechnique, une Ecole de l’aéronautique, une Ecole d’Etat Major, une Académie militaire bientôt. Tout un dispositif qui permet de former une élite capable de comprendre et de faire face aux multiples défis du monde d’aujourd’hui.  
«L’Institution militaire est devenue incontestablement un acteur de développement à travers sa participation distinguée au renforcement des capacités des autres départements, notamment la santé, l’éducation, la construction des routes, la réalisation de réseaux d’adduction d’eau et d’assainissement en plus de son intervention dans les domaines humanitaires». Quand un responsable militaire nous dit cela, c’est en pensant au Génie militaire, à l’hôpital militaire, aux écoles… là où effectivement le savoir-faire militaire est mis à contribution pour servir le pays.

mardi 23 juin 2015

UE-Mauritanie, la reprise ?

Les négociations semblent reprendre entre l’Union Européenne et la Mauritanie en vue d’un nouvel accord de pêche. Suspendues en octobre dernier, elles vont formellement reprendre la première semaine de juillet prochain. On se souvient que les négociateurs des deux parties avaient buté sur deux points : la compensation financière et l’apurement de l’appui sectoriel pour l’accord 2008-2012.
Les négociateurs de l’UE avaient proposé de faire baisser la compensation à 47 millions euros pour combler le manque à gagner en appui sectoriel. Pour les Mauritaniens, il était difficile d’accepter un niveau en-deçà des 67 millions obtenus au terme du précédent accord qui a été salué comme une victoire politique. Surtout que les enveloppes prévues sous la rubrique «appui sectoriel» n’ont jamais servi à grand-chose. Les difficultés à faire accepter des projets, puis de mobiliser les financements auprès de la partie européenne, ont toujours empêché la Mauritanie d’en profiter. C’est pourquoi la question de l’apurement de la rubrique appui sectoriel était au centre des préoccupations mauritaniennes. Il semble que sur l’accord 2008-2012, l’UE pourrait reverser une enveloppe de 6,5 millions euros qui serviront certainement à développer les infrastructures de pêche en Mauritanie.
Reste à savoir si les négociations qui vont s’ouvrir début juillet vont permettre aux flottes européennes d’opérer rapidement dans les eaux mauritaniennes. En effet, on se rappelle que l’un des conflits ouverts entre les deux parties, c’était de savoir quand prend effet l’accord. Pour la partie mauritanienne, c’était toujours au lendemain du paraphe de l’accord (31 juillet 2012 pour le dernier accord). Pour les Européens, l’accord prenait effet seulement après approbation par le Parlement, ce qui demande une procédure longue et lourde. Les négociateurs avaient alors opté pour laisser les opérateurs pêcher 24 mois, quitte à savoir quand est-ce que chacun a commencé.
Qu’en sera-t-il aujourd’hui ? Est-ce que les Européens vont demander l’accès des flottes dès la signature de l’accord ou vont-ils attendre que le processus de ratification suive son cours normal ?
Dans le premier cas, la flotte européenne pourra alors revenir dans les eaux mauritaniennes dès juillet. Alors que s’il faut attendre la ratification par le Parlement, il faudra attendre octobre prochain, au moins. Sauf si les Européens donnent un coup d’accélérateur au processus, auquel cas, l’accord sera effectif dès la fin juillet. Rien n’empêche cela en tout cas. 

lundi 22 juin 2015

Bac, la prolongation

Pour la première fois de l’histoire du pays, une épreuve d’un examen est reprise pour cause de fuite. Jamais Autorité n’a reconnu une telle défaillance. Même pas en 2000 quand toutes les épreuves ont été fuitées par un groupe de professeurs dont certains étaient impliqués dans la préparation des examens et d’autres dans leur déroulement. Encore moins en juin 2008, quand les malversations ont atteint un seuil avéré de pratiques frauduleuses. Chaque fois, on a consommé la chose avant de la caser dans la rubrique pertes et profits. Cette fois au moins, la décision a été prise et rapidement.
Mais il faut aller plus loin pour poser les vrais problématiques du baccalauréat et de l’enseignement en général. La question demande une profonde réflexion en vue d’une réforme totale du baccalauréat. Cette réforme ne peut pas attendre la mise en œuvre de la grande transformation du système éducatif promise et attendue. Elle doit servir à brusquer les choses, à créer un électrochoc pour que le corps bouge au plus vite…
L’opinion publique est quelque peu désemparée par ce qui s’est passé. D’une part, une grosse fuite comme celle-là et autour de laquelle mille constructions ont été faites. D’une part, tous ceux qui voulaient en faire un scandale pour lequel l’appareil politique et administratif devait payer, devenant un argument de plus au sein des détracteurs du régime pour prouver la pourriture ambiante.
D’autre part, ceux qui ont voulu y voir une tentative de déstabilisation bien orchestrée par des milieux de l’opposition. On a beaucoup péroré sur le gosse qui a refusé de faire l’examen sous prétexte de dénoncer la fuite et qui a été célébré par certains médias bien marqués. Les mauvaises langues sont vite allées en besogne pour dire qu’il s’agissait là d’un coup monté.
Maintenant qu’il ne s’agit ni de l’une ni de l’autre des éventualités, ceux qui ont l’habitude de se scandaliser (ou de le feindre) pour un rien, crient encore plus fort. La banalité de l’affaire – un enfant qui dérobe à son père un flash et qui en fait profiter ses copains – désarme l’ensemble des p(é)cheurs en eau trouble.
Les histoires les plus banales sont celles qui causent en général le plus de désarroi. Surtout pour une opinion publique qui se nourrit de rumeurs.

dimanche 21 juin 2015

La fête sans la musique

Il n’y aura pas de célébration de la fête internationale de la musique. Motif officiel : le Ramadan. En réalité nous sommes dans un pays qui a cessé depuis longtemps de guetter toute occasion de faire la fête. Après avoir été une société passionnément festive, la chape s’est peu à peu installée pour imposer une grave tristesse. Le recul de la joie dans notre société est certainement le facteur principal de sa décadence. L’ennui étant l’une des grandes manifestations de cette décadence.
Le Nouakchott des années 70 et 80 est une ville bienveillante et bien vivante. Les nuits étaient animées par des concerts de musique organisés par de grandes familles de griots qui créent ainsi un espace de créativité, de poésie et donc de rencontres. A se rappeler la géographie de ces concerts, on croirait que c’était bien voulu : Ehl Abba, Ehl Amar Tichit, Ehl Hommod Val, Ehl Amar Iguiw, Ehl Nana, Ehl Meydah… chaque famille était à elle seule un centre culturel bien installé dans l’un des quartiers de la ville. On savait qu’à telle heure de la nuit, on trouvait tel poète ou tel autre chez l’une ou l’autre des familles.
En plus de ces lieux institutionnels, il y avait aussi de nombreux espaces d’amateurs qui animaient les concerts dans des lieux privés ou même dans les maisons de jeunes de la capitale. Il y avait une ambiance qui permettait à la ville de souffler, de respirer et de résister à la pollution déjà pesante.
La journée de la fête de la musique de cette année arrive à un moment où le monde des professionnels de la musique est en crise ouverte. Les divisions qui l’ont toujours miné refont surface, avec notamment les sempiternelles querelles de leadership entre les familles qui jugent, chacune, être plus à même de diriger que les autres.
Les professionnels les plus connus ne sont pas contents de l’attitude du ministère de la culture qu’ils accusent d’interférences dans des querelles qui ne devaient pas le concerner. Mais il semble que c’est surtout l’existence d’un Institut de musique aussi coûteux qu’inutile qui pose problème. Voilà une institution qui aurait dû servir à révolutionner les organisations professionnelles, l’art lui-même et qui, en définitive, freine toute évolution.
L’institut de musique n’a finalement servi à rien, sinon à amplifier les divergences entre les professionnels, à rendre toute activité et donc toute évolution impossible.
Rendez nous la joie de vivre d’antan, nous vous donnerons assez d’espoir pour croire aux lendemains qui chantent.

samedi 20 juin 2015

Immigrés, contre les remparts de l’Europe

La journée internationale du réfugié est l’occasion de revenir sur la situation de millions de personnes, près de 60 millions entre déplacés et réfugiés en 2014 selon les données du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR). Les guerres, les crises climatiques, le marasme de l’économie mondialisée avec la destruction des circuits et modes de production traditionnels… sont autant de facteurs déstabilisateurs de communautés humaines entières et qui mettent sur les routes des millions de personnes qui devront alors être pris en charge par la communauté internationale.
Aujourd’hui, le drame des migrants échouant aux portes de l’Europe cache toute la misère que vivent les réfugiés dans des camps de fortune aux frontières de nulle part. Des femmes, des enfants, des hommes fuyant les théâtres de guerre en Syrie, en Palestine, en Afghanistan, en Irak et récemment au Yémen, pour ne parler que de cette maudite région du Moyen-Orient.
Des milliers de morts dans les eaux de la Méditerranée. On ne compte pas ceux disparus dans les déserts, en cours de route, alors qu’ils tentaient d’atteindre la rive Sud pour traverser cette Mer.
Ce n’est pas la peine de revenir sur les raisons de ces départs massifs. On parle de réfugiés économiques quand les migrants fuient la pauvreté, l’absence de nourriture et de travail ; de réfugiés politiques quand ils fuient des régimes répressifs ou des situations politiques instables ou encore des guerres ; de réfugiés climatiques quand c’est la sécheresse qui les fait fuir… Toutes ces catégories se retrouvent parmi ceux qui meurent en se heurtant aux remparts dressés par l’Europe. Mais pourquoi cette recrudescence subite du phénomène ?
La politique européenne – occidentale en général – dans les pays du Sud est l’une des causes principales de ce dérèglement du Monde. Les déferlements à partir des côtes libyennes est l’une des conséquences malheureuses de l’interventionnisme occidental. Quand Nicolas Sarkozy a mené sa guerre entrainant avec lui ses alliés de l’OTAN, le résultat ne pouvait être que celui-là : à la place d’un pseudo-Etat, le chaos a régné. La Libye est alors devenu le pays par lequel arrivent toutes les hordes de désespérés fuyant leurs terroirs pour des eldorados fictifs. Conséquences : - pour l’Europe, la remise en cause de tous les accords qui fondaient son Union (Schengen, libre-circulation…) ; - pour les fuyards, le risque de mourir en masse ; -pour les populations des côtes méditerranéennes européennes, l’invasion et le spectacle quotidien de la misère et de la désolation… 
Deux rappels. Le premier concerne les côtes atlantiques qui ne sont plus le théâtre de départs de masse grâce justement à des politiques sérieuses menées par des gouvernements qui ont pu – et su – stabiliser leurs Etats. Il y a lieu ici de mettre en exergue l’expérience de notre pays dont les côtes n’ont pas été le point de départ de migrants en masse depuis quelques années. Cette tranquillité, l’Europe doit l’apprécier à sa juste valeur. Les Etats européens savent que la déstabilisation du Sénégal, de la Mauritanie et des autres pays côtiers aura de lourdes conséquences pour eux en matière de flux migratoires incontrôlables.
Le deuxième rappel est celui des boat-peoples du milieu des années soixante-dix. Quand l’Asie, en période d’instabilité cyclique, avait lâché des hordes de réfugiés à bord d’embarcations de fortune et qu’en Occident, cela avait ému. Si bien que les intellectuels, les artistes, les militants politiques ont lancé des initiatives de solidarité avec ces migrants contraignant leurs gouvernements à ouvrir leurs frontières à ces milliers de désespérés. Le même élan de solidarité, la même morale de partage ne sont plus de mise ou faut-il croire que parce qu’il s’agit d’Africains (pour l’essentiel) cela ne mérite pas tant ? 

vendredi 19 juin 2015

Zayed, l’inspiration continue

Le passage du pal-talk virtuel à l’émission de radio lui a très ben réussi, lui qui avait créé un espace libre de discussions sur internet alors qu’il était policier aux Emirats Arabes Unis et qui a lancé son émission «Sahara talk» (saharatuk) sur les ondes de Saharamedias. Il vient d’apparaitre sur le petit écran avec une émission toute neuve, «yawmiyayat Zayed».
Il s’agit d’une chronique quotidienne qui entend mettre en valeur une personne, un métier, une classe, une catégorie… Aujourd’hui, c’est le mendiant Abdallahi qui va permettre à notre Zayed national de faire la lumière sur la mendicité et sur les mendiants.
Vous passez à côté d’eux et si un pincement de cœur vous rappelle le devoir de solidarité, ils vous restent étrangers, comme s’il ne s’agissait pas de personnes dignes de respect. Les voilà au centre de la préoccupation d’un journaliste qui s’est fait un grand nom.
L’émission ouvre sur Zayed et son équipe entrant dans un bidonville de Nouakchott. Il faut chercher et trouver l’invité du jour, le mendiant Abdallahi, un malvoyant qui tourne autour de la Télévision de Mauritanie. Il explique qu’il y a plus à trouver dans ce coin qu’ailleurs. Mais il nie les idées reçues sur les mendiants qui se délimiteraient des domaines et travailleraient de concert. En général, chacun va là où il croit pouvoir recevoir le plus de dons. Ceux qui donnent et qui ont quelque chose à donner sont plutôt à Tevraq Zeina.
Zayed nous fait découvrir les aspects cachés de la vie de Abdallahi qui a grandi dans le Gorgol. Là-bas, il avait eu son handicap à l’âge de 3 ans. Ce qui ne l’a pas empêché d’aller à l’école en même temps que ses copains. Jusqu’à la quatrième année, il avait bénéficié de la complicité d’un enseignant qui l’entourait d’une grande attention. Abdallahi dictait énoncés de problèmes et solutions qu’il trouvait à l’enseignant qui recopiait et corrigeait ensuite. Il l’accompagnait dans son effort lui qui réussissait à passer de classe en classe, se donnant l’impression d’être un élève normal. C’est en cinquième que le nouvel enseignant l’interpelle avec violence : «es-tu aveugle ?». Avant de le renvoyer de la classe.
C’est à Nouakchott, bien plus tard, qu’il apprend qu’il existe un langage pour les malvoyants comme lui. Il apprend alors à l’utiliser. Ce qui lui permet de profiter de multiples formations dont la confection de grillages, de formateur dans certains petits métiers. «Je peux travailler et je ne demande que ça. Mais sans travail, je suis alors obligé de me résoudre à faire appel à la pitié des autres, à la solidarité que nous impose notre religion…»
Mais Abdallahi avoue être polygame. «J’en ai deux, la première est celle qui est prépare présentement le thé, la seconde est chez elle…» Le débat est lancé pour deux minutes entre le journaliste et son invité qui le reçoit dans une baraque prêtée par un bienfaisant quelque part dans le quartier appelé Baçra de Sebakha.
On apprend alors que Abdallahi est aussi un artiste, qu’il fait partie d’un groupe qui dédie son art aux louanges du Prophète (PSL). Le soir venu, le groupe se retrouve chez Abdallahi, au moins deux fois par semaine. Ils jouent de la guitare et du tamtam et chantent les belles poésies à la gloire du Prophète.
A la fin de l’émission, on en sort avec ce sentiment d’être passé plusieurs à côté du plus important que les acteurs qui s’imposent à nous au quotidien. L’idée de l’émission est d’ailleurs celle-là : proposer au public des gens normaux comme invités, comme vedettes… Cela procède de la recherche du vrai, de l’authentique… Dans son quotidien, Abdallahi est plus proche de la réalité des gens que le plus imposant des leaders (politiques, intellectuels…). Il est plus humain. Il est donc plus utile à découvrir.
Le naturel de Zayed aidant, on est facilement interpellé par cette émission qui ne dure pas le temps de vous ennuyer, une émission qui met en scène l’humilité et une certaine image de la dignité