mardi 20 janvier 2015

Dialogue : la copie du gouvernement

Dans le papier remis par le Premier ministre au Secrétaire permanent du FNDU, on note d’abord l’engagement de la Majorité à s’inscrire dans la dynamique du dialogue constructif inclusif, en vue de créer «une atmosphère politique apaisée». Partant de ce principe et «en vue de concrétiser sa volonté d’ouverture, la Majorité déclare sa disponibilité à discuter les thèmes suivants qui ont été soulevés par l’Opposition».
Thèmes à discuter : la couverture par les médias publics des activités de l’Opposition, le rétablissement de la confiance entre les deux pôles, l’arrêt de l’exclusion des cadres et hommes d’affaires de l’Opposition («s’il s’en trouve»), réorganisation du Conseil Constitutionnel, organisation de nouvelles élections municipales et législatives consensuelles et recul des sénatoriales, restructuration de la CENI, accord sur un calendrier électoral, réforme de la Constitution pour lever la limitation d’âge pour la candidature aux présidentielles, interdiction à l’Armée Nationale d’interférer dans la politique, organisation d’élections présidentielles anticipées, redéfinir les pouvoirs du Parlement et du Premier ministre, l’Unité nationale, la sécurité publique et extérieure, la loi et la transparence dans la gestion des affaires publiques, neutralité de l’administration, indépendance de la justice, relations des partis au pouvoir avec l’administration et la redéfinition du leadership de l’Opposition.
Le document conclut à la nécessité de discuter l’ensemble de ces questions «dans le cadre d’un dialogue national consensuel auquel tous les acteurs de l’espace politique national». Chacune des deux parties sera conviée à désigner des représentants à ce dialogue.  
Même si le document (en Arabe) précise qu’il répond à des doléances écrites, nous n’avons pas connaissance d’un écrit autre que celui de la proposition de Messaoud Ould Boulkheir. Or de nombreux points soulevés par le document du Premier ministre ne figurent pas dans la proposition de Ould Boulkheir. Notamment la question de l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, mais pas seulement. Alors ?
Dans sa copie, le Premier ministre s’est voulu exhaustif : il a complété la proposition de Ould Boulkheir par toutes les demandes antérieurement exprimées par l’Opposition, mais aussi par tout ce qui peut l’intéresser. Les dix-huit points recouvrent effectivement le spectre revendicatif de l’Opposition dans son ensemble. Cela pose plusieurs problèmes.
D’abord de quelle opposition parle-t-on quand on fixe les protagonistes au nombre de DEUX ? Dans les documents on se suffit à désigner LE POUVOIR et L’OPPOSITION comme les deux parties prenantes. Dans ce cas, le label OPPOSITION désignera en même temps ceux de la CAP (Wiam, APP et Sawab) et ceux du FNDU. Mais accepteront-ils d’être traités au même niveau, de désigner leurs représentants d’un commun accord, de défendre les mêmes points de vue… ?
Même au sein du FNDU, les divergences sont évidentes et s’expliquent par les différences dans les approches et dans les conduites. Si le parti Tawassoul a participé aux dernières élections législatives, abandonnant ses compagnons de la défunte Coordination de l’opposition démocratique (COD), c’est bien parce que sa vision de l’avenir politique du pays et de son rôle sur l’échiquier est différente des autres. Si l’Union des forces du progrès (UFP) doit payer le prix du boycott qu’elle a adopté malgré de fortes réticences au sein des masses populaires et même de l’élite dirigeante, c’est bien parce que la direction historique s’est inscrite dans la logique d’autres composantes de la COD comme le Rassemblement des forces démocratiques (RFD) de Ahmed Ould Daddah. Les sentiments l’ont emporté à ce moment-là, mais la Raison a repris le dessus plus tard.
Autant dire que la proposition du gouvernement peut paraitre comme une manœuvre dans la mesure où l’on est sûr de côté qu’il sera difficile de trouver un accord entre les acteurs de l’Opposition. Surtout si ceux-ci lisent la proposition comme étant un moment de faiblesse, la conclusion est alors : «il ne faut pas aider le pouvoir à sortir de ses problèmes, mais le laisser s’empêtrer encore plus pour provoquer sa chute inéluctable». Cette conclusion amène à refuser toute ouverture sur le vis-à-vis.
On peut cependant refuser en adoptant une attitude de rejet pur et simple. C’est mortel et on le sait. On peut aussi faire des contrepropositions impossibles à réaliser et dans ce cas faire croire à une disponibilité qui n’est pas réelle mais qui a l’avantage de renvoyer la balle ailleurs, loin de son camp.

lundi 19 janvier 2015

Ould Mohamed Laghdaf revient

C’est sans doute l’information du jour : Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, resté Premier ministre pendant plusieurs années (en fait d’août 2008 à août 2014), revient aux premières loges en devenant Ministre secrétaire général de la Présidence. Ce poste fut conçu pour coordonner l’action de tout l’Exécutif et son occupant devait jouer le rôle d’interface entre la présidence et le Premier ministère (ou le gouvernement). Mais la succession à ce poste de personnages insignifiants lui a fait perdre son rôle et son poids. Au lieu d’être perçu comme un Premier ministre bis, le secrétaire général de la Présidence a fini par devenir un conseiller si ce n’est un attaché de cabinet de plus à la Présidence. La nomination de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf peut-elle signifier une réhabilitation du poste ?
Homme de confiance qui a su (ou pu) accompagner Ould Abdel Aziz aux moments difficiles, Ould Mohamed Laghdaf a été chargé de superviser le dialogue politique qui a fini par ne concerner que la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP formée par l’APP de Messaoud Ould Boulkheir, Wiam de Boydiel Ould Hoummoid et Sawab de Abdessalam Ould Horma). Avec cette expérience, Ould Mohamed Laghdaf est pressenti par certains observateurs comme le futur vis-à-vis de l’opposition dans le dialogue attendu. Même si l’enclenchement de ce dialogue a été du fait du Premier ministre actuel, Yahya Ould Hademine qui a déjà remis une proposition de thèmes au secrétaire permanent du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU). Cette feuille de route est le deuxième acte d’un processus dont on ne voit pas clairement le déroulement.
Tout commence par une énième proposition de dialogue élaborée par le président Messaoud Ould Boulkheir. Après quelques rencontres avec le Président de la République d’une part et les leaders les plus en vue de l’opposition d’autre part, Ould Boulkheir consigne ses propositions dans un document qu’il fait parvenir aux autorités.
La proposition de Ould Boulkheir s’étale sur quatre étapes dont la première consiste en une rencontre préliminaire entre le Président de la République et les leaders de l’opposition, «à sa convenance, ensemble ou individuellement». L’objectif est de «les rassurer quant à sa volonté sincère d’échanger avec eux sur tous les problèmes majeurs du pays dans le but d’aboutir, ensemble, à des résultats qui garantiront au pays une transition consensuelle, rassurante, paisible, civilisée et démocratique». A ce stade, les rencontres «valent également déclaration solennelle d’intention et engagement des deux parties à accepter et à respecter les clauses» énumérées ensuite.
Engagements : ne pas recourir à la violence pour changer le pouvoir, ne pas remettre en cause la limitation des mandats présidentiels, ne pas soutenir un successeur désigné, adapter la législation et la réglementation en vigueur «pour prémunir le pays contre les dérapages et les extrémismes de toute nature susceptibles de porter atteinte à l’unité et à la sécurité du pays» (?), promouvoir une administration «au service de tous» loin des jeux politiques et «une justice pour tous, indépendante et crédible», restructurer la CENI et le Conseil Constitutionnel «sur les seuls critères de la compétence et de l’intégrité», couper les liens entre les partis soutiens du Président de la République et l’administration, reconsidérer le leadership de l’Opposition démocratique (Statut de l’Opposition), «interdire par tous les moyens légaux et réglementaires l’implication de l’Armée Nationale dans les activités politiques autres que le droit de vote universel», amender la Constitution pour «supprimer la limitation de l’âge des candidats aux présidentielles, y définir et y changer le mode de désignation des membres du Conseil Constitutionnel», pour finir par proposer «l’organisation de nouvelles élections municipales et législatives inclusives et le report des élections sénatoriales en vue d’y rendre possible la participation la plus large».
Les deux parties désignent alors leurs représentants aux négociations formelles qui devront se tenir «à l’abri des médias». Suivra ensuite l’ouverture officielle et solennelle et la dernière étape qui est celle de la mise en œuvre des termes de l’accord.
Le papier est daté du 7 janvier 2015. La réponse viendra le 14 janvier sous forme de feuille de route remise de main à main par le Premier ministre Yahya Ould Hademine au Secrétaire permanent du FNDU, Mohamed Val Ould Bellal (voir le posting prochain).

dimanche 18 janvier 2015

Dommage collatéral

Le maire de Villiers-sur-Marne a décidé de déprogrammer le film Timbuktu de notre compatriote Abderrahmane Sissako. Pour lui, cette œuvre qui vient d’être nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger fait l’apologie du terrorisme. Alors que le film est le premier acte de combat contre l’obscurantisme et contre l’idéologie qui soutient et justifie l’exercice de la violence en terre d’Islam et ailleurs. C’est la preuve de cette folie qui prend l’élite bienpensante du pays qui a vu naitre la philosophie des Lumières. On ne sait plus distinguer la bonne graine de l’ivraie, l’amalgame est l’exercice le mieux partagé au sein de la classe dirigeante.
Le Maire, devant l’énormité de sa décision, a dû revenir là-dessus en expliquant au journal Le Monde que «compte tenu des événements, et du fait que Hayat Boumeddiene était originaire de Villiers, je ne voulais pas que le sujet du film soit dévoyé et que les jeunes puissent prendre comme modèle les djihadistes. Nous allons reprogrammer le film dans une quinzaine de jours, et organiser un débat, avec des responsables des trois grandes religions, des représentants d’associations, et pourquoi pas, s’ils le souhaitent, des membres de l’équipe du film».
On peut rappeler la grande cabale suscitée par la censure du film Exodus dans certains pays arabes et tout le tintamarre produit par la presse occidentale autour de la question. Le film qui remanie profondément l’Histoire pour ancrer l’idée du’ «Peuple errant» qui fonde la victimisation chez les idéologues particulièrement du sionisme, a été jugé une instrumentalisation, un usage de faux pour justifier les prétentions de l’Etat hébreux sur les terres arabes, notamment la Palestine.
Pour revenir à Timbuktu, il faut signaler que le réalisateur s’est abstenu de faire une déclaration à la presse locale, préférant réserver ses paroles aux médias étrangers. Nous apprenons par une dépêche de l’AFP que la nomination de son film est «un grand signe pour la Mauritanie et l’Afrique». Ajoutant qu’il s’agit là de «la reconnaissance d’un travail accompli avec la passion et l’engagement de femmes et d’hommes de différents pays unis pour défendre nos valeurs universelles d’amour, de paix et de justice».
Pour lui ; le film défend les valeurs universelles d’amour, de paix et de justice. On est loin, très loin de l’apologie du terrorisme.

samedi 17 janvier 2015

Qui marche, et pour aller où ?

Comme dans de nombreuses villes du Monde islamique, Nouakchott a connu sa marche de l’après prière du vendredi. A la suite de l’appel lancé par le Forum des Imams et Ulémas proche de Tawassoul, l’Association des Ulémas, proche du pouvoir, entre autres organisations islamiques, des milliers de Nouakchottois ont marché pour dénoncer ce qu’ils considèrent être une offense fait à l’Islam et aux Musulmans après la publication de nouvelles caricatures dans le numéro de Charlie Hebdo et systématiquement reprise par les médias français et d’autres médias internationaux.
La marche s’est d’abord dirigée vers la présidence où l’attendait le locataire du lieu entouré de ses principaux collaborateurs. Le discours était net et sans ambages. Premier axe : la position par rapport aux caricatures, à leurs auteurs, à leurs soutiens, à leur esprit. Deuxième axe : l’explication personnelle par rapport à la présence sur les réseaux sociaux.
Pour le deuxième axe, ce fut surtout l’occasion de démentir l’existence de comptes facebook ou tweeter pour le Président de la République. On sait que depuis un certain temps, des pages sont animées en son nom sur la toile. Sur ces pages des positions ont été exprimées. La dernière d’entre elles, largement reprise par la presse électronique, annonçait l’imminence d’une épuration au sein du système financier mauritanien, quelques heures seulement avant les premiers changements à la tête de la BCM, de la CDD et enfin du ministère des finances. La déclaration du Président mettait un terme à de nombreuses supputations données pour informations précises et analyses lumineuses autour de soi-disant déclarations du Président Mohamed Ould Abdel Aziz sur ses pages. Un mensonge de plus, entretenu depuis longtemps… on passe à un autre mensonge que doivent préparer nos internautes. Sans commentaire.
«Je ne suis pas Charlie, je ne suis pas Coulibaly». Explication de texte : la première partie de l’affirmation permet au Président de se démarquer de l’esprit et de la pratique de l’hebdomadaire français qui est rapidement revenu à ses habitudes de stigmatisation et d’orientation contre l’Islam et le sacré des Musulmans. La deuxième partie lui permet de revenir sur le combat mené par le pays contre le terrorisme ces dernières années et de rappeler qu’il a toujours considéré que la menace était globale et qu’elle trouvait justement sa justification dans le ciblage systématique des Musulmans et de leur religion.
L’essentiel étant d’expliquer l’absence à la marche internationale de Paris. «Je ne soutiendrai jamais ce qui touche aux valeurs et au sacré des Musulmans». Tous les présidents de pays musulmans ayant participé à la manifestation de Paris ont dû au moins s’expliquer devant leurs opinions publiques. Autant, la solidarité avec la France est exigible à la suite de cet assassinat, autant il leur était préjudiciable de se retrouver dans une marche où les caricatures du Prophète Mohammad (PSL) étaient brandies en signe de victoire.
Si la Mauritanie a marché dans le calme, d’autres pays ont manifesté violemment leur hostilité à la France. C’est le cas, en Afrique, du Niger où les manifestants s’en sont pris malheureusement à des églises et à leurs compatriotes de confession chrétienne. Qui est responsable de ces morts ? D’abord ceux qui ont tenu à poursuivre l’œuvre jugée blasphématoire provoquant ainsi l’ire de près de deux milliards de Musulmans à travers le monde.
Qui est responsable de cette hostilité envers la France ? Ceux qui tiennent encore à en rester à faire des amalgames entre des brebis galeuses, perdues pour tous, et les adeptes d’une religion monothéiste qui a tant donné à l’Humanité.
Quand on décidera en France de parler des causes profondes de l’existence des loups solitaires et autres groupes terroristes, de passer à l’après 11 janvier, on comprendra et on corrigera peut-être. Les problèmes d’intégration, de ghettoïsation, d’exclusion, de stigmatisation et d’injustice dont la moindre manifestation n’est pas cette situation où l’antisémitisme est combattu par des lois dangereuses pour le principe sacré de la liberté d’expression, alors que l’islamophobie est toléré sur la place publique.
J’ai entendu une jeune élève dire : «Quand on s’attaque aux homosexuels, on crie à l’homophobie ; quand on parle des Juifs on crie à l’antisémitisme ; quand on attaque l’Islam, on parle de liberté d’expression». Vue d’ici, la réalité est celle-là.

vendredi 16 janvier 2015

Nominations, dénominations

L’affaire de la Maurisbank a-t-elle des incidences qui échappent encore au public (et aux journalistes qui ne lui accordent aucun intérêt) ? L’on soupçonnait qu’elle est derrière le limogeage du Gouverneur de la BCM. L’on s’attendait à ce qu’elle touche d’autres hauts responsables dont le ministre des finances, en première ligne aussi dans d’autres affaires de malversations dans son département.
Voilà que c’est d’abord le Directeur général de la Caisse de dépôts et de développement (CDD), Ahmed Ould Moulaye Ahmed qui est brusquement remercié. Il est remplacé par son secrétaire général Mohamadou Youssouf Diagana, comme si la décision avait été prise dans l’urgence. Mais quel rapport avec l’affaire de la Maurisbank ? La CDD avait bien refusé de prendre en charge la faillite de cette banque et avait même fait un rapport qui aurait été à l’origine de la prise de conscience des hautes autorités de l’ampleur des dégâts. Mais pourquoi, parce que la CDD savait ce qu’il en était, avait-elle fait d’importants dépôts à Maurisbank ? C’est la liaison dangereuse qui aurait entrainé le Directeur général de la CDD dans le flot qui semble emporter tous ceux qui ont eu un lien avec ce dossier. Sinon, Ahmed Ould Moulaye Ahmed est connu plutôt pour son sérieux et son dévouement au travail.
La victime attendue était bien sûr Thiam Dhombar, le ministre des finances. D’abord pour la question des cinq milliards (environ) de chèques certifiés entassés au niveau du Trésor et jamais débités au niveau des comptes de la Maurisbank à la BCM. Il y a bien sûr aussi ces quelques milliards envolés dans les perceptions d’Aïoun et de Nouadhibou (ce sont les seules jusqu’à présent ayant subi un contrôle sérieux). Les malversations découvertes ne peuvent se faire sans complicités ou au moins une indulgence et/une incompétence caractérisée de la hiérarchie dont le ministre est finalement le premier responsable.
C’est probablement dans l’urgence que le départ de Thiam Djombar a été décidé la veille de la tenue du sommet de la transparence, intitulé «Transparence et développement durable en Afrique». En tout cas, il donne la preuve que les autorités mauritaniennes entendent bien punir tout agissement contraire aux règles de la transparence.
L’occasion de procéder au premier remaniement de l’ère Yahya Ould Hademine. Ce remaniement a touché des ministères importants, emportant trois ministres et permettant l’entrée de trois autres.
Ahmed Ould Teguedi quitte les affaires étrangères alors qu’il est au Caire où il préside les tractations entreprises par la Ligue Arabe en vue d’apporter des solutions au dialogue interlibanais. Il est remplacé par Vatma Val Mint Soueyné qui était à la culture. Professeur de littérature anglaise, Mint Souené parle aussi bien Arabe que Français. Sa prestation à Chinguitty lors du festival des villes anciennes a révélé une femme de caractère. Sa nomination à ce poste remet la Mauritanie en scelle sur la question genre. Notre pays est le premier pays arabe à avoir nommé une femme à la tête de sa diplomatie en 2009 quand c’était Naha Mint Mouknass. Un gage de modernité dont nous avons besoin en ces temps où l’obscurantisme assombrit les horizons.
Mokhtar Ould Diay qui remplace Thiam Diombar aux Finances était jusque-là directeur général des Impôts. A ce poste, il a été salué pour l’ampleur des recouvrements effectués par ses services. Il n’a pas hésité à procéder à des redressements fiscaux qui n’ont pas épargné les hommes d’affaires supposés très proches du pouvoir. Il a été menacé publiquement et par téléphone par certains d’entre eux, ceux qui excellent dans le trafic d’influence et pour lesquels une telle mesure renseigne sur le peu de protection dont ils bénéficient. Certains lui reprochent d’en faire trop, mais, vu à l’aune des appréciations des gros opérateurs habitués à corrompre et/ou à terroriser les fonctionnaires, Ould Diay a plutôt assuré.
Ahmed Salem Ould Bechir, excellent ingénieur, hérite du ministère du pétrole, des mines et de l’énergie. Il revient à un secteur qu’il connait bien lui qui avait été directeur général de la SOMELEC. Au ministère de l’hydraulique où il est remplacé par Mohamed Ould Khouna, il avait eu pour mission d’engager le programme d’assainissement de Nouakchott. Des solutions ont été trouvées et même des financements, mais rien n’est concrètement réalisé. Intelligent et entrepreneur, Ould Bechir a à réactiver un ministère qui sombrait dans la léthargie. Il remplace quelqu’un qui a l’art d’endormir les départements où il exerce (formation, enseignement technique, pétrole, mines, énergie…).
Dia Mokhtar Malal quitte le secrétariat général de la Présidence, un poste équivalent à celui de Premier ministre bis, pour l’emploi et la formation professionnel (les TIC’s aussi). Que pourra-t-il faire ici qu’il n’a pu faire ailleurs ?
Notre consœur Hindou Mint Aïnina n’aura pas le temps de finir le travail qu’elle a plutôt bien commencé au niveau des Mauritaniens de l’étranger. Elle atterrit à la culture (et l’artisanat). Ses atouts : son niveau, son cursus et sa force de caractère. Sa remplaçante aux affaires maghrébines, africaines et aux Mauritaniens de l’étranger est une inconnue de l’espace médiatico-politique. On sait d’elle juste qu’elle s’appelle Khadijetou Mbareck Fall.
Coumba Bâ, l’inamovible conseillère du Président de la République revient au Gouvernement comme ministre des sports. Elle remplace Houleymato Sao, une fille qui ne savait finalement pas pourquoi elle était là, à peine si elle ne s’excusait pas d’être là justement. La personnalité de la Denianké Coumba Bâ servira-t-elle à faire avancer le secteur abandonné trop longtemps ?  

Il faut remarquer enfin que le quota des femmes a augmenté : elles sont maintenant 7 sur les 29 portefeuilles (y compris le Premier ministre et le ministre secrétaire général de la Présidence). Les femmes présentes au gouvernement ne font pas dans la figuration : six d’entre elles ont bien la compétence et l’envergure requises pour assurer leurs fonctions de ministres.

jeudi 15 janvier 2015

Deux rendez-vous

Aujourd’hui, la Mauritanie avait rendez-vous avec l’Histoire. Sur deux fronts.
Le premier à Rosso où la justice devait se prononcer sur le cas Biram Ould Abeid, le leader du mouvement IRA et candidat à la dernière présidentielle où il a eu plus de 8% des voix exprimées. La décision a été rendue : condamnation à deux ans de prison ferme à l’encontre de Biram Ould Abeid, de son adjoint Brahim Ould Bilal et du président de l’association Kaawtal, Djibi Sow, organisateur de la marche à l’origine du problème.
Le Parquet avait demandé, il y a près de deux semaines, cinq ans de prison, une amende de cinq cents mille et la confiscation de tous les biens de l’organisation IRA. La défense avait demandé elle la libération pure et simple, l’accusation ne détenant pas à ses yeux suffisamment de preuves pour faire condamner les détenus. Les Juges ont finalement coupé la poire en deux. Comme d’habitude sous nos cieux, quand en l’absence d’orientations politiques claires et sous pression de la rue, nos Juges se retrouvent dans l’obligation de chercher à plaire à toutes les parties.
On retiendra de ce rendez-vous qu’il s’agit de militants de droits de l’homme doublés de politiques engagés qui viennent d’être condamnés. Ce qui jette l’opprobre sur l’image du pays qui se vantait jusque-là de ne pas compter dans ses geôles un prisonnier d’opinion ou d’expression. En moins de deux semaines, le monde apprend qu’un bloggeur a été condamné à mort et qu’un militant anti-esclavagiste (sic), arrivé deuxième à la présidentielle, est condamné à deux ans de prison ferme. L’image qu’on cultivait jusqu’à présent est sérieusement entachée à l’extérieur. Quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse.
Le deuxième rendez-vous était plus porteur, plus heureux. C’est en ce jour qu’on devait savoir si le film Timbuktu serait ou non nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger cette année. La nouvelle est tombée en fin d’après-midi : Timbuktu a été sélectionné parmi les cinq films qui concourent dans la catégorie du meilleur film étranger. C’est une première pour la Mauritanie qui se voit ainsi porter l’étendard de l’Afrique et du Monde Arabe sur la scène du cinéma international. Une source de fierté pour la Mauritanie qui gagne
L’occasion de saluer la performance du réalisateur Abderrahmane Sissako qui, on espère, va conquérir les cœurs des membres du jury des Oscars dont les décisions seront annoncées le 22 février prochain. En attendant, peu d’organes de presse saluent la performance. La plupart d’entre eux la passent sous silence. Est-ce parce qu’il s’agit d’une réussite pour la pays ? Probablement.
Le Mauritanien d’aujourd’hui, celui qui a la plume et microphone, a plutôt tendance à noircir le tableau. Toute éclaircie pour lui doit être rapidement couverte, occultée. Il faut s’attacher à la moitié vide du verre, refuser d’entrevoir la lumière là où elle pointe. Ajouter à cela le peu d’intérêt que nous accordons aujourd’hui à la culture, surtout le cinéma qui est encore à ses balbutiements chez nous. 

mercredi 14 janvier 2015

Ce printemps qui n’en finit pas

Quand la Tunisie s’est enflammée à la suite du geste désespérée d’un jeune chômeur, vendeur à la sauvette de Sidi Bouzid, on en a parlé tout de suite de «la révolution du jasmin». Le romantisme caractérisait le mouvement spontané de la jeunesse tunisienne qui se soulevait et qui revendiquait plus de liberté, plus de dignité, plus de participation… Alors les formules pour désigner ce mouvement populaire reflétaient nécessairement le côté affectif de l’insurrection.
L’Egypte suivit de près, la Libye, le Yémen, la Syrie, le Bahreïn… tout l’espace arabe est rapidement touché par la flamme de l’Espoir avec des fortunes diverses. Alors on choisira le terme de «printemps arabe» pour désigner l’embrasement provoqué par la révolte populaire qui gagnait les pays arabes un après l’autre.
D’abord insurrection sociale, le mouvement est vite récupéré par les forces politiques les plus dynamiques comme les Frères Musulmans fortement appuyés par le Qatar et, incidemment, par les Américains. Chaque pays vivra son printemps à sa manière.
Si la Tunisie finit par plutôt bien s’en tirer, c’est en partie parce que la classe politique tunisienne, y compris les Islamistes de Nahda auront refusé le maximalisme d’une part et d’autre part le recours à l’étranger pour retrouver les équilibres nécessaires à la stabilisation d’un pays déjà menacé par le terrorisme et l’extrémisme laïc.
Mais que dire de l’Egypte, de la Libye, de la Syrie, du Yémen, du Bahreïn, de l’Irak… ?
En Libye, la France de Sarkozy devait pousser l’OTAN à participer avec elle dans une guerre dont l’objectif était de tuer Mouammar Kadhafi et détruire le pays et ses infrastructures. Le leader libyen était devenu une menace pour les pouvoirs occidentaux surtout pour le Président Nicolas Sarkozy avec lequel il avait entretenu une amitié particulière et dont il était devenu un soutien.
Mais la France emportée par son élan guerrier ne s’était pas souciée de l’avenir d’une Libye détruite par les bombardements qui ne faisaient pas de différences, explosée sur le plan social déjà fragilisé par l’absence des structures étatiques. Parce qu’elle avait besoin de combattants locaux, l’agression extérieure a fait feu de tous bois. C’est ainsi que les combattants d’Al Qaeda ont été réinsérés pour devenir les chefs de milices qui se battaient pour le pouvoir. Ils pouvaient désormais se targuer d’une légitimité révolutionnaire grâce justement à cet opération de blanchiment.
Le Président Nicolas Sarkozy et son administration n’entendirent que les conseils de la diplomatie parallèle incarnée par l’un des idéologues du sionisme français, le philosophe Bernard-Henri Lévy (BHL). Rien des propositions de l’Union Africaine, rien des avertissements des services français, rien n’arrêtera la guerre française en Libye.
En Syrie, la situation prit vite la tournure d’un complot international visant à balayer rapidement le régime honni de Bachar Al Assad. Les Occidentaux, la France la première, fermèrent les yeux sur le départ de milliers de combattants musulmans de leurs pays. En les laissant partir, les gouvernements occidentaux et leurs alliés de la région espéraient avoir les forces combattantes sur le terrain et éviter l’envoi de troupes au sol. On sait aujourd’hui ce qu’il en est. Les échecs répétés de ces Jihadistes et leur hyper-radicalisation ont provoqué leur retour sur le champ européen. Et cela fait mal, très mal.
Au moment où les Américains décident d’envoyer des instructeurs au sol, environ 400 pour encadrer et former les milices devant combattre l’Etat islamique constitué essentiellement de combattants venus de l’extérieur, surtout d’Europe et d’Amérique.
Ne parlons pas de l’Irak, du Yémen, du Bahreïn, de l’Egypte… où l’on continue de mourir gratuitement et en masse. Parce que la politique occidentale dans ces pays avait pour souci principal la sécurité d’Israël… Il fallait détruire tous les pays qui pouvaient menacer cette sécurité. C’est fait, ou presque.
Et le printemps arabe ?