dimanche 18 janvier 2015

Dommage collatéral

Le maire de Villiers-sur-Marne a décidé de déprogrammer le film Timbuktu de notre compatriote Abderrahmane Sissako. Pour lui, cette œuvre qui vient d’être nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger fait l’apologie du terrorisme. Alors que le film est le premier acte de combat contre l’obscurantisme et contre l’idéologie qui soutient et justifie l’exercice de la violence en terre d’Islam et ailleurs. C’est la preuve de cette folie qui prend l’élite bienpensante du pays qui a vu naitre la philosophie des Lumières. On ne sait plus distinguer la bonne graine de l’ivraie, l’amalgame est l’exercice le mieux partagé au sein de la classe dirigeante.
Le Maire, devant l’énormité de sa décision, a dû revenir là-dessus en expliquant au journal Le Monde que «compte tenu des événements, et du fait que Hayat Boumeddiene était originaire de Villiers, je ne voulais pas que le sujet du film soit dévoyé et que les jeunes puissent prendre comme modèle les djihadistes. Nous allons reprogrammer le film dans une quinzaine de jours, et organiser un débat, avec des responsables des trois grandes religions, des représentants d’associations, et pourquoi pas, s’ils le souhaitent, des membres de l’équipe du film».
On peut rappeler la grande cabale suscitée par la censure du film Exodus dans certains pays arabes et tout le tintamarre produit par la presse occidentale autour de la question. Le film qui remanie profondément l’Histoire pour ancrer l’idée du’ «Peuple errant» qui fonde la victimisation chez les idéologues particulièrement du sionisme, a été jugé une instrumentalisation, un usage de faux pour justifier les prétentions de l’Etat hébreux sur les terres arabes, notamment la Palestine.
Pour revenir à Timbuktu, il faut signaler que le réalisateur s’est abstenu de faire une déclaration à la presse locale, préférant réserver ses paroles aux médias étrangers. Nous apprenons par une dépêche de l’AFP que la nomination de son film est «un grand signe pour la Mauritanie et l’Afrique». Ajoutant qu’il s’agit là de «la reconnaissance d’un travail accompli avec la passion et l’engagement de femmes et d’hommes de différents pays unis pour défendre nos valeurs universelles d’amour, de paix et de justice».
Pour lui ; le film défend les valeurs universelles d’amour, de paix et de justice. On est loin, très loin de l’apologie du terrorisme.

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