dimanche 7 septembre 2014

Nouvelle présidence de l’UPR

La succession au sein d’un parti est toujours un événement qui est scruté attentivement par les observateurs. L’Union pour la République, même s’il prend l’allure d’un avatar du PRDS, est encore LE parti le plus suivi de Mauritanie. On persiste à croire qu’il a encore son mot à dire dans l’exercice du pouvoir, qu’il dirige la galaxie Majorité, qu’il lui arrive d’imposer ses hommes, qu’il est un cadre de promotion pour les hommes et femmes politiques avides de pouvoirs… Nonobstant tout ce qui s’est passé avant, pendant et après les élections législatives et municipales de 2013, on veut le rendre responsable de ses échecs. Comme quand il a peiné à avoir une large majorité au Parlement, on a fait semblant d’oublier qu’il avait été l’objet de plusieurs attaques, les unes provenant de différents niveaux des hautes sphères de l’Etat, y compris de la Présidence. On a encouragé ici et là les candidatures de partis «proches», parfois «concurrents». Pour finir avec l’impression qu’il y avait une réelle volonté de saper le parti dit «au pouvoir».
L’Union pour la République (UPR) tiendra pourtant. Ce qui n’empêchera pas de démettre son président de l’époque, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine. Le remplacement a pris l’aspect d’un limogeage et même d’une disgrâce qui a quand même été évitée par la nomination de l’ancien président de l’UPR comme Ambassadeur.
A la tête du parti, il est remplacé par Isselkou Ould Ahmed Izidbih, ancien directeur de cabinet du Président de la République, ancien Recteur de l’Université de Nouakchott. A tous ces niveaux de responsabilité, il n’a pas hésité à s’attaquer de front à la mouvance islamiste, d’abord sous sa forme syndicale à l’Université (enseignants et étudiants), puis sous forme de parti pendant son passage à la Présidence. On avait cru justement que l’heure de la franche confrontation avec cette mouvance organisée ou non au sein de Tawaçoul, que cette heure avait sonné.
Après l’épisode Al Moustaqbal et son interdiction dans le sillage des violentes manifestations qui ont fait suite au saccage d’un exemplaire du Coran, vint l’heure des débauchages. Des groupes ont été effectivement arrachés à la mouvance et à d’autres partis. Mais quelques mois ne suffisent pas pour marquer définitivement la vie d’un parti, à plus forte raison le changer. L’UPR, et pour la troisième fois, réunissait son Conseil national pour le transformer en Congrès extraordinaire afin de désigner une nouvelle direction connue en détail depuis bientôt une semaine.
Le choix de Me Sidi Mohamed Ould Maham n’a donc pas surpris. Même celui de son premier adjoint, Djié Ould Sidaty était connu bien avant. Ce qui surprend (encore que…), c’est bien que le changement de direction du parti n’ait pas touché tous les autres membres du directoire (Bureau exécutif) : les autres vice-présidents et le secrétaire général seront maintenus, alors qu’on attendra le 20 du mois pour savoir qui des autres membres vont être remplacés.
Me Sidi Mohamed Ould Maham est l’un des avocats du Barreau mauritanien qui ont marqué les grands procès du passé, notamment celui de Wadnaga (2004-5) pendant lequel il avait été en prison pour excès devant le Juge. Il fait partie d’une jeunesse qui a flirté avec le nationalisme arabe (nassérien) avant de faire partie du premier noyau de le jeunesse islamiste. Il va se faire connaitre du grand public quand il se présente comme le principal instigateur de la fronde parlementaire contre le Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Il est alors de toutes les manifestations hostiles au pouvoir en place.
C’est bien cette fronde qui va préparer, avant de le légitimer, le coup d’Etat du 6 août 2008 qui amène le Général Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir. Pour dire qu’il fait partie quand même des soutiens originels de celui qui sera élu au suffrage universel en 2009 puis en 2014, chaque fois au premier tour de l’élection présidentielle.
Son élection laborieuse comme député d’Atar explique en partie le cursus qu’il va suivre plus tard. Le militant des premières heures est appelé, sans doute pour ses qualités de tribun, à la communication et au porte-parolat du gouvernement. Nous sommes au beau milieu de la confrontation avec l’Opposition et particulièrement les Islamistes de Tawaçoul. Me Ould Maham n’hésitera pas répondre du tac au tac, ce qui lui vaudra d’être dans la ligne de mire de l’Opposition radicale.
Alors qu’on le croyait fini après son départ du gouvernement, il revient à la tête de l’Union pour la République (UPR), le parti dit au pouvoir. Ses premiers mots sont tranchants et indiquent que son premier objectif sera de reprendre en main le parti et ses émanations, y compris le gouvernement dont «les membres doivent agir en ayant à l’esprit qu’ils sont des militants de ce parti dont ils défendent les valeurs».
Deuxième message, c’est celui de l’ouverture sur l’Opposition qu’il convie à un dialogue sincère et franc. Il rappelle que pour son parti, il n’y a pas de démocratie sans opposition constructive.
Troisième et dernier message, c’est l’intransigeance vis-à-vis des «constances nationales». C’est dans ce sens qu’il dénonce les revendications autonomistes exprimées récemment par les FLAM (Forces de libération africaines de Mauritanie). Et va plus loin pour s’attaquer à ceux qui «bénissent par les mots ou par leur présence» de telles revendications.
Si l’on s’en tient aux apparences, on s’aperçoit vite que les membres du Conseil national donc du Congrès de l’UPR n’ont pas exprimé une grande chaleur à l’arrivée de Me Ould Maham. Le refus d’attendre la levée solennelle de la réunion est une manifestation de ce manque d’intérêt. Seulement, on oublie la force de caractère du politique et la ténacité de l’avocat. Avec Me Ould Maham à la tête de l’UPR, on peut être sûr de l’avènement d’une dose de vitalité qui fera son effet sur la scène politique. Reste que le plus attendu est bien l’effet de ce renouveau sur l’UPR, sur ses structures, sur sa littérature, ses méthodes de travail, son organisation en vue de renouveler ses structures de base…

L’UPR restera-t-il ce parti incapable d’anticiper, courant toujours après les évènements pour les justifier au lieu de les impulser et de les préparer ? Jusqu’à présent, ce parti se réveille juste le temps d’un Conseil national transformé en Congrès… même pendant les élections, il s’est toujours contenté d’accompagner sans diriger. L’arrivée de deux politiques à sa tête – le premier vice-président fait partie du groupe des Nassériens démissionnaires du PRDS au milieu des années 90 (ce qui n’est pas donné à n’importe qui) -, cette arrivée va-t-elle en faire un parti à part entière ?

samedi 6 septembre 2014

Qui veut la peau de Ould Yahya ?

En juillet 2011 se déroulait sous nos yeux ce que j’appelais alors «la bataille du football». Derrière les candidats qui se faisaient face – Moulaye Ould Abbass, P-DG de la BMCI et Ahmed Ould Yahya -, derrière ces deux postulants deux esprits se livraient une bataille à mort. Le premier était celui du statu quo, le second se présentait comme la force de changement et de modernisation.
Un peu plus de trois ans après, la nouvelle fédération composée de membres sérieusement engagés dans la bataille du football, celle qui vise à permettre à la jeunesse mauritanienne d’aimer ce sport, de le pratiquer et d’accompagner son développement.
Jamais nous n’avons autant parlé de football. Et avec fierté. La séquence des belles célébrations suite aux victoires et aux prestations plus qu’honorables de l’équipe nationale, est encore dans les esprits. Elle a marqué un temps où la parole dominante est celle qui divise, alors que ces instants ont été ceux de la communion, du partage et de la solidarité. Et plus que cela, en ces temps où l’autodénigrement est fortement entré dans le discours et la pratique politique, ces quelques belles prestations des Mourabitounes ont été un instant d’intense fierté. Nous devons ces moments-là à la jeune équipe qui a dirigé depuis 2011 notre fédération nationale de football.
J’ai vu comme vous, cette manifestation de «soutien au Président qui a créé un département des sports» et qui a été instrumentalisée pour porter attaquer la jeune fédération. Comme lors de son élection, je ne peux que réagir. Les mêmes causes conduisant aux mêmes effets, surtout s’ils proviennent des mêmes milieux affairistes et prédateurs. Je vous convie pour cela à relire la conclusion du posting du 26 juillet 2011 :
«Si j’étais électeur, ma voix irait à Ahmed Ould Yahya. Parce qu’il n’a pas d’argent. Parce qu’il irrite dans les milieux officiels de nos sports, alors que nous savons de quoi ces milieux sont faits et ce qu’ils nous ont rapporté par le passé. Parce qu’il a «l’habitude» du football depuis son enfance. En plus de toutes les qualités humaines qui font sa force (intégration, politesse, volonté, humilité…). Malheureusement je ne suis pas électeur, j’aurai pu me taire, mais c’est plus fort que moi.
Je vois un candidat qui compte sur son pouvoir financier, qui a engagé avec lui tous les parapluies officiels et qui, pour cela, ne fait pas campagne. En face, un jeune qui mène une véritable campagne de séduction et de promotion pour un programme, autour de lui des jeunes de sa trempe… alors je choisis mon camp. Au moins de dire ce que je pense.
Et
«parmi ce que je pense», la question du coût des structures sportives qui ne rapportent finalement pas grand-chose. Au plan du foot, le bilan est facile à faire : nous avons toujours été les derniers de notre classe malgré les dépenses énormes. Au niveau du volley et du basket, la Mauritanie a, jusqu’au début des années 80, occupé un rang honorable, devenant quelques fois vice-champion d’Afrique. Mais depuis plus rien. Au niveau de l’athlétisme, les sportifs de chez nous ne sont même pas classables. Et tout cela coûte. En fait, les organisations sportives sont de hauts lieux de gabegie et doivent en conséquence être concernées par la lutte contre «al mufsidiine».
»
entre la jeune équipe de la fédération de football et ses détracteurs qui se réveillent pour reprendre un combat d'arrière-garde, entre les deux, il n'y a pas photo!

vendredi 5 septembre 2014

Rififi chez les syndicalistes

Le Conseil des ministres du 4 septembre a adopté «le projet de décret relatif à la détermination de la représentativité des organisations syndicales». Une vieille revendication de certains syndicats et qui vise à rétablir une forme de justice à même d’assurer une équitable représentation des organisations syndicales dans les conseils d’administration de la CNSS notamment. Mais le décret est surtout le prélude nécessaire à l’engagement d’un dialogue social parce qu’il vise à fixer des critères de choix basés sur la représentativité réelle. Il est aussi l'occasion de savoir qui va représenter les travailleurs dans les conférences internationales du BIT.
Environ 21 organisations sont actives sur la scène mauritanienne. Jusqu’à présent, ces syndicats sont traités au même pied d’égalité, sans pise en considération de leurs poids respectifs. Ce qui crée des dysfonctionnements quant à l’équité dans les affectations d’aide et de postes de responsabilité. Des syndicats qui n’ont d’existence que quelques éléments et un cartable, son parfois mieux traités que les organisations les plus en vue comme la CGTM (confédération générale des travailleurs de Mauritanie), la CNTM (confédération nationale des travailleurs de Mauritanie), la CLTM (confédération libre de Mauritanie), et l’UTM (union des travailleurs de Mauritanie, organisation-mère).
En fait et comme dans tous les secteurs, le syndicalisme a connu un foisonnement extraordinaire avec la libéralisation. Il a d’abord épousé les contours des clivages politiques, chaque syndicat étant l’émanation d’un groupe ou d’un parti politique. Dernière étape de ce processus de récupération de l’activisme syndical par les partis politiques, est la collision entre ces syndicats et les politiques au sein du Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU).
Pour revenir aux nouvelles dispositions, elles préparent donc le dialogue social qui demande à fixer les règles qui permettent de classifier les organisations. Ce n’est pas par hasard si la CGTM est la seule centrale qui célèbre l’adoption d’une vieille revendication pourtant collective. C’est parce que cette centrale est la mieux implantée dans tous les secteurs de la vie. Seule cette centrale peut assurer les 30% de représentants exigés.
Cette situation annonce de sérieux clivages entre les centrales, la plupart d’entre elles essaieront de dénoncer le nouveau projet. N’empêche qu’il s’agit là d’un pas important vers la normalisation des rapports entre les intervenants sociaux.

jeudi 4 septembre 2014

A qui cela profite ?

L’interdiction d’importer les véhicules usagers dans un pays comme le nôtre est plutôt surprenante. L’on invoque des raisons de «pollution» alors que les usines de farine de poisson portent plus préjudice à l’environnement et que rien n’est fait pour éloigner cette menace. L’argument environnemental ne tient pas.
Le commerce des véhicules «anciens» (usagers) permet au Mauritanien à revenu intermédiaire de pouvoir acquérir un véhicule utilitaire à sa portée. Grâce au système de transport urbain, il permet d’avoir une flotte de taxis, de camions, de bus qui peuvent être utilisés dans les échanges entre les régions d’un vaste pays en cours de maillage routier.
Il est au centre d’un réseau économique qui fait vivre des milliers de Mauritaniens : de ceux qui achètent les voitures en Europe, à ceux qui les convoient jusqu’ici, en finissant entre les mains de ceux qui les revendent ici ou sur les marchés voisins, on peut compter des milliers de jeunes qui n’auraient pas trouver d’autres débouchés que celui-là.
En épluchant les raisons, il n’y a qu’une seule qui tienne : vouloir imposer aux utilisateurs l’achat de véhicules auprès des concessionnaires de grandes marques. Qui peut acheter ces véhicules ? pourquoi les pouvoirs publics veulent-ils ouvrir une manne à des opérateurs qui pèsent déjà sur le budget de l’Etat (le prix des voitures vendues aux administrations et leur entretien par le concessionnaire) ?

On devait – on pouvait – prendre des mesures pour organiser le marché : imposer un circuit de transfert d’argent qui permettrait de surveiller l’argent utilisé pour avoir un traçage de cet argent ; empêcher la mise en vente de véhicules volés en Europe sur le marché national par un contrôle plus rigoureux ; identifier et encadrer les filières ; limiter et formaliser l’activité du marché des voitures… beaucoup de choses qui auraient dû être faites depuis longtemps, sans interdire carrément une activité qui profite finalement à des milliers de Mauritaniens qui n’ont d’autre ressource que celle-là.

mercredi 3 septembre 2014

Même si le pari de la CUN n’est pas encore gagné

Quelques semaines après son arrivée à la tête de la Communauté urbaine de Nouakchott (CUN), Maty Mint Hammady est surprise par l’ultimatum de Pizzorno, la société française qui a eu en 2006 le marché de nettoyage de la ville de Nouakchott.
Le marché avait suscité des curiosités malsaines, fondées ou non, à l’époque où l’on soupçonnait les détracteurs du régime de la transition d’avoir été «extrêmement complaisant avec l’opérateur français» qui aurait profité du lobbying de l’ancien ministre François Léotard.
Selon une enquête de Rue89, «fin 2007, {le ministre} aurait fait office d’intermédiaire pour le compte de l’entreprise française de recyclage Pizzorno afin de remporter l’appel d’offres pour la gestion de la décharge de Tunis. Du lobbying auprès du clan Ben Ali, juteusement récompensé de 120 000 euros par an.
Par la suite, il a rejoint le conseil d’administration de l’entreprise et poursuivit son rôle de lobbyiste en Mauritanie où Pizzorno a remporté le marché pour la collecte des déchets à Nouakchott, la capitale».
Pour 112 millions d’euros, la société Pizzorno s’engageait à enlever les ordures de la capitale sur une période de 10 ans par l’intermédiaire de sa filiale DRAGUI Transport Mauritanie. La société entendait engager 600 salariés pour remplir sa mission qui a effectivement commencé le 1er juin 2007. Sept ans après, la société est en conflit ouvert avec les autorités mauritaniennes.
En mai dernier, quelques semaines après la mise en place du nouveau bureau de la CUN dirigé par Maaty Mint Hammadi et un mois avant le lancement de la campagne présidentielle, l’opérateur français envoyait un ultimatum pour dire qu’il suspendrait toute activité tant que les arriérés qui lui sont dus ne seront pas payés.
Le 12 juin, il rendait public un communiqué dans lequel il expliquait : «La filiale mauritanienne du Groupe subit d'importants retards de paiements, dont le montant s'élève à ce jour à plus de 10 M€. En raison de ces difficultés, amplifiées ces derniers mois, le Groupe a été amené à interrompre temporairement ses activités le 26 mai dernier afin de sensibiliser, par cette ultime action, les autorités au respect des termes du contrat.
Notre filiale a donc proposé un arbitrage pour une solution amiable préservant les intérêts de chacun. Cette proposition n'a pour l'instant pas trouvé de réponse positive auprès de notre client, cependant le Groupe PIZZORNO Environnement met tout en œuvre pour régulariser cette situation avec les autorités compétentes
».
Tout en expliquant que les impayés résultent notamment «d’une convention de révision des prix et les intérêts moratoires non payés depuis 2008, conformément à l’application des contrats objets de l’exécution de la mission de PIZZORNO». Toujours selon les explications fournies à la presse, l’entreprise aurait écrit au directeur général de l’Agence  de Développement Urbain (ADU) pour solliciter «le règlement de 50% du montant dû afin de permettre à la société d’acquérir un certain nombre de matériel roulant pour remplacer un parc vieux de 7 années, en date du 27 octobre 2013».
En arrêtant ses activités à un moment aussi marqué par les événements politiques, il est clair que la société française mettait la pression sur la Mauritanie sans toutefois attendre les résultats de l’arbitrage demandé. Le litige a finalement atterri devant les juridictions mauritaniennes parce que la CUN a été plus prompte à déposer plainte.
Restait pour la CUN et pour sa présidente fraichement désignée de relever le défi d’assurer la propreté d’une ville tentaculaire. Avec, en prime, une mentalité de ruraux qui n’ont aucun sens de l’organisation de l’espace citadin et l’hostilité d’un environnement politique et médiatique qui exigeait tout et maintenant.
Malgré le manque d’expérience dans le domaine, la CUN choisit de faire face par elle-même. Aujourd’hui, près d’une centaine de camions – 92 exactement – et une douzaine de chargeurs travaillent jour et nuit pour assurer le ramassage des ordures dans une ville où certaines zones sont inaccessibles. Sur le plan social, l’action de la CUN a permis d’engager quotidiennement 1300 personnes en moyenne, payées 2.400 UM par jour de travail.
Au début, les difficultés étaient énormes. D’abord la nécessité de tout créer, ensuite la mobilisation des financements et enfin la méthode de travail. Mais aujourd’hui, la situation a nettement évolué. Moins d’ordures dans les rues, des équipes de veille ont été déployées dans la ville, les poches de dépôts d’ordures sont traitées quotidiennement mieux qu’avant… L’hivernage n’est pas un facteur favorable, mais on peut dire que «quelque chose a été fait» pour parer au plus pressé et pour éviter d’être pris en otage par l’opérateur français.

Cela coûte naturellement à la CUN : au lieu de la moyenne des 370 millions UM (environ) qu’il fallait verser mensuellement, la CUN en verse aujourd’hui un peu plus que 400. Ce pactole doit être prélevé sur les enveloppes de projets qui devaient servir à la ville et ses habitants. Il s’agit là d’un sacrifice qu’il fallait faire pour la bonne cause. En attendant, soit de trouver un accord avec l’opérateur français (rien n’est définitivement exclu), soit de lancer un nouvel appel d’offres pour donner le marché à un autre opérateur. Pour le moment, on peut dire que la présidente de la CUN s’en tire plutôt bien.

mardi 2 septembre 2014

Savoir ce qu’on veut (surtout ce qu’on peut)

Pour revenir au congrès du FLAM (front de libération des Africains de Mauritanie), il faut souligner le comportement des autorités. Ce congrès signe la concrétisation du retour définitif de l’organisation (non reconnue) sur le territoire national. Il arrive au bout d’un processus qui a vu les dirigeants du mouvement plusieurs fois reçus par le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz. Ce qui a été ressenti comme une «normalisation» d’un mouvement dont la diabolisation a constitué l’inspiration de la politique officielle durant les années 90. Surtout que ces dirigeants ont été reçus par les chefs de partis (certains d’entre eux) plus ou moins officiellement.
Le 8ème congrès arrivait donc pour donner l’occasion à ce mouvement d’investir le champ politique «normal», en attendant probablement la reconnaissance formelle d’un parti. C’est donc sans surprise que la direction du mouvement a eu l’autorisation de tenir son congrès annoncé en grande pompe à Nouakchott pour les 29 et 30 août.
Quelques jours avant la tenue du congrès, un article est publié sur le net avec comme titre : «un mouvement séparatiste tient un congrès à Nouakchott». S’en suivit une cabale générale qui rendait coupable le pouvoir de Ould Abdel Aziz de «laisser saper l’unité nationale». Un grief de plus à formuler par les détracteurs du régime, déterminés à le faire chanceler. L’article a suffi pour que la préfecture de Tevraq Zeina où le congrès devait se tenir signifie sa décision d’interdiction pour la tenue d’une telle manifestation.
Il y a quelques semaines, les jeunesses affiliées au parti islamiste Tawaçoul (ou proches de ce parti) avaient eu l’autorisation de tenir des journées de retraite à Aïoun au Hadh el Gharby. Ici encore, un article publié sur le net faisait de cette manifestation «le début de l’embrigadement militaire des jeunes islamistes». Décision de l’administration immédiate : interdiction de la tenue de la manifestation. L’administration se rétractera plus tard, quand les chefs de l’initiative avaient déjà décidé de l’organiser dans un espace privé (exactement comme le FLAM qui a fini par tenir son congrès dans le domicile de son chef, Samba Thiam).
Ces deux événements dénotent de l’une incapacité de l’administration à accompagner le climat général qui règne sur la Mauritanie, et qui est celui de la libre expression, du droit aux réunions et aux rassemblements. Au moment où elle ne lève pas le moindre doigt pour empêcher la tenue de réunions tribales. Cette administration n’a pas encore pu s’affranchir de ses anciens réflexes qui tendaient à étouffer toute velléité d’expression jugée «hors cadre».
Si l’administration ne veut pas se conformer aux lois en vigueur, elle doit au moins accompagner – à défaut de servir – la volonté du Président Mohamed Ould Abdel Aziz dont la première fierté est d’avoir sécurisé le pays et d’avoir laissé s’épanouir la liberté d’expression. Ce sont là effectivement deux des «acquis» qui ont été largement mis en avant lors de la dernière campagne électorale présidentielle.
La sécurisation du pays est effective depuis que l’Armée a pu recouvrer le contrôle de l’ensemble du territoire national dont les deux tiers étaient abandonnés aux trafiquants et intervenants illégaux de toutes sortes pendant plus de deux décennies. Les menaces concrètes sur la stabilité du pays et sur la sécurisation des biens et des personnes pèsent beaucoup moins aujourd’hui. Elles sont entrées dans le domaine du gérable, de «l’acceptable» dans la mesure où ce qui peut arriver ici est du même ordre que ce qui peut arriver à Paris, à Rabat ou à Moscou. Nulle part, on est à l’abri de quelques actions désespérées. Par contre, nous devons être heureux (et fiers) d’avoir repoussé définitivement les menaces qui pesaient sur notre devenir.
A l’intérieur, la libéralisation effective de l’espace audiovisuel, de la parole et du rassemblement a elle aussi contribué à sécuriser le pays dans la mesure où elle sert d’exutoire pouvant nous éviter un trop-plein de frustrations. C’est en général sur ce trop-plein d’aigreurs que se développent les courants violents et sectaires. Tant que la liberté d’expression et de rassemblement existe, les acteurs s’en tiendront à confronter les idées (s’il y en a), à rester au niveau des mots et des concepts.
Il y a des Mauritaniens – d’éminents essayistes, de politiques emblématiques – qui ont soutenu ici la nécessité de créer un Etat propre aux Arabes (Maures), Touaregs et assimilés pour résoudre les problèmes de coexistence dans l’espace sahélien. Personne n’a crié au scandale parce qu’il s’agit d’une proposition qu’il faut laisser passer sans commentaire ou qu’il faut discuter, chacun étant libre d’apprécier ou non.
D’autres Mauritaniens ont souhaité, parfois explicitement, le renversement du pouvoir par la violence (coup d’Etat, révolte populaire, assassinat…). D’autres ont chanté les Jihadistes pourtant coupables d’assassinats sauvages et d’attentats contre l’Armée mauritanienne. Ils ont traité en martyrs des criminels qui ont tué froidement souvent des policiers, des soldats, des officiers mauritaniens, des amis de la Mauritanie étrangers parmi nous. Cela n’a suscité aucun émoi public et c’est peut-être tant mieux. Dans la mesure où nous sommes encore dans la phase de maturation des discours et de l’action politique, et où il est difficile aussi de discipliner une élite habituée à ne pas rendre compte de ce qu’elle dit ou fait. Ce qui lui donne l’impression de bénéficier d’un statut d’impunité irrévocable.
Je crois que l’administration mauritanienne – le ministère de l’intérieur et dépendances – ne doit plus avoir peur de quelque expression que ce soit. Par la voix de son chef, le Président de la République, l’Autorité publique a déclaré refuser de limiter l’espace des libertés. Par lui, la promesse était donnée de ne plus envoyer un citoyen en prison pour ses idées ou ses positionnements politiques. La dépénalisation du délit de presse est effective parce que consacrée par la loi.
Nous voulons un espace ouvert. Totalement ouvert. Parce que nous n’avons plus peur de confronter nos idées, de nous écouter les uns les autres… nous pouvons désormais ce que nous voulons. A notre administration de se libérer de ses réflexes monstrueux d’antan.

lundi 1 septembre 2014

Qui a (encore) peur du FLAM?

La tenue à Nouakchott du 8ème congrès du Front de libération des Africains de Mauritanie (FLAM) suscite un tollé.
D’abord autour de la vision de ce mouvement dont la démarche politique consiste à aller jusqu’à demander que soit appliqué le régime de l’autonomie en Mauritanie. Soi-disant pour permettre plus d’équité envers les minorités ethniques et culturelles.
Le tollé est aussi suscité par la présence de représentants de partis reconnus comme Tawaçoul – particulièrement Tawaçoul – à la cérémonie d’ouverture. En s’abstenant de s’en prendre aux autres partis comme celui du Mouvement pour la réforme (MPR de Kane Hamidou Baba), du Parti pour la liberté, l’égalité et la justice (PLEJ de Ba Alassane) ou encore de l’Alliance populaire progressiste (représentée par une forte délégation dirigée par son secrétaire général, Ladji Traoré), ceux qui paraissent scandalisés révèlent ce qu’ils sont réellement : des racistes qui reprochent la présence d’un Arabe parmi le FLAM tout en passant sous silence la présence de Négro-africains ayant le même statut. (On doit reprocher aussi au chef du parti islamiste d’avoir cherché à se justifier d’un acte normal).
Le tollé provoqué par les propos du FLAM n’avait pas ses raisons d’être. Sur le plan purement du principe, le FLAM, même s’il ne s’agit pas de parti reconnu, a le droit d’avoir sa vision, de la discuter et de la présenter publiquement. On ne peut pas prôner le dialogue, prétendre défendre le droit à la liberté d’expression et en même temps agir pour priver des concitoyens de l’exercice de ce droit. On ne peut pas non plus accepter pour les uns tous les excès, refuser pour les autres une expression politique somme toute ancienne. Accepter pour les uns d’appeler plus ou moins explicitement à la violence pour renverser un pouvoir issu d’une élection, de ternir l’image du pays en le présentant comme terreau de la criminalité internationale (drogue, terrorisme…), de fomenter des affaires en vue de déstabiliser le pays et de remettre en cause sa cohésion et refuser aux autres de prétendre parler au nom d’une communauté pour revendiquer ce qu’ils estiment être un droit. Mettons les exagérations, les fautes d’appréciation, les mauvaises lectures de la situation…, sur le compte des difficultés pour le mouvement de revenir en Mauritanie.
Il n’y a rien de nouveau dans le discours du FLAM. Ce mouvement qui a déjà pris les armes contre la Mauritanie et qui a favorisé, parfois revendiqué, des incursions armés qui ont fait de nombreuses victimes au lendemain des évènements de 1989 (attaques meurtrières perpétrées fin 89-début 90 à partir du Sénégal), a choisi depuis longtemps de passer à la lutte politique pacifique. Et s’il n’a pas réussi à se transformer en parti depuis la libéralisation de la vie politique, il a donné plusieurs partis dont certains sont aujourd’hui représentés au Parlement. Sa présence comme courant a toujours marqué l’espace politique mauritanien, soit en association avec d’autres mouvements au sein d’un parti unitaire comme l’UFD (ancien FDUC), AC, APP, soit au sein de partis clairement sectaires comme le MPR, l’AJD/MR ou le PLEJ. Cette présence n’a jamais dérangé l’espace politique et ne l’a jamais menacé. Après tout, les animateurs de ce qui reste du mouvement sont pour la plupart à l’étranger depuis près de quatre décennies. L’exil (et les droits d’asile) les ont coupés peu à peu du pays et de l’évolution qu’il connait.
Pour faire dans le bref, nous dirons que ce qui tient congrès aujourd’hui à Nouakchott, c’est ce qui est resté du FLAM après les débauchages soit par les formules citées plus haut, soit par le ralliement du pouvoir à différentes périodes.
Le FLAM ne représente pas la communauté négro-africaine. Il est pour elle ce qu’un parti Baath ou Nassérien est pour la communauté arabe. C’est-à-dire une expression politique qui pose la problématique de la cohabitation en termes identitaires qui sentent l’exclusion et le sectarisme. C’est dire donc que rien ne justifie ce branle-bas ethnique que les activistes du net tentent d’entretenir. Toute vision nationaliste ou communautariste (parce qu’elle pose les problèmes d’une communauté) devient fatalement sectaire. Elle est dangereuse seulement si elle trouve un environnement favorable à son partage et à son expansion. Dans le cas d’espèce, si nous continuons à nous ignorer les uns les autres, à refuser de revenir à nos ambitions premières pour la Mauritanie qui devait être terre de convergence, à nous ressourcer de notre Histoire commune, à nous parler, à s’écouter les uns les autres…, on ne peut pas parier sur un avenir commun. Que cela prenne la forme d’un éclatement en territoires communautarisés ou celle d’affrontements entre factions, c’est la même chose car cela signifiera la fin de ce pays.
Nous n’en sommes pas là. D’une part parce que la Mauritanie n’est pas un pays à diviser : où est la portion du territoire – si petite soit-elle – qui ferait une entité à part entière ? Où se trouvent les territoires Soninké, Pulhaar, Wolof ou Arabe ? Où est-ce qu’il est «le pays de tel ou tel groupe ethnique et/ou tribal ? C’est une chimère de plus qui ne peut nourrir un projet.
D’autre part, nous avons accumulé assez d’expériences en matière de votes et de d’expressions démocratiques, pour savoir que le peuple mauritanien rejette ces visions sectaires que certains acteurs politiques tentent d’utiliser en instrumentalisant des injustices réelles. Les partis qui se revendiquent du spectre nationalitaire n’ont jamais totalisé plus de quatre mille voix sur l’ensemble du territoire national. Nous n’avons pas encore oublié les propos amers du candidat Sarr Ibrahima qui ne comprenait pas comment le candidat Ould Abdel Aziz pouvait largement le battre dans les camps des rapatriés qu’il croyait avoir servi tout ce temps. C’est bien cette raison qui l’a convaincu d’abandonner le terrain politique partisan et de se replonger dans ce qu’il sait très bien faire : la création littéraire.
Le peuple mauritanien n’est pas dupe. Contrairement à l’idée que s’en font ses politiques. Il sait toujours que l’avenir est dans la communauté de destin et non dans la division.
Personne ne doit avoir peur du FLAM. Sauf quelques officiers reconvertis dans la politique, devenus ou non chefs de partis et qui ont peur à l’évocation de tout débat sur la question nationale. Car ce débat ne peut faire l’économie du devoir de mémoire. Notamment sur les évènements de 90-91 où ils furent acteurs ou complices (actifs ou passifs) d’exactions impunies jusque-là.
Comme eux, ces administrateurs, anciens gouverneurs de régions, anciens préfets de départements, anciens responsables de la sécurité à l’époque des faits, anciens hauts responsables dont ministre de l’intérieur…, ceux-là ont plongé dans l’exercice de l’arbitraire contre des populations civiles qu’ils ont expulsées avant de les exproprier.
Tout ce monde a peur de tout ce qui peut ramener la question de la gestion de ce dossier par le régime de Ould Taya. Le congrès du FLAM et la revendication d’autonomie sont justement l’occasion de savoir pourquoi on en arrive là.