jeudi 30 janvier 2014

Mauritanie, le retour

Quoi qu’en disent les détracteurs du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, c’est là un grand moment pour la Mauritanie. La présidence de l’Union Africaine (UA) est un évènement à célébrer pour ce qu’il implique de tournants dans le processus de normalisation des relations de notre pays avec son environnement naturel, notamment l’Afrique.
Ils ont raison de ne pas être contents ceux qui ont inspiré, soutenu, justifié, appliqué et défendu la politique extérieure qui a mené à la sortie de la CEDEAO et à la reconnaissance d’Israël par la Mauritanie. Tout comme ceux qui ont poussé vers le conflit avec le Sénégal, puis avec le Mali, avec plus ou moins de réussite pour le premier. Comme ceux qui détestent Ould Abdel Aziz pour ce qu’il a provoqué le 3 août 2005, pour ce qu’il a fait le 6 août 2008 et qu’il a fini par battre régulièrement le 19 juillet 2009.
Tous ceux-là ont raison de minimiser le fait pour la Mauritanie de présider aux destinées de l’Union Africaine pour une année. Parce qu’ils savent que cela va nécessairement enraciner la Mauritanie dans son espace africain naturel. Parce que cela va lui permettre de restaurer ses vocations naturelles d’interface afro-arabe. Parce que cela peut mener à revenir au bercail de l’Afrique de l’Ouest par le retour au sein de la CEDEAO.
A la tête du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) en 2011, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz avait dirigé deux panels de chefs d’Etats africains chargés de trouver des solutions à d’épineux problèmes en Libye et en Côte d’Ivoire. La Mauritanie avait à ce titre accueilli plusieurs sommets. Son Président ne s’est plus permis de rater une occasion de se rendre en Afrique Noire. Et même si l’agenda international l’avait emporté, on sait aujourd’hui que les propositions africaines auraient pu faire éviter de nombreux déboires et des bains de sang inutiles. En Libye, les propositions africaines auraient assuré une continuité de l’Etat et une transition douce et apaisée. Mais «la communauté internationale» (la France et l’OTAN) a préféré terminer ce conflit dans le sang et dans le désordre. La Libye ne s’en est pas encore relevée. On ne sait pas encore si la Côte d’Ivoire a réellement pansé ses plaies et soigné ses fractures.
Cette expérience à la tête du CPS va servir aujourd’hui pour traiter les conflits ethniques et religieux qui détruisent des pays et menacent des régions entières. La facilité pour le Mauritanien de jouer le médiateur, le facilitateur quand il le veut, va aussi être d’un grand apport.
Contrairement à ceux qui croient qu’il s’agit là d’un évènement mineur, il faut en faire un tournant. Dans l’ouverture du pays, dans la recherche du renforcement du front intérieur par l’implication de toutes les forces vives, dans la réhabilitation de l’image du pays et de son rayonnement dans le monde. Encore faut-il saisir le fait comme une opportunité à exploiter pour montrer le meilleur de nous-mêmes. 

mercredi 29 janvier 2014

«Moi, Birame Ould Dah Ould Abeid…»

L’affluence n’était certainement pas au rendez-vous, même s’il y avait assez de monde – surtout de jeunes. Ils étaient certes excités, ce qui donnait une ambiance particulièrement chaude. L’ambiance a été entretenue par un grand chanteur qui a repris quelques morceaux d’anthologie dans le répertoire dédié aux louanges du Prophète (PSL). Quelques moments de rêveries et de souvenirs faisant régner une atmosphère mélancolique qui nous rappelait que «la musique adoucit les mœurs». Place à l’évènement…
L’ambiance est surchauffée quand Birame Ould Abeid fait son entrée accompagnée de son épouse. Bien encadré par «ses» hommes, le couple s’installe sur le podium après avoir fait le tour des rangées des invités. On sacrifie à la tradition des Sourates lues par Imam naturellement haratine. Puis, moins «traditionnelle», la séance de l’hymne national. Brahim Ould Abeid qui fait le maître de cérémonie donne la parole immédiatement à Birame qui commence en Arabe avant de faire le discours en Français. «Il s’adresse à qui d’abord ?» se demande quelqu’un avec une pointe de malice. Puis, sans laisser place à une réponse, il ajoute : «C’est sans doute un discours destiné à la consommation extérieure». Pourquoi ? «En fait, explique un proche de Birame qui a tout entendu, Birame pense que s’il commence à discourir en Arabe, le public partira dès que la traduction est engagée, alors il retient la foule en majorité arabophone…»
Une longue introduction sur le parcours de Birame Ould Dah Ould Abeid, militant des Droits de l’Homme, objet de toutes les tracasseries de la part des autorités, consacré par le Prix 2013 des Droits de l’Homme des Nations-Unies, aujourd’hui candidat à la présidence de la République.
«Je vais à l’assaut du fauteuil présidentiel». Avant même que ne soient fixées les échéances, Birame Ould Dah est le premier à exprimer son désir d’y aller. Pour ce faire il tient à rassurer. Son projet vise à cultiver la solidarité entre les communautés mauritaniennes, pas à les mettre face à face. Il est «le Président des riches» parce qu’il souhaite voir tous les mauritaniens s’enrichir. Il n’est pas une menace pour les riches parce que son projet vise «à boucher les trous par lesquels la violence peut arriver. Par la juste redistribution des richesses, par l’instauration de l’Etat de droit, l’égalité des citoyens, la mise à mort du racisme…» et d’affirmer : «Les gens qui ont des biens peuvent dormir tranquille, aucune vague de violence ne va venir menacer leurs biens accumuler avec beaucoup d’endurance. Je voudrais rassurer aussi ce qui ont peur pour leurs enfants, des enfants qui ont étudié séparément, qui habitent dans des quartiers différents, je les rassure car au bout de mon engagement, il y a l’unité car je combats le spectre de la confrontation et de la violence».
La candidature est celle «de la rupture, du renouveau politique parce qu’elle propose des changements fondamentaux dans les propositions. Jusque-là, la classe politique traditionnelle a été incapable de faire autre chose que la duplication des programmes, d’où son échec. Il s’agit maintenant de rompre avec les vieux schémas».
Mais pour éviter toute équivoque, il a martelé : «Birame Ould Dah Ould Abeid restera Birame…» Comme pour dire que l’engagement politique en vue d’une élection ne changera rien à l’homme qu’il est jusqu’à présent. C’est ainsi que le combat pour les droits peut mener fatalement à la politique. Pour Birame, cela découle de soi.

Depuis son retour du siège des Nations-Unies où il a été distingué, Birame Ould Dah Ould Abeid n’a pas hésité une seconde à s’en prendre à la presse, aux leaders d’opinion, aux religieux, aux politiques, finalement à toute l’élite qu’il a qualifiée d’esclavagiste au service de l’obscurantisme. A-t-il changé d’appréciation vis-à-vis des journalistes qu’il a invités massivement ce jour-là ? ou est-ce une attitude campagne ?

mardi 28 janvier 2014

Où va Messaoud ?

La désignation de Mohamed Ould Boilil, ancien ministre de l’intérieur, à la tête de la nouvelle Assemblée nationale n’attend plus que la réunion de la session extraordinaire de mercredi. Cette nomination/élection est le fruit d’une longue gestation qui exprime elle-même le manque de consensus autour de la question qui a dû être tranchée par le Président de la République. Reste à savoir ce qu’on fera de l’allié de circonstance qu’a été le Président Messaoud Ould Boulkheir.
Malgré toutes les dénégations de ses concurrents et toutes les tentatives de le dépasser, Messaoud Ould Boulkheir a encore le charisme nécessaire à paraître comme le leader incontestable de la cause haratine anti-esclavagiste. Son parcours plaide en faveur de cet homme qui a joué un rôle fondamental dans le refus de laisser les situations déraper. A chaque summum de crise et de tension, Ould Boulkheir a été celui qui a refusé l’acte ultime de rupture violente. Nonobstant toutes les accusations dont il a été l’objet. Si l’on ajoute à cette image d’homme de consensus qu’il s’est voulu forger avec plus ou moins de réussite, son expérience de président de l’Assemblée, on peut dire que l’homme politique a joué et gagné sur bien des tableaux. Preuve son score à la dernière présidentielle d’où il est sorti bon deuxième avec près de 19% des suffrages. On dira toujours que le score est celui du candidat du FNDD (front pour la défense de la démocratie qui réunissait anciens PRDS, soutiens du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, nostalgiques de tous les régimes, ennemis de Ould Abdel Aziz…). Mais le tour de force de Ould Boulkheir aura été d’être le candidat de ceux qui l’ont diabolisé pendant longtemps, de l’élite arabe issue de l’Appareil du régime qu’il a le plus combattu, de quelques dignitaires (nouveaux et anciens)… Pour être bref, on consentira à Messaoud Ould Boulkheir le statut d’icône incontournable et inévitable malgré le dernier résultat de son parti aux élections législatives et municipales et malgré surtout la montée en puissance de jeunes leaders qui veulent plus ou moins ouvertement son éviction.
Le pouvoir actuel, tout comme la scène publique, a besoin de Ould Boulkheir pour «équilibrer», «temporiser», «faciliter» (c’est selon les interlocuteurs)… On dit qu’une grande Institution sera créée pour l’accueillir. Ceux qui le disent parlent d’un super ministère d’Etat qui prendrait les prérogatives et le rôle du Médiateur de la République, de celui du Commissaire aux Droits de l’Homme, de celui du président du Conseil économique et social, organe vers lequel seront transférées les agences de développement et d’insertion comme Tadamoune. Une sorte de mégastructure dont le rôle sera de capter toutes les problématiques des droits humains et de leur trouver solutions.
Si les tenants d’une telle thèse semblent sûrs de ce qu’ils disent, ils évitent de répondre à la question de savoir si oui ou non Messaoud fera alors partie de l’Exécutif. Auquel cas son parti APP ne rejoindra pas l’Institution de l’Opposition Démocratique. On ne répond pas non plus à la question de savoir comment faire avec la présidentielle dont l’échéance est toute proche. Est-ce que Ould Boulkheir va se présenter ? Si oui, comment éviter d’être comptable de ce que le pouvoir en place fait du moment que lui-même dirige une Institution de l’Exécutif ?

Quoi qu’il en soit, l’énigme autour de ce que sera Messaoud Ould Boulkheir dans les jours qui viennent, cette énigme cristallise de nombreuses interrogations.

lundi 27 janvier 2014

Gestation pénible

C’est le 24 janvier que nous apprenons la convocation du Parlement pour la journée du lundi 27 janvier 2014. La nouvelle était d’autant plus importante qu’elle annonçait la première réunion de la nouvelle Assemblée nationale. On estimait aussi qu’avec la mise en place du nouveau bureau, on pouvait attendre le gouvernement pour les heures qui suivaient.
Le décret précisait qu’outre l'élection des nouveaux organes de l'Assemblée nationale, l'examen ou la poursuite de l'examen de certains projets de lois dont le Projet de loi des Finances rectificative pour l'année 2013 et celui de la loi des Finances initiale pour l'année 2014.
La publication de ce décret avait suscité des réactions de la part de juristes qui ont jugé illégal le refus du gouvernement d’exposer la loi de finances 2014 au cours de la session normale ouverte en novembre dernier. C’est une première en termes d’anomalies, selon ces juristes. Autre grief, celui du moment choisi pour diffuser le communiqué : un peu avant minuit le 24 janvier.
Retour au même procédé, c’est tard dans la nuit du 26 au 27 janvier qu’un nouveau décret est publié. Il nous apprend que «la session du parlement qui était prévue le lundi 27 janvier 2014 a été reportée à une date qui sera fixée ultérieurement». Sans commentaire de plus. Chacun y va de sa petite explication pour faire comprendre les tenants et aboutissants d’une telle décision.
Voyons voir le circuit d’un décret. Quand le Président de la République décide, il en fait part à son Directeur de Cabinet qui rédige le décret. Le projet est ensuite envoyé à la Direction de la Législation pour être «contrôlé», signé et enregistré avant de revenir à la Présidence pour être publié.
Pour le décret en question, celui du report sine die, il annule une décision prise alors que les délais légaux de recours couraient toujours pour les opérations électorales à Atar et Chinguitty. Si l’on considère que les résultats de ces circonscriptions ont été rendus publics le 19 janvier, on a huit jours pour faire recours, soit jusqu’au 27, le jour de la convocation de la nouvelle Assemblée. Mais l’anomalie juridique ne serait pas la seule explication, il y a aussi une explication politique.
Au cours d’une discussion avec un député UPR, j’ai appris que le désaccord est profond au sein de la Majorité quant au choix du futur président de l’Assemblée nationale. Trois grandes options s’affrontent.
La première est celle qui pousse vers un accord avec le Président Messaoud Ould Boulkheir pour l’amener à reprendre son poste. Elle argue les possibilités d’alliance au niveau de la CUN et même un renoncement à la candidature à la future présidentielle. Joue pour Ould Boulkheir, selon cette option, son actif à la présidence de l’Assemblée où il n’a jamais constitué un élément de blocage. Contre lui, son indépendance et le fait de ne pas avoir assez de députés pour faire un groupe parlementaire.
La deuxième option est celle qui veut que ce soit le président de l’UPR, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine qui soit à la tête de l’Assemblée. Tout concourt pour ce faire «sauf l’appréciation controversée que nous avons des élections». Pour le député, «le grand succès de Tawaçoul qui a pu faire sauter certains verrous dans la Mauritanie profonde, d’où le grand risque que nous courrons prochainement». Il est, selon le député, candidat «de l’entourage du Président qui a été convaincu un moment, heureusement d’ailleurs…»
…Qu’il y a eu cette troisième proposition qui l’emporte finalement, toujours selon le député. C’est celle de désigner Mohamed Ould Boilil, l’ancien ministre de l’intérieur comme candidat à la présidence de la nouvelle Assemblée. C’est lui-même qui va quand même énumérer les faiblesses du candidat qu’il dit soutenir : «C’est vrai que Ould Boilil ne parle pas Arabe (sic). C’est vrai que ce n’est pas Messaoud en terme de représentativité de la communauté dont il est issu. C’est vrai que ses postes, surtout le dernier, ne lui ont pas permis d’asseoir une base populaire et d’être une icône sur l’échiquier politique national… Mais c’est lui que nous, UPR, avons décidé de présenter à la présidence de l’Assemblée…»
Un consensus par défaut. Reste à savoir dans quelle mesure la discipline l’emportera devant cette candidature qui est loin de faire l’unanimité même si notre député nous apprend que «c’est le choix du Président».

Quoi qu’il en soit, il faudra d’abord convoquer la nouvelle Assemblée, choisir ses nouvelles instances et dessiner la nouvelle Majorité. En attendant que cela arrive, il faut bien se résoudre à nous expliquer ces décisions de convocation et de report pour ne pas ajouter à la confusion générale et prêter le flanc à toutes les accusations dont le pouvoir fait l’objet.

dimanche 26 janvier 2014

Hollande, infidèle

«Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler». C’est par cette formule laconique que le Président français François Hollande a fait savoir au public la tournure que prenait cette affaire qui avait débuté par la révélation d’une relation avec l’actrice Julie Gayet, révélation faite par Closer il y a quelques jours.
Vu d’ici, cette affaire a commencé quand un Président français est entré à l’Elysée avec «une compagne» et non «une épouse». Les paramètres en la question étant ce qu’ils sont, on considère ici que cela fait partie des «manifestations de la mécréance». C’est sans doute pourquoi, la «nouvelle affaire Hollande» n’est pas discutée ou commentée ici. C’est quand même l’occasion de revoir un peu la question des comportements conjugaux de nos politiques et de voir s’il s’agit là de vie privée qui ne doit pas faire l’objet d’un étalage public.

On lit souvent – de plus en plus souvent – des relations faites par tel ou tel site sur les aventures amoureuses de tel ou tel responsable. On prend la précaution souvent de ne pas citer de nom, mais de décrire et de situer avec plus ou moins de précision la personne. Toujours ridicule la manière choisie pour faire étalage des commérages. N’empêche qu’en souvenir d’un ami qui a quitté ce monde et je reprends ce qu’il disait, parlant des ministres de l’époque : «On ne peut pas attendre la loyauté et la fidélité de quelqu’un qui n’a pas été capable d’en faire preuve vis-à-vis de son conjoint». Et se tournant vers le Président : «Monsieur le Président, ces gens seront les premiers à vous lâcher. Ils sont incapables d’être fidèles et correctes dans leurs foyers…» Cela faisait rire certains, grincer d’autres, mais personne ne remettait en cause les folles sagesses de mon ami.

samedi 25 janvier 2014

En attendant de voir…(2)

Si ce qui doit arriver arrive, c’est normalement Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine, le président de l’UPR qui doit hériter la présidence de l’Assemblée nationale. Avec sa confortable majorité de députés et ses soutiens au sein des autres partis «frères», il n’aura aucun mal à diriger convenablement la future Assemblée qui sera plus hétéroclite – pour ne pas dire pluraliste – et plus bruyante que celle d’avant. A sa gauche comme à sa droite, le président de l’Assemblée devra constamment jouer les équilibristes et les facilitateurs. Dans ce chao annoncé, l’on aura besoin de calme et d’écoute. Dans le camp de la Majorité, Ould Mohamed Lemine est tout indiqué.
La logique qui doit guider à la constitution du gouvernement est celle qui promet la vieille formule du temps de Ould Taya : «le changement dans la stabilité». A quelques semaines de la présidentielle, le pouvoir ne peut pas se permettre de grandes ruptures. D’où la nécessité pour lui de rassurer ses soutiens actuels. Il ne peut pas non plus faire semblant que «tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes». D’où l’exigence d’une promesse de changement.
Cette logique pourrait conduire le Président Ould Abdel Aziz à maintenir son Premier ministre actuel Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Auquel cas, on expliquera qu’il préfère garder celui qui l’a accompagné au lendemain du coup d’Etat du 6 août 2008, qui a dirigé le gouvernement de sortie de crise de juillet 2009 et auquel il a depuis renouvelé sa confiance. Une façon d’éviter à choisir entre différents postulants dont la proximité pourrait bouleverser le dispositif actuel.
La même logique pourrait conduire à la nomination d’un Premier ministre, jeune technocrate, faisant partie ou non de l’actuelle équipe, détribalisé, plus ou moins indépendant de l’influence des groupes d’affaires proches ou non de l’actuel pouvoir. Auquel cas, le risque de faire le mauvais choix et de devoir se rattraper à quelques semaines d’une échéance qui n’est pas gagnée d’avance, ce risque est gros.
Jusque-là le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a été imprévisible dans ses choix. Ce qui amène à croire que la situation reste ouverte. Tout peut arriver. Y compris une alliance avec un parti d’opposition auquel sera confiée la mission de constituer un gouvernement. Ou au moins, l’ouverture du futur gouvernement sur une partie de cette opposition.
Reste que de l’autre côté, l’Opposition s’organisera forcément autour de Tawaçoul qui prendra la tête de l’Institution de l’Opposition Démocratique. Le bureau qui en sortira comportera aussi un représentant des partis d’opposition qui auront fait ce choix. Reste à identifier qui sera le chef de file de l’Opposition. Si le renouvellement des deux tiers du Sénat n’est pas décidé au plus vite, le président de Tawaçoul, Jemil Mansour ne pourra être à ce poste. Il va falloir chercher au sein des élus du parti le plus apte à mener à bien les futures concertations avec le pouvoir.
En réalité, tout ce qu’on peut dire reste du domaine du supposé, de l’analyse donc du probable… Cela peut servir justement à occuper en attendant de voir si ce qui doit arriver va arriver comme on peut s’y attendre.

vendredi 24 janvier 2014

En attendant de voir…(1)

Beaucoup de supputations sur le gouvernement, sur les alliances attendues, sur les marchandages politiques probables, sur la future configuration de la scène politique, sur le nouveau dispositif de l’Opposition… Analyses froides, prophéties, informations vérifiées, d’autres qui le sont moins… tout y est pour nous dire de quoi le lendemain politique sera fait.
Au lendemain d’une épreuve politique comme celle des élections législatives et municipales, il est nécessaire de tirer les conclusions. Pour le pouvoir d’abord qui a vu «son» parti, l’Union pour la République (UPR), remporter la majorité des sièges à l’Assemblée nationale et ceux des maires. De quoi le réconforter dans les choix qui ont été les siens. Logiquement du moins, parce que les analystes «indépendants» croient que «le pouvoir est sorti affaibli des élections». Ils évoquent les mécontentements, les déchirures, l’effet de la naissance d’une multitude de partis dans la périphérie de l’UPR, pour expliquer cette faiblesse qui ne s’est pourtant pas exprimée ni dans les résultats, ni dans le comportement des gouvernants. Force donc est de croire le contraire : les résultats obtenus par le seul UPR sont pour le pouvoir un motif de satisfaction.
Le gouvernement qui doit être constitué sortira nécessairement des urnes. C’est ce que la réforme constitutionnelle introduite à partir du dialogue entre la Majorité et une partie de l’Opposition avait consacré. C’est le parti qui peut rassembler une Majorité qui nomme le gouvernement. Aujourd’hui l’UPR a déjà la majorité à l’Assemblée. S’il décide de s’ouvrir aux autres, c’est pour élargir ses alliances. Il ne peut le faire que si elle répond à un souci lié à la présidentielle prévue dans moins de quatre mois. Les partis satellites comme tous ceux dits «de la jeunesse» soutiennent déjà le Président Mohamed Ould Abdel Aziz. Leur implication dans le gouvernement les réconforterait simplement dans leur choix. Le challenge pour l’UPR est donc de ramener l’un des partis-symboles dans l’escarcelle de la Majorité : Alliance populaire et progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheir, Alliance pour la justice et la démocratie (AJD/MR) de Sarr Ibrahima ou encore Al Wiam de Boydiel Ould Hoummoid. Avec Tawaçoul toute démarche du genre semble exclue.
L’avantage pour l’UPR d’avoir APP ou AJD/MR, c’est que l’éventuel accord va nécessairement concerner la Communauté urbaine de Nouakchott (CUN) dont la bataille n’est pas totalement consommée.
On raconte que l’UPR aurait trouvé un accord avec Messaoud Ould Boulkheir qui serait reconduit comme président de l’Assemblée nationale en contrepartie du soutien de son parti à l’UPR pour la CUN. Difficile à croire quand on se rappelle tout ce qui a été dit et écrit sur sa présidence passée qui a été le fruit d’un marchandage politique incluant son soutien au candidat Sidi Ould Cheikh Abdallahi au second tour de mars 2007. A l’époque l’importance de ce soutien ne découlait pas seulement au nombre de voix que pouvait rapporter Ould Boulkheir et son parti, mais à la légitimation de cette élection ouvertement soutenue par la junte de l’époque. Alors que la présidence de l’Assemblée aujourd’hui contre la CUN, c’est un marché de dupes.
Surtout que la présidence de l’Assemblée par un chef de parti qui n’a pas assez de députés pour faire un groupe parlementaire affecterait sérieusement les principes de la démocratie. Le Président Ould Boulkheir est certainement le premier à ne pas vouloir d’un tel scénario, lui qui a milité pour asseoir un système démocratique en Mauritanie. Tout ce qu’on dit à propos des marchandages entre le Président Messaoud et le pouvoir, relève plutôt d’une malveillance vis-à-vis de cet homme (ses détracteurs n’ont pas fini de l’accabler). D’ailleurs tous ceux qui ont une ambition présidentielle n’ont pas intérêt à s’acoquiner avec le pouvoir actuellement. Jusqu’à preuve de contraire, Messaoud Ould Boulkheir fait partie des futurs candidats.
Que reste-t-il alors ?