lundi 13 janvier 2014

Nous sommes à Walata

On ne peut pas être à Walata sans se rappeler le mal fait à cette ville historique par les pouvoirs publics tout au long des longues années des noires périodes. Une ville dont le nom est lié, pour une bonne partie des Mauritaniens, aux drames qui s’y sont déroulés.
C’est ici que s’est noué le destin tragique de l’Emir Mohamed Fall Wul ‘Umayr, l’un des leaders de la Gauche nationaliste arabe mauritanienne. De retour du Maroc au début des années 60 (63), il fut emprisonné et envoyé à Walata où il devait purger une peine sans avoir jamais été jugé. Les mauvais traitements et les conditions difficiles de l’environnement du fort de la vieille ville, sans doute la solitude et la vive conscience de subir l’arbitraire…, le tout est arrivé au bout de l’Emir aimé. Malade, très malade, il fut évacué avec beaucoup de retard, sur Dakar où la médecine ne pouvait plus rien pour lui.
Au lendemain du coup d’Etat de juillet 1978, le Président Moktar Ould Daddah fut envoyé au fort de Walata par ses tombeurs. Il fallut l’intervention «diplomatique» mais ferme de la France pour le faire évacuer en France où il put être sauvé in extrémis. Lui aussi dut souffrir la solitude et le mauvais traitement. Parmi les anciens présidents, feu Moustapha Ould Mohamed Saleck qui en a beaucoup souffert et Mohamed Khouna Ould Haidalla.
Mais le drame que retiendra l’Histoire est celui des prisonniers arrêtés à la suite de la publication du «Manifeste du négro-mauritanien opprimé» en 1986. Quelques-uns d’entre eux furent envoyés ici et livrés à la merci de gardes parfois d’une grande brutalité, souvent indifférents au sort de ceux qu’ils doivent surveiller. Encore les mauvais traitements et les affres de la solitude qui devaient emporter le grand écrivain et penseur Ten Youssouf Guèye. Les misères de cette expérience sont racontées avec exactitude par Boye Harouna dans «J’étais à Walata».
En fait chaque fois que le régime en place voulait en finir avec un opposant, c’est au fort de Walata qu’il l’envoiyait. Un lieu maudit qui porte les stigmates du passé, mais un témoin qu’on ne peut réduire au silence et qui nargue les auteurs des exactions qui espèrent encore l’oubli et l’impunité qui va avec…
Quand on vient à Walata, on comprend quelque peu – il faut un grand sens d’équité pour le comprendre – pourquoi ces drames ont eu lieu ici dans l’indifférence de la population locale et plus généralement des Mauritaniens qui ont, chaque fois, appris tardivement ce qui se passait. Une vieille culture de cité perdue, constamment menacée par la violence des voisins, toujours sous pression de plus fort a donné une population «concentrée» sur elle-même et sur sa sécurité. Même dans les comportements anodins, on retrouve des réflexes de survie et de préservation des biens. Jusqu’à récemment, les hommes qui descendent dans la bat’ha de Walata enlèvent systématiquement leurs turbans dès qu’ils descendent des hauteurs où se trouve la vieille cité. Le geste est presque machinal : le turban est enlevé de dessus la tête pour être mis sous le bras. Pourquoi ? Parce que dans le temps on craignait que quelques chameliers indélicats ne viennent arracher la couronne de tissu. La création de l’Etat moderne n’a fait qu’accentuer cette peur de la force qui fait que tout ce qui touche à l’administration ne peut être sujet de conversation ou même d’intérêt. Ce qui se passe au fort, déjà «là-bas», «là-haut», ne regarde pas les gens de la ville.
…Aujourd’hui Walata s’apprête à vivre une grande fête, celle des Villes anciennes. Une façon de recouvrer sa symbolique et sa splendeur d’antan, de donner l’impression d’une paix définitive. L’espace de quelques jours.

dimanche 12 janvier 2014

La mer des routes

Le plus grand axe routier de Mauritanie est sans doute celui de «la Route de l’Espoir» qui a été l’un des grands projets structurants du pays. Pour ce qu’il a apporté aux régions de l’intérieur et à cette «Mauritanie profonde» qui a failli vivre en marge de l’accomplissement de l’œuvre de la construction nationale.
Le tracé de la route est en soi un projet de fondation : après avoir pris plein Est, la route descend vers le Sud jusqu’à arriver à Aleg, aux confins des terres bien servies de la Vallée du Fleuve ; pour remonter ensuite vers Magta Lahjar et atteindre sa latitude la plus au Nord à Sangrava, célèbre caravansérail desservant le désert d’Agâne et les contreforts du Tagant ; la route descend vers Ashram où est établi El Hella, le campement de l’Emir du Tagant ; cette dernière descente continue jusqu’à El Ghayra, la porte de l’Aftout ; la route remonte ensuite le plateau de l’Assaba pour aller vers le Sud-Est, passer par Kiffa, Tintane, Aïoun, Timbédra et finir à Néma. La première trans-mauritanienne passe six régions de Mauritanie.
La construction de la route a duré environ cinq ans ou un peu plus (1975-1980/81). Elle sert depuis. Ses tronçons Nouakchott-Boutilimitt, Boutilimitt-Aleg, Aleg-Magta Lahjar et Magta Lahjar-Kiffa  ont été refait, deux fois pour le premier et une fois pour les trois autres. Depuis près de cinq ans, la société ATTM n’arrive pas à terminer le tronçon Kiffa-Tintane (140 kilomètres). Parti pour être terminé en 24 mois, il est aujourd’hui à sa moitié (pas complètement terminée). De Fam Lekhdheyrat à Tintane, c’est une piste qui est pratiquée.
Ce n’est pas le seul tronçon en retard. C’est le lieu de rappeler la route Tiguint-Mederdra, celle de Barkéwol, de Tijikja-Atar, Zouératt, Aweyviya… quand est-ce que ATTM et ENER finiront ces routes ?
On a hâte de voir le maillage routier de ces dernières années aboutir. La route Chegar-Bourat est en cours de finition. Tout comme la bretelle qui relier Mounguel à l’axe Sélibaby-Kaédi. Quand Mounguel-Bourat sera réalisée, c’est toute une poche intérieure qui sera désenclavée. Barkéwol-Ghayra bute devant la lenteur des Chinois, mais quand elle sera réalisée, c’est tout l’Aftout qui sera pratiquement desservi. Néma-Bassiknou en cours de réalisation permettra de désenclaver le grand Est. Le jour où la Mauritanie sera reliée en tous ses points importants, peut-être que l’intégration et les échanges entre les populations seront plus forts que les appels à la désunion.

samedi 11 janvier 2014

Qu’est-ce que c’est cet amalgame ?

C’est le titre qui a attiré mon attention : «Réprobation en Mauritanie après un appel à tuer un journaliste». Vous aurez compris pourquoi. Je ne suis pas de ceux qui vont droit au bas des textes pour voir qui en est l’auteur ou la source pour décider ensuite s’ils vont ou non les lire. J’ai donc lu. Je partage avec vous.
«Un jeune journaliste mauritanien risque la mort après avoir été reconnu coupable d'apostasie pour un article critique envers le prophète Mahomet, a indiqué l'AFP lundi 6 janvier». Jamais l’AFP n’a écrit qu’il s’agissait d’un journaliste parce qu’il n’en est pas un. Il s’agit d’un employé (cadre) d’une société minière (ou associée) qui n’a jamais prétendu être journaliste. Première constatation : pourquoi alors parler d’un journaliste ? sans doute pour donner une dimension autrement plus complexe à la situation…
Le reste de la dépêche oppose d’ailleurs les avis de journalistes – ou assimilés – à ceux d’un certain «Abi Ould Ali» qui serait le fameux homme d’affaires qui a offert dix mille euros (et non «4000» comme dit la dépêche. On commente ici un faux rapport parce qu’il ne s’agit pas de menace envers un journaliste et d’un détournement de l’évènement et de son objet.
Le vrai challenge pour la presse et pour les journalistes est de rester éveillés et de faire attention à tout ce qui est dit ou écrit pour ne pas avoir à préparer leur propre fin. C’est pour eux l’exigence de précision et de professionnalisme qui doivent prévaloir en ces temps troubles. On ne peut défendre nos libertés que si nous réussissons à en montrer l’utilité et la justesse. Que si on réussit à embarquer avec nous notre opinion publique en lui servant la vérité, rien que la vérité… C’est l’occasion de le marteler même si la dépêche en question vise un autre public, celui de l’agence américaine Magharebia.

vendredi 10 janvier 2014

Dieudonné, un faux type ?

Je n’ai jamais été attiré par l’humour de Dieudonné, devenu Dieudonné M’bala M’bala pour bien donner une consonance africaine à son combat. En effet, le sarcasme et la provocation dont il use et abuse quand il s’agit de s’attaquer à des fondamentaux de la communauté juive en France (Shoah, notamment), est expliqué par le peu d’intérêt que les Français (de «souche») ont pour les crimes de la colonisation et ceux, plus abjectes, de la traite négrière. C’est un peu s’il voulait dresser les communautés les unes face aux autres au nom de la reconnaissance publique de leurs souffrances et de leurs misères. Une manière d’instrumentaliser justement la douloureuse histoire des rapports entre civilisations.
Comme tout militant de l’extrême droite, Dieudonné M’bala M’bala sait parfaitement utiliser les médias pour se présenter en victime. Le discours aidant, il continue à narguer l’ordre public. Pas au sens de «troubler l’ordre» ou de chercher à le troubler, mais par ses provocations déstabilisantes pour un pouvoir socialiste aux aguets. En France, le face à face Dieudonné M’bala M’bala/Manuel Valls est actuellement le feuilleton (real-story)  qui se déroule sous les yeux des Français. Il a pour cadres les différents tribunaux et juridictions administratives chargées de traiter la question de la représentation des spectacles.
Le face à face prend la forme d’un duel entre deux grands usagers du populisme à la française. L’art de surfer sur des problématiques réelles – la différence de traitement des misères dont ont souffert les communautés pour Dieudonné, les dérives langagières qui peuvent prendre la forme d’un «crime contre l’Humanité» pour Valls -, surfer sans aller au fond des débats, rester superficiel dans les approches et les méthodologies pour exciter et aiguiser les ressentiments. Ce qui est recherché par l’un et par l’autre est justement de s’arrêter aux réactions épidermiques pour éviter de parler de l’essentiel.
La France face au passé colonial : les meurtres, les génocides, ce passif dont nous vivons encore les affres en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, quelle conscience a l’intelligentsia de ce passif ? reconnait-on tout le mal fait à l’Afrique et aux Africains ? le pillage des ressources, la confiscation des destins, l’interventionnisme, les guerres civiles suscitées et entretenues, la balkanisation, le racisme… ? Est-ce que les élites ont faire leur cure d’autocritiques ? Est-ce qu’elles ont vaincu le sentiment de culpabilité qui les empêche de voir avec discernement les réalités des «sous-développés» ?
La confrontation entre le ministre de l’intérieur d’un parti socialiste qui n’arrive pas à sortir le pays de la morosité et qui, à cause de cela, revient sur ses promesses fondamentales, et l’un des ténors de l’extrême-droite à la veille d’élections locales, cette confrontation a pour premier résultat la décrédibilisation des institutions françaises (préfectures, tribunaux et même Conseil d’Etat) qui sont vulgairement instrumentalisé par les adeptes d’un populisme stérile.
Un ami attirait hier mon attention sur le fait que pendant ce temps, l’examen de la loi sur la protection des sources des journalistes a été reculé ; l’immunité n’a pas été levée pour le Sénateur Serge Dassault pour permettre sa poursuite pour corruption, fraude fiscale, abus de biens sociaux… ; les entreprises continuent de défalquer du personnel alors qu’elles affichent de bons résultats dans les bourses (promesse non tenue du candidat Hollande) ; le Président François Hollande finit par plier devant le patronat ; l’Armée française s’englue peu à peu sur les terres africaines (Mali et Centrafrique en attendant un autre pays) ; les otages continuent de souffrir leur situation ; les revers diplomatiques au Moyen-Orient et dans le Monde arabe se multiplient… et l’image d’un «Président normal» se dissipe pour révéler quelques escapades amoureuses qui n’ont pas fini de faire leur effet…

…Dieudonné en ces temps de morosité générale, une aubaine non ?

jeudi 9 janvier 2014

Les fruits de la mer

C’est par communiqué de la représentation de l’Union Européenne à Nouakchott que nous apprenons que l’UE «vient de verser un montant de 67 millions d’Euros, soit plus de 26 milliards d’Ouguiyas, comme contribution annuelle dans le cadre de l’accord de pêche». Et le communiqué d’expliquer : «Dans le cadre du Protocole de mise en œuvre de l'Accord de partenariat dans le secteur de la pêche entre l'UE et la RIM, qui arrivera à échéance le 15 décembre 2014, l'Union européenne a rempli un de ses engagements majeurs en effectuant le paiement de 67 millions d'Euros sur le compte de la Banque centrale mauritanienne au titre de la contrepartie financière annuelle pour l’année 2014.
Ce versement est l'une des expressions de la longue et fructueuse coopération entre l'Union européenne et la République islamique de Mauritanie dans le secteur de la pêche. 
L'Union européenne souhaite que ce partenariat privilégié se poursuive et se renforce dans le contexte des négociations du futur protocole qui auront lieu au cours de l'année 2014.
Pour rappel, la contrepartie financière est relative à l'accès des navires de l'Union européenne aux zones de pêche mauritaniennes et dans les conditions définies d'un commun accord par les deux parties. Celles-ci s'engagent à promouvoir une pêche responsable sur la base des principes d'une exploitation durable des ressources halieutiques et des écosystèmes marins
».
Ce versement arrive alors que la Mauritanie vit encore l’atmosphère de l’après-élections (législatives et municipales), élections dont le déroulement a été jugé satisfaisant par la représentation de l’Union Européenne à Nouakchott.
Il faut rappeler que le protocole signé le 26 juillet 2012 a fait l’objet d’une campagne sans précédent de la part d’opérateurs européens, particulièrement espagnols, et mauritaniens. Tous y voyaient une menace durable pour leurs intérêts. L’Accord, malgré cette campagne, a fini par être entériné par le Parlement européen par une écrasante majorité.
Pour la première fois, les négociateurs mauritaniens dirigés par l’ancien directeur de la Surveillance maritime Cheikh Ould Baya, ont traité d’égal à égal avec leurs vis-à-vis. Aucune interférence politique n’a réussi à faire dépasser les raisons scientifiques et techniques qui dictaient à la Mauritanie de rechercher l’accord le plus profitable et à l’Union Européenne de respecter le droit aux autres de jouir justement (et normalement) de leurs richesses. Tous avaient prétexté le respect de l’environnement et le souci de pratiquer une pêche prenant en compte les impératifs de l’environnement et de l’équité dans les rapports.
Pour la première fois aussi de l’histoire du pays, ce qui est reproché (par les détracteurs de l’accord) n’est pas la corruption ou le manque de transparence, mais le fait d’avoir plus de profit et d’avantages à notre pays. On est loin de la période où les accords étaient signés au terme d’un ou deux voyages à Bruxelles et où les rounds de discussions se faisaient autour d’un café entre amis de fortune.
Le présent Accord prend fin en décembre 2014. Les discussions pour son renouvellement commenceront dès mars. La philosophie qui a dicté le comportement des Mauritaniens est toujours la même : préserver la ressource, notamment par l’exclusion des étrangers de la pêche céphalopodière qui permet aussi de faire profiter plus et mieux les Mauritaniens de la ressource nationale, augmenter les emplois, assurer le contrôle des prises par le débarquement et vendre mieux sa ressource. Reste à savoir si les négociateurs seront les mêmes. 

mercredi 8 janvier 2014

Qui gagne la bataille ?

Un communiqué du Tour Operateur «Point Afrique» nous apprend qu’il revient en Mauritanie, «un retour qui se fera progressivement» selon les termes du communiqué. Parce que les autorités françaises classent toujours la Mauritanie, et surtout ses zones touristiques, dans «la zone rouge». Cette zone qui serait très risquée pour les ressortissants occidentaux en général, français en particulier.
Il y a quelques mois, une Espagnole perdait son travail parce qu’elle était allée bivouaquer à une cinquantaine de kilomètres de Nouakchott. Quelques avertissements ont été adressés à des expatriés connaissant mieux le pays que quelques bureaucrates bien installés dans les bureaux des métropoles européennes. Ceux-là refusent de comprendre qu’ils jouent ainsi le jeu des Jihadistes dont l’objectif est de couper toute passerelle entre les gens de différentes latitudes. Tout en détruisant un tissu économique qui offrait quelques subsides à une population souvent laissé-pour-compte  dans l’opération développement.
Dans son communiqué, Point Afrique rappelle les belles années qui ont vu l’Adrar devenir une destination privilégiée de vagues de touristes qui apportaient quelque chose aux autochtones. En 2006, ils étaient 50.000 à passer par Point Afrique pour venir en Mauritanie profiter du désert et de la culture. Il y a eu depuis, les assassinats d’Aleg (décembre 2007), les attaques multiples d’Al Qaeda et une réelle menace sur la vie des citoyens occidentaux vivant en Mauritanie. Mais il y a eu aussi tous les efforts entrepris par la Mauritanie pour mettre à niveau son dispositif sécuritaire. Ce qui a permis d’aboutir à l’équipement d’unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme, de déployer les forces armées sur l’ensemble du territoire national et de verrouiller plus ou moins les frontières. On ne peut jamais dire qu’il n’y a pas de risques aujourd’hui, mais il s’en trouve comme en France, en Algérie ou aux Etats-Unis. En tout cas moins qu’au Mali, au Sénégal, au Niger…
Point Afrique de préciser : «Cette importante fréquentation avait eu des conséquences très positives, immédiatement mesurables : selon une étude du PNUD, le taux de prévalence de la pauvreté qui atteignait 50% en 1996 dans l’Adrar, était tombé cinq ans plus tard à 24%.
De ce point de vue là, le projet constitutif de Point-Afrique Voyages avait bel et bien été atteint… jusqu’à ce que tout s’écroule en 2008, lorsque Point Afrique dut arrêter sa desserte touristique de l’Adrar pour des motifs d’insécurité».
Aujourd’hui, le Tour Opérateur français revient avec «4 circuits programmés en 8 ou 15 jours, en 2x2 ou à pied dans la région de l’Adrar». L’opérateur relaie aussi l’invitation officielle à participer au festival de Walata : «Du 13 au 16 janvier se tiendra à Walata – classée patrimoine mondiale de l’Humanité par l’UNESCO – la 4ème édition des villes anciennes et le gouvernement mauritanien invite les amoureux de désert et les médias à participer à ce bel évènement culturel et sportif !». Le communiqué indique enfin que «du 16 février au 16 mars 2014, Point Afrique proposera à nouveau des vols secs et des circuits dans la région de l’Adrar pour permettre d’accéder au plus près aux merveilles du désert bien vivant de la Mauritanie !»
Au lieu de continuer à travailler en vue de l’isolement des régions sahariennes et de leurs habitants – ce qui est la meilleure manière de les laisser otages du crime organisé – les autorités française devraient plutôt encourager l’établissement de passerelles effectives entre le Nord et le Sud. Surtout que ces mesures ne servent que les intérêts des groupes qui sont combattus par tous et qui posent problème à tous.

mardi 7 janvier 2014

Des inquiétudes

En avril 2012, le pays a été secoué par l’affaire de l’autodafé de Ryad : des militants de l’IRA avaient répondu à l’appel du président de leur organisation pour brûler quelques opuscules appartenant à l’exégèse traditionnelle du Fiqh malékite, autant dire des fondamentaux de la théorie et de la pratique religieuses dans cette zone du monde. La réaction a été immédiate même si elle a rapidement pris l’allure d’une orchestration. Partout en Mauritanie, des foules excitées ont dénoncé «une apostasie gravissime» et exigé «un traitement violent pour décourager toute hérésie du genre». Certains sont allés jusqu’à demander «l’exécution immédiate des auteurs de ce crime».
Même les partis politiques, hier premiers alliés de l’IRA et de son président, n’ont pas pu résister à l’hystérie collective. Communiqués et marches se succédèrent. Une, deux, trois voix s’élevèrent pour appeler à la Raison mais personne n’entendit…
Un peu moins de deux ans après, nous voilà en face d’une «autre hérésie» et voilà que notre élite reproduit la même réaction. Avec cette fois-ci le rôle «d’excitateur» dévolu aux médias privés qui ne sont plus capables de faire de l’information ou de l’analyse froide. Tout le monde est emballé. Certains organes en font d’ailleurs un combat personnel. Beaucoup de raisons de s’inquiéter.
Dans leur déchainement, radios et télés privées – en plus des sites, moins suivis certes – ont joué le rôle qui devait être celui des organes publics. Il y a été parfois question de savoir si «on n’avait pas abusé de la liberté d’expression dans un pays où tout reste à construire». J’ai entendu un journaliste demander à l’auditeur qui appelait la chaine : «Est-ce qu’il n’est pas temps pour les organes de presse d’apprécier au préalable à qui la parole doit être donnée ?» Sans oublier toutes les évocations franches ou sous-entendues de «la menace de guerre civile» qui pèserait «si l’on continue à donner la parole à n’importe qui».
La grande inquiétude est là : il faut éviter que les antidémocrates ne trouvent prétexte ici pour vouloir limiter l’espace chèrement acquis. Si l’on ajoute l’atmosphère générale assombrie par la résurgence des discours hystériques et obscurantistes, l’on est en droit de craindre pour les espaces de liberté qui n’ont pas qui les défendre. Rappelons-nous que ce qui fait que nous avons le droit de dire ou d’écrire ce que nous voulons, c’est entre autres parce qu’il y a des lois qui punissent ceux d’entre nous qui auront versé dans l’excès ou dans l’affabulation. La loi est là pour réprimer les dérives mais elle doit sévir seulement après l’exercice du droit à la libre expression.
Autre grande inquiétude, c’est cette tendance à vouloir faire passer une justice de la rue. Ce n’est pas à la foule de dicter son verdict aux institutions spécialisées. Ni à des particuliers de décider de la mort de quelqu’un fut-il le plus grand et le plus abject des criminels (il faut continuer à demander l’arrestation de celui qui a mis publiquement à prix la tête du jeune auteur). Laissez la justice suivre son cours et surtout écoutez ce qu’en dit la seule institution habilitée à trancher sur ces questions : le Conseil de la Fatwa. Que l’écrit fonde un débat non pas sur le seul aspect de «la religiosité» mais sur la réhabilitation de notre Morale sociale, de notre culture, de notre vie en commun qui exige de nous un minimum de respect des uns vis-à-vis des autres. Et surtout un respect rigoureux des Institutions.
Qui, au sein de la Magistrature, peut rappeler le principe de l’indépendance de la Justice ? qui peut rappeler la présomption d’innocence ? quel syndicat de Juges peut vouloir tempérer cette hystérie collective ?

…Je ne sais pas… Je sais cependant qu’aucun syndicat de la presse ne s’est offusqué des attaques claires et nettes contre la liberté d’expression par les fascistes qui parasitent débats et réflexion… Rien de ce qui a été dit contre l’exercice de la liberté d’expression ou contre le métier de journaliste n’émeut visiblement les organisations chargées de défendre la profession… Pauvres de nous !