samedi 22 juin 2013

Affaire(s) Tapie(s)

La France est aujourd’hui secouée par une nouvelle «affaire Tapie», du nom de cet homme politique, homme d’affaires… qui n’a jamais su apparemment faire la différence entre les deux statuts. Pour comprendre de quoi il s’agit, je vous propose le résumé dans Wikipédia :
«Fin 1992, Bernard Tapie devenu ministre souhaite vendre Adidas pour éviter tout conflit d'intérêt comme le réclame François Mitterrand. Il confie un mandat de vente à la Société de Banque Occidentale (SdBO), une filiale du Crédit lyonnais. Le Crédit lyonnais vend Adidas pour le compte de Bernard Tapie en février 1993, au prix minimal fixé par Bernard Tapie de deux milliards et quatre-vingt cinq millions de francs (472 millions d'euros d'aujourd'hui après actualisation). Bernard Tapie ne conteste pas la vente.
Mais Bernard Tapie est mis en faillite par le Crédit lyonnais un an plus tard, en mars 1994, le Crédit lyonnais cassant le mémorandum signé avec Bernard Tapie qui prévoyait la vente progressive de toutes ses autres affaires afin de rembourser sa dette restante et de constituer, avec le Crédit lyonnais, un fonds d'investissement commun. Ruiné et ainsi rendu inéligible, Bernard Tapie s'intéresse de près à la vente d'Adidas réalisée pour son compte par le Crédit lyonnais. Il découvre que le Crédit lyonnais a effectué un montage opaque par lequel la banque a revendu Adidas à deux sociétés offshore qu'elle contrôle avec une option de revente à Robert Louis-Dreyfus lui permettant d'engranger une plus-value de 2,6 milliards de francs (396 millions d'euros).
Bernard Tapie estime que le Crédit lyonnais l'a berné en effectuant ce montage opaque, qui a permis à la banque de violer son obligation de loyauté et son obligation de neutralité lors de la vente, et ainsi d'empocher les près de 400 millions d'euros qui auraient dû lui revenir. Mais il ne peut pas attaquer le Crédit lyonnais car du fait de sa mise en liquidation par la banque, il n'est plus le propriétaire de BT Finance, la société qui possédait Adidas, qui est la société lésée dans l'opération, et dont les titres appartiennent désormais en quasi totalité au Crédit lyonnais (qui ne va donc évidemment pas porter plainte contre lui-même). Ce n'est donc pas Bernard Tapie mais le mandataire liquidateur de Bernard Tapie Finance et ses petits porteurs (les particuliers qui avaient conservé des actions BT Finance achetées en Bourse des années auparavant) qui vont entamer les procédures judiciaires qui vont durer quinze ans.
Bernard Tapie obtient de pouvoir se joindre à la plainte, et après plusieurs jugements favorables obtient le 11 juillet 2008, par la décision d'un tribunal arbitral, la somme de 403 millions d'euros (243 millions d'euros de dommages, 115 millions d'euros d'intérêts, et45 millions d'euros de préjudice moral). Les conditions de recours à cette sentence arbitrale ont été très controversées au niveau politique et ont fait l'objet de plusieurs recours en annulation devant les juridictions administratives. Tous ces recours devant les juridictions administratives ont été rejetés.
Par ailleurs, une instruction de la Cour de justice de la République, compétente pour juger les ministres, a été lancée à l'encontre de Christine Lagarde pour établir si elle avait commis d'éventuelles infractions pénales. Celle-ci est auditionnée pendant vingt-quatre heures les 23 et 24 mai 2013, et placée sous le statut de témoin assisté le 24 mai 2013.
Dans un autre volet pénal non ministériel de cette affaire, Pierre Estoup, l'un des trois juges du tribunal arbitral est mis en examen pour «escroquerie en bande organisée».
Fin mai 2013, Pierre Moscovici, ministre des Finances du gouvernement socialiste, affirme qu'il envisage la révision de l'arbitrage de 2008.»
Imaginons un moment que des enquêtes pareilles soient diligentées en Mauritanie… Des banques, des assurances, des sociétés publiques bradées sans scrupules, des projets détournés, des propriétés (meubles et immeubles) publiques cédées, des licences de pêches, des agréments en douanes, en justice… toute une ère de vandalisme organisé sera mis à nu.
Nous saurons alors que les politiques les plus en vue ne sont que des prédateurs de la chose publique, que les hommes d’affaires les plus «respectés» des corrupteurs en force, que les journalistes les plus moralisateurs, les dignitaires les plus «nobles», et même les religieux les plus «détachés»… que tous sont des receleurs consentants. Ce qui aggrave leurs cas.

Et c’est bien pourquoi le procès de la gestion du passé n’a jamais été une demande sociale (ou politique) séreuse. Parce que des affaires Tapie, il y en a ici, et de bien plus dangereuses (et plus flagrantes)… laissons-les…tapies… le seul «consensus national» est autour de la question. Jusqu’à quand ?

vendredi 21 juin 2013

La fête de la musique

La date du 21 juin, tout le monde le sait, coïncide avec le solstice d’été, un peu le début de l’été boréal. L’une des raisons qui ont poussé à la choisir comme «fête de la musique». C’est au lendemain de l’arrivée de la Gauche française au pouvoir, avec la présidence de François Mitterrand, que ce jour est consacré à célébrer la musique en général. La première fête est donnée en 1982… En quelques deux décennies, la fête devient «internationale» : elle est célébrée dans 110 pays et près de 350 villes sur les cinq continents. Parmi ces pays, la Mauritanie qui l’a adoptée à la fin des années 80. Mais en quoi consiste la fête en Mauritanie ?
Elle est restée un fait français parce qu’elle principalement fêtée par le Centre culturel français (aujourd’hui Institut français en Mauritanie) qui permet, tout un soir, à des artistes mauritaniens, parfois étrangers, de se produire sur une scène entièrement dédiée à la fête, devant un grand public de mélomanes. Elle est devenue un rendez-vous de la jeunesse nouakchottoise en mal de fête et de d’occasions de s’exploser. Il y a eu bien sûr quelques tentatives d’impliquer la partie mauritanienne pour l’amener à s’approprier l’évènement, mais des tentatives sans lendemains. La politique et la mauvaise foi (parfois) sont passés par là.
A un moment donné, on a cherché, toujours sous l’impulsion de la coopération culturelle française, à instituer un festival des arts nomades qui est aujourd’hui oublié. Malheureusement.
Tout ce qui est festif semble subir une guerre sans merci dans ce pays. On comprend que les politiques se soucient peu du secteur de la culture : ils ne pensent pas qu’il rapporte en termes de voix et de mobilisation au cours des élections… certains vont même jusqu’à percevoir la musique comme une hérésie, un sous-produit d’un folklore qu’il faut combattre. Tous se retrouvent finalement pour imposer cette attitude dominante dans tout ce qui est institutionnel : le mépris de l’art et de ceux qui le pratiquent.
«Chaque fois que les rythmes de la musique changent, les murs de la ville tremblent», je ne sais pas si la citation est correcte dans sa formulation, mais c’est le sens qui importe. Pour dire la peur des nôtres de tout ce qui bouleverser l’ordre établi, tout ce qui peut susciter les questionnements, tout ce qui peut solliciter l’imaginaire et le libérer des carcans qu’on lui impose…
J’ai lu récemment le cri de cœur de Tahra Mint Hembara, une artiste complète qui a su marier le jeu authentique de l’Ardîne avec les rythmes modernes, accompagnant les plus grands noms comme Jean-Jacques Goldman. Ce cri de cœur qui dénonçait l’état dans lequel se trouve l’Institut national de musiques, une création de l’actuel pouvoir qui l’avait présenté – à juste titre d’ailleurs – comme étant une manière de couper avec la suspicion et le mépris de la musique. Suspicion et mépris qui ont caractérisé le rapport (officiel) à la musique. Mint Hembara a voulu, dans son interpellation de l’opinion publique nationale, mettre à nu la mise à mort lente et certaine de cet Institut qui ne semble pas pouvoir remplir la mission qui est la sienne. Chez nous, ces histoires se terminent mal à cause des acteurs qu’on leur choisit…
Pour revenir à cette fête de la musique, comment amener les groupes des jeunes à se l’approprier pour en faire une fête véritablement «mauritanienne» ? Il s’agira tout simplement d’ouvrir l’évènement à la frange traditionnelle (ou ce qui en reste) pour permettre l’ancrage des nouvelles créations dans ce qui nous a pétris et qui a été – qui est encore – notre âme. Imaginons plusieurs fêtes, dans différents centres de la ville de Nouakchott (ou dans des villes de l’intérieur) avec, ici, les modernes, là les traditionnels, ailleurs les «tradi-modernes» (comme on dit de ceux qui sont passés de l’un à l’autre ou qui essayent de combiner l’un et l’autre)… Le public sera certainement plus nombreux à participer à la fête qui sera totale… peut-être qu’elle participera alors à briser ce carcan totalitaire qui se nourrit de l’obscurantiste et qui tente de nous envelopper pour étouffer en nous ce qu’il y a de beau et de mieux : la créativité.
Et de rappeler cette sentence d’un ami, un peu fou, un peu génie (quelle différence entre les deux et qui percevoir cette différence ?) : «La Mauritanie, notre pays, souffre d’un recule de la joie qui la plonge dans toutes les incertitudes lui faisant courir tous les risques». Et si le salut venait de la réhabilitation de nos sens festifs, de notre désir d’espace et de liberté, de poésie et de musique… ?

jeudi 20 juin 2013

Traduire «Le petit prince»

Certains diront : «une traduction de plus» du «Petit Prince» de Saint-Exupéry. D’autres diront : «enfin une traduction du Petit prince !». Et tous auront tort de marquer leur surprise. Les premiers devraient se rappeler qu’il s’agit là d’une œuvre dont la traduction est toujours un fait nouveau, un fait qui mérite l’attention ; les seconds, que cette œuvre, vendue à 135 millions d’exemplaires, a été traduite en 220 langues et dialectes. Ce qui en fait un véritable phénomène de l’édition. Mais c’est surtout ce qui en fait l’œuvre majeure de l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry. Si ce n’est de la littérature française.
Alors pourquoi cette traduction (de plus) ? et pourquoi notre compatriote Mohamed Vall Ould Abdel Latif a-t-il décidé de traduire une œuvre qui n’est pas forcément la plus connue chez nous de ce qui a été écrit par Antoine de Saint-Exupéry ?
Nous connaissons mieux «Terre des hommes» qui a été l’une des appellations de la Mauritanie, ou «Vol de nuit» qui a fait partie des classiques inscrits dans les programmes scolaires des lycées et collèges du pays. Mais Mohamed Vall Ould Abdel Latif a choisi «Le Petit prince»… une façon de rendre hommage à ce conte d’enfants devenu livre de chevet des adultes.
La rigueur et l’austérité de l’administrateur auraient pu empêcher Ould Abdel Latif d’avoir le temps d’apprécier et de pratiquer tout ce qui ne parait pas utile aux gens d’aujourd’hui, tout ce qui n’est pas «nourriture terrestre» et qui n’intervient pas dans la croissance physique de l’individu (et de la communauté).
C’est oublier que Mohamed Vall Ould Abdel Latif est le produit d’une culture ancrée dans la tradition qui a fait de l’héritage gréco-romain l’un de ses fondements. Avec la promotion de l’abstrait et l’enseignement d’une philosophie de soi qui donne plus d’autonomie de pensée à l’individu et lui permet l’utilisation de l’intelligence pour se faire une idée du monde et des interprétations que les autres en font.
C’est ici qu’il faut probablement chercher cette propension à se jouer des mots pour les immortaliser dans des formules qui prennent immédiatement – dès qu’elles sont prononcées – l’allure de sagesses éternelles. C’est ici aussi qu’il faut trouver une des explications à ce qui fait qu’en chacun de ce milieu vit un exégète, un grammairien, un homme de sciences, un mathématicien, un astronome… et bien sûr un poète.  
Mohamed Vall Ould Abdel Latif incarne parfaitement le milieu dont il est issu. Il est une perle, même s’il est une perle parmi d’autres, il reste la plus scintillante de toutes. Dans ce milieu où la fulgurance est cultivée au quotidien, la célébration de la belle œuvre – d’où qu’elle vienne – est une attitude normale.
Il y a deux, trois ans que cet écrivain – on peut dire sociologue, historien, grammairien, poète, journaliste… -, que cet écrivain m’a présenté sa traduction du «Petit prince». Je paraphrase André Gide en disant qu’on se saura jamais les efforts qu’il nous faut faire aujourd’hui pour nous intéresser à la culture, à la culture de l’intelligence, «mais maintenant qu’elle nous intéresse, ce sera comme toute chose – passionnément».
Il s’agit de la traduction à partir du Français vers l’Arabe, deux langues que Ould Abdel Latif maitrise parfaitement. Et parce qu’il maitrise ces deux langues, et parce qu’il apprécie et savoure toutes les facettes de l’écrit, il a réussi une traduction qui n’a pas d’égal dans tout ce que j’ai pu lire depuis.

Et comme dit le héros du conte : «C’est véritablement utile puisque c’est joli».

mercredi 19 juin 2013

La victoire de l’Iran

A voir les commentaires diffusés çà et là dans les media occidentaux et arabes, on ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire ironique. Personne ne semble accepter qu’en Iran, l’alternance par les urnes est aussi possible, surtout qu’elle amène au pouvoir un «modéré». Personnellement je ne sais pas ce que «modéré» peut vouloir dire dans le pays des Ayatollahs, mais à partir des commentaires, j’ai cru comprendre qu’il s’agit d’un homme moderne qui pourrait avoir une ouverture sur le reste du monde, notamment occidental. Même si avoir ces prédispositions ne signifie pas nécessairement être un «homme moderne», c’est quand même bien que ce pays ne soit pas dirigé par un guerrier toujours prêt à tenir les propos les plus extrêmes pour satisfaire on ne sait quel relent de violence.
Les «puissances arabes» ne doivent pas apprécier l’issue heureuse de cette élection présidentielle. Dans son environnement géographique arabe, aucun des pays n’a connu une pareille évolution. Même pas en Irak où les Américains sont venus imposer la démocratie… même ici, c’est une oligarchie Chiite qui règne en maître absolu, commanditant assassinats politiques et confessionnels, pillant les ressources, cultivant la haine… Des monarchies, ne parlons pas.
Peu de lumières ont été braqués donc sur l’évènement qui va pourtant bouleverser les cartes de la région.
Tout, absolument tout, s’est construit ces dernières années sur l’opposition à l’Iran nucléaire et guerrière de Mahmoud Ahmadinejad. Les alliances entre certaines monarchies et les Occidentaux, le soutien aux rébellions et aux groupes armés, y compris ceux qui sont proches d’Al Qaeda, les regroupements régionaux…
Dans ce jeu d’influence, les monarchies du Golfe se proposaient – se proposent toujours – d’étouffer l’Iran en attendant l’assaut final que les Etats-Unis et Israël voulaient – veulent encore – entreprendre contre ce pays. En attendant, le théâtre où s’affrontent les protagonistes est celui qui se passe en Syrie.
Avec l’entrée en jeu du Hezbollah libanais du côté du pouvoir et de l’armée régulière, on s’est vite acheminé vers une confrontation entre les véritables belligérants de la zone du Moyen-Orient : Israël et l’Iran. On a vu que les bombardements israéliens répétés contre la Syrie ont eu pour prétexte de prétendues armes qui pourraient être utilisées contre Israël à partir du Sud Liban. En fait le seul «ennemi» que l’Etat hébreux craint et pour lequel il a de la considération, est bien le Hezbollah. Tout affaiblissement du mouvement chiite sert Israël d’abord, ses alliés ensuite.
On est mal à l’aise en Occident et dans le Monde arabe quand on parle de cette élection qui a permis le passage de Hassan Rohani, le plus «modéré» des candidats, le moins attendu visiblement… pour qui ? Seulement pour ceux qui construisaient une image de l’Iran, une image négative d’un pays qui sombre sous la dictature et dont les biens servent à soutenir les économies occidentales par des investissements aussi faramineux qu’inutiles (achat de clubs de football, construction d’immeubles dans les grandes métropoles européennes, acquisition d’îles touristiques, de yachts, de casinos, de harems… dans un pays comme celui qui nous est décrit quotidiennement, on ne peut parler de démocratie, ni d’élection libre et transparente. Même si cela arrive. 

mardi 18 juin 2013

L’Ouguiya célébrée

C’est aujourd’hui que la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) a choisi de célébrer les quarante de son existence… un anniversaire qui se confond avec celui de l’Ouguiya, notre monnaie nationale. C’est en mai 1973, alors que le pays vit une sécheresse dont les effets sont catastrophiques sur l’environnement et sur la richesse animale, que la Mauritanie lance sa monnaie nationale : l’Ouguiya qui remplace le Franc CFA.
Le gouvernement de feu Moktar Ould Daddah accomplissait ainsi le troisième objectif de son programme qui vise à faire jouir le pays de l’indépendance politique (avec la révision des accords avec la France), de l’indépendance culturelle (avec l’arabisation du système éducatif) etde l’indépendance  économique (avec la nationalisation des richesses minières et la création de la monnaie nationale). C’était aux temps où les bêtes parlaient… aux temps où les élites avaient des visions qui les orientaient, des objectifs qu’ils voulaient atteindre et une saine lecture du devenir commun.
Comme tout le reste, l’ouguiya commença à se dégrader avec l’économie dans les années 90. La guerre du Sahara, et surtout le cumul des gestions catastrophiques des périodes 1978-80, 1980-84 et 1984-2005, tout cela va entrainer une dépréciation générale du pays, de son économie, de ses hommes… dévaluation, dépréciation, glissement… des mots pour dire une descente aux enfers pour une économie, un pays, un peuple… de «pays en voie de développement», à «pays (d)es moins avancés», à «pays pauvre», à «pays pauvre très endetté»…
Pour éviter de devoir faire l’historique d’un parcours chaotique, je choisis de me contenter du rappel suivant.
C’est en octobre 1992 que la monnaie connait sa première dévaluation officielle : elle perd 42% de sa valeur face au dollar qui est la monnaie de référence ici. Je rappelle que c’est l’occasion de la plus grande arnaque à ciel ouvert dans le pays : les hommes d’affaires (privilégiés, déjà) obtiennent la possibilité d’amasser le maximum de fonds qu’ils se font transférer aux anciens taux. Il leur suffira de remettre les devises sur le marché pour faire les bénéfices les plus faramineux, du jamais vu en Mauritanie.
Depuis cette date, la BCM est devenue l’une des plateformes du «thieb-thiib» officiel. Avec le ministère des finances (parfois du plan devenu «affaires économiques») et le Cabinet présidentiel, la BCM finit par former ce que l’on a appelé à l’époque «le triangle des Bermudes de l’économie mauritanienne». Pour ce qu’il engloutit de fonds noirs (et blancs) destinés à entretenir des renseignements toujours plus gourmands et une clientèle boulimique. Il n’y a pas que les passe-droits et les traitements privilégiés, il y a aussi les délits d’initié, les virements de fonds pour compenser les efforts de tel ou tel groupe dans une campagne électorale, l’octroi des agréments pour de nouvelles banques, le traitement de faveur pour certaines d’entre elles… tout ce qui a fait la gouvernance qui a détruit l’économie du pays toutes ces années. Et sa crédibilité. Parce qu’avec les faux chiffres produits par la BCM (et certains de ses cadres qui vont devenir les sorciers de l’étape), le pays entame un bras de fer avec les institutions financières internationales qui finissent par lui imposer leur diktat.
Il faudra attendre l’arrivée à la tête de la BCM d’un jeune cadre formé à la représentation de la Banque Mondiale pour voir un début de redressement. Avec notamment la reconnaissance de l’usage de faux et l’engagement d’une politique d’assainissement du secteur. Heureusement pour Zeine Ould Zeidane que le coup d’Etat du 3 août 2005 réussit. Il peut alors bénéficier d’un soutien politique franc. Mais il est emporté par la politique. Le processus de réhabilitation était quand même lancé.
Il fallait autonomiser la BCM et son gouverneur, réhabiliter son rôle dans le contrôle bancaire, stabiliser la politique de change, renforcer son rôle de régulateur du marché financier… Sur le plan institutionnel, de réelles avancées ont été faites. Sur le plan pratique, il faut signaler (et souligner) la baisse considérable du taux d’intérêt dans le marché des bons du trésor (qui passe de 11-14% à 2,5-3%), l’existence d’une réserve d’un milliard de dollars pour couvrir les importations (on est loin des périodes où le pays ne pouvait assurer au-delà de quelques semaines), la disparition des fonds noirs, notamment des traitements de faveur dans la disponibilisation des devises…
Manque cependant quelque chose… quoi ? «khammm !!!»
En 2004, la politique dite «d’assèchement monétaire» semble comprise comme une panacée par la BCM qui s’en sert pour tout expliquer. Aux termes d’une mission du FMI, j’écrivais alors dans les colonnes de La Tribune : «La mission met cependant en demeure les autorités dont elle exige «le maintien d’une politique monétaire prudente». Dans le jargon consacré, il s’agit de l’approche dite «assèchement monétaire». Approche qui a été l’explication officielle des problèmes de liquidité survenus en 2002 et 2003.
Pour les économistes, on parle d’assèchement monétaire quand on a choisit de raréfier la monnaie. «Tout ce qui est rare est cher». Partant de ce principe on espère donner de la valeur à la monnaie nationale. Dans un pays où l’économie est fortement privatisée, cela se traduit par la hausse des taux d’intérêt : ceux qui ont l’argent le placent pour gagner plus, ceux qui n’en ont pas font peu d’emprunts. Du coup la masse monétaire en circulation diminue. Dans les économies où l’Etat est encore très présent, la procédure consiste à diminuer de façon drastique, les dépenses de l’Etat. Dans l’un comme dans l’autre cas, le résultat devra se traduire par une maîtrise des prix à l’intérieur et le contrôle de la valeur de la monnaie nationale face à la devise.
Dans le cas de la Mauritanie, l’erreur de la BCM à l’époque, est d’avoir rationné l’alimentation en liquidité des banques primaires. «Il n’a jamais été question d’encourager une politique visant à refuser à un opérateur la jouissance de ses avoirs». Notre interlocuteur fait allusion aux multiples cas de refus des banques d’honorer le versement de chèques émis sur des comptes pourtant provisionnés. C’est la période, heureusement dépassée aujourd’hui, où il fallait faire le pied de grue devant les comptoirs des banques primaires pour avoir son argent !
Cette situation est donc le fruit d’une lecture erronée d’un concept, celui de l’assèchement monétaire.»

Heureusement qu’il est loin ce temps où le pays devait faire appel aux méthodes les moins orthodoxes pour boucler ses programmes et, parfois, ses fins de mois.

lundi 17 juin 2013

Zone franche

Une semaine avant la visite du Président de la République qui sera l’occasion du lancement officiel de la Zone Franche de Nouadhibou, c’est le président de l’Autorité de la zone franche (AZF) qui a eu l’occasion de faire une présentation complète du projet à travers une émission diffusée en direct sur TVM à partir de Nouadhibou.
Ismaël Ould Bodde, centralien ayant été ministre de l’habitat et de l’urbanisme, a exposé les objectifs de l’Autorité dont : la création d’un environnement favorable au développement des affaires pour attirer les investisseurs et encourager le développement du secteur privé ; le développement des infrastructures de base dans la région (routes, aéroport, ports, énergie, hôtellerie…) ; création de nouvelles opportunités d’emploi… faire de Nouadhibou un pôle de compétitivité et un hub régional de classe internationale, en faire une locomotive de développement pour le reste du pays.
Des zones de développement seront créées autour d’activités prioritaires (pêche, mines, services…) auxquelles s’appliqueront des régimes particuliers (douanier, fiscal, foncier, social et de change). Pour alléger les procédures, un guichet unique est mis en place.
Le projet parait dans toutes ses dimensions socio-économiques et se révèle comme une entreprise structurante autour de laquelle une nouvelle dynamique peut être engagée. Il est un passage d’une économie basée sur l’exploitation des ressources naturelles existantes et leur exploitation vers un système beaucoup plus élaboré qui va créer de nouveaux tissus et de nouveaux réflexes. C’est pourquoi la question qui taraude les esprits est bien celle de savoir ce qu’offre l’AZF de plus que les régions ayant les mêmes vocations dans notre environnement immédiat. Il y a aussi la question de savoir si l’administration et la Justice vont suivre en termes de performances et de confiance. Enfin restera la question de la main d’œuvre qualifiée qui reste à former. Le tout étant d’assurer que le coût économique (aménagements nécessaires pour développer les infrastructures, notamment) et politique (abandon d’une partie de la souveraineté ou presque) à payer en vaut la peine. Sans hésiter, le président de l’AZF répond «oui». On va voir…
En attendant, l’Autorité doit compter avec les recrutements abusifs et les nominations inopportunes. Une vague qui l’empêche (déjà) d’être perçue comme un pôle d’excellence appelé à mener à terme un grand projet pour la Mauritanie.

Avec l’agence «Tadamoun» (solidarité) et la CDD (caisse de dépôts et de développement), la Zone franche semble être l’un des axes sur lesquels Ould Abdel Aziz va construire sa vision.

dimanche 16 juin 2013

Liaison fatale

L’Ambassadeur du Soudan en Mauritanie a été rappelé par son gouvernement. Il aurait commis la faute d’être allé au-delà de son rôle de diplomate œuvrant à la promotion des rapports entre les deux pays.
Proche des Islamistes de Tawaçoul, il aurait participé à plusieurs de leurs manfestations et probablement intervenu auprès de Chinguitel pour faire bénéficier certains des organes de presse qui leur sont affiliés des faveurs de l’opérateur soudanais. Ce qui n’aurait pas été du goût des autorités qui ont jugé inamicale l’attitude de l’Ambassadeur.
En tout état de cause, il vient d’être sommé par son gouvernement de rentrer au plus vite. Il sera remplacé ultérieurement.
La convivialité de l’ambassadeur en question rappelle la période où les ambassadeurs d’Irak, de Libye, de France… s’occupaient de politique intérieure de la Mauritanie. chaque fois cela a mal fini.