lundi 11 février 2013

Un gouvernement d’union, pourquoi ?


L’initiative du Président de l’Assemblée nationale, président de l’Alliance populaire progressiste (APP), a été rendue publique en grande pompe cette après-midi. Il a choisi pour ce faire le Palais des Congrès où se tenaient, il y a quelques heures encore, les assises des journées de réflexion de l’Union pour la République (UPR), le parti dit au pouvoir. Aucun lien entre les deux évènements.
La cérémonie de lancement arrive des mois après le lancement réel de l’initiative. Et chacune des parties a déjà dit ce qu’elle en pensait. On peut dire donc que «le repas a été entamé alors même qu’il était en cuisson» pour reprendre les termes célèbres d’un historien dont le travail a été pillé avant sa publication. Plusieurs avis qui ont été confirmés à l’occasion du lancement solennel de cette initiative.
Le premier est celui qu’exprime une partie de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) pour laquelle il s’agit là d’une reconnaissance de l’échec du dialogue dans lequel Messaoud Ould Boulkheir a été le facilitateur central. Opinion logiquement exprimée par Jemil Ould Mansour, le leader de Tawaçoul qui trouve que Ould Boulkheir, à travers son initiative reconnait l’existence d’une crise que le dialogue réalisé entre la Majorité et une partie de l’Opposition n’a pas pu résoudre.
Pour Mohamed Ould Maouloud de l’UFP et Saleh Ould Hanenna de Hatem, l’idée de mettre en place un gouvernement d’union nationale dont l’action sera indépendante vis-à-vis du Président de la République est bonne. Surtout qu’elle doit ouvrir à leurs yeux sur le départ de celui-ci. C’est l’opinion la plus partagée – l’espoir déclaré – au sein de la COD.
Pour certains pans de ce qu’il est convenu d’appeler la Majorité, c’est l’occasion de relancer le débat autour de l’ouverture du gouvernement sur d’autres composantes et d’entrevoir quelques rôles pour eux. Mais la Mauritanie dans tout ça ? la démocratie dans tout ça ? la logique ? le rapport de force ? l’équité ? l’opportunité ?
En décembre 2010, alors qu’on était en plein processus d’ouverture des acteurs politiques – les symboles acceptant de se rencontrer, de s’afficher ensemble -, on va assister à une radicalisation des positions qui atteint rapidement l’extrême : l’Opposition démocratique demande le départ du Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui adopte à son tour une attitude de rejet vis-à-vis de cette Opposition qui a mis la barre très haut.
«Inspirée» par ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, cette opposition mobilise, depuis, tous ses moyens. Quand le Président de la République est victime d’un accident de tir, elle est déjà à bout de souffle. Sans avoir pu imposer le départ du régime, elle a été incapable d’imaginer une porte de sortie en usant de «l’art du possible». Au lieu de profiter de ce moment de «faiblesse» du régime pour donner ses preuves dans l’attachement à la stabilité du pays et à sa cohésion, certains acteurs y ont vu au contraire l’opportunité de faire trembler les fondements du régime par rumeurs interposées. Cela, comme les manifestations demandant le départ, a fini par profiter plutôt au régime qui a fait la démonstration de sa cohésion et de la vanité de ses détracteurs.
A tous, la proposition de Messaoud Ould Boulkheir est une aubaine qui peut sortir de ce «trou noir» où ils se sont retrouvés. Mais pour le pouvoir ?
A quoi peut servir un gouvernement d’union nationale et sur quelle base peut-il être formé ? Qu’est-ce qui peut pousser aujourd’hui Ould Abdel Aziz à accepter l’idée de formation d’un tel gouvernement ? Est-ce qu’il est aux abois ? Est-ce qu’il a besoin des propositions de gouvernance élaborées de l’autre côté et lesquelles ? A-t-il besoin de remettre en scelle une élite formée dans les classes qu’il dit combattre ?
Nous avons l’impression aujourd’hui que seule la participation à la gestion des affaires publiques importe aux acteurs qui se démènent, y compris ceux qui s’en défendent le plus. C’est très grave quand on comprend que les malheurs du Mali viennent de la démarche qui consiste à mettre en place un gouvernement d’union nationale. Ce qui a tué l’opposition donc le contrepouvoir.
Evitons le syndrome malien et comprenons que le front intérieur, pour se refaire et se consolider, a juste besoin d’acceptation des uns par les autres. Cette acceptation suppose l’application stricte du droit, la réalisation de la justice, la réhabilitation du mérite, la promotion de l’équité et le refus de l’exclusion. Si l’on fait cela, que ceux qui ont été élus pour un mandat respectent leurs engagements, que les autres les obligent à cela dans l’intérêt de la démocratie et du pays.
Il faut certes un peu de sérénité pour normaliser les rapports faits d’antagonismes de plus en plus aigus dans notre société : trop de violence couve à présent. Parce que seule la sérénité dans les rapports peut nous faire éviter les dérives qui menacent. Mais qui veut de cette sérénité ?

dimanche 10 février 2013

L’Etat, c’est chacun de nous


Samedi après-midi, une circulation un peu plus dense que d’habitude. Au carrefour dit «Bana blanc» deux agents du Groupement de la sécurité routière (GSSR) essayent d’organiser le passage là où ne se trouve pas le feu. A chaque file son tour, avec visiblement le souci de donner à chacun l’impression de ne pas avoir été lésé.
Je regardais les deux agents se démener, chacun de son côté pour faire respecter l’ordre et faire passer le plus de voitures et au plus vite, quand, surgissant de mon côté gauche, une Avensis (nouveau modèle), immatriculée 6706AR00, double notre file et force le passage malgré les injonctions de l’agent qui se trouvait. Il tente de s’interposer. Il est emporté par le véhicule dont le chauffeur refuse de s’arrêter. L’agent se maintient malgré tout sur le capot de la voiture rutilante. Sur une quarantaine de mètres. Les passants interviennent et forcent le chauffeur à s’arrêter. Il pouvait le ture ou le blesser. Il l’a humilié, ça c’est clair.
Je n’ai pas attendu pour savoir comment va finir cette histoire. J’espère tout simplement que le Groupement a les moyens de faire regretter au chauffeur ce comportement honteux et dangereux. J’espère que les parents et amis de ce chauffeur ne sont pas venus le soutenir et dire qu’«il n’est pas fautif»… Parce que je sais qu’il est impossible de trouver un Mauritanien «fautif». Chez nous, c’est, toujours, «la faute des autres». Jamais la nôtre.

samedi 9 février 2013

Ça ne va pas au Mali


C’est une lapalissade de le dire. Mais c’est aussi surprenant de le constater. Un pays comme le Mali qui a son Histoire millénaire, ses élites qui ont fait la fierté de tout un continent, son modèle qu’on croyait ancré et qui avait donné deux alternances politiques, ses traditions de dialogue et d’ouverture… un pays comme celui-là où l’on n’entend que les voix cultivant le racisme, appelant à l’exercice de la violence contre une partie de sa population, refusant le dialogue entre les protagonistes d’un conflit qui dure depuis trop longtemps… un pays comme celui-là où une partie de ses fils tire sur une autre alors que la Nation a besoin de la vaillance de tous ses fils pour se remettre debout, alors que l’Armée malienne a besoin des armes et des munitions utilisées par les «bérets verts» contre les «bérets rouges» (et par ceux-ci contre ceux-là)…
L’attentat perpétré par un kamikaze aux abords d’un poste de contrôle pourrait être le début d’une prolongation de la guerre contre le terrorisme. Ce qui laisse présager d’un avenir incertain pour une Nation qui a cru se mettre à l’abri depuis tous les accords et pacte nationaux signés par le passé. La gestion catastrophique du pays par ATT, la connivence des partis politiques qui voulaient participer à tout prix à l’exercice du pouvoir, la recherche continuelle d’un consensus «à l’africaine» (je ne sais pas ce que ça veut dire) et l’interférence des acteurs extérieurs ont entrainé le Mali dans le tourbillon qui a d’abord consisté en une fuite en avant et un refus de faire face aux menaces des terroristes qui prenaient possession d’une partie du territoire et de sa population. En désespoir de cause, le Mali de ATT cédait une partie de sa souveraineté à ces groupes mais aussi aux pays qui voulaient s’en prendre à eux. La démission de l’Etat malien a commencé ici. Elle s’est poursuivie avec le refus d’empêcher les groupes armés de revenir de la Libye s’installer et créer des bases sur place. Puis par l’entêtement à vouloir organiser des élections présidentielles, faisant fi de la situation de partition du pays. Enfin par l’intensification de la déconfiture de l’Armée dont les unités ont été dressées les unes contre les autres.
Si bien que quand éclate une mutinerie, somme toute anodine dans un pays africain en proie déjà à la guerre, elle prend vite la forme d’un coup d’Etat avant de provoquer l’effondrement de toutes les Institutions. L’intervention de la CEDEAO, loin d’arranger les choses, va les compliquer en engageant un processus de normalisation du coup d’Etat, l’artifice du retour à la «l’ordre constitutionnel» resté plutôt une consommation du fait accompli. Jusqu’à présent, c’est bien la présence d’une «autre tête» au sommet de la hiérarchie malienne qui perturbe la normalisation de la vie publique dans le pays : le capitaine Amadou Sanogo continue à tirer les ficelles depuis Kati. Tout ça parce que les pays «frères» et «amis» veulent chacun y trouver ou régler un compte.
S’il y des leçons à tirer pour nous, j’en retiendrai trois. La première est que la Mauritanie a bien fait en anticipant sur l’accomplissement des desseins d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) par des attaques et des enlèvements réussis opérés en plein territoire …malien (ce n’était déjà plus l’autorité malienne qui s’y exerçait). Sans ces attaques contre les bastions de l’organisation, à Wagadu et dans l’Azawad, le théâtre des opérations aurait été certainement la Mauritanie. Sans ces attaques et sans la restructuration de l’Armée, nous n’aurions absolument pas été épargnés par la guerre.
La deuxième leçon est relative à cette démarche du «consensus mou» que l’on croit entretenir par la formation d’un gouvernement d’«union nationale» ou de «large ouverture» et dont la première conséquence est la disparition de tout contrepouvoir. C’est bien ce qui est arrivé au Mali où l’ensemble de la classe politique a participé à la gestion du pouvoir, un pouvoir qui a installé un système corrompu et clochardisé par la criminalité internationale (trafic de drogue, enlèvements, terrorisme…). Une telle démarche qu’on veut «inclusive» est en réalité catastrophique en démocratie, surtout dans les démocraties naissantes où une proposition alternative doit toujours exister.
La troisième leçon concerne le danger que fait peser sur des pays comme les nôtres, la diversité ethnique et/ou culturelle mal gérée. L’instrumentalisation des différences mène fatalement à l’exacerbation des antagonismes qui sont souvent artificiellement entretenus par les partis, gouvernants ou opposants, en vue de réglages destinés à cacher les insuffisances en matière de propositions pour la communauté.
A y regarder de près, le Mali est encore plus proche de nous que certains d’entre nous ne le pensent.

vendredi 8 février 2013

Guerre à l’apostasie


Récapitulons. Le 17 décembre 2010, une petite bourgade de Tunisie s’enflamme à la suite d’un acte de désespoir commis par un chômeur, vendeur à la sauvette que la police municipale exaspérait et qui entendait culpabiliser cette police devant laquelle il était incapable de résister. En s’immolant, Mohamed Bou’zizi faisait recours à un nouveau moyen de résistance sous les latitudes arabo-islamiques. Mais il provoquait la population qui croulait, depuis trop longtemps, sous le joug de l’arbitraire. Il en «sortait» une première «révolution», suivie de près par un mouvement en Libye, en Egypte, au Yémen, au Bahreïn, en Syrie… pour ne citer que les pays sérieusement ébranlés.
En Tunisie et en Egypte, le mouvement insurrectionnel a entraîné la chute des deux régimes honnis, sans guerre civile comme en Libye, au Yémen, en Syrie (où la guerre civile continue). Du moins le départ de leurs premiers symboles : Zine el Abidine Ben Ali pour la Tunisie et Hosni Moubarak pour l’Egypte. Des élections furent vite organisées et, naturellement, dans chacun des pays, c’est le parti qui avait eu les moyens de s’organiser et le temps de reprendre les «réseaux» (sociaux et politiques) pour son compte qui a réussi : Ennahda en Tunisie et la confrérie des Frères Musulmans en Egypte.
Commençait alors pour les deux sociétés, tunisienne et égyptienne, une régression qui n’en finit plus. Pour aboutir à l’exercice de la violence politique. Au grand jour.
Assassinats, sac des sièges de partis, répressions violentes et sans discernement, tortures, humiliations… toutes les expressions de l’arbitraire que l’on croyait définitivement abolies avec l’avènement du «printemps arabe» revenaient en surface. Comme si la «révolution» n’était effectivement qu’une alternance dans le métier du bourreau : on change la main qui tient la cravache contre une autre, la cravache reste et avec elle l’instinct de l’utiliser contre la population désemparée. Avec en bonus les assassinats politiques.
Chokri Belaid, cet opposant tunisien assassiné froidement, est la première victime d’un système de pensée qui pense le Monde en deux : le Bien et le Mal. C’est plus que le manichéisme qui reste «humain». Cette pensée est renforcée par le fait de vouloir l’imposer parce qu’elle relèverait du divin. Elle est l’absolue Vérité et toute velléité de la remettre en cause est assimilée à une hérésie, une apostasie.
Toute manière de voir le déroulement du Monde, de concevoir l’action afin d’y participer, de rêver l’idéal pour soi et pour ses semblables, est hétérodoxe, déviance à combattre. Son auteur mérite la mort, même si tous les Exégètes références lui accordent trois jours pour le voir «revenir sur le droit chemin».
Dans le Monde de ceux-là, chacun peut se substituer à la Loi divine, chacun peut interpréter les textes de façon indiscutable, chacun peut décréter la sentence sans appel… Il suffit d’être l’un des leurs pour ne plus être susceptible de fauter.
Des Chokri Belaïd, il y en aura encore et encore, partout dans le Monde musulman, partout où il se trouvera des gens qui croiront que leur lecture du Monde est une Vérité qui ne souffre pas la remise en cause. Autant dire partout dans le Monde musulman d’aujourd’hui. Même chez nous.  
La vraie bataille à mener ici est bien celle de barrer le chemin à toutes les pensées uniques qui ravagent le Monde environnant et de faire en sorte pour que la Mauritanie évite la route empruntée – très empruntée – en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Syrie… C’est aux forces progressistes, s’il en existe encore, d’agir tant que c’est possible.

jeudi 7 février 2013

Les conditions pour participer


Mercredi soir, TVM recevait Mohamed Ould Maouloud, président de l’Union des forces du progrès (UFP) dans le cadre de son effort d’ouverture sur le monde politique. Il en est sorti la volonté de vouloir sortir de la logique du «dégage» qui semble avoir fait aboutir à une impasse. Ce qui a mené à une proposition qui comprend la constitution d’un gouvernement d’ouverture, l’ouverture de la CENI, l’audit de la liste électorale, le choix d’un responsable de l’Etat civil… Comme si la perspective politique est désormais celle-là : l’organisation d’élections législatives et municipales. Ce qui est déjà une avancée pour des acteurs qui ont été bloqués pour avoir été emballés par le vent qui a soufflé sur le monde arabe.
Reste que Ould Maouloud, même s’il a exprimé toutes les nuances qui marquent les lectures de son parti, n’est pas allé jusqu’à reconnaitre les divergences qui sont réelles. Fatalement réelles.
En réalité, l’UFP ne partage avec ses partenaires de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) que l’aversion – pour ne pas dire la haine – très prononcée du pouvoir et de son premier responsable Mohamed Ould Abdel Aziz. Comme la gauche en Tunisie et en Egypte, l’antagonisme avec les Islamistes (Frères ou pas) a toujours été fort. Avec eux, jamais trêve n’a été décrétée. Avec les autres partis, c’est fondamentalement la «lutte des classes» qui divise : la plupart des «animateurs» de ces partis sont situés sociologiquement, culturellement et politique dans le camp de la «féodalité rétrograde». Autant dire que l’entente entre les partenaires d’aujourd’hui est juste «de saison». Rien que des accommodations qui permettent de passer un cap sans aller au fonds des choses. Jusqu’à quand ?
Le président Mohamed Ould Maouloud est assez fin pour ne pas se laisser acculer, ni lui faire dire ce qu’il ne veut pas dire ou il ne peut pas dire. Mais sur la question du Mali, toute la divergence de point de vue est apparue. La position exprimée était claire et conforme à tout ce que fut l’UFP et au combat que Ould Maouloud incarne. Dénonciation de l’action des groupes criminels qui ont conduit à l’effondrement de l’Etat malien puis à la partition de ce pays. Distinction entre l’action criminelle de ces groupes et les revendications, peut-être légitimes, des Maliens. Ces revendications doivent être satisfaites dans le cadre d’un dialogue national global et ouvert. Alors que le traitement de la question de la criminalité est du ressort du gouvernement malien qui peut, en toute souveraineté, faire appel à ses alliés pour éliminer le danger. Et les fatwas ? Ould Maouloud a la parade : «nous sommes là pour une fatwa politique…» Pas de clash avec ceux qui fonctionnent à coup de fatwas, façon de légitimer «religieusement» leurs choix et d’imposer leur diktat. En tout cas pas pour le moment…
La sortie de l’UFP a été politique. Son président, Mohamed Ould Maouloud est resté calme, il était le seul à parler, à exprimer les positions de son parti… et il s’en est plutôt bien sorti, même s’il a dû regretter de ne pas avoir parlé des «conditions de vie des populations» mais «seulement de politique».
Le téléspectateur que je suis, était frustré de ne pas voir cet homme politique – sans doute le plus fin des acteurs – aller jusqu’au bout de ses raisonnements. La logique de la préférence du dialogue en toute circonstance devait mener à la participation au dialogue entre pouvoir et opposition. La logique de la question malienne devait mener à reconnaitre que la politique suivie par le pouvoir de Ould Abdel Aziz était la meilleure. La logique du refus de la «fatwa religieuse» dans le domaine politique devait éloigner de certaines accointances. La logique «tranquille» de la recherche effrénée du «compromis historique», un dogme chez ces gens-là, devait faire rompre avec celle du «dégage»…

mercredi 6 février 2013

Le retour de la bête


Tout y était, même la grisaille d’un temps bâtard où un vent chargé de poussière se lève pour retomber immédiatement, comme s’il s’agissait de rappeler aux humains la précarité de l’environnement dans lequel ils se meuvent.
Il y avait là tout pour me rappeler quelques (mauvais) souvenirs d’un passé que nous tentons, inconscients que nous sommes, d’enfouir dans nos têtes, comme si les images appartenaient à une autre époque, un autre monde…
C’était l’époque du «complot permanent», celle qui a vu la plus grande partie de ceux que le pays comptait en termes d’élites «dérangeantes» passer entre les mains de la police, le plus souvent aller jusque devant les juridictions, pour finir en «dépôt» à la prison, avant de bénéficier d’une liberté provisoire… Mais en fait, on se disait à l’époque que nous étions tous en liberté provisoire. Au moins dans l’aspect aléatoire de cette liberté : on pouvait aller en prison pour …rien. La mise en scène s’accompagnait d’un cérémonial destiné à faire «partager» les malheurs de ceux qu’on a décidé de cibler : parents et amis doivent souffrir dans l’attente de savoir ce qu’il adviendra des leurs en train d’être «entendus» par un Procureur dont on sait à l’avance les choix…
Hier, devant le Palais de Justice de Nouakchott, quelques dizaines de personnes attendaient pour savoir ce qu’il adviendra de Mohamed Ould Debagh, vice-président du Groupe BSA qu’on accuse d’avoir «mis en banqueroute» la société Mauritanie Airways. Comme par hasard au moment où le Groupe auquel il appartient subit plusieurs «ciblages» (fisc, BCM…).
Quand j’apprends que le Procureur qui l’entend n’est autre qu’un Magistrat qui a été un «confrère», je sais d’avance que mon ami passera la nuit en prison. Quand il faisait ses premiers pas dans une «certaine presse», en fait comme chef de rédaction dans le complexe Al Bouchra et la Vérité – deux journaux créés à l’époque pour insulter, vilipender tous ceux qui sont dans la ligne de mire d’un pouvoir boulimique d’arbitraires, l’une des victimes les plus prisées de ces deux journaux était… Mohamed Ould Bouamatou et son Groupe naissant. Comme le Destin «arrange» les choses, voilà que le Groupe est encore «livré» à celui qui a «ouvert (grands) les yeux» sur le Monde dans un univers comme celui d’Al Bouchra et de la Vérité…
Qu’importe si Ould Debagh dont le Groupe ne détenait pas 40% de Airways (51% aux Tunisiens, 10% à l’Etat mauritanien). Qu’importe si rien n’engageait sa responsabilité dans la gestion de la société. Qu’importe s’il a, en tant que président du Conseil, essayé et réussi à régler tous les arriérés des travailleurs n’ayant pas pu trouver du travail. Qu’importe s’il a préservé scrupuleusement le patrimoine de la société après sa faillite. Qu’importe si les travailleurs, dans leurs premiers mouvements de protestations, s’étaient toujours adressés à l’Ambassade de Tunisie et ont toujours dirigé leurs actions contre les Tunisiens. Qu’importe si… qu’importe… Ould Debagh devait aller en prison… il y est. Pour combien de temps ? Peu importe dans la mesure où il n’en souffrira pas, où personne de ses proches n’en souffrira…
Ma petite Teti, ce que ton esprit d’enfant doit retenir c’est que ton père, mon ami, mon frère, n’a pas volé, n’a pas trahi, n’a pas menti… d’ailleurs ce n’est pas pour des raisons pareilles qu’on va en prison chez nous…    

mardi 5 février 2013

Où sont les élites maliennes ?


Les images ont défilé en cette journée de samedi (2/2). Celles d’un Mali recevant un «libérateur» en la personne de François Hollande, puis celles d’un Mali fêtant sa qualification pour les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Autant les premières dérangeaient, autant les secondes faisaient plaisir.
Un Mali qui passe toutes les grandes équipes en faisant preuve d’un engagement très fort, d’une grande adresse dans le jeu, et d’une volonté d’aller jusqu’au bout. C’est ce que nous avons vu le Mali développer sur la pelouse du stade de Durban en Afrique, malgré la présence de milliers de supporters adverses. Un Mali solidaire malgré l’expression nette de quelques individualités, de quelques grandes valeurs…
Un Mali incapable dé ragir de lui-même à ce qui lui arrive, d’assumer, de se prendre en charge, de régler par lui-même ses problèmes, de les poser de façon correcte, d’imaginer un avenir commun, de relever les défis immédiats…, c’est ce que nous avons vu à Sévaré, Tombouctou et Bamako.
La parade du Président François Hollande aura servi à mettre à nu les faiblesses de l’entreprise, mais surtout la démission des élites maliennes. Lesquelles ont déserté le terrain de l’action depuis bien longtemps.
Comment expliquer l’absence des élites maliennes de la scène en des moments pareils ? Où sont passés les grands artistes qui nous émerveillaient par l’exercice d’un art qui a bercé une Histoire millénaire ? Où sont-ils ces politiques et militants qui ont payé pour la libération de l’homme malien imposant les premières transitions pacifiques sur le continent africain ? Où sont ces grands sportifs qui se sont imposés en modèles à la jeunesse africaine ? Où sont-ils ces professeurs, ces historiens, ces économistes… qui ont peuple nos vues des décennies entières ?
Samedi dernier, la scène malienne était déserte de tous ceux-là. On a certes vu le Président François Hollande faire un bain de foule à Tombouctou où il a été reçu par une partie de la population (il n’y avait aucun Touareg, aucun Arabe et peu de Peulhs dans la foule). On l’a vu discourir devant quelques dizaines (moins de mille) de personnes venus l’acclamer à Bamako. On l’a vu se démener pour trouver un rôle à son accompagnateur, le Président par intérim Dioncounda Traoré. On a vu celui-là interpeller gentiment les officiers français (pas les Maliens). On a vu le Président François Hollande recevoir un jeune dromadaire en cadeau de la part de quelques représentants de la population. Mais là on a surtout vu un «jeune» dromadaire entouré par une foule qui lui faisait peur et qui ne savait pas comment le traiter. Toute l’image de l’artifice se résumait dans cette scène. Tous ceux qui s’agglutinaient autour de l’animal qui blatérait sans cesse, avaient justement peur de ses réactions et l’animal, naturellement, devait être traumatisé par l’épreuve.
On pouvait attendre des élites maliennes qu’elles nous disent, qu’elles disent au Président François Hollande et au Monde ce qu’elles peuvent faire pour leur pays, ce qu’elles entendent faire de leur pays. Sinon de les entendre dénoncer que les Institutions du Mali soient mises à l’écart dans cette opération de recouvrement de la souveraineté. Les élites maliennes devaient en profiter pour exprimer un état d’esprit, celui qui les anime réellement.
Est-elle d’accord avec le processus engagé par la communauté internationale ? comment voit-elle l’avenir ? que faut-il faire pour refaire l’unité du pays et de son peuple ? quels rôles pour la classe politique et intellectuelle ?
Au moment où le Président François Hollande parade victorieusement sur le sol malien «libéré», des exactions sont commises par des éléments de l’Armée malienne, par des éléments de la police, de la Gendarmerie, par une foule excitée et déchainée… Pas seulement à l’encontre des Maliens accusés d’avoir prêté main forte aux Jihadistes ou soupçonnés d’avoir de la sympathie pour eux, mais aussi de Mauritaniens, simples voyageurs traversant le territoire malien ou résidents tranquilles participant au maintien d’un semblant de normalité. Délit de faciès…
Pas un jour ne passe sans qu’on apprenne l’arrestation, l’expropriation, parfois la molestation et même la torture de citoyens mauritaniens par des éléments de l’Appareil sécuritaire malien. Impunité et indifférence.
Ici aussi, nous attendons l’avis des élites maliennes. Depuis trop longtemps, nous espérons les entendre dénoncer les agissements inconsidérés et graves vis-à-vis de nos compatriotes. Nous avons accepté de nous taire sur l’assassinat de 13 innocents prédicateurs désarmés par l’unité de Djiabali. Il est temps pour la presse malienne de tirer la sonnette d’alarme, pour son gouvernement d’agir, pour ses élites de réagir.