vendredi 18 janvier 2013

Informer sans promouvoir


La journaliste d’Al Jazeera annonce un contact avec Abul Baraa qui serait le chef du commando qui a investi le site gazier de In Amenas. Elle lui donne le temps d’exposer ses motifs et sa méthode d’action, donc sa version des évènements. Bien sûr, il se présente comme le héros qui tente de défendre les intérêts du peuple musulman. Les questions qu’elle lui pose sont d’abord un acquiescement à ce qu’il dit… puis elle lui demande s’il peut lui passer l’un des otages pour parler… ce qu’il accepte immédiatement.
Trois otages seront ainsi «entendus». Ce n’était pas des interviews mais des révélations de victimes visiblement obligées de dire ce qu’ils ont dit. La journaliste ne met pas en garde qu’il pourrait s’agir d’interview sous la contrainte. Elle ne témoigne aucune émotion, aucun sentiment vis-à-vis de pauvres civils menacés de mort… on en sort avec la nette impression que les humains, nos semblables, ceux qui subissent l’arbitraire sont ceux qui tiennent les armes. Les héros du jour sont ceux-là. Ce sont ceux-là qui méritent la sympathie.
L’Algérie ne pouvait pas continuer à souffrir cette situation. Les assaillants pouvaient désormais communiquer avec l’extérieur et donner un aspect acceptable à leur action criminelle. De leur côté, les ravisseurs, conscients des atouts qu’ils ont et assurés de donner les explications qu’ils voulaient, décident d’exfiltrer les otages qui se trouvaient dans la partie habitation du site. Il n’est pas question de les laisser partir avec leurs otages. La décision de détruire tous les véhicules qui essayent de quitter les lieux est prise. Les assaillants s’empressent d’expliquer qu’ils avaient juste l’intention de rassembler leurs otages sur les lieux de l’usine où se trouve déjà le véritable chef du commando, Abderrahmane Ennigeyri (le nigérien). Ils tentent ainsi d’incriminer l’Armée algérienne et de lui faire porter la responsabilité de la mort de tout ce monde.
La couverture quelque peu tendancieuse que cette chaine fait des évènements impliquant les Islamistes – toutes tendances confondues – est beaucoup plus évidente à nos yeux aujourd’hui. Peut-être parce qu’il s’agit de parler d’une zone que nous connaissons mieux… peut-être que la chaine en fait trop. Ou les deux.
Toujours est-il qu’Al Jazeera qui avait eu les premières images de l’occupation du Nord malien par les groupes armés, puis de la destruction du patrimoine culturel et humain de la région, cette chaine couvre les évènements d’aujourd’hui, et pour l’essentiel, par l’angle de l’exode des réfugiés oubliant que 90% de ces réfugiés dont la misère est décrite avec force détails sont là depuis mars 2012. Et quand les journalistes parlent de Konna ou de Djabali, ils n’hésitent pas à insister sur l’hostilité des populations vis-à-vis des «forces d’occupation».
Si Al Jazeera exprime un peu le jeu trouble de «son» pays d’origine, le Qatar, qu’en est-il de nos médias à nous ? ceux-là doivent s'interdire de verser dans la publicité pour des groupes déjà coupables vis-à-vis de notre pays. Au moins!

jeudi 17 janvier 2013

La Mauritanie dans la guerre


C’est apparemment ce que veut une frange de notre élite politico-médiatique. Quand un responsable politique ou un média diffuse une information indiquant que la Mauritanie participe déjà à la guerre, et ce au moment où se déroulait la sanglante et dramatique prise d’otages en Algérie, n’est-ce pas là une manière de «provoquer» chez les terroristes la volonté d’en découdre avec notre pays ?
En réalité la Mauritanie est déjà en guerre. Elle participe déjà à cette guerre qui a commencé le jour où des bandes armées ont fait main basse sur le Nord du Mali et choisi de s’attaquer à notre pays. Elle y est depuis que quelques-uns de nos enfants ont délibérément gagné les camps d’entrainement du GSPC puis AQMI pour s’attaquer à leur pays et aux autres pays de la région. Elle y est depuis qu’une frange de ses religieux a choisi d’apporter plus ou moins clairement, son soutien à ces groupes armés. Elle y est depuis que nos politiques et certains de nos journalistes ont justifié les agissements criminels de ces groupes…
La Mauritanie est en guerre. Elle prend part à cette guerre qui la concerne effectivement. Qui ne peut que la concerner…
Depuis quelques années, des groupes de combattants, résidus d’une guerre abominable menée en Algérie dans les années 90, ces groupes se sont donc retirés dans le Sahara central, côté malien. Ils ont réussi leur insertion sociale et se sont approprié les circuits économiques, y compris ceux des trafics de tous genres. Ils ont créé une nouvelle industrie qui est celle de la traite des personnes par les enlèvements de ressortissants occidentaux.
En s’installant sur ces terres déjà pauvres et ingrates, ces groupes ont détruit les circuits économiques traditionnels et ont ajouté à la misère des populations éprouvées par la mauvaise gouvernance. Ils ont réussi à corrompre le corps social et à saper les fondements de l’Etat malien. Ils s’en sont ensuite pris aux peuples voisins, insistant sur la Mauritanie, maillon faible. Ils ont tué des nôtres à Lemghayti, à Ghallawiya, à Nouakchott, à Tourine… ils ont assassiné des étrangers sur nos terres, mettant en péril ses relations et son image… comme si leur objectif était celui de mettre à genoux notre Etat et d’affamer nos peuples.
Les soldats mauritaniens ne sont peut-être pas dans la catégorie des «pauvres Musulmans» qu’il faille soutenir selon l’entendement de certains de nos Ulémas qui n’ont jamais été remués par les exactions, les tortures, les injustices, les inégalités subies, vécues par leurs compatriotes. Ni 1989, ni 1990, ni 1991, encore moins les épisodes malheureux de 1988 (épuration des Baathistes), de 1984 (épuration des Nassériens)… rien de tout ça ne les a fait bouger. Rien de cela ne mérite la mobilisation et la solidarité.
Tout comme les tueries de Lemghayti, de Ghaalawiya, de Tourine, et pas non plus les malheurs causés par ces bandes dans le Nord malien. Les milliers de réfugiés, le patrimoine détruit, les richesses pillées… tout cela ne mérite pas la colère.
On peut qualifier la guerre qui a commencé au Mali de «survivance coloniale» et la dénoncer, sans pour autant soutenir ou justifier les agissements des groupes armés. Les Mauritaniens, Ulémas, journalistes ou autres n’ont pas le droit d’oublier leurs compatriotes tués de façon abominable par ceux qui sont encore prêts à reprendre le chemin de la guerre contre notre pays. Il leur suffit un prétexte, celui que beaucoup de gens voudrait bien leur donner : une participation «présumée» mauritanienne à la guerre. Utile de rappeler que l’attaque de Lemghayti avait été justifiée par Bellawar par le supposé assassinat par la police mauritanienne de «la militante Zeyneb» lors d’une manifestation. Le fait n’a jamais eu lieu et la réaction à cette rumeur a été dramatique pour des citoyens mauritaniens. Musulmans quand même.

mercredi 16 janvier 2013

Que d’incohérences !


Il a suffi que la guerre commence pour que nos hommes politiques et certains de nos médias perdent le sens de la mesure. Quand on prête à une agence de presse la paternité d’une dépêche qu’elle n’a jamais émise, c’est bien pour donner du crédit à une lecture des évènements qui va dans le sens de la ligne éditoriale choisie par le média qui fait cela. La haine du régime en place justifie tous les mensonges et toutes les manipulations. On l’a vu ces derniers mois… mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi ces incohérences que l’on relève et ces folies énoncées quand on entend nos politiques juger la guerre qui se déroule à nos portes et qui ne peut que nous concerner.
Tawaçoul, le parti islamiste sorti fraichement de son congrès refondateur dénonce ce qu’il appelle «ingérence extérieure». Il a peut-être raison de qualifier ainsi l’intervention française. Si l’on oublie que le même parti a demandé, exigé et appuyé l’intervention française en Libye, alors que celle-ci ne bénéficiait aucunement du soutien africain. Au Mali, la France répond à une demande expressément formulée par le Président malien par intérim, et avant lui par la communauté économique ouest-africaine (CEDEAO) et par l’Union africaine qui a introduit le dossier auprès de l’ONU. Comment peut-on bénir et soutenir fortement une intervention très critiquée – celle en Libye – et dénoncer une autre qui bénéficie d’un consensus international ? Le peuple malien qui a souffert de la présence des groupes jihadistes sur son territoire a bien le droit de bénéficier du concours de la communauté internationale, France en tête, pour chasser ces groupes criminels. Le peuple malien a plus besoin (et droit) à cette assistance que le peuple syrien déchiré par une guerre civile qui s’installe avec ses lots de morts et de destructions. Plus aussi que les rebelles libyens qui ont chassé Kadhafi du pouvoir «grâce» justement à l’appui de la France qui a entrainé avec elle quelques puissances occidentales.
J’ai entendu se prononcer quelques figures des anciens Cavaliers du Changement, aujourd’hui cadres de différentes formations. Tous tournaient autour «la guerre impérialiste» menée par l’ancienne puissance coloniale pour des raisons d’intérêts particuliers. Tout engagement d’une Nation trouve sa justification dans la réalisation de visées données. Ce n’est pas nouveau et c’est évident. Mais a-t-on le droit d’aller dans la dénonciation de l’action française jusqu’à la justification de l’entreprise terroriste ?
Hier, sur Al Jazeera, l’une des grandes figures politiques du pays soutenait que l’entreprise française vise à «contenir les revendications légitimes des peuples de la région». Que les groupes armés sont constitués de rebelles dont la sédition a débuté en 1963 et de «militants qui ont fui les dictatures en Algérie et en Mauritanie pour se réfugier dans le Nord du Mali et continuer leur combat contre ces dictatures…» Textuel ! cela ne demande pas de commentaire. Sauf à dire qu’un Mauritanien «normal» (bien pensant et honnête) ne peut pas pencher pour ces groupes criminels contre le peuple malien. Et s’il le fait, c’est qu’il est fou, idiot ou nihiliste, sinon les trois ensemble.

mardi 15 janvier 2013

Choum, le présent du futur


C’est un peu l’autre bout du monde ou si vous voulez une formule usitée, prête à servir n’importe où l’on va dans le nord de la Mauritanie, c’est «le milieu de nulle part». Vous ne savez jamais d’où vous arrivez en entrant à Choum. Vous avez tellement attendu le moment d’y venir, que vous y entrez sans vous rendre compte. Et comme toutes ses entrées se ressemblent, vous finissez par oublier de quelle direction vous venez.
La ville – m’enfin ! le village n’a pas changé. Ou presque pas. A peine on essaye de se retrouver et on est déjà sur la place centrale, le marché, les quelques boutiques qui proposent tout et rien. Et les hommes qui s’agglutinent à cette heure de la journée autour de deux ou trois jeux de «dhamet», le jeu de dames traditionnel de chez nous. De jeunes écolières rentrent de l’école en s’amusant, «dans la joie et l’allégresse» comme dirait un reporter de chez nous. La base de la SNIM qui donne vie à la localité. En fait, c’est autour de la gare du train qui passe ici au moins deux fois venant de Zouératt et deux fois revenant de Nouadhibou, c’est autour de cette gare que s’organise la vie. Toute la vie : l’économie, le social, voire le politique…
Le bruit du train m’interrompt. Une tranche de Modernité en plein désert. Des techniciens supérieurs, parmi lesquels des ingénieurs bien formés et ayant un grand sens de la responsabilité ont eu à gérer la «base de vie» de la SNIM à Choum. Mais ils l’ont ait à la manière des explorateurs et autres conquérants qui ne font qu’effleurer le monde qu’ils ont côtoyé.
Choum voit passer toutes les heures, des camions poids-lourds transportant d’autres poids-lourds en direction des environs, et surtout du Nord. On entend ici parler d’une multitude de prospecteurs dans les environs. De toutes les nationalités.
C’est, sur une trentaine de kilomètres sur la route de Choum, que l’on voit une série de tranchées creusées à partir des contreforts de l’Adrar vers l’ouest. On ne sait pas qui fait ça, pourquoi il le fait et où les tranchées se dirigent. On a comme l’impression que quelqu’un va installer des canalisations. Oudey el Kebsh, Oum Ghreyd, ‘Aggi… tous ces lieux sont traversées par ces tranchées qui obligent les usagers de la route à suivre une seule voie par moment…
On parle encore ici de cet accident récent qui a coûté la vie à un géologue mauritanien travaillant pour le compte d’un privé associé à des opérateurs turcs. Leur voiture s’est renversée non loin de Choum à 16 heures par une journée bien froide. Les secours ne sont arrivés qu’à 20 heures. C’est l’équipe de la SNIM qui a découvert la voiture recherchée depuis l’après-midi par la Gendarmerie avertie à partir de Nouakchott mais ayant reçu de fausse indication sur l’emplacement. L’infirmier de la SNIM a prodigué les premiers soins en attendant l’arrivée d’une équipe médicale de l’Armée et le transfert des blessés graves par avion militaire le lendemain.
On en parle encore pour dire la nécessité de construire la route Atar-Zouératt, une route qui désenclaverait toute la région et qui contribuerait à tranquilliser les dizaines d’étrangers venus chercher les minerais dans la région. Une région qui est en ébullition…
Seulement, cette hyperactivité dans la région, ne cache pas la misère des populations. L’année a été dure ici. «Si la boutique Emel a allégé la souffrance des habitants, ceux parmi eux qui ont du bétail n’ont pas eu de facilités pour alimenter leur bétail pendant toute la saison passée…», nous raconte l’habitant. Qui poursuit : «Ici, les gens semblent avoir l’habitude de souffrir en silence. Le labeur d’antan et les expériences acquises au travers des sécheresses du passé permettent aux populations de cacher leur dénuement, mais la famine menace sérieusement ici».
Si le futur de la région est celui qu’on espère avec toutes ces activités de prospection, son présent est fait de maladies liées au froid et à la malnutrition. Leur venir en aide eu plus vite.

lundi 14 janvier 2013

Les pièges de cette guerre


La guerre a commencé. Une guerre qui nous concerne directement. Pour plusieurs raisons, nous ne pouvons et ne devons être loin de ce qui se passe dans le Nord malien. Cela nous concerne. Plus, cela fait partie des déterminants de notre avenir.
La Mauritanie est le premier pays à souffrir de la présence des groupes terroristes dans le Septentrional malien. Plusieurs attaques ont été perpétrées contre notre pays qui a dû faire face, pratiquement seul, à la menace. Il a fallu payer le prix politique de la réorganisation des forces armées, puis celui de la mise en œuvre d’une stratégie à même de faire reculer la menace. On se souvient des accusations et des attaques politiques subies par les autorités soupçonnées de «mener une guerre par procuration», comme si les morts de Lemghayti, de Tourine, de Ghallawiya et d’ailleurs n’étaient pas des soldats mauritaniens tués dans leur pays alors qu’ils essayaient de remplir leur mission de défense dans les pires des conditions. Et ce sont justement ces conditions qui ont changé ces trois dernières années. La Mauritanie cueille aujourd’hui les fruits de cet effort qui permet de souffler et d’éviter la contamination.
Mais ce n’est pas parce que la France est notre premier allié, ce n’est pas non plus parce que ces groupes ont continué de menacer le pays après l’avoir attaqué plusieurs fois, qu’on peut, sous prétexte d’un consensus international et d’un mandat de l’ONU autour d'une requête malienne, participer directement aux opérations tant qu’une solution globale n’est pas trouvée.
Cela passe par la reconnaissance solennelle des droits des populations du Nord malien (Touaregs, Arabes, Songhaïs, Peulhs…), en même temps que se déroulent les opérations. On doit déjà exiger que soit mise en œuvre une approche qui pourrait satisfaire les doléances légitimes de ces populations qui font partie intégrante de l’ensemble malien. A plusieurs reprises, durant le siècle dernier, on a fait semblant de trouver une solution. Il ne s’agit plus de «faire semblant» mais d’imposer la mise en œuvre de la solution qui aura été l’objet d’un accord entre le Nord et le Sud sous l’égide de la communauté internationale. Enterrer définitivement les causes qui menaient fatalement à cette rébellion cyclique. Mais seul un gouvernement malien légitime peut négocier cette solution, un gouvernement issu d’un consensus de la classe politique (de ce qui en reste) et des acteurs sociaux. Pas celui qui a été imposé au nom d’une légalité mille fois violée. 
En face, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), dans une moindre mesure le Front des Arabes, ceux de Ansar Eddine qui accepteront de renoncer aux rapports avec Al Qaeda et filiales et donc à la violence et à la sédition, les milices ethniques (Peules, Songhaïs…), devraient être associés à l’accord à trouver. Il s’agit pour le Mali de faire la paix et pour la région d’éviter la partition du Mali et de mettre fin aux activités criminelles des groupes et milices qui sont là depuis trop longtemps.
Le cliquetis des armes et l’ivresse des premières victoires contre des groupes somme toute obligés à abandonner leurs positions sous les coups répétés de l’aviation, ne peuvent faire oublier les problèmes réels qui ont conduit plusieurs fois à la sédition dans ces régions. Ils ne doivent pas non plus occulter un fait : c’est bien sur ce genre de situation où l’intervention occidentale est évidente que se nourrit Al Qaeda. Elle vient donc de réussir la première étape de sa stratégie qui est celle d’amener des forces étrangères sur le théâtre des opérations. Comment éviter la propagande favorable à l’organisation autour de la question ? C’est une question qui devra être rapidement traitée par les parties prenantes, à défaut de quoi elle se retournera contre eux. L’arme de la communication est terrible. Et un appel d’un président par intérim ne suffit pas à lui seul pour légitimer une guerre et une occupation. Surtout que parmi les chefs de guerre ayant occupé Konna figurent bien des fils de la ville. Comment faire pour que cette guerre qui vise effectivement à «sauver» le Mali de la déferlante terroriste venue du Nord, ne se transforme pas en guerre de libération contre un occupant «impérialiste» ?
Notre pays, tout en s’abstenant de participer directement, se contentera de protéger ses frontières pour éviter les débordements inévitables en pareilles circonstances. Tout en apportant son soutien politique et moral à l’effort de la communauté internationale dont le fer de lance est la France, un allié sûr de la Mauritanie, notre pays doit être le plus ferme à rappeler «le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation» tout en poussant vers la satisfaction des exigences des populations du Nord pour en finir définitivement. C’est, depuis le début, la position de la Mauritanie, celle plusieurs fois exprimée par ses premiers responsables. Il s’agit à présent de travailler pour une rupture avec la gestion et les méthodes du passé. C’est le prix à payer pour une paix réelle au Mali et une sécurisation du Sahel.  

dimanche 13 janvier 2013

Remuer sa langue dans sa bouche


...Le nombre de fois que cela demandera pour éviter de dire ce qu’il ne faut pas en pareilles circonstances. Il serait très aisé de prendre à partie la communauté internationale pour son intervention au Mali, de dénoncer «l’entreprise d’occupation» de l’ancienne métropole coloniale, de crier à la complicité des pouvoirs locaux… et de là d’accuser les uns et les autres de félonie, de subordination vis-à-vis de puissances extérieures… ce sera très facile. Pourtant ce doit être évité.
Notre élite – je parle ici pour la Mauritanie – a tendance à parler sans préjuger de la portée de ses propos. Cette élite a prouvé par le passé qu’elle ne croit pas que ce qui est dit peut porter à conséquence. On dit n’importe quoi. Comme on fait n’importe quoi parce que nous avons comme l’impression que nous ne rendons jamais compte de nos actes.
La guerre qui vient de commencer au Mali suscite une inquiétude légitime des Mauritaniens. Les acteurs politiques ont d’ailleurs anticipé pour condamner, à l’avance, toute volonté de participation de notre pays. Même si la question ne se posait pas et comme pour éviter de regretter tout ce que ces acteurs ont dit des frappes opérées par l’Armée mauritanienne contre cet ennemi qui avait fait du Nord malien une base de refuge, ces acteurs ont choisi de monter au créneau contre une intervention étrangère dans la zone dont les populations sont prises en otage, les économies détruites, les fondements des Etats sapés… les mêmes qui réclamaient une intervention pour la Libye, qui la réclament pour la Syrie, la dénoncent et la refusent pour le Nord malien tombé entre les mains de groupes criminels.
En pareilles circonstances, nous avons besoin d’un consensus qui pourrait conduire au renforcement du front intérieur. Cela demande des efforts de tous. Mais d’abord une relecture de la situation de la part des acteurs politiques. Permettez-moi de partager avec vous cette conclusion du quotidien malien Le Républicain éditorial signé Adam Thiam au lendemain de la prise de Konna par les Jihadistes :
«Le jeu politicien n’est pas l’ennemi de la décence. Quand l’armée est au front comme il l’est aujourd’hui, quand des pères et des mères risquent le deuil ou le vivent, que les batailles à livrer scellent le sort de millions de nos compatriotes, rien d’autre ne devrait compter que la nation. Nous en sommes là. Konna nous l’a brutalement rappelé hier.»

samedi 12 janvier 2013

Le PM devant le Parlement


Le Premier ministre Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf a présenté jeudi sa déclaration de politique générale devant les députés de l’Assemblée nationale. Un exercice obligatoire qui a toujours occasionné des joutes, parfois agressives, souvent excessives, entre lui et ses détracteurs de l’opposition. Cette fois-ci, on n’a pas assisté à cet excès langagier qui perturbait la cérémonie et poussait au rejet de part et d’autre. Deux raisons probables : les députés de l’opposition, tout comme le Premier ministre, ont acquis une expérience qui leur permet désormais de savoir que déstabiliser l’adversaire ne mène à rien ; deuxièmement, si l’on fait la somme de ce qui a été dit, on est frappé par la vacuité des propos opposés au discours de Ould Mohamed Laghdaf qui a eu tout le loisir à développer sa présentation en toute sérénité.
Nous retiendrons qu’il a fait un exercice de communication plutôt satisfaisant, «finissant tous ses développements par une formule choc», comme dit un observateur. Exemples : quand il finit d’expliquer le dossier d’alimentation en eau de Magta Lahjar, il finit par «…ceci dit, il faut rappeler que plus de cinquante ans après les indépendances, personne avant le Président Ould Abdel Aziz n’a tenu à alimenter Magta Lahjar en eau potable…» ; sur les mauvais choix dans l’octroi des marchés de la santé, «…n’oubliez pas que nous avons envoyé par nous-mêmes l’Inspection générale d’Etat qui nous a fait des conclusions dont nous avons tenu compte pour rectifier, il ne faut pas donc qu’on nous fasse le procès sur la question» ; sur l’initiative de Messaoud Ould Boulkheir et après avoir loué son auteur et ses choix nationaux, «…il ne faut pas retenir seulement l’aspect gouvernement d’union de cette initiative qui vise à apaiser le climat politique et à rendre possible les élections lesquelles dépendent désormais par une CENI complètement indépendante, quel rôle alors pour un gouvernement d’union ?»
Les exemples de formules réussies et qui ont toujours manqué dans les échanges avec les députés sont nombreux et révèlent la grande évolution de Ould Mohamed Laghdaf qui a acquis une expérience certaine. Cela se voyait aussi à travers la maitrise de ses dossiers : à aucun moment, il n’a eu à chercher dans ses notes comme pendant les prestations passées.
L’eau, la santé, l’électricité, les interventions d’urgence… au-delà de la présentation des réalisations et des chiffres, l’exercice auquel le Premier ministre a été soumis a révélé une assurance qui a obligé à plus de mesure et de retenue. Du coup, les incidents des années passées ont été évités. C’est déjà ça de gagné…