lundi 26 novembre 2012

Impunité quand tu nous tiens


On a beaucoup parlé ces derniers jours de la mort d’enfants après avoir été vaccinés. Jusqu’à présent, aucun responsable n’a été inquiété et l’on semble s’acheminer vers la thèse de l’allergie. Ce n’est pas au ministère que doit être confiée la mission d’enquêter là-dessus, parce qu’il pourrait s’agir de la qualité des médicaments et/ou de l’irresponsabilité des intervenants. Tout pour engager la responsabilité du ministère. Une enquête sérieuse doit être diligentée au plus vite et des têtes doivent obligatoirement tomber…
Les maux du pays, ceux des plus pernicieux, nous viennent de l’impunité. Et ce n’est pas d’aujourd’hui. Depuis les années 80, les erreurs et les incompétences, parfois le zèle excessif des fonctionnaires ont conduit à des situations où le pouvoir politique s’est cru obligé de couvrir les crimes les plus odieux.
Quand en 1989 ou en 1990, des Walis zélés, poussés notamment par la soif d’accumuler quelques richesses violemment arrachées aux Peulhs nomades et/ou agriculteurs, quand des officiers ont donné l’ordre d’assassiner, de torturer, d’écarteler certains de leurs compagnons d’armes, le pouvoir politique a entériné et béni l’acte en s’abstenant de frapper les coupables qui avaient, pour la plupart, agi par eux-mêmes. L’enquête de 1991, sommaire il est vrai, devait permettre de situer les responsabilités et de punir les auteurs des exactions. Il n’y aurait pas eu de «passif humanitaire» (à ce niveau du moins) et aucun Mauritanien ne serait tenté de croire à un «racisme d’Etat». L’image du pays aurait été meilleure pour le bien de tous.
Même si au lendemain du coup d’Etat de 2005, le chef de la transition avait accepté d’apurer les «séquelles» des années sombres en ouvrant le dossier et en amenant tous les acteurs à en discuter ouvertement, on aurait pu dépasser facilement les douleurs et les fractures du passé. Mais la transition de l’époque, sous prétexte «d’avoir autre chose à faire», n’a pas voulu ouvrir les dossiers de fond. Manque de courage ou refus de remuer le sol ?
La poursuite des responsables – administrateurs dans l’expropriation et l’expulsion des populations, éléments des forces de l’ordre dans les exécutions et la torture – aurait permis de comprendre ce qui s’est passé, de situer les responsabilités et d’éviter pour la Mauritanie tout risque de voir les plaies se rouvrir.
Rien de tout ça. Nous sommes dans un pays où la culture de l’impunité est une valeur sociale. On vous rappelle toujours que «celui qui va enterrer ne déterre pas», que «Dieu pardonne le passé», que «la misère des uns réside dans le ressassement continuel du passé»… Personne ici ne s’attend à répondre de ses actes. Personne ne semble comptable de ce qu’il dit ou fait. Alors on se permet tout…

dimanche 25 novembre 2012

L’Armée fête ses 52 ans


C’est le 25 novembre 1960 que le jeune Etat crée son Armée (loi 60/189). A peine un millier de personnes, des chefs et un encadrement totalement étrangers. Il faudra attendre le 24 janvier 1964 pour voir nommé le premier chef d’Etat Major de nationalité mauritanienne, M’Barek Ould Bouna Mokhtar… Il faut attendre la guerre du Sahara en décembre 1974 pour voir les effectifs exploser… exploser… de trois à quatre mille, on en vient rapidement à huit mille.
Mal préparée, l’Armée est incapable de faire face dans une guerre où le pays parait être le maillon faible et subit pour cela une pression énorme de la part des belligérants : le Polisario qui revendique l’indépendance, l’Algérie qui entend faire payer à la Mauritanie sa volte-face et le Maroc, allié encombrant. Une guerre qui va coûter cher à ce pays qui avait choisi de ne pas avoir une vocation guerrière.
L’une des plus grandes conséquences de cette guerre sera le coup d’Etat du 10 juillet 1978 qui est d’abord une réaction de l’Armée qui refuse désormais de mener une guerre qui ne semblait mener nulle part. Cet acte de «rébellion» marque le début de l’interférence des militaires dans le jeu politique.
Fortement infiltrés par les groupuscules politiques, les militaires entament une guerre pour le pouvoir qui va d’abord prendre forme autour du clivage «pro-algériens» et «pro-marocains», avant de voir se greffer sur ces divergences toutes les luttes entre factions et lobbies politico-financiers. D’où l’instabilité qui va marquer la vie politique en Mauritanie jusqu’en 1984.
Quand Moawiya Ould Taya arrive au pouvoir le 12 décembre 1984, il sait pertinemment que le seul pilier du pouvoir sur lequel il peut asseoir son pouvoir, c’est l’Armée. Une ou deux tentatives dont sont accusés les groupuscules nationalistes (négro-africains et arabes) suffiront pour le convaincre que le mieux pour lui serait de saper justement l’Armée pour détruire toutes velléités de renversement du pouvoir.
La démocratisation de la vie politique en 1991-92 accélère le processus de déconfiture de l’institution. L’Armée est réduite à un système clientéliste et affairiste qui contribue à clochardiser ses éléments et surtout à diminuer ses capacités. Les bataillons dédiés à la sécurité du chef sont les seuls à être «normalement» pourvus en équipements (voitures, armes et munitions). Aux autres, il manque toujours quelque chose.
Quand le GSPC (groupe salafiste de prédication et de combat) attaque Lemghayti le 4 juin 2005, notre Armée nationale est incapable d’organiser la contre-offensive. Il lui faut le concours des hommes d’affaires qui fournissent logistique et équipements. L’une des raisons profondes du coup d’Etat du 3 août 2005 est à trouver ici.
La transition (août 2005-avril 2007) puis le régime civil (avril 2007-août 2008) n’inscriront pas la réorganisation des forces armées dans leurs calendriers. Il faudra attendre le coup d’Etat du 6 août 2008 et l’arrivée au pouvoir de Ould Abdel Aziz, devenu général depuis quelques mois, pour voir les pouvoirs publics s’intéresser à nouveau à l’institution. C’est l’attaque de Tourine (septembre 2008) qui les oblige à faire vite et à taper fort.
Le général Mohamed Ould Ghazwani, nommé chef d’Etat Major par Sidi Ould Cheikh Abdallahi, peut entreprendre la réforme des forces armées. Ayant fait un passage marqué à la direction générale de la sûreté, passage qui a été l’époque du démantèlement des cellules (dormantes et éveillées) de AQMI en Mauritanie, le général Ould Ghazwani fait naturellement de la lutte contre le terrorisme l’objectif autour duquel la réorganisation et la réforme des forces armées doit se faire.
Formation des hommes et mise en confiance, équipements ultramodernes, déploiement de moyens financiers, mise en place d’unités dédiées entièrement à la lutte contre le terrorisme et les trafics… tout y est pour permettre à l’Armée nationale de reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire national, d’installer des points de passage obligatoire et de créer des zones militaires exclusives.
Le 12 juillet 2010 marque un tournant : ce jour-là, l’Armée mauritanienne réussit à détruire une unité AQMI qui se préparait à attaquer le pays. L’attaque a lieu sur le territoire malien. La peur change de camp et le pays peut souffler.
Quand arrivent les évènements du Mali, les Mauritaniens comprennent que sans l’effort consenti ces dernières années, leur pays aurait été inévitablement emporté par l’écroulement de l’Etat malien et la perte de son Nord.
A 52 ans, c’est une Armée majeure qui «a d’autre chose à faire» (dixit le Président à RFI) que la politique. Notamment sa mission qui est celle de défendre le pays, de préserver son intégrité et son unité.
«Je crois que les militaires ont autre chose à faire. J’ai confiance, totalement confiance en l’Armée mauritanienne. Je n’ai à aucun moment eu de criantes…» C’est ce que le Président Ould Abdel Aziz en répondant à la question de savoir s’il avait craint un coup d’Etat.
Il a raison de dire ce qu’il a dit. Heureusement pour le pays.

samedi 24 novembre 2012

La fièvre du samedi soir


La fièvre gagne Nouakchott depuis 24 heures… La ville est en ébullition. Tout semble se concentrer sur Tevraq Zeina, mais les quartiers populaires sont tout aussi effervescents que les quartiers huppés qui attestent de la mauvaise gouvernance (passée et à venir).
Le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz est de retour. Et rares sont ceux qui s’abstiennent de faire la démonstration de leur joie. C’est un ouf ! que la population semble pousser après tant de rumeurs sur la santé du Président, tant de discours sur son «incapacité», et les serments de ses détracteurs, et le silence de ses alliés…
Des milliers de gens, «des dizaines de milliers» diront les correspondants de presse, étaient massés sur la route reliant l’aéroport au palais présidentiel. Une foule composite, reflétant parfaitement la diversité du pays, était là pour accompagner l’homme jusqu’à son lieu de travail (et de résidence). Des scènes d’hystérie, des mouvements de masse incontrôlables, et Ould Abdel Aziz qui a droit à un bain de foule extraordinaire.
Certes l’organisation laissait à désirer. Quelques survivances du clientélisme sont apparues quand il a fallu faire accéder cet homme d’affaires au salon d’honneur alors que ministres et députés attendent à l’extérieur. Un sentiment de grande improvisation. Comme d’habitude dans de pareils cas.
Il est temps justement de rompre avec cela. C’est ici aussi qu’on attend des mesures vigoureuses. Ce sont les Ambassadeurs qui sont venus d’eux-mêmes, visiblement parce qu’il a fallu appeler l’Ambassadeur de France à la dernière minute. Alors que seuls les Ambassadeurs Arabes étaient là (Maroc, Arabie Saoudite…). Fallait-il les inviter ou les laisser choisir d’eux-mêmes ? S’il fallait les inviter, pourquoi ne pas l’avoir fait à temps ? Est-ce que les partis ont été invités de façon formelle et si oui pourquoi ne pas avoir associé ceux de la COD, quitte à les laisser boycotter eux-mêmes ? Pourquoi a-t-on convié les gens à venir dès quatorze heures, alors qu’on peut savoir à quelle heure l’avion arrive ?
De nombreuses questions qui n’altèrent en rien la fête de ce soir, mais qui demandent cependant réponses.

vendredi 23 novembre 2012

Comme toujours


La trêve entre Palestiniens et Israéliens a été décrétée. Grâce à une entremise égyptienne et américaine. Comme toujours. Quelques jours de bombardements intenses, de destructions intenses, des dizaines de morts d’une part, une ou deux victimes (au plus cinq) de l’autre, des centaines de bombes fracassantes, de missiles «intelligents», des assassinats ciblés, d’autres qui ne le sont pas… et puis, l’Egypte arrive avec sa diplomatie, vigoureusement épaulée par les Etats-Unis, la trêve est signée, un cessez-le-feu précaire prévaut pour un moment, le temps pour Israël de reprendre ses bombardements ciblés et pour les Palestiniens de voir le ciel leur tomber sur la tête à chaque instant de leur vie.
Ce qui a changé ? C’est que Oumar Souleymane, l’ancien chef des renseignements dont c’était le rôle n’est plus là pour taper sur les doigts des Palestiniens meurtris et esseulés. L’homme qui l’envoyait, Hosni Moubarak, n’est plus là non plus. Le rôle des deux hommes dans la stabilisation de l’Etat d’Israël a été «hérité» par le gouvernement islamiste de Mohamed Morsi. Comme son prédécesseur, il donne les preuves de ses «bonnes intentions» envers Israël. C’est ce qui lui fait croire qu’il peut, impunément rassembler tous les pouvoirs entre ses mains.
Après avoir refusé d’entériner la dissolution de l’Assemblée mal élue selon le Conseil constitutionnel égyptien, préférant garder la main sur cet organe, le voilà qui essaye d’inféoder l’Appareil judiciaire. Alors que l’élaboration de la nouvelle Constitution est toujours en projet. D’ailleurs, nombre des acteurs devant contribuer à la rédaction de cette nouvelle Constitution ont gelé leur participation aux conclaves, entamant sérieusement la légitimité de ce qui en sortira…
Comme toujours… un dirigeant du monde arabe entend concentrer tous les pouvoirs entre ses mains et pour éviter les critiques de l’Occident, il se met au service d’Israël… comme toujours.

jeudi 22 novembre 2012

Le serment (sermon) de Jemil


Il avait juré par Allah que Ould Abdel Aziz était dans «l’incapacité», sans préciser. Il revient et précise : «…dans l’incapacité physique de diriger…». Bien sûr qu’il se ménage une porte de sortie en défiant Ould Abdel Aziz de revenir immédiatement à ses activités «normales» : ses voyages à l’étranger, ses déplacements à l’intérieur, ses rencontres…  
Ce qui intrigue dans cette «reprise» du serment de la semaine passée, c’est qu’on croyait que le chef islamiste estimait que le Président dont il exige le départ depuis près de deux ans, était «incapable» moralement ou intellectuellement ou encore politiquement… On ne pouvait pas croire que Ould Mansour faisait ce serment autour de la santé du Président alors que les rumeurs savamment orchestrées autour de sa santé commençaient par être évidemment démenties. Mais non ! c’est bien pour dire que Ould Abdel Aziz était «désormais dans l’incapacité physique de remplir ses fonctions»… Les «bons» Musulmans de chez nous, ceux qui affichent la piété et s’arrogent le droit d’en imposer aux autres, ceux-là se réservent toujours une porte de sortie dans pareils cas. «Ce n’est pas ça que j’ai voulu dire, mais ça…» Qu’importe la sincérité après.
Oui, il est évident que le Président Ould Abdel Aziz ne reviendra pas immédiatement à son rythme normal de travail. Mais il est évident qu’il est dans toutes ses capacités. L’interview avec France 24 nous a révélé un homme d’une grande lucidité, d’une franchise évidente parce qu’il n’a rien tu de son état et surtout parfaitement au courant des derniers développements en Mauritanie et dans la région en général. Il a été ferme là où il fallait (dossier malien), rassembleur quand il s’est adressé au peuple mauritanien et franc pour ce qui est de son état de santé.
Une première fois, le président de Tawaçoul a voulu convaincre son auditoire qui commençait à douter de tout ce qui se disait et qui s’écrivait allègrement. Le deuxième serment – qui prenait l’allure d’un sermon - devait être plus prononcé, plus élaboré parce qu’il était destiné à balayer une réalité, un fait : le Président Ould Abdel Aziz recouvrait toutes ses aptitudes physiques et préparait son retour triomphal au pays.
«Triomphal», pourquoi ? Parce qu’il aura vaincu, si l’on en croit tout ce que ses détracteurs (et parfois ses alliés) ont dit, nombre d’épreuves et de risques. De quoi en faire, encore une fois, un être couvert par une baraka qui l’a plusieurs fois accompagné, parfois sauvé des pires faux pas…

mercredi 21 novembre 2012

Les valeurs mères


C’est une discussion avec mon ami Billil qui m’a convaincu de parler de ce dont je vais vous parler. Un peu de ces valeurs qui ont manqué dans la gestion de la phase actuelle de notre devenir.
Trois notions selon mon ami ont disparu, participant au dérèglement de notre système de valeurs : «trezgui», «tmaghviir» et «tazawiit».
La première notion, «trezgui», est dérivée du nom de la première vague des Bani Hassane, les Awlad Rizg qui ont établi leur autorité sur une grande partie du sud-ouest, ce qui deviendra plus tard l’Emirat du Trarza. La notion leur dicte une certaine hauteur vis-à-vis de tout ce qui est «petit», ce qui est «minable»… Quand on est «mrezgui», il y a des misères qu’on ne peut s’autoriser. Exercer une pression sur le plus faible, voler, ruser pour avoir un indu, exprimer un attachement prononcé pour la nourriture, pour le bien d’ici-bas…
«Tmaghviir» vient des Mghafra, la deuxième et dernière vague des Hassanes qui ont finalement dominé le pays, imposant leur langue (le Hassaniya) et fondant un nouveau pouvoir. C’est une forme évoluée de «trezgui» et va plus loin parce qu’elle impose un devoir d’assistanat au plus faible, à l’opprimé, d’imposer la grandeur d’esprit, la Morale comme contrainte dans l’action…
«Tazawiit», c’est un concept tiré de la composante maraboutique (Zwaya) de la société. Ce sont bien les lettrés qui ont imposé une idéologie qui fait de leurs valeurs l’élément stabilisateur de la société…
Les trois notions imposent de ne pas mentir, de ne pas tricher, de ne pas trahir, d’être mesuré, tolérant, équitable, juste, précis… tout ce qui a manqué à l’élite mauritanienne ces dernières années, particulièrement ces dernières semaines…

mardi 20 novembre 2012

Ould Abdel Aziz, le retour


La rumeur sur la santé du Président avait repris de plus belle. A la veille de la manifestation organisée par l’a Coordination de l’opposition démocratique (COD) autour de «la vacance du pouvoir» (pas moins !), la question était de savoir quand est-ce que le Président va venir déclarer lui-même son incapacité. C’est ce que les hauts cadres politiques, les intellectuels les plus avertis tenaient à discuter… quand la nouvelle est tombée…
Sur les ondes de RFI, on annonce le rendez-vous entre les deux présidents, le mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et le français François Hollande. Rendez-vous qui a lieu à 11 heures ce matin de mardi. A la sortie de l’audience où il paraissait, certes amaigri, mais en bonne santé quand même, le Président Ould Abdel Aziz déclare qu’il rentre «bientôt» à Nouakchott. Plus tard, c’est la présidence mauritanienne qui annonce la date du 24 novembre comme date du retour du Président. Il sera donc là pour commémorer l’indépendance nationale, quitte à revenir dans les semaines qui viennent à Paris pour un dernier contrôle.
En Mauritanie, c’est le soulagement malgré les dernières tentatives d’intoxication. Il faut attendre la diffusion de l’interview accordée à France 24 par le Président et sa reprise par la télévision nationale pour assister à l’explosion de joie.
L’heure est aux bilans. Au niveau des camps politiques, il y a lieu, comme nous l’avons déjà fait, de souligner la capacité du pouvoir à contenir le choc sans précédent à plusieurs égards. C’est la première fois de l’Histoire du pays que les Mauritaniens vivent une telle situation, nous n’y reviendrons pas. Cette situation a ouvert la voie à toutes les manigances et pour la première fois, nous avons failli assister à un coup d’Etat par la rumeur.
L’épisode du samedi 28 octobre est effectivement une tentative de déstabilisation savamment orchestrée et qui a failli aboutir n’était-ce le sang-froid et la retenue de ceux qui avaient en charge d’assurer l’ordre et la sécurité. Imaginons un moment qu’en un lieu donné de Nouakchott, quelques badauds avaient pris au sérieux les rumeurs de renversement du régime, d’affrontements entre factions du pouvoir, d’absence de direction des opérations, pour piller une boutique, qu’ils aient été dispersés violemment par la police ou la garde, que pour cela on ait utilisé des grenades lacrymogènes, imaginons le bruit que cela ferait, complétant le tableau de désordre qu’on a voulu installer… un chao était espéré ce soir-là… heureusement pour tout le monde finalement que le pire n’est pas arrivé.
Le système aura donc tenu tout ce temps. Ni le chef d’Etat Major national, ni le Premier ministre, ni le Cabinet présidentiel, ni les responsables de la sécurité n’ont cédé à la panique. Il y a, pour Ould Abdel Aziz, quelque chose sur lequel il peut construire un système qu’il a jusqu’à présent éviter d’asseoir.
Entre ceux qui ont juré par Allah que «Ould Abdel Aziz était dans l’incapacité de diriger» et ceux qui ont défendu les pires thèses sur la personne, on retiendra que des hommes politiques, des intellectuels qui se croient de haut niveau, ont fait des viscères d’un homme et du drame d’un pays, un sujet de conversation tout au long de ces longues semaines. Comme s’il n’y avait plus d’humanité en eux…
On retiendra pour nous autres, tous ces développements qui prétendent à la science autour des intestins, du foie, des blessures à l’abdomen, des montages photos, des récits bien cousus… comme si la seule expertise que nous avions à développer est celle de la confection du faux. Rappelez-vous tout ce qui a été «prouvé» grâce à l’éveil technique (et technologique) de nos journalistes, toutes ces photos dont on avait démonté le faux. Rappelez-vous ces récits dont l’objectif était de dénigrer l’institution en travaillant les circonstances de l’accident. Rappelez-vous ces intellectuels, pseudos penseurs, quand ils se lançaient dans des démonstrations à partir de faits virtuels…
Rappelez-vous et dites-vous que notre élite est à un niveau de réflexion, à un niveau de «moralité», à un niveau d’engagement… désespérants.