jeudi 3 mai 2012

L’affaire Pélican


C’est un peu cette affaire d’autodafé commis par Birame Ould Abeidi et certains de ses compagnons, cette affaire qui continue à alimenter les discours politiques, chacun voulant en faire un cheval de bataille pour se relancer. Trop de gens voulaient une mort subite pour Birame et ce qu’il représente. Si certains reprochaient à Ould Abeidi de prendre en otage une cause qui mérite consensus, d’autres y voyaient un concurrent, sinon un danger qu’il fallait maitriser pour en faire un atout. C’est ce qui explique ses alliances avec les différents segments du paysage politique.
D’abord et surtout avec les partis formant la COD. Il fut un temps où les communiqués rendaient compte des rencontres des dirigeants les plus en vue avec le chef de l’IRA. Il a été même envisagé, à un moment, de lui confier la mise en place d’un gouvernement provisoire de transition quand «on» avait commencé à exiger le départ de Ould Abdel Aziz. Cela a été annoncé officiellement. Il a été démarché par tous ceux qui le dénoncent à présent.
Ce soir, au sit-in de la COD, des discours ont laissé entendre que l’IRA et donc Birame avaient des relations avec les renseignements. Saleh Ould Hanenna de Hatem a rappelé que l’organisation, non reconnue du reste, s’adonnait impunément à ses activités qui étaient largement couvertes par les médias officiels. Ce qui est faux, mais passons.
Dans un communiqué rendu public, l’ancien chef de l’Etat, le colonel Ely Ould Mohamed Vall croit savoir que les autorités, au courant bien avant les faits, pouvaient empêcher l’autodafé. En arrêtant Birame et ses amis ? C’est ce qui est dit implicitement. Les vieilles méthodes du temps de l’ancienne DGSN. Des méthodes qui ont décrédibilisé toutes les actions de la police. Parce qu’on avait fini par croire que tout ce que la police entreprenait visait la fabrication du faux.
Avait-on besoin de tant d’acharnement sur Birame et ses amis de la part de la COD et des personnalités politiques en vue ? C’est bien une manière, pour ceux qui étaient mêlés avec lui dans un même projet, de se démarquer le plus possible de la personne. Et pour ceux qui y voyaient un écueil de le liquider définitivement.
On peut comprendre que le pouvoir trouve dans cette affaire l’occasion de régler des comptes à ses adversaires «imprudents». Mais pour la COD, quel intérêt à charger Birame ?
Encore que pour les Islamistes de Tawaçoul, il y a un terrain à (re)conquérir, celui de la conscience islamique, véritable ciment, seul catalyseur et inspirateur de la ferveur de notre société. Après avoir considéré que la cause de Birame pouvait être un facteur de déstabilisation du régime, et, pour cela avoir essayé de l’exploiter dans la perspective révolutionnaire, il fallait bien se reprendre pour éviter de s’aliéner la masse qui ne veut pas qu’on touche à ses fondamentaux.
Mais pour les autres partis de la COD, à quoi cela sert-il de dire que Birame est un agent des renseignements ou qu’il a été manipulé ? Rien. D’autant plus que cela ne peut être crédible.
Birame est un excité dont les positions déjà radicales, ont été soutenues par certaines grandes figures (religieuses et politiques). N’ayant pas la stature de Mufti, il a, comme nous tous, entendu ceux de nos Ulémas qui nous répètent que tout ce qui est venu après le Texte (Coran) et la Sunna est une création de l’homme, une innovation satanique probablement et qu’il ne fallait pas lui vouer une sacralité. Il a voulu frapper un grand coup. Il l’a fait dans la mesure où il a dérangé la quiétude de tout le monde.
Que ceux qui le trouvaient fréquentable et qui le célébraient parfois ne s’en désolidarisent pas. Pas si allègrement quand même…

mercredi 2 mai 2012

On n’sait plus quoi dire


C’est lors d’un débat animé sur les ondes de MFM (Mauritanid FM) que j’ai entendu un jeune déclarer : «Nous entendons reprendre notre révolution qu’on nous a volée en 2005. Quand des milliers de nos Ulémas, de nos militants ont payé de leurs vies, de leur liberté pour faire tomber le régime, et qu’un groupe de militaires sont venus lui voler la révolution. Nous allons la reprendre…» Avant ces propos, il se défendait d’être politique et se présentait en membre d’un syndicat estudiantin qui n’avait d’autre préoccupation que celle d’amener à la satisfaction des doléances des étudiants. En quelques secondes, il s’est transformé en un leader révolutionnaire qui exigeait le départ du régime…
Nous ne sommes pas dupes et nous savons parfaitement que l’effervescence en milieu scolaire et universitaire est bien liée à l’agenda politique de certaines formations politiques. D’ailleurs aucune de ces formations ne s’en cache vraiment. Mais là où l’on n’est pas d’accord, c’est quand on veut s’approprier ce qui ne vous appartient pas. La chute du régime en août 2005 n’est en rien le fait d’un quelconque mouvement ou parti. Elle est le résultat d’un pourrissement intérieur qui a d’ailleurs fait que le changement est venu de … l’intérieur. N’oublions pas qu’au moment où l’Armée prenait le pouvoir le 3 août 2005, toute la classe politique – à part l’APP, un peu hésitante – prenait part à un dialogue avec le Rassemblement pour l’unité et la démocratie, le RDU de Ahmed Ould Sidi Baba. Ce dialogue qui n’était pas direct avec Ould Taya et qui avait pris deux semaines déjà quand le coup d’Etat a eu lieu, avait rassemblé tous les acteurs ou presque. Ils se contentaient de cela, même si certains d’entre eux y avaient vu une manière de les domestiquer pour les «diriger» sur le chemin de la pénitence… Je le rappelle pour ne pas laisser nos acteurs actuels (et futurs) trafiquer l’histoire.
…Finalement la journée du 2 mai ne sera plus celle du lancement du sit-in permanent que nous promettait la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD). On avait, bien avant l’affaire de l’autodafé de vendredi, remarqué une divergence dans les discours des partis constituant cette coordination. Les uns n’étaient pas au courant du sit-in, d’autres nous disaient ne pas s’associer au slogan promis (Aziz, dégage), tandis que certains tenaient à la recrudescence et à la radicalisation des méthodes de lutte.
En ce 1er mai, la COD a finalement choisi de manifester sous le signe de la protestation contre l’autodafé. Une façon de revoir à la baisse l’objectif de la manifestation et sa nature parce qu’il ne s’agira que d’une marche et d’un meeting. Une manière aussi de «suivre» le cours des événements, de se voir imposer ce cours…
Finalement l’affaire Birame aura donné un souffle à tout le monde. Au pouvoir en lui permettant de respirer l’air de la tranquillité et du consensus. D’arrêter les fauteurs sans avoir à s’expliquer devant une opinion publique déjà très engagée contre eux. Les forces politiques n’ont-elles pas demandé des sanctions à l’encontre des fauteurs ?
A l’opposition qui trouve en cet acte, un objet de mobilisation et un prétexte pour recadrer ses ambitions.
Il n’y a que Tawaçoul qui semble chercher à sortir de l’état de torpeur dans laquelle le geste de Birame a mis la classe politique qui travaillait de concert avec lui pour en faire un cheval de bataille. Dans un premier temps, le parti islamiste a été plutôt «circonspect» dans sa condamnation, laissant une porte de sortie en insistant sur le fait que tout ce qui n’est pas le Texte (coranique) et la Sunna (Tradition avérée du Prophète, PSL), était discutable. Mais, aujourd’hui, l’une de ses figures, Ahmed Jidou Ould Ahmed Bahi est revenu sur le sujet pour le condamner sans ambigüité. Au cours de ce meeting, le président de Tawaçoul Jemil Ould Mansour est lui aussi revenu sur le fait pour le condamner encore plus fermement qu’il ne l’avait fait dans sa précédente sortie. Il a même appelé à une initiative «Nous sommes tous Malik» (Malik Ibn Anas, le père du rite qui domine la région nord-ouest africaine). Les dirigeants du parti ont compris qu’il n’y a pas à tergiverser… que la nuance pouvait être très risquée dans un milieu comme le nôtre…
En attendant le 2 mai et ses rendez-vous multiples, on ne sait plus quoi dire dans le milieu politique.

lundi 30 avril 2012

Au secours, la FNT revient !


Il était une fois la fédération nationale des transports. Qui avait des droits sur tout le secteur du transport. Pour chaque voiture de transport, la FNT recevait une dîme qui variait de 100 à 500 UM. Un Etat dans l’Etat. Des milliards et des milliards que les services publics collectaient pour être virés dans un compte privé. Pendant des années.
La réforme du secteur des transports des années 2000 avait laissé espérer une amélioration par la libéralisation du secteur. On s’attendait à une baisse des prix, à une réorganisation des opérateurs, à un renouvellement de la flotte…
Pendant une décennie, la résistance à la réforme a fait qu’elle s’est apparentée à un chaos. Comme si on voulait nous dire que la libéralisation était une mauvaise option et que la mainmise du privé était une aubaine.
La FNT, anciennement tentaculaire, fut réduite il est vrai. Mais rien de sérieux n’a été fait pour assurer la continuité «normale». Jusqu’à la création de l’autorité de régulation du secteur, on avait cru que la réforme avait été oubliée.
Avec cette autorité dont la direction est contestée – on devrait dire la présidence, mais je veux être le plus complet possible -, on a aujourd’hui l’impression qu’on cherche à restaurer une FNT sans les avantages en matière d’organisation et d’efficacité. On veut visiblement rééditer l’imposition qui faisait loi.
Par arrêté, l’autorité a décidé de faire payer à toute voiture de transport une taxe de sortie (et d’entrée) variant selon le domaine d’activité. Un bus de 15 places reliant Nouadhibou à Nouakchott doit payer 28.000 UM par trajet pour son gasoil, que le bus qui part à heure fixe, est rarement plein, qu’il paye le chauffeur 2000 UM par voyage, comment imaginer un poids de plus de 7.500 UM ?
Les camions vont de 2500 UM à 60.000 UM, selon le tonnage. Pour les carrières et les mines, les camions payent 4000 UM par sortie. Les récépissés ne sont pas conformes alors que la loi précise leur forme et leur contenu. Les sommes sont prélevées par un personnel recruté de façon anarchique.
Qui dit mieux ?  

dimanche 29 avril 2012

Mauritanids/FM, des pionniers


C’est la deuxième fois cette semaine que je suis invité par Mauritanids FM, la première station radio libre du pays. Je suis heureux d’y découvrir des jeunes très actifs et très entreprenants qui veulent à ouvrir leur station à toutes les expressions.
Les émissions de débats sont les plus fréquentes et permettent de garantir le pluralisme. Il ne se passe pas une heure sans débat. Tout est prétexte pour ouvrir au débat.
Le défi pour cette radio, c’est qu’elle est la première à être lancée depuis la libéralisation de l’espace audiovisuel. Elle doit donc mettre la barre très haut pour prendre son envol par rapport à ceux qui vont suivre. Surtout en matière d’informations et de débats pluriels. Toutes les oppositions y sont passées, tout comme les soutiens.
C’est pourquoi je tiens à féliciter mes confrères de Mauritanids, tout en leur espérant la plus grande réussite. Une réussite qui déterminera le développement de la liberté d’expression et qui contribuera à apaiser la scène politique.

samedi 28 avril 2012

L’autodafé de trop (suite)


Des centaines de jeunes étudiants des écoles religieuses ont manifesté dans les rues de Nouakchott pour protester contre l’autodafé organisé par Birame Ould Abeidi, hier vendredi. Ils se sont rendus à la présidence de la République où ils ont été accueillis par le Président Ould Abdel Aziz qui a promis que le geste ne restera pas impuni. De partout, les condamnations ont fusé. Révélant l’ampleur du choc causé par l’autodafé, premier du genre sur cette terre.
Dans la soirée, Birame Ould Abeidi sera arrêté par la police. Arrestation musclée, parce que l’homme a organisé autour de sa personne une milice chargée de le protéger. C’est cette milice qui s’en est pris à un enseignant qui se trouvait dans les environs de la prière organisée par les amis de Birame. L’homme a été battu, lui et sa famille parce qu’il a déclamé la profession de foi consacrée par les Musulmans (laa ilaaha illa Allah, Mouhammad Rassoul Allah).
Cette affaire aura des implications politiques certaines. Elle arrive alors que les acteurs de l’opposition cherchent à conclure «bellement» le cycle de protestations visant à obliger le départ de Ould Abdel Aziz. Même si personne ne semble pouvoir affirmer que c’est la formule «sit-in ouvert en permanence» qui a été retenue, le rendez-vous du 2 mai a été pris pour obliger Ould Abdel Aziz à dégager. Rien de moins.
Fer de lance de cette opposition, le parti islamiste Tawaçoul comptait beaucoup sur la frange Haratine et sur la question de l’esclavage, pratiques et séquelles, pour allumer le feu de la révolution programmée et expliquée par Mohamed El Mokhtar Echinguitty, l’un des idéologues de l’Islamisme moderne en Mauritanie. Il expliquait dans un article publié en janvier dernier que les forces sur lesquelles la révolution doit compter sont au nombre de quatre : les élèves et étudiants, les Haratines, l’opposition traditionnelle et la force islamiste montante.
On a vu la mobilisation des syndicats estudiantins affiliés à la mouvance islamiste à l’ISERI et à l’Université (UNEM). On a vu aussi la constitution d’un regroupement d’élèves du primaire contestataires. C’est ce qui a animé la rue ces dernières semaines. Tout comme les marches et meetings de la Coordination de l’Opposition Démocratique composée essentiellement de «l’opposition traditionnelle» (à Ould Taya). Tawaçoul est vraiment à la pointe du radicalisme face au pouvoir en place. Ne restait donc que la force Haratine, celle qui devait constituer la chaire à canon, au moins l’avant-garde de cette révolution.
Birame Ould Abdeidi et son organisation IRA ont été adoubés par la mouvance islamiste pour servir de catalysateurs de la frange dont les frustrations et les misères sont à instrumentaliser pour donner une dimension sociale à la révolution. Nonobstant quelques clashs qui ont opposé Ould Abeidi à certains symboles de la mouvance, notamment le Cheikh Ould Dedew, les dirigeants de la mouvance ont continué à espérer pouvoir s’appuyer sur l’IRA. Des éléments ont même été envoyés en renfort et comme pour accompagner et encadrer le mouvement.
Le problème aujourd’hui, c’est qu’en brûlant des ouvrages islamiques à la base de l’idéologie fondant le rite malékite pratiquée en Mauritanie depuis les Almoravides, l’organisation de Ould Abdeidi se met sur le dos tous les segments de la société mauritanienne.
Quelle que soit le positionnement social, aucune frange sociale ne peut rester indifférente à un tel acte. Aucun parti, fut-il Tawaçoul (surtout Tawaçoul), ne peut se dérober devant l’opinion publique. Chacun étant obligé de prendre position et de dénoncer. En dénonçant, ils justifient les mesures prises à la suite de l’autodafé. En prenant la défense de Ould Abeidi, ils bénissent son acte. Drame cornélien… que devra supporter la COD et surtout Tawaçoul… et qui aura des conséquences sur la scène politique.

vendredi 27 avril 2012

L’autodafé de trop


Un évènement, s’il en est ! L’activiste Birame Ould Abeidi a choisi cette journée de vendredi pour manifester son refus de ce qu’il considère être l’hégémonie du rite malékite qu’il juge esclavagiste. Deux actes ont fondé ce que Birame et ses amis considèrent être une résistance contre cette hégémonie et ses tenants.
Une prière du vendredi conduite par un membre de l’organisation et dans laquelle le prêche a été une violente diatribe contre les Fuqahas et autres exégètes qui perpétuent l’esclavagisme, selon les militants, par leurs fausses interprétations des textes coraniques et de la Tradition du Prophète (Sunna). Cette prière sera suivie par un autodafé des livres considérés comme étant à la base des dogmes du Malékisme qui est le rite exercée par le nord-ouest africain depuis le 11ème siècle. Le premier d’entre ces livres-références sera le Précis de Khalil (Moukhtaçar Khalil). En plus d’autres ouvrages qui traitent du Fiqh malékite.
On peut imaginer le tollé que cela soulève. De toutes parts, les condamnations ont fusé. Premiers dérangés par les deux actes, ce sont les alliés politiques de Birame Ould Abdeidi, surtout les Islamistes de Tawaçoul qui comptaient beaucoup sur l’instrumentalisation de la question de l’esclavage, pratiques et séquelles, pour enflammer les rues dans le cadre de la révolution programmée depuis quelques semaines. D’ailleurs, le communiqué de ce parti était plutôt «mou», en tout cas moins virulent que toutes les autres expressions contre cette manifestation.
Deuxième camp dérangé, celui de l’autorité politique qui a réussi jusque-là à éviter de faire de Birame, une victime. Plus : l’autorité a réussi jusqu’à présent à éviter de faire des prisonniers parmi les protestataires. Malgré tous les excès enregistrés ici et là. Le geste de Birame engage la responsabilité des autorités dans la mission de protection des croyances et des fondements moraux de la société. Il est donc probable qu’il y ait une réaction de la justice qui ne pourra se permettre de faire profil bas.
«Je ne peux pas comprendre le geste», nous dit Me Mahfoud Ould Bettah, président de la Convergence démocratique. Cette incompréhension est générale. Un acte de provocation dont l’objectif premier est d’amener les autorités à arrêter Birame Ould Abeidi et d’en faire une victime. Il y a quelques mois, l’intéressé qui coordonnait avec certains segments de l’opposition, avait lancé l’idée de la constitution d’un gouvernement de transition nationale. Il promettait la divulgation de la composition de ce gouvernement pour les semaines à venir. On a oublié cette promesse. Il revient d’un voyage en Europe et décide donc de procéder à cet autodafé.
On sait depuis quelques siècles, que «là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes» (Heinrich Heine, Almansor)… Rien, absolument rien ne peut justifier un tel acte.

jeudi 26 avril 2012

Abidjan, un an après


Réveil très tôt, le décollage pour Abidjan est prévu à 5 heures et quart. Avec un groupe de journalistes (publics et privés), nous devons accompagner le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz, invité comme observateur au sommet extraordinaire de la CEDEAO. Le sommet doit traiter des crises malienne et bissau-guinéenne. La Mauritanie et l’Algérie sont présents comme «pays du champ».
Sans le dire, la CEDEAO comprend qu’il ne peut rien se passer sans ces pays du champ avec lesquels il faut compter le Niger. C’est pourquoi elle tient à leur présence.
C’est l’occasion de revoir Abidjan où je n’y suis pas allé depuis cette visite du Panel du CPS de l’UA chargé de régler la crise postélectorale. Notre pays qui dirigeait le CPS à l’époque présidait ce Panel de chefs d’Etats. Entre «la République du Golf» - c’est comme ça qu’on appelait à l’époque le camp du président élu Alassane Dramane Ouattara, retranché à l’hôtel du Golf sous la protection internationale -, entre cette République et celle de Gbagbo qui s’entêtait à vouloir rester au pouvoir, le dialogue était impossible.
En réalité la mission africaine était piégée par l’engagement de certains de ses membres. Le burkinabé Blaise Compaoré était le principal soutien de Ouattara, alors que Gbagbo bénéficiait du soutien indéfectible du sud-africain Zuma. Et derrière se profilait le marionnettiste Sarkozy qui avait décidé d’en finir avec Gbagbo. Les pressions venaient de toutes parts pour empêcher tout accord.
Pendant ce temps, c’était le peuple ivoirien qui souffrait les affres d’une guerre civile imposée par des agendas extérieurs. Un an après, on veut bien croire que la légalité retrouvée, tout a changé en Côte d’Ivoire. Il est vrai que les images des confrontations, des balles perdues, des dommages collatéraux, que ces images ne sont plus visibles au quotidien. Mais la haine est là. Le désespoir aussi, ainsi que la perte de foi. Les gens qui circulent dans les rues semblent réservés, comme s’ils attendaient un signal. Lequel ? Celui de reprendre le chemin de la guerre ? Pas forcément. Celui de contester la satellisation de leur pays ? Sûrement pas. Celui de se rebeller à nouveau pour imposer un ordre nouveau ? Peut-être pas.
Ils attendent… Au sommet, on est surpris par l’atmosphère qui règne. On n’a pas l’impression que nos interlocuteurs ivoiriens nous disent tout. Pourtant ils se plaignent. De la hausse des prix, de l’insécurité endémique, de l’absence de perspectives politiques et sociales, du chômage, de l’économie qui ne redécolle pas, de l’espoir qui ne revient pas…
On tourne tout de suite la discussion vers la victoire de Chelsea, le club anglais qui compte parmi ses joueurs quelques «éléphants» dont Didier Drogba, l’artisan de la victoire du club contre la plus belle équipe d’Europe, le Barça. C’est quelque chose qui fait briller l’étoile ivoirienne en ces temps d’obscurité qui durent depuis… qui ne finissent pas de durer…