vendredi 27 avril 2012

L’autodafé de trop


Un évènement, s’il en est ! L’activiste Birame Ould Abeidi a choisi cette journée de vendredi pour manifester son refus de ce qu’il considère être l’hégémonie du rite malékite qu’il juge esclavagiste. Deux actes ont fondé ce que Birame et ses amis considèrent être une résistance contre cette hégémonie et ses tenants.
Une prière du vendredi conduite par un membre de l’organisation et dans laquelle le prêche a été une violente diatribe contre les Fuqahas et autres exégètes qui perpétuent l’esclavagisme, selon les militants, par leurs fausses interprétations des textes coraniques et de la Tradition du Prophète (Sunna). Cette prière sera suivie par un autodafé des livres considérés comme étant à la base des dogmes du Malékisme qui est le rite exercée par le nord-ouest africain depuis le 11ème siècle. Le premier d’entre ces livres-références sera le Précis de Khalil (Moukhtaçar Khalil). En plus d’autres ouvrages qui traitent du Fiqh malékite.
On peut imaginer le tollé que cela soulève. De toutes parts, les condamnations ont fusé. Premiers dérangés par les deux actes, ce sont les alliés politiques de Birame Ould Abdeidi, surtout les Islamistes de Tawaçoul qui comptaient beaucoup sur l’instrumentalisation de la question de l’esclavage, pratiques et séquelles, pour enflammer les rues dans le cadre de la révolution programmée depuis quelques semaines. D’ailleurs, le communiqué de ce parti était plutôt «mou», en tout cas moins virulent que toutes les autres expressions contre cette manifestation.
Deuxième camp dérangé, celui de l’autorité politique qui a réussi jusque-là à éviter de faire de Birame, une victime. Plus : l’autorité a réussi jusqu’à présent à éviter de faire des prisonniers parmi les protestataires. Malgré tous les excès enregistrés ici et là. Le geste de Birame engage la responsabilité des autorités dans la mission de protection des croyances et des fondements moraux de la société. Il est donc probable qu’il y ait une réaction de la justice qui ne pourra se permettre de faire profil bas.
«Je ne peux pas comprendre le geste», nous dit Me Mahfoud Ould Bettah, président de la Convergence démocratique. Cette incompréhension est générale. Un acte de provocation dont l’objectif premier est d’amener les autorités à arrêter Birame Ould Abeidi et d’en faire une victime. Il y a quelques mois, l’intéressé qui coordonnait avec certains segments de l’opposition, avait lancé l’idée de la constitution d’un gouvernement de transition nationale. Il promettait la divulgation de la composition de ce gouvernement pour les semaines à venir. On a oublié cette promesse. Il revient d’un voyage en Europe et décide donc de procéder à cet autodafé.
On sait depuis quelques siècles, que «là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes» (Heinrich Heine, Almansor)… Rien, absolument rien ne peut justifier un tel acte.

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