dimanche 18 décembre 2011

Gone with the wind


Ils sont partis. Sur la pointe des pieds. «Ils», ce sont les soldats américains. De l’Irak, ils se sont retirés après près de neuf ans de présence. On s’en souvient encore…
Le 20 mars 2003, le président George W. Bush envoie ses troupes contre l’Irak de Saddam Hussein, accusé de tous les maux et faisant partie du fameux «axe du Mal» contre lequel l’Amérique lançait sa croisade. L’opération avait pour objectif de «libérer» l’Irak, de donner à son peuple l’occasion de s’exprimer, de lui offrir la démocratie, la sécurité, la prospérité, l’espoir d’un lendemain meilleur, de garantir son unité et de le laisser se prendre en charge enfin.
Près de neuf ans après, les 170.000 hommes mobilisés pour occuper le pays le quittent. Le Pentagone aura dépensé 770 milliards dollars dans cette opération d’occupation. L’Amérique aura perdu 4474 hommes dont la majorité dans les combats, 32.000 ont été blessés et ont quitté le champ de bataille (définitivement ?).
Côté irakien, l’occupation américaine s’est traduite par la mort de 113.680 civils, par la destruction des infrastructures (routes, ponts, bâtiments…), par l’exil d’une partie de la population, l’appauvrissement de cette population, l’exacerbation des déchirements confessionnels et ethniques, le recul de l’Irak sur le plan du développement humain, le pillage de ses ressources naturelles, de son patrimoine historique, l’hypothèque sur son avenir…
Il n’y aura plus que 157 soldats pour entraîner les forces irakiennes et protéger l’Ambassade des USA. Les 505 bases américaines ont été fermées. Parce que l’Irak refusait d’accorder l’immunité aux soldats américains, on ne doit laisser sur place que les indispensables.
L’Irak qui exporte 2,2 millions de barils de pétrole par jour, a un revenu pétrolier de 7 milliards dollars par mois.
L’Irak d’avant les américains ne manquait pas d’eau potable. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’Irak d’avant les Américains envoyait l’image d’un pays riche, très développé sur le plan des infrastructures, autosuffisant en cadres techniques de grande valeur, où l’on ne comptait pas d’analphabètes… il parait aujourd’hui comme un pays du Tiers-Monde, avec une situation sanitaire des plus alarmantes dans le monde arabe, un niveau de vie très bas, des conditions précaires et une insécurité très forte.
Mais le plus grave, c’est que l’Irak est menacé dans son intégrité. En partant, les Américains laissent derrière eux une société éclatée, un peuple émietté. Après les Kurdes qui sont en passe de prendre leur indépendance, au moins deux des provinces sunnites ont déclaré leur autonomie ces jours-ci. La province de Diyala ou celle de Salah Eddine estiment qu’il n’ya pas de place pour les Sunnites dans l’Irak d’aujourd’hui. On s’achemine donc vers une partition qui sera fatale pour toute la région.
Encore plus grave, l’étendue du phénomène de la corruption qui ronge l’appareil depuis l’arrivée des Américains…
Les soldats américains n’ont pas manqué d’exprimer leur joie de quitter ce pays en espérant rentrer chez eux le plus tôt possible. L’occupation n’ayant pas été une promenade de santé comme l’avait promis George W. Bush.
Mais les Irakiens sont encore plus contents, eux qui estiment avoir «poussé» les Américains au départ et qui espèrent qu’avec ce départ, c’est la fin de l’occupation.
Les images du retrait américain du Vietnam avaient traumatisé l’Amérique. Il a fallu attendre les expéditions d’Irak et d’Afghanistan pour voir la première puissance mondiale essayer de faire oublier cet épisode malheureux. Aujourd’hui, vous ne verrez aucune image de ce retrait qui signe pourtant l’échec d’une folie guerrière, encore plus absurde que celle du Vietnam. Sur ce plan (communication), l’Amérique est encore très forte…
Il faut dire que les yeux du monde sont braqués sur la Syrie, le Yémen et l’Egypte. Encore un service rendu par les dictateurs aux maîtres du moment. Une trahison de plus pour leurs peuples…

samedi 17 décembre 2011

La Tunisie, un cas à part


Le 17 décembre 2010, un jeune étudiant, vendeur à la sauvette de son état, est excédé par le racket que lui fait subir une police municipale de plus en plus vorace et violente. Dans un geste, non pas de désespoir mais d’objection de conscience, de rappel à l’ordre pour ses compatriotes, le jeune Mohamed Bouazizi s’immole. C’est le point de départ de «la révolution du jasmin» qui va coûter quelques dizaines de morts (de plus mais pas inutilement).
Le 12 décembre 2011, un nouveau président est élu en Tunisie. Il s’agit de l’opposant historique Moncef Marzouki, ancien président de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme, ancien candidat à la présidentielle et opposant farouche à Ben Ali. C’est qu’en Tunisie, du chemin a été accompli.
Un coup d’Etat constitutionnel a permis, avec la complicité de l’Armée qui a refusé de tirer, d’amener au pouvoir une équipe de réformateurs. Des gens qui ont travaillé avec l’ancien régime sans se salir, ayant donc une expérience de l’exercice du pouvoir et en même temps la capacité de satisfaire quelques-unes des aspirations du moment.
Des élections ont été organisées. Elles visaient à choisir les personnes qui devront faire partie de la Constituante ayant pour mission première d’élaborer une nouvelle Constitution pour le pays. Des élections régulières et qui ont donné vainqueur le parti de la Nahda, celui de la mouvance islamiste modérée.
Dirigé par Rachid Ghannouchi, un idéologue de première heure d’un islamisme modéré et moderniste, le parti Nahda a vite fait de composer avec la réalité politique. En fondant une coalition qui lui permettait non seulement d’exercer convenablement le pouvoir, mais aussi de donner les gages de sa bonne volonté à vouloir impliquer le plus de segments politiques de la société tunisienne. La démarche de Nahda lui a permis de faire passer le cap à la Tunisie, du moins jusqu’à présent.
L’autre jour, j’écrivais ici, que la Tunisie qui a aboli l’esclavage en 1846 (deux ans avant la France), qui a eu sa première Constitution en 1861, cette Tunisie-là avait pris forcément une longueur d’avance sur le reste du monde arabe. Ajouter à cela tout l’héritage bourguibien (de Habib Bourguiba, le premier président tunisien) : la scolarisation systématique, l’émancipation de la femme, la désacralisation de tous les aspects de la vie… bref tout ce qui fait que la Tunisie est restée la contrée arabe la plus ouverte sur l’Occident en particulier, sur l’Autre en général.
Le fait d’avoir Rachid Ghannouchi a certainement joué. Il a su avoir la vision, les mots pour l’exprimer, les actes pour la concrétiser, une vision qui rassure et qui n’exclut pas. Le mouvement islamiste tunisien est en avance sur les autres parce qu’il a un idéologue qui a su le réformer très tôt pour faire de la Modernité un enjeu central. Ce n’est pas le cas de l’Egypte où l’on est resté sur Hassan el Banna et ses disciples du siècle passé. Encore moins des autres pays où l’on se cherche encore.
Une société comme la société tunisienne a d’énormes capacités pour subir les du changement violent, en amortir le choc sans en ressentir les effets dévastateurs. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Surtout pas des pays arabes dont les peuples ont été volontairement maintenus dans l’ignorance et en retrait du monde. Surtout pas…  

vendredi 16 décembre 2011

L’Opposition s’en va en guerre


Les partis de la Coordination de l’Opposition démocratique (COD) ayant refusé de prendre part au dialogue, ces partis ont organisé un grand meeting jeudi aux abords de la grande mosquée de Nouakchott (El ‘atiiq). «Meeting du ras-le-bol», il est, selon les leaders de la COD, le point de départ d’une série de manifestations qui déborderont vers une expression de ce «ras-le-bol» de «plus en plus anormale». Autrement dit, la COD chercherait dans les jours à venir à créer une tension par des «escarmouches» entre manifestants et forces de l’ordre. Selon toujours les milieux de la COD, ces «escarmouches» prendraient la forme de manifestations non autorisées, de «caillassages» de bâtiments officiels, et même de leur contrôle par des manifestants déterminés… un peu à la manière des Tunisiens, Egyptiens, Syriens ou Yéménites. L’objectif étant d’installer une atmosphère guerrière à même de favoriser l’instabilité du régime et probablement sa chute. On n’espère plus que cela au sein de la COD.
Les discours de plus en plus guerriers des leaders en disent long sut l’état d’esprit qui prévaut au sein de la classe politique opposante. On en est arrivé à souhaiter un changement de régime au plus vite, à n’importe quel prix, peu importe la manière.
Soit par coup d’Etat. Ce qui explique les derniers appels du pied à l’Armée que quelques-uns des leaders «caressent dans le sens du poil». Tantôt en lui disant que «si Ould Abdel Aziz a peur d’elle, à l’opposition, on attend beaucoup d’elle». Tantôt en l’appelant carrément à «prendre ses responsabilités» à un moment que l’on qualifie de «crise multiforme» et de «moment de blocage». Le salut ne venant plus que de là.
Mais c’est visiblement l’option du soulèvement populaire qui est maintenant envisagée dans les milieux de la COD.
Selon certaines sources, les Islamistes seraient le principal moteur d’une telle option. Ils auraient été encouragés par les exemples d’ailleurs. D’autres sources nous disent que ce sont plutôt les nouveaux arrivants, notamment les dissidents de l’Alliance populaire progressiste (APP de Messaoud Ould Boulkheir) qui pousseraient vers cette voie.
Quoi qu’il en soit, une question reste posée : à qui profitera un éventuel – et hypothétique – changement de régime, que ce soit par coup d’Etat ou à la suite d’un soulèvement populaire ?
Les acteurs qui sont en présence ont assisté, au moins à la tentative de juin 2003 qui a laissé le pouvoir dans la rue, sans aucune couverture ni défense. Nous avons vu comment ils sont restés terrés comme tous les autres mauritaniens (du soutien du régime visé à ses ennemis). Le 3 août 2005, le 6 août… ils étaient là sans profiter des changements pour imposer des points de vue, des visions. Le discours sur le retrait de l’Armée, sur les grandes réformes «nécessaire», «garantissant la démocratie», c’est à des moments pareils qu’il fallait le tenir. Pas six ans après, pas trois ans après…
Comment se fait-il que l’on puisse, pour améliorer les conditions de vie des gens, compter seulement sur une forte déstabilisation d’un pays que l’on juge par ailleurs «dans le gouffre» (pas au bord du gouffre) ? La haine et le rejet du régime doivent-ils tant aveugler ?
La politique est l’art du possible, comme l’on dit. Il est vrai qu’en refusant le dialogue comme cadre de raffermissement de la démocratie et comme possibilité d’acquisition de quelques réformes essentielles, il ne restait plus à cette opposition-là que l’option de la rue. C’est une logique qu’il n’est pas aisé d’assumer ni de réussir. Il est facile de s'enfermer dans des logiques stériles qui ne mènent nulle part...
Que Dieu préserve le pays de tout et de tous. 

jeudi 15 décembre 2011

Du vote des étrangers en France


C’est un débat ouvert par le vote d’une loi autorisant le vote des étrangers, que le Sénat français a ouvert un débat sur la scène publique française et ce à la veille d’une présidentielle dont la campagne est déjà lancée.
Je suivais l’autre soir une émission de France 2, «Mots croisés», où l’on débattait du sujet. Etaient invités sur le plateau : Thierry Mariani, ministre de l’actuel gouvernement, cofondateur de la droite populaire ; Rama Yade du Parti Radical, ancien secrétaire d’Etat, conseillère municipale et régionale dans les Hautes-de-Seine, d’origine sénégalaise et naturalisée française au milieu des années 90 ; Julien Dray, député PS, membre de l’équipe du candidat François Hollande ; Arno Klarsfeld, avocat franco-israélien, membre du Conseil d’Etat, président du Conseil d’administration de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ; Serge July, cofondateur du quotidien Libération, éditorialiste à RTL. J’ai retenu quelques attitudes.
La première – et sans doute la plus radicale - est celle du président de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui disait en substance qu'«une vague fondamentaliste touche la France» car «une grande partie des Tunisiens de France a voté pour des listes fondamentalistes lors des dernières élections tunisiennes». Qu’il n’était pas exclu, même qu’il était probable, de voir des fondamentalistes prendre les conseils locaux dans certaines régions de Paris. «Selon moi, le moment n'est donc pas venu de donner le droit de vote aux étrangers alors qu'il existe encore des problèmes d'intégration : beaucoup de gens qui viennent d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne ne sont pas encore intégrés et n'ont pas encore intégré les valeurs de laïcité et d'égalité hommes/femmes». Mais «si la plupart des étrangers était intégrée, s'il n'y avait pas cette vague fondamentaliste. Cela n'a rien à voir avec la provenance des étrangers. Mon point de vue repose sur les valeurs que certains étrangers n'ont pas encore acquises», peut-être aurait-il été favorable aux étrangers.
Pour le juif d’origine roumaine, «si une grande partie des Tunisiens de France a voté pour des listes islamistes alors que beaucoup d'entre eux vivent en France depuis plusieurs années, c'est bien la marque que l'intégration n'a pas été une réussite!».
Noyant Rama Yade qui tentait de faire entendre sa voie tout en gardant ses distances vis-à-vis de la partie à gauche de la table, Arno Klarsfeld ne tempéra son ardeur que lorsque Serge July lui sortit le concept «la France est une idée» qui a fondé selon lui la première Constitution française.
La Constitution de 1793 qui reconnaissait déjà les droits des étrangers vivant en France. En son article 4, elle stipulait : «Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; - Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse une Française - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français».
Même si cette Constitution n’a jamais été mise en œuvre, l’argument était de taille.
Les hommes de droite présents ont continué cependant à agiter l’épouvantail de l’immigration et de l’islamisme menaçant, à l’absence d’intégration de gens «qui ne parlent même pas français» (sic). Le Klarsfeld allant jusqu’à douter de la maturité des peuples qui ont pu choisir, au terme des premières élections libres, les islamistes pour les diriger. C’est dire combien la bêtise peut être incommensurable.
Ils termineront le débat, en rappelant qu’au Royaume Uni, ce droit de vote est reconnu pour les ressortissants du Commonwealth, pourquoi la France ne le reconnaîtrait-elle pas aux ressortissants de ses anciennes colonies en attendant ?  
Malgré tout ce qui a été dit par les représentants de la droite au pouvoir, l’idéal français originel est bien la fondation d’une appartenance universelle. La citoyenneté est liée, non aux droits du sol qui sont reconnus, mais à l’adoption de valeurs humaines qui appartiennent à cet ensemble de l’Universel.

mercredi 14 décembre 2011

Jean-Pierre Filiu à Nouakchott


Pas la peine de présenter cet éminent connaisseur du monde arabe et musulman au public mauritanien. La preuve : sa première sortie publique à l’Institut Français de Mauritanie (ancien CCF), a attiré du monde. C’était hier, mardi, et le conférencier devait faire une présentation des «dix leçons» qu’il faut tirer de la Révolution arabe. C’était une peu une présentation de son dernier ouvrage : «La Révolution arabe, Dix leçons sur le soulèvement démocratique» (août 2011). On ne parle que de choses que l’on connait, une religion chez Jean-Pierre Filiu.
Il préfère parler d’une Révolution qui ne fait que commencer, d’un cycle de saisons au lieu d’un «printemps arabe», d’un processus historique dont il faut trouver les racines dans la Nahda du 19ème siècle, cette ère de tentative de renaissance du monde arabo-musulman. Une tentative menée par des penseurs au moment où les peuples de la région aspiraient d’une part à se libérer du joug Ottoman, d’autre part à relever le défi culturel, voire civilisationnel, «lancé» par un Occident conquérant.
A l’époque, les effets du choc napoléonien et de la domination ottomane ont pour expression la naissance d’une pensée politique islamiste moderne, et du nationalisme arabe comme vecteur de résistance et de libération. Conclusion : la Révolution arabe dont on a suivi l’explosion, est le prolongement de ce «temps arabe»-là.
Un «temps arabe» où la Tunisie abolissait l’esclavage en 1846, deux ans avant la France, et où elle adoptait sa première Constitution en 1861. Ne nous étonnons point si, aujourd’hui, le processus tunisien semble plus accompli que tous les autres.
«La Révolution arabe ne fait que commencer et elle va encore se déployer durant de longues années d'un bout à l'autre de cette région», écrit récemment Jean-Pierre Filiu dans un article intitulé : «La poussée islamiste dans les urnes n’annonce pas un "automne intégriste"». L’obligation pour les Islamistes de composer avec la réalité du pouvoir, avec aussi les autres composantes du paysage politique local, aura raison de toutes les appréhensions de départ.
Pour lui, les leçons qu’il faut en tirer dans l’immédiat consistent à remettre en cause les quelques idées reçues sur la perception de cette Révolution. Il en compte dix : 1. «Les Arabes ne sont pas une exception» ; 2. «Les musulmans ne sont pas que des musulmans» ; 3. «La jeunesse est en première ligne» ; 4. «Les réseaux sociaux ne font pas le printemps» ; 5. «On peut gagner sans chef» ; 6. «L’alternative à la démocratie est le chao» ; 7. «Les islamistes au pied du mur» ; 8. «Les jihadistes n’intéressent plus que les dictateurs» ; 9. «La Palestine au cœur demeure» ; 10. «La renaissance n’est pas une partie de domino»
De l’auto-immolation de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid en Tunisie, à l’élection, le 12 décembre 2011, de Moncef Marzouki, opposant historique, à la tête de l’Etat tunisien, entre les deux évènements un chemin important a été parcouru. Mais malgré ce parcours, le plus dur reste à venir.
Défaire les forces centrifuges, dépasser le stade de la simple revanche des sociétés sur les systèmes politiques, dépasser celui de la recréation ou de la reconquête des liens sociaux brisés au nom de la construction de l’Etat moderne, (re)créer une pensée politique à même de nourrir le processus, à même de devenir au mouvement ce que la philosophie des Lumières fut pour 1789, reconquérir et rétablir la confiance par la concrétisation des choix politiques, économiques, ainsi que par la mise en œuvre de pactes sociaux conçus pour répondre aux besoins des populations…
Jusque-là cette Révolution a, comme le dit si bien Jean-Pierre Filiu dans son ouvrage, œuvré «à rendre la vie à un corps social paralysé par les différents autocrates, leurs cliques prédatrices et leurs polices débridées». Il s’agit maintenant, je le crois, d’éviter à cette Révolution d’être un autre Mai 68.  

mardi 13 décembre 2011

Diplomatie du retour


C’est une discussion avec d’éminentes personnalités ayant joué un rôle par le passé (dans la diplomatie), c’est cette discussion qui m’amène à parler de ce (long) voyage du Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz.
L’étape de Darussalam où le Président a assisté à la célébration du cinquantenaire de l’indépendance, confirme le souci qu’il affiche de ne perdre aucune occasion qui peut l’amener à se retrouver dans l’espace africain du sud Sahara. Et ce n’est pas une mauvaise chose, au contraire. Après l’isolement consécutif à la désertion de la scène africaine, la Mauritanie devait obligatoirement renouer avec son versant africain pour retrouver l’équilibre qu’elle a perdu dans les années 80 et qui a fini par se concrétiser au moment de sa sortie de la CEDEAO (99).
Depuis deux ans, le Président Ould Abdel Aziz a investi un temps et une énergie en vue du retour de la Mauritanie dans le giron africain. Il a eu la chance de diriger deux panels africains ayant en charge de régler deux grandes crises, celle de la Côte d’Ivoire et celle de la Libye. La Mauritanie a pour cela organisé – et très bien organisé – au moins quatre sommets à Nouakchott.
L’étape du Qatar s’explique par le rôle joué par ce «petit» Etat du Golf qui est aujourd’hui la conscience du monde Arabe et (même) Musulman. Bien utilisées, ses immenses ressources ont permis au Qatar de rayonner et de construire une nouvelle «Raison arabe». Que serait le «printemps arabe» sans Al Jazeera et sans la diplomatie du Qatar ?
L’organisation des jeux panarabes à Doha, n’est pas fortuite en ces moments où tout vient de là-bas. L’ouverture que le Qatar semble entamer vers l’Afrique, passe nécessairement par Nouakchott. Depuis la fin de Kadhafi et la partition du Soudan, l’interface entre les mondes Arabe et Africain, c’est redevenu la Mauritanie.
L’Algérie… On nous dit qu’une relation saine avec l’Algérie ne peut que brouiller celles d’avec le Maroc. Ce n’est pas vrai. La souveraineté des Etats est respectée, assumée par chacun d’eux. Ce qui importe ici, c’est que les relations avec l’un et l’autre des deux pays du voisinage, ne soit jamais au détriment de l’un ou de l’autre. Que la relation avec l’Algérie ou celle avec le Maroc, et, au sud, que la relation avec le Sénégal ou celle avec le Mali, ne soit pas au détriment de l’un ou de l’autre.
C’est la peur de «heurter» les sensibilités qui a fait perdre à la Mauritanie énormément d’opportunités de raffermissement des relations avec son voisinage immédiat. Alors qu’il s’agit de trouver un point d’équilibre où l’exigence du respect s’exprime clairement ou celle des intérêts prime.
A chaque étape donc sa logique qui apporte un plus pour la Mauritanie, qui la replace dans son environnement «normal» - et même «naturel» - et qui lui fait recouvrir cette vocation initiale de terre de convergence. C’est tant mieux.

lundi 12 décembre 2011

Qui se rappelle encore ?


Il y a 27 ans, le 12 décembre 1984, les Mauritaniens découvraient les nouveaux maîtres du pouvoir à Nouakchott. Le nouveau CMSN (comité militaire de salut national) arrivait. Avec les mêmes promesses de lendemains meilleurs : démocratie, bonne gouvernance, refondation de l’Etat…
La «rectification» de ce jour-là mettait fin à quatre ans de répressions continues et d’errements diplomatiques. Plusieurs milliers de citoyens étaient en prison ou en exil. Ce qui expliquait en partie la ferveur qui a accueilli le putsch.
Encore une fois, les officiers composant le CMSN avaient choisi celui qu’ils croyaient le plus faible, le plus malléable d’entre eux, et, toujours selon eux, le moins «marqué politiquement et socialement».
Moawiya Ould Sid’Ahmed Taya aura raison de ses compagnons qu’il écartera, puis de ses ennemis qu’il éliminera un à un, jusqu’à fonder un pouvoir qui durera 21 ans. Plus que le fondateur du pays Mokhtar Ould Daddah (18 ans).
21 ans… assez pour marquer profondément le pays et pour asseoir les fondements d’une culture nouvelle : celle qui marquera deux décennies et dont nous vivrons, encore quelques temps, les effets. L’important n’est pas de juger présentement cette période, surtout si cela avait été fait en son temps. L’important c’est d’en tirer quelques leçons.
Au lendemain du discours de Kiffa (printemps 2004), nous écrivions : «Ould Taya a parlé de la lutte contre la gabegie. Terme qu’il n’a pas utilisé depuis près de 20 ans. Mais quand il parle aujourd’hui de gabegie au sein de l’administration, le Président Ould Taya semble oublier qu’après 20 ans passées à la tête du pays, cette administration décriée est la sienne, que le pays actuel a été façonné à partir de la vision qu’il en a et qu’il est finalement responsable et comptable de la situation actuelle. Nonobstant le jugement qu’on peut porter sur cette époque, les excuses qu’on peut trouver à tel ou tel manquement, les explications qu’on peut avancer, une chose reste : Moawiya Ould Sid’Ahmed Taya est l’unique responsable du choix des hommes. La guerre aux compétences et la promotion de la médiocrité relèvent de sa responsabilité. Toute révolution sur soi commence donc par inverser cette loi.» (La Tribune N°237 du 12-19 décembre 2004).
Cette révolution n’aura pas lieu. Ould Taya en payera le prix. Par son départ. Par la non reconnaissance de son apport (s’il en a eu).
Et s’il n’y avait pas eu le 12/12 ? Je crois qu’on aurait bien vu cet anniversaire remplacer celui de l’indépendance (28/11). Comme on avait entendu certains de nos éminents «intellectuels» chanter, faire la promotion d’idées idiotes, en contrepartie voler, exclure leurs protagonistes, détourner les moyens de l’Etat…
La grande leçon de tout cela aurait été le danger pour tout pouvoir de continuer à recruter parmi les moins outillés, les moins performants, de continuer à cultiver la médiocrité, la flagornerie, l’égoïsme, l’indignité et l’indélicatesse…
Parce que les anciens serviteurs du régime du 12/12 l’ont oublié, servons-nous en pour méditer.