mardi 15 novembre 2011

Sans commentaire


Le lien m’a été envoyé par l’un des avocats de Mohamed Lemine Ould Dadde, ancien Commissaire des Droits de l’Homme. Il s’agit d’un article publié le 15 novembre par l’hebdomadaire français L’Express. Sous la plume de l’un de ses grands reporters, Vincent Hugeux et avec pour titre «Un combattant des droits humains embastillé en Mauritanie».
Sans commentaires, je vous propose en lecture des extraits :
«Que reproche un parquet aux ordres à cet activiste libéral, hier farouche opposant au régime autocratique de Maaouiya Ould Taya (1984-2005)? Officiellement, des malversations et détournements d'un montant de 271 millions d'ouguiyas, soit 750000 euros, commis dans l'exercice de ses fonctions. Grief fantaisiste, au regard des incohérences et des à-peu-près d'un dossier d'accusation digne de figurer parmi les études des cas soumises à des étudiants en droit de première année
«Tout indique que ce noble de la tribu des Tagounanet, fils d'un notable érudit, paie avant tout son engagement résolu contre l'esclavage et autres traditions féodales, tels l'excision ou le gavage des jeunes filles promises au mariage. A l'évidence, ses initiatives en faveur des Haratine, serfs négro-africains affranchis, auront irrité une élite arabe attachée à la perpétuation d'archaïsmes socio-ethniques. Mohamed Lemine avait d'ailleurs d'emblée prêché l'exemple, rendant sa liberté à son " frère de lait " Etman, l'esclave qui, conformément aux usages maures, lui fut alloué à sa naissance. Mais voilà: dans la Mauritanie de 2011, les tabous ancestraux font de la résistance

lundi 14 novembre 2011

Participe (passé), participe (présent)…

L’ouverture de la nouvelle session parlementaire m’amène à (re)parler de la participation aux futures échéances et au déroulement du dialogue et surtout aux conséquences du refus de certains d’y participer.
La présence des députés de l’Opposition «refusante» (rabida) du dialogue et de ses résultats interpelle à deux niveaux. Au niveau de la légitimation de la tenue de la session en dehors des délais initiaux qui voulaient que le mandat de la Chambre soit consommé : en acceptant de venir, les députés de l’Opposition (dure) bénissent l’avis donné par le Conseil Constitutionnel sur la possibilité d’étendre le mandat au-delà des délais initialement prévus.
Au niveau aussi de la légitimation des accords passés lors du processus du dialogue. La présente session sera, comme l’a dit le président de l’Assemblée Messaoud Ould Boulkheir, consacrée à l’adoption des textes de loi issus de l’accord intervenu entre les parties prenantes au dialogue. Les discussions autour de ces textes seront l’occasion pour les absents aux assises du dialogue d’apporter les correctifs qu’ils jugent nécessaires. A défaut d’avoir participé en tant que partis et cadres, ils vont le faire donc en tant que députés. Ce sera l’occasion pour les promoteurs de ce dialogue de faire plus de consensus autour de cet accord.
Revenons donc à l’exigence pour nous de savoir si les partis politiques vont pour une fois avoir une ligne de conduite conséquente. Sans mélange de genre.
En attendant, peut-on reprendre ce rappel de notre confrère QDN : "Il s’agit de l’Ordonnance n° 91-028 du 7octobre 1991 portant loi organique relative à l’élection des députés de l’Assemblée Nationale, modifiée par l’ordonnance 91-041 du 8 Décembre 1991 et la loi 2001-28 du 7 Février 2001 qui stipule en son article 2 : « Les pouvoirs de l’Assemblée Nationale expirent à l’ouverture de la cession du mois de Novembre à la cinquième année qui suit son élection. Sauf cas de dissolution, les élections générales ont lieu dans les soixante (60) jours qui précèdent l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée nationale."
Qui est complice de quoi dans ce cas ? et qui va finir demain par dénoncer ce dont il est responsable en partie ? 

dimanche 13 novembre 2011

Elections en vue


Il y a quelques mois, on se faisait étriper si on défend l’opportunité d’une participation au dialogue entre Pouvoir et Opposition. Certains partis ont finalement accepté d’engager ce dialogue. Cela a abouti à un accord qui est, quoi qu’en disent ses détracteurs, est une nette avancée sur la voie du raffermissement de la démocratie.
Renforcement des règles de la transparence avec la naissance d’une CENI ayant le contrôle de toute l’opération électorale, augmentation substantielle des taux d’élus à la proportionnelle, volonté de limiter le nomadisme politique, obligation de passer par les partis pour se faire élire, mesures visant à garantir la neutralité de l’administration et de l’Armée…
Les élections dont la date reste à fixer, doivent obligatoirement être prévues avant octobre 2012. Il faut y penser dès à présent. Le refus de participer au dialogue va-t-il dicter le boycott des élections ? Est-ce que les partis du refus seront amenés par la logique de rejet à ne pas participer aux futures élections ?
Des questions qu’on évite de se poser (et de poser) à présent et qu’il va falloir poser un jour.
Nos politiques choisiront certainement le dernier moment pour se poser de telles questions. Comme toujours ils devront répondre dans la précipitation, sous la pression des sentiments. Comme toujours.

samedi 12 novembre 2011

Education, éducation…


La commission chargée de superviser les états généraux de l’éducation a été installée la semaine dernière. J’attendais voir sa composition pour commenter. On a visiblement choisi dans le sérail des enseignants (du supérieur au fondamental). Des techniciens plus que des politiques. Ce qui est louable.
Mais il serait plus «prudent» - au sens de plus «judicieux» - de prévenir la commission en lui disant que la tenue de telles assises n’est pas une fin en soi. Ses membres peuvent se dire que l’installation de la commission est déjà une sorte de concrétisation de la promesse faite par le Président Ould Abdel Aziz. Et qu’on peut s’arrêter là si l’on juge que la réforme de 1999 est valable. Mais qu’elle n’é jamais été appliquée pour manque de moyens.
Il est vrai que cette réforme a été décidée sans études préalables, sous le coup de l’improvisation. Ce n’est pas ce qui lui dénie toute valeur. Je n’en veux pour preuve que les résultats globalement positifs du baccalauréat 2011. En quantité et en qualité.
C’est d’autant plus méritoire que jamais les élèves issus de la réforme n’ont eu droit à des manuels. C’est à peine si leurs enseignants savent ce qu’ils doivent enseigner. Ni programmes, ni manuels.
Toute réforme doit cependant commencer par la restructuration des ministères. La situation actuelle ajoute à la confusion et à la faiblesse du système éducatif. Unifier les départements et le confier à un «poli-technicien» (un homme politique et en même temps un technicien).

vendredi 11 novembre 2011

Toute vérité est bonne à dire


On connait la maxime qui dit le contraire : toute vérité n’est pas bonne à dire. Ce que nous exprimons de façon moins prosaïque en disant que «mentir est proscrit, dire la vérité n’est pas à faire».
De l’une ou l’autre des maximes nous vient notre propension à ne pas dire exactement la vérité, à passer à côté à force de vouloir l’envelopper pour la rendre plus acceptable, plus… vraie pour tous. C’était quand nos valeurs et nos repères nous conditionnaient. Aujourd’hui qu’on s’est libéré de ce joug, l’évolution a été autrement plus hostile pour la réhabilitation de l’autorité et de la légitimité de la vérité.
Essayez sur vous, sur votre entourage la diffusion de deux informations, l’une que vous avez vous-mêmes fabriquée, l’autre qui se rapporte à un fait avéré. Attendez une ou deux heures et essayez d’avoir le retour – le feedback diront les plus branchés. Les intellectuels vous rappelleront que «la mauvaise monnaie chasse la bonne». Ils tenteront de vous prouver que la tendance chez l’homme est celle-là. Ce à quoi j’opposerai que le phénomène est encore plus flagrant, plus vulgaire chez nous.
Vous avez tous en tête l’affaire DSK et ce qu’elle a produit de polémiques et contre-polémiques. Vous n’avez pas oublié que la victime de la suite new yorkaise avait été discréditée parce qu’elle a menti au moins une fois en cherchant à avoir son permis de s’installer aux Etats-Unis. Parce que la vérité est ici le principe sacré. La société s’est approprié cette valeur et l’a imposée. Quand on peut mentir sur un fait, c’est qu’on peut le faire toute la vie. On est donc décrédibilisé.
Qu’en est-il chez nous ? … répondez vous-mêmes.
Je passe à une autre sagesse puisée dans le patrimoine de l’Iguidi : «Il ne faut pas dire tout ce qu’on a sur le cœur, parce que quand on aura tout dit, il ne nous restera plus rien à dire». CQFD.

jeudi 10 novembre 2011

L’urgence d’un plan


On rechigne à parler de «plan d’urgence», cela renvoie à une période et surtout à des pratiques données. On se souvient encore comment le Gouvernement de Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait troqué l’appellation contre un banal «Programme spécial d’intervention» (PSI) en 2008. Un PSI dont les comptes n’ont jamais été soldés. Tout comme d’ailleurs le Plan d’urgence de 2003. On ne solde pas les comptes dans notre pays.
A la sortie de la réunion hebdomadaire du gouvernement, le Premier ministre a tenu un point de presse pour expliquer les dispositions prises par son gouvernement en vue de juguler les effets néfastes du déficit pluviométrique de cette année. Il ne s’agit pas d’un programme d’urgence ni d’un PSI, deux expériences dont on ne veut pas faire mention.
Deux axes d’action : la sécurité alimentaire des populations et la disponibilisation d’aliments de bétail en quantité suffisante et à des prix abordables pour les populations.
"Nous avons mis en place un programme pour faire face aux effets de ce phénomène sur les plans de la sécurité alimentaire des populations et de la protection du cheptel qui représente la colonne vertébrale de notre sécurité alimentaire et de notre économie nationale", a précisé le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Le plan ainsi détaillé est le fruit de deux mois de réflexion d’un comité interministériel qui a défini les mécanismes appropriés.
Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf a précisé que le programme a choisi de proroger et d’étendre l'opération "Solidarité 2011" dont la pertinence et l'efficacité sont unanimement reconnues sur toute l'étendue du territoire national. Ainsi, le nombre de boutiques passera de 700, ouvertes actuellement, à 2387 qui bénéficieront quotidiennement à 800.000 citoyens parmi les plus vulnérables, en plus d'opérations de distribution gratuites, chaque fois que cela est nécessaire, aux populations les plus pauvres.
Protéger ensuite le cheptel qui contribue, à hauteur de 13%, au Produit intérieur brut à travers la mise à dispositions de l'aliment de bétail, à des prix réduits, sur l'ensemble du territoire national, surtout dans les zones rurales. Cette composante comporte également le forage de puits dans des zones contenant des pâturages et manquant d'eau et de vastes campagnes de vaccination du cheptel.
Le premier ministre a indiqué que ce programme sera "mis en œuvre le plus tôt possible, avec tout le sérieux et toute la transparence" et que son coût est estimé à 45 milliards d'ouguiya, soit 157 millions de dollars américains.
Il a, pour l’occasion, lancé un appel à "nos frères et nos partenaires au développement pour aider au financement de ce programme pour lequel l'Etat a mobilisé tous ses moyens".

mercredi 9 novembre 2011

D’accord avec Taya


Je me souviens que dans une interview accordé à son ami François Soudan de Jeune Afrique – du temps où les poissons parlaient encore -, le Président Ould Taya avait dit que ce qui l’énervait le plus chez ses compatriotes, c’était leur refus d’accorder la priorité à ceux qui y ont droit dans la circulation et de vouloir toujours doubler même en commettant pour cela des infractions.
A l’époque, nous nous gaussions de ces considérations qui ne concernaient que les quelques prédateurs et/ou privilégiés d’un régime. Au milieu des années 80, les problèmes du pays n’étaient pas ceux-là. Avec le temps…
En l’absence de statistiques officielles, nous allons dire qu’il circule en Mauritanie plus de véhicules que de personnes. Surtout à Nouakchott. Que la circulation routière cause plus de dégâts – humains et matériels – que les inondations saisonnières, que les épidémies (connues jusque-là), que toutes les catastrophes que le pays a subies. Une hécatombe pour les hommes et pour les biens.
Depuis un peu plus d’un an, les autorités ont lancé une campagne. Elles ont même créé un corps dédié à la circulation routière et à sa sécurisation (au sens large). Ce corps est en train de prendre la relève de la police, au moins à Nouakchott. «Kelle jdiid lu benna», à chaque nouvelle chose, on accorde une période de grâce. Mais il est incontestable cependant que les jeunes, qui sont dans une phase d’acclimatation sur le terrain, ont réussi à réguler la circulation. Mais quoi qu’ils fassent, il leur restera quelque chose qui demande d’autres actions : la mentalité des usagers chaque jour plus nombreux, chaque jour moins respectueux des règlements. Et c’est là – là seulement – où je trouve que Taya avait raison d’insister là-dessus.
Que signifie s’arrêter à un feu rouge ? C’est accorder un temps (25-30 secondes) à l’autre usager pour qu’il passe. C’est attendre votre tour parce qu’il n’y a pas que vous sur les routes et dans la vie en général. C’est introduire un ordre impersonnel qui vaut pour tous.
Tout commence par là : accepter de partager cet espace avec d’autres que vous suivant des règles préétablies et acceptées par tous. La Modernité, la démocratie, la liberté, le développement, l’accomplissement de soi, le projet de société, l’Etat de droit… tout, absolument tout, commence par ce comportement qui semble anodin.
Comment construire un édifice ensemble, comment vivre ensemble, comment prétendre à une quelconque ambition si vous n’êtes pas capables d’attendre 30 secondes, le temps de laisser un autre usager passer sa route ?
Je propose que TVM plante une caméra à l’un des feux – choisir chaque jour l’un des feux – et qu’elle «flashe» toute infraction. Les Mauritaniens ont horreur de laisser transparaître cette malhonnêteté qui est devenue, depuis quelques décennies, une seconde nature chez eux. Rien de plus dissuasif.