dimanche 13 mai 2018

Editorial 752


La presse n’a plus de place dans ce pays. D’abord ce gouvernement qui lui a coupé les vivres avec la circulaire du Premier ministre interdisant la communication et les abonnements de l’ordre public. Sous prétexte qu’il y avait une loi sur la publicité en cours d’adoption.
La circulaire date de février 2016 et nous sommes en avril 2018. La loi a été adoptée mais n’a pas encore été mise en œuvre. Alors que le blocus est toujours en vigueur… pas pour tout le monde.
Il y a la presse écrite et électronique, fortement soutenue par de hauts responsables et dont la fonction est de couvrir ses «sponsors» de fausses qualités et de s’attaquer à leurs ennemis. L’objectif ici n’est pas de protéger ou de défendre le système, mais des individus, quitte à tirer sur le Président de la République et sa famille.
Le résultat d’une telle action de sape se lira dans le classement de la Mauritanie cette année. Mais il suffit de voir qu’une seule télévision fonctionne actuellement sur les cinq privées, qu’aucune radio n’émet plus régulièrement. De se rappeler la crise de la presse écrite dont le summum a été atteint avec l’arrêt de parution des quotidiens Chaab et Horizons pendant quelques deux semaines.
Jusqu’à récemment, il ne restait à la presse que le respect du public, acteurs étatiques et non étatiques, militants politiques et non politiques, défenseurs ou non des droits…
Quand éclate l’affaire des «négociations secrètes», les politiques concernés ont essayé de faire porter la responsabilité de leur échec à la presse. Laissant entendre la «perfidie», «l’inconscience», «la mauvaise volonté», «la nocivité»… de celui qui a révélé l’existence d’un dialogue souterrain.
Le rôle de la presse est bien de mettre à nu, de débusquer, de dénoncer s’il y a lieu, de révéler au grand jour, d’expliquer et d’expliciter… bien sûr en donnant la parole à ceux qui sont concernés pour être juste et complet.
Seulement la plupart des concernés dans cette affaire ont préféré s’en remettre aux bloggers, à Twitter et aux groupes de WhatsApp. On ne peut pas le leur reprocher. Deux remarques s’imposent.
La première est une explication avancée pour écarter ou éviter la presse. Les journalistes qui qu’ils soient, sont de nature curieux. Ils sont demandeurs de justificatifs et d’informations exactes. Contrairement aux militants qui forment la masse de ceux auxquels les chefs de partis s’adressaient. Acquis à la cause, indulgent vis-à-vis de ceux qui l’incarnent, l’auditoire ici n’est pas source d’inquiétude.
La deuxième découle de la première et relève d’un constat : ce ne sont plus les instances dirigeantes des formations politiques qui décident des positions à prendre, mais les utilisateurs des réseaux sociaux. La dictature de la pensée unique commence ici. Tout comme le populisme.
Les formations politiques et leurs dirigeants craignent plus aujourd’hui ce que ce blogger va écrire sur leur engagement que ce que vont dire leurs militants. On en oublie le passé de ces dirigeants et le parcours de ces formations. La légitimité de la pensée vraie et os acteurs      même le monopole de la vérité reviennent à un inconnu sirotant calmement un café et manipulant un clavier. Une horde de snipers s’est ainsi constituée pour imposer son diktat à de vieilles formations politiques dont la plupart ont hérité d’un combat qui date de la clandestinité. Les leaders de ces formations se rendent sans combattre et acceptent ainsi de renoncer à leur conviction pour ne pas exciter l’ire de ces hordes de snipers.
 Le résultat pour nous est une dépréciation de l’action politique qui commence par la réflexion. Si le premier venu peut se sentir la légitimité de dicter sa réflexion aux vieux dirigeants et à leurs formations, il n’y a plus rien à attendre d’eux. Et si les politiques n‘ont plus besoin de la presse et le montrent, il n’y a plus rien à espérer de la démocratie. Dont la presse doit être le reflet.

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