samedi 24 janvier 2015

La mise à nu du système judiciaire et pénitencier

Toute la soirée de vendredi à samedi, Nouakchott a vécu au rythme d’événements singuliers et pour le moins inattendus survenus dans la prison civile de Nouakchott.
Tout commence en fin d’après-midi quand des prisonniers salafistes accrochent des gardes venus mater un sit-in qu’ils organisent depuis plus d’une semaine. Ce sit-in visait à protester contre le maintien en détention de quatre d’entre leurs amis dont la peine a expiré et que le Parquet refuse de libérer, sans explications.
L’accrochage entre gardes et prisonniers prend l’ampleur d’une bataille rangée qui voit les Salafistes prendre le dessus, avec le retrait des gardes qui laissent derrière eux deux de leurs camarades qui deviennent alors des otages aux mains des prisonniers. On tente dans un premier temps de couvrir la mutinerie en utilisant la force. Mais très vite, les autorités se rendent compte qu’il est trop tard. Les Salafistes, bien organisés et ayant les moyens technologiques de faire participer l’extérieur au déroulement des événements, ont déjà envoyé les images des deux otages à l’extérieur.
Sans scrupules, la plupart des moyens d’informations privés – télévisions et sites électroniques – publient immédiatement les photos. L’alerte est donnée. Les événements se déroulent alors en direct de la prison de Nouakchott.
C’est un peu avant minuit que preneurs d’otages et autorités arrivent à un accord : les quatre prisonniers salafistes sont libérés en échange de la libération des otages. Une honte à double niveau.
D’abord au niveau de l’éthique : voilà des prisonniers dont la peine a expiré et qu’on maintient malgré cela en prison. Une habitude qui relève de la normalité de l’excès d’autorité dont font preuve les hommes du Parquet. Il suffit de faire la liste de tous les prisonniers dont la peine a expiré et qui sont maintenus malgré cela en détention. Paresse ou insouciance ? probablement les deux à la fois.
Ensuite au niveau sécuritaire : voilà que des prisonniers qui plus est salafistes peuvent prendre en otage des gardes en plein Nouakchott. On est loin, très loin, du zéro risque qu’on espérait avoir approché avec toutes les réussites en matière sécuritaire.
L’action de ces dernières vingt-quatre heures met effectivement à nu le système judiciaire en étalant sur la place publique ses défaillances, son incohérence et sa mauvaise foi. Défaillances, incohérence et mauvaise foi sont à la source de l’arbitraire exercé au quotidien contre toutes les victimes qui ne comptent (ou décomptent pas).
Elle a mit à nu aussi les insuffisances du système pénitencier qui finit par vivre sur le compte des prisonniers qui, eux, ont tout loisir à se comporter comme ils veulent. Sinon comment expliquer la présence de téléphone de grande qualité dans la prison ? et les armes blanches, s’il y en a eu ? et cette bonhomie qui caractérise les relations entre prisonniers et geôliers ? que dire aussi de ces prisonniers fraichement rapatriés de la prison du désert qui les isolait et qui prouvent qu’ils ont la possibilité de continuer à agir et à recruter ? où en sont les ONG qui reprochaient aux autorités de les avoir isolés ?
Les prisonniers salafistes dont la peine a été consommée et qui ont finalement été libérés à la suite de cette action violente sont :
1.      Tiyib Ould Salek, arrêté en 2005. Il était accusé d’abord de participation à l’opération de Lemghayti qui a coûté la vie à 17 de nos vaillants soldats. Il a été ensuite jugé pour avoir reçu de l’argent de l’extérieur en vue d’organiser des actions terroristes et d’avoir recruté à cet effet. Il est accusé d’appartenir à une filière internationale, c’est pourquoi les services espagnols ont demandé à l’interroger dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid le 11 mars 2004.
2.      Mohamed Said Ould Moulaye Eli accusé d’avoir participé à plusieurs actions d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI). Il a été appréhendé puis jugé en Algérie où il a écopé de trois ans fermes. Remis à la Mauritanie, il a été condamné à deux ans. Sa peine a expiré le 15 de ce mois.
3.      Taleb Ould Hmednah, recherché pour appartenance à AQMI, il a été arrêté au Sénégal puis remis à la Mauritanie. Il a été jugé et condamné à cinq ans de prison. Son frère Abdel Kader a été tué au Mali au cours de l’offensive française de 2013. Sa peine a pris fin il y a deux mois environ.
Mohamed el Hafedh alias Jouleybib qui fait partie de ceux qui ont bénéficié de l’amnistie faisant suite au dialogue de 2010. Il est vite repris et accusé de recruter pour le compte d’AQMI. Il est condamné à cinq ans avant de faire appel, ce qui lui permet de réduire sa peine à trois ans qui ont pris fin ce vendredi, le jour de la mutinerie.

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