jeudi 16 octobre 2014

Rééquilibrages ou simples redéploiements ?


On apprend aujourd’hui que le dispositif sécuritaire a subi quelques changements dans ses commandements. C’est ainsi que le général de brigade Mesagharou Ould Sidi devient Chef d’Eta Major particulier du Président de la République en remplacement du général de brigade Dia Amadou mis à la retraite. Ould Sidi gagne ainsi un poste de confiance pour sa proximité du centre du pouvoir. Mais il quitte ainsi le Groupement général de la sécurité routière (GGSR) qu’il a eu pour mission de créer. Son nom sera toujours lié à ce nouveau corps que les Mauritaniens appellent : «terkit Mesgharou» (les enfants de Mesgharou). Au-delà du sens profond de cette appellation qui exprime d’abord un refus populaire de croire aux institutions, le Corps du GGSR mettra du temps à se libérer de cette paternité. Son remplaçant, le colonel Lebatt Ould Maayouf revient d’un «exil» à New York où il faisait office d’attaché militaire auprès de l’ONU. C’est lui qui a joué le rôle de coordinateur des actions mauritaniennes dans le cadre des opérations du maintien de la paix dans le Monde. Avant cela, il est connu pour avoir subi un arbitraire constant pendant les 20 années de règne de Ould Taya. Ould Maayouf fait partie des premiers officiers réservistes formés en temps de guerre. Il sort rapidement de la réserve mais son franc-parler et son penchant rebelle l’écartent de la voie des promotions de l’époque. Il en profite pour parfaire sa formation militaire à travers les stages et les cours qui lui sont offerts pour le mettre hors-jeu. Il attendra le coup d’Etat de 2005 pour se voir réhabilité comme officier digne de confiance de ses supérieurs.
Le général de brigade Mohamed Ould Meguett quitte les services de sécurité extérieure et de la documentation (ancien BED) pour la Direction générale de la sûreté nationale en remplacement du général Ahmed Ould Bikrine admis à faire valoir ses droits à la retraite. Ould Meguett est remplacé au BED par le général Mohamed Ould Znagui, ancien Chef d’Etat Major adjoint.
Parallèlement, deux nouveaux ambassadeurs sont nommés : le premier aux Emirats Arabes Unis, le second au Qatar. C’est ainsi que Sidi Mohamed Ould Hanenna, jusque-là Ambassadeur-directeur au ministère des affaires étrangères va à Abu Dhabi où il devra renouer des relations anciennes et profondes. Alors que c’est Sidi Ould Mohamed Laghdaf, jusque-là Chargé d’affaires à Téhéran, qui va à Doha.
Les deux hommes partagent l’appartenance au corps des diplomates. Ils sont tous les deux formés pour exercer dans la diplomatie et ont jusque-là suivi un cursus qui les menait fatalement à occuper de grands postes dans la diplomatie.
Ces nominations sont les plus significatives depuis la formation du dernier gouvernement. En effet, les attentes sont grandes dans les milieux d’observateurs. L’on croit que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz hésite à engager son mandat : il a mis du temps pour prêter serment, pour former son nouveau gouvernement, «et maintenant, il prend son temps pour procéder à l’inévitable réaménagement de son dispositif». L’on attend ici du Président réélu de marquer le début d’un mandat qui doit être le dernier. Soit en mettant en place un système politique et administratif capable de lui survivre et donc de laisser en héritage à la Mauritanie un système à même de lui permettre d’asseoir une démocratie et une stabilité sans faille. Soit en rassurant sur l’avenir en prenant le contrepied des prophètes du malheur qui nous promettent mille dislocations, mille chaos, et en nous donnant un espoir qu’un futur prometteur est possible. Cela commence par le choix des hommes de son entourage immédiat. C’est ce qui est attendu.

mercredi 15 octobre 2014

Deux villes, deux réalités ?


Quand on suit l’actualité sur une radio ou une télé occidentale, on nous parle d’une ville kurde, à la frontière entre la Syrie et le Turquie, une ville où se déroulent des combats violents entre les combattants de l’Etat Islamique et les milices d’autodéfense kurdes. On nous fait des parallèles entre les bandes islamistes surarmées et bien organisées et les milices kurdes qui n’ont que le courage pour faire face à la barbarie.
Sur une chaine arabe, la ville s’appelle Ayn-el-Arabe (l’œil des Arabes). Les habitants ne sont pas seulement kurdes. Sur les chaines d’obédience saoudiennes ou qataries, on nous parlera surtout des réfugiés et du rôle des rebelles «modérés» qui se battent pour faire tomber le pouvoir de Bachar Al-Assad. Sur les autres chaines, on donnera la parole aux habitants qui parlent un Arabe syrien et qui soutiennent Al-Assad et demandent l’intervention de l’Armée arabe syrienne (al jaysh al-araby essoury) et pas celle de l’Occident. Sur ces chaines, les Kurdes qui prennent la parole ne revendiquent pas l’indépendance par rapport à la Syrie. Au contraire, ils mettent en garde contre toute tentative de partition du pays. «C’est l’Armée syrienne, le gouvernement syrien qui peuvent nous sauver et non les frappes aveugles des puissances étrangères dont celles ennemies de notre pays et de notre peuple».

Qui croire ?

Plus que par le passé, la manipulation des médias fait désormais partie de la guerre menée en vue de la conquête du Monde. Seulement, elle est plus évidente, plus vulgaire aujourd’hui parce que le zapping nous permet de faire la comparaison entre les informations qui sont données par telle ou telle partie. On se souvient encore de ces reportages dont l’objectif était de nous faire croire que ce sont les «pauvres israéliens» qui sont à plaindre, eux qui subissent les attaques ininterrompues de l’armada terroriste des Gazzawis (habitants de Gazza). On se souvient encore de cette image du secrétaire général de l’ONU, psalmodiant quelques excuses devant le Premier ministre israélien sous les ordres duquel l’Armée était en train de détruire Gaza, y compris les écoles ouvertes par le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU. Le voilà aujourd’hui qui essaye de se rattraper en dénonçant le trop de violence dont a été victime l’enclave palestinienne. Est-ce suffisant ? est-ce trop tard ?
Le monde est ainsi fait : la communication est devenue une arme déployée en même temps que les missiles et les légions. Elle est même une arme plus dangereuse que toutes les autres pour ce qu’elle peut produire de destruction du moral et de manipulation de la réalité.
En attendant de savoir qui dit vrai, des milliers de civils sont pris au piège d’une guerre qui ne les concerne pas, une guerre qu’ils subissent sans discernement. De partout leur tombent sur la tête bombes guidées, obus, roquettes, missiles «intelligents»… Des milliers de morts dont on parle rarement. Des milliers de réfugiés. Un chao total qui enfonce encore la région dans l’inconnu.

mardi 14 octobre 2014

Les disgraciés sont-ils des enragés ?


C’est un débat autour d’un nouveau livre de Georges-Marc Benamou, journaliste, écrivain et essayiste français qui propose dans ce livre un témoignage sur son expérience personnelle de la proximité du pouvoir. L’auteur explique comment il a été «happé» - c’est le mot qui sied – par l’attrait de l’exercice du pouvoir. Quand, un jour de 2006, le candidat Nicolas Sarkozy lui dit : «J’ai besoin de toi, de ta sensibilité». Pour ensuite être pris dans le tourbillon de la campagne avant de se retrouver au cœur de l’Appareil entre 2007 et 2008 alors qu’il est nommé conseiller aux affaires culturelles du nouveau Roi.
En 2008, les intrigues à l’intérieur du système, mais aussi l’incapacité du journaliste à s’adapter à la logique de cour lui font perdre son poste. Le monde s’effondre autour de lui. Il commence une chute qu’il essaye de rendre dans sa «Comédie du pouvoir : choses vues au cœur du pouvoir». Le débat autour du livre et avec son auteur m’ont rappelé l’état psychique et le parcours tortueux de tous ceux qui tombent en disgrâce chez nous.
Les dictionnaires définissent la disgrâce comme «la perte de la faveur dont on jouissait auprès d’un protecteur», sinon «la perte de l’estime, du crédit dont quelqu’un ou quelque chose jouissait auprès de quelqu’un, d’un public». Dans le temps, les monarques se contentaient d’un geste – une gifle, un regard…- ou d’un mot pour faire d’un courtisan un étranger à la Cour. La disgrâce équivalait à la disparition de quelqu’un de la circulation. Il était réduit à devenir néant. C’est pourquoi elle s’apparentait à la laideur, à l’indignité.
Le concept et l’état de disgrâce ont inspiré des chefs-d’œuvre (romans et films). A l’exemple de La Disgrâce, roman de Nicole Avril publié en 1982. Ce roman raconte la vie d’une fille qui se croyait aimée par ses parents et qui vivait un bonheur qui lui semblait inaltérable jusqu’au jour où elle surprit son père dire : «Elle n’est pas seulement laide, ma pauvre petite fille, elle est sans grâce, et c’est pire». Commence pour elle une descente aux enfers qui fait la trame de la tragédie racontée.
Pour les politiques, la disgrâce est encore plus tragique parce qu’elle est vécue sous les regards d’un public friand de lugubres destins. Surtout quand les disgraciés ont rempli le paysage dans l’exercice arrogant de la portion du pouvoir qu’ils croyaient la leur (à jamais). Comme le dit l’auteur Benamou, «la fascination névrotique du pouvoir» conduit fatalement à une tragédie parce que ses victimes guérissent difficilement de leur maltraitance qui se traduit par un trauma profond qui donne cette aigreur, cette haine de soi d’abord, des autres ensuite.
Dans notre pays, les disgraciés de l’époque du premier pouvoir civil de feu Moktar Ould Daddah se démènent encore sur la scène d’aujourd’hui pour régler son compte à celui qu’ils estiment responsable de leurs déboires politiques et professionnels. Certains des survivants de l’époque continuent à se débattre, vaines tentatives de se refaire une histoire qu’ils n’ont pas eue, un destin qu’ils n’ont pas vécu.
A l’époque de Ould Taya, on ne désespérait pas vraiment d’une réhabilitation. Le système mis en place donnait l’impression aux disgraciés qu’ils avaient toujours la possibilité d’être «récupérés». L’exercice du pouvoir avait institué une sorte de règle qui faisait de la disgrâce une mesure transitoire répondant à un aléa passager qui pouvait disparaitre quand le Souverain le décidait. L’arbitraire des «mesures individuelles» et des «décrets en date de ce jour» caractérisait un exercice dont on pouvait espérer n’importe quoi, n’importe quand. C’est bien pendant cette période – qui a quand même duré 21 ans – que nos opérateurs politiques ont appris à partir et à revenir de l’un à l’autre des camps en présence.
L’avant 2005, critiquer permettait de se mettre en valeur pour se rappeler au souvenir du Prince, parfois cela provoquait des entrées –sonnantes et trébuchantes – pour leurs auteurs. L’après 2005, la première transition n’aura pas duré le temps de fixer de nouvelles règles. Mais l’avènement du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz va créer une nouvelle approche. Au lendemain de son coup d’Etat d’août 2008, il arrive à s’assurer le soutien de jeunes et de moins jeunes, prétendant à une notoriété avec ou sans raison, mais aussi de partis politiques ayant une histoire relativement récente mais bien établie. Il arrive aussi à se débarrasser de ces soutiens qui devenaient rapidement encombrants en leur collant des passifs qu’il leur est difficile aujourd’hui de faire oublier. A l’image de l’usage du kleenex qu’on jette après l’avoir sali de notre morve. Les «victimes» n’en sortent que plus meurtries, plus aigries, plus traumatisés et donc plus haineuses et plus instables. Décidément, on guérir difficilement des effets de la disgrâce…
Gramsci a écrit : «Le vieux monde se meurt. Le nouveau est lent à apparaitre. Et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres». Patience.

lundi 13 octobre 2014

La presse agonise

Le ministère de la communication n’existe plus. Depuis la formation du dernier gouvernement, il a été remplacé par le ministère des relations avec le Parlement et la société civile. Pourtant ses nombreuses directions ainsi que les trois institutions qui font la communication publique – Agence mauritanienne d’information, Radio Mauritanie et Télévision de Mauritanie – dépendant encore de ce ministère. On a ainsi inversé les rôles : les relations avec le Parlement gérées jusque-là par une direction sont devenues le titre principal, alors que les directions de la communication en sont l’appendice.
Cette mesure visiblement mal préparée trahit le peu d’intérêt que les autorités accordent au secteur de la communication. Même si par ailleurs on explique que la libéralisation effective de l’audiovisuel en plus des avancées réelles en matière de liberté d’expression imposent un désengagement de l’Etat qui doit se limiter à son rôle de régulateur à travers la HAPA. On oublie que l’image du pays reste du ressort de la communication officielle, que le secteur n’est pas arrivé à maturité pour laisser entrevoir une telle révolution, celle de la disparition d’un ministère de la communication. On oublie surtout que la HAPA n’a pas été dotée de prérogatives légales à même de lui permettre de jouer le nouveau rôle qu’on lui assigne. On oublie enfin toute la résistance que déploient les fonctionnaires du secteur pour que telles avancées, si elles existent, n’arrivent pas à bout.
Dernièrement, le ministère a organisé une journée de réflexion autour de la question de l’aide publique à la presse. On avait cru qu’il sera question des moyens envisagés en vue d’augmenter l’enveloppe pour inclure l’espace audiovisuel parmi les bénéficiaires. Il a été surtout question d’ouvrir le comité de gestion à toutes les organisations de presse, les plus factices les moins significatives en termes de représentativité. L’objection raisonnable des vrais professionnels de la question n’y fera probablement rien. Il est clair que l’objectif est de «noyer le poisson» en prétendant proposer une réforme qui s’avère être un piège visant à assécher les finances déjà insuffisantes pour donner un souffle à la presse.
Jusqu’en 2005 – le coup d’Etat – et surtout depuis la fin du régime de la surveillance à partir de 2006-7, la presse est laissée à elle-même. Elle ne bénéficie plus du soutien du lectorat qui tenait à aider à la survie de la liberté d’expression. Cela s’est aggravé à partir de 2008, quand les nouvelles autorités ont décidé de libérer tous azimuts l’exercice du métier de journaliste. D’où l’obligation pour les pouvoirs publics de mobiliser un fonds d’aide destiné à aider à la survie d’un secteur agonisant. Malgré toutes les tentatives et les astuces déployées par le ministère et la HAPA, les deux institutions ayant en charge la gestion du fonds, les organisations syndicales imposeront leurs représentants au sein du comité de gestion qui réussira quand même à apporter un soutien, certes insuffisant, mais relativement utile. Jusqu’à présent, et surtout qu’avec la nomination d’un nouveau président pour ce comité (en l’occurrence un ancien ministre de la communication parfaitement au courant des enjeux), on a espéré que les réformes proposées apporteront du nouveau.
La création par exemple d’une régie de publicité qui canalisera toutes les ressources publicitaires publiques et semi-publiques pour les distribuer suivant des critères objectifs et consensuels. Ou encore l’octroi au comité d’un droit à la démarche en vue d’acquérir de financements auprès des bailleurs étrangers ou non. Ou enfin, la création d’un GIE ou d’une mutuelle en vue de mettre en commun moyens et savoir-faire des différents acteurs pour se libérer du diktat des plus forts.
Rien de tout ça. Juste une proposition visant à polluer le comité de gestion du fonds d’aide. Juste une tentative de torpiller toute volonté politique d’améliorer le secteur de la communication.
Dans quelques semaines, de nouveaux titres disparaitront, la presse écrite vivant ses moments les plus noirs. Télévisions et radios bénéficient encore d’un engouement qui promet d’être de courte durée.
Dans quelques semaines, au plus quelques mois, on se demandera à quoi servent toutes les avancées en matière de liberté d’expression si les supports qui doivent lui servir meurent d’asphyxie.

dimanche 12 octobre 2014

Accord de pêche Mauritanie-UE :


Les 9 et 10 octobre derniers, négociateurs mauritaniens et européens avaient rendez-vous à Bruxelles pour le quatrième tour des pourparlers en vue de la signature d’un nouveau protocole de l’Accord de partenariat dans le secteur de la pêche entre la Mauritanie et l’Union Européenne. On se souvient encore des dures heures passées le 29 juillet dernier à Nouakchott pour savoir quand prenait fin le précédent protocole. Les deux parties étaient arrivées in extrémis à un accord prenant en compte le début des activités de chaque flotte : l’essentiel étant de pêcher pendant 24 mois. Ceux qui avaient commencé à pêcher au lendemain du paraphe du protocole le 31 juillet 2012 s’arrêtaient immédiatement, alors que ceux qui avaient attendu son approbation par les instances européennes attendraient le 8 décembre 2014. En attendant d’engager des négociations en vue du renouvellement du protocole. C’est justement pour cela que Mauritaniens et Européens se sont retrouvés à Bruxelles cette fois-ci.
A l’ouverture de la réunion, la délégation européenne dirigée par l’italien Roberto Cesari en sa qualité de chef  d’unité des accords bilatéraux a surtout exprimé le souci de la partie européenne de revoir la contrepartie financière sur la base de la proposition faite lors du round tenu à Nouakchott les 24-27 mai 2014 et qui rabaissait la compensation au niveau de 45 millions euros. Tout en insistant quand même sur «les principes sur lesquels {la partie européenne} souhaite fonder le futur partenariat : la durabilité, la transparence, la non-discrimination, une optimisation des ressources financières au regard des possibilités de pêche et des retombées socio-économiques tangibles pour les deux parties». Et pour combler la baisse de la compensation, la partie européenne met en avant la possibilité d’augmenter substantiellement l’enveloppe de l’appui sectoriel.
Cette question de «l’appui sectoriel» a toujours été perçue comme un leurre par la partie mauritanienne. On a vu l’enveloppe de cet appui sectoriel aller croissant de 11 millions euros la première année du protocole 2008-2012 à 20 millions la dernière année. Sans pour autant que cela se traduise par des investissements ou des profits significatifs pour la partie mauritanienne. Essentiellement à cause des conditions d’octroi et de décaissement dont chaque étape constitue un goulot d’étranglement à elle seule.
La partie mauritanienne, dirigée par Cheikh Ould Baya, Conseiller technique du ministre des pêches et négociateur principal de ces accords, a rappelé le souci pour elle de faire profiter le pays de toutes les possibilités ouvertes par l’exploitation d’une telle ressource. Tout en préservant la durabilité de cette ressource par une exploitation transparente, soutenable et à même de la préserver. Rappelant que les possibilités offertes ont été déterminées sur la base de conclusions scientifiques faites en collaboration avec des experts de l’Union Européenne et selon les principes édictés par le souci écologique de tempérer les excès humains et par celui d’instaurer un commerce équitable entre Nations du monde, du Nord et du Sud.
La partie mauritanienne a estimé que l’offre de 45 millions euros est largement en-deçà de ses attentes. Tout comme elle a refusé de considérer l’augmentation de l’enveloppe de l’appui sectoriel comme «une amélioration» au détriment «du droit d’accès», pour les raisons évoquées ci-haut. Parce qu’aucune des deux parties n’a cherché à bénéficier de «la clause de dénonciation», une possibilité ouverte à chacun des partenaires au cas où l’un ou l’autre se sent lésé par la mise en œuvre du protocole, on comprend que le protocole en cours a satisfait les deux parties.
Le négociateur mauritanien a expliqué que les 67 millions payés actuellement correspondent à une compensation plus ou moins équitable au vu du quota de pêche alloué qui atteint les 300.000 tonnes pêchées à proximité des marchés européens et dans une zone riche et favorable à toutes les activités en matière de pêche.
Il a rappelé les concessions techniques et financières consenties par la Mauritanie pour permettre de lever les dernières réserves de certains pays européens qui ont pris l’habitude de profiter largement de la ressource mauritanienne. Et, «comme preuve de bonne volonté», la Mauritanie serait prête à «accepter le statu quo». C’est-à-dire le retour aux conditions du protocole en cours.
En juillet 2012, les négociateurs mauritaniens arrivaient à signer un protocole jugé «historique» pour ce qu’il offre à la partie mauritanienne en matière de profits. Après quelques sept rounds de négociations, les Européens acceptaient de relever la compensation de 76,5 millions euros à 113 millions dont 67 millions sous forme de compensation financière et le reste comme redevances. On passait automatiquement à une situation où ce n’est plus le type de bateau qui détermine la redevance mais la quantité de produits effectivement pêchés. Deuxième mesure nouvelle : l’obligation de débarquement pour toute la production ouvrant de nouvelles possibilités d’emplois. D’ailleurs la main d’œuvre mauritanienne va passer à 60% sur les bateaux de la flotte européenne. Au moment où le poulpe devenait un monopole des artisans mauritaniens. De nouvelles zones de pêches furent déterminées par le protocole en vue de préserver les zones sensibles (de reproduction) et 2% des quantités pélagiques pêchées revenaient à la société de distribution de poisson qui a vocation de disponibiliser cette denrée sur l’ensemble du territoire national.
Les négociateurs européens de l’époque n’avaient pas manqué de saluer «un accord équitable qui s’inscrit dans la durée» parce qu’il respecte «les bases scientifiques de la préservation des ressources». C’était à l’époque où un Belge désintéressé, Stefaan Depypere, dirigeait la délégation et où l’Allemand feu Hans-Georg Gerstenlauer, véritable ami de la Mauritanie décédé il y a peu, officiait comme Représentant-Résident Ambassadeur de l’Union Européenne à Nouakchott. Pour leur part, les autorités mauritaniennes en avaient fait un axe principal des acquis du nouveau pouvoir qui signifiait aussi la fin d’un laisser-aller marqué par une mauvaise gouvernance avérée du secteur.
Comme pour faire écho, le communiqué du Conseil des ministres de décembre 2013, insiste : «Le Conseil a adopté une décision relative à la signature, au nom de l’UE, et à l’application provisoire du protocole fixant les possibilités de pêche et la contrepartie financière prévues par l’accord de partenariat de pêche (APP) en vigueur entre l’UE et la République Islamique de Mauritanie.
L’accord de partenariat dans le secteur de la pêche entre l’UE et la Mauritanie a été conclu en 2006. L’objectif principal du protocole joint à cet accord est de définir les possibilités de pêche offertes aux navires de l’UE ainsi que la contrepartie financière due, de manière distincte, au titre des droits d’accès et de l’appui sectoriel. A l’issue des négociations, un nouveau protocole a été paraphé le 26 juillet 2012, le protocole précédent devant expirer le 31 juillet 2012. Le nouveau protocole couvre une période de deux à compter de la date de sa signature. Afin que les navires de l’UE puissent poursuivre leurs activités de pêche, le nouveau protocole devrait être appliqué à titre provisoire à partir de la date de sa signature, dans l’attente de l’achèvement des procédures nécessaires à sa conclusion».

2014 sera marqué par les négociations autour de la date d’expiration du protocole : aux yeux des Européens, il prenait fin avec sa promulgation le 8 décembre alors que pour la partie mauritanienne, il prenait fin le 31 juillet, jour du paraphe de l’accord.
Pour rappel, de la première année du Protocole (2008-09) à la dernière année (2011-12), les prises ont varié entre 9.337.407 à 11.002.067 tonnes toutes catégories confondues, le pic ayant été atteint en 2010-11 avec 12.408.012 tonnes. La compensation financière a varié entre 75 millions euros la première année et 50 millions la dernière année. Elle a été de 60 millions pour 2009-10 et 50 pour 2010-11.
Le Protocole de 2012-2014 (encore en cours) interdit l’accès aux céphalopodes réservés désormais au seul armement national. Cette pêche céphalopodière couvrait 33% des recettes cumulées entre 2008 et 2012. C’est important à savoir quand on procède à la comparaison des profits réalisés pour la Mauritanie.
Pour la première année 2012-13, 11.820.906 tonnes pêchées en contrepartie d’une compensation financière de 67 millions et d’un appui sectoriel de 3 millions euros. Alors que pour 2013-14 (seulement le premier trimestre de l’année), la quantité pêchée est de 29.329.494 tonnes pour 67 millions de compensation et 3 millions d’appui sectoriel.
Le retard pris par une partie de la flotte européenne qui a espéré fléchir la position mauritanienne sur les céphalopodes et le pélagique, explique le chiffre de la première année. L’activité va cependant s’accélérer durant la deuxième année permettant à la Mauritanie de doubler ses recettes par rapport au Protocole précédent. A quoi l’on ajoute l’obligation de débarquement pour la flotte européenne, l’augmentation de la main-d’œuvre nationale qui est passé de 37% à 60% pour le nouveau Protocole, et les redevances en nature qui ont permis à la Mauritanie d’avoir 1.716 tonnes en 2012-13 et 3.986 tonnes pour 2013-14 (premier trimestre), poisson distribué gratuitement ou à prix symbolique sur l’ensemble du territoire national.
Le 10 octobre, les deux parties concluaient qu’«en l’absence de convergence de vues, {elles} concluent que les négociations sont suspendues pour leur permettre de procéder aux consultations internes nécessaires. Ces négociations pourront reprendre à une date ultérieure à convenir». C’est-à-dire quand les deux parties seront décidées à accepter de ne pas remettre en cause les acquis en vue de préserver la ressource et d’instaurer un commerce équitable à même d’établir de meilleurs rapports entre pays développés et pays sous-développés. Pour cela, il va falloir faire preuve de bonne volonté, même si la remise en cause des essentiels du Protocole en cours, n’est pas à l’ordre du jour.

samedi 11 octobre 2014

La guerre perdue contre Ebola

Pendant des semaines, l’épidémie de la fièvre Ebola a ravagé l’Afrique de l’Ouest, mais aussi le Congo dont on parle moins. Mais ses ravages ont été éclipsés par la mobilisation internationale contre les bandes de l’Etat islamique sévissant en Irak et en Syrie. La décapitation de ressortissants occidentaux a occupé la une des médias. L’horreur produite par les hommes a occulté les misères d’une nature peu clémente.
Puis le virus a gagné l’Europe et l’Amérique. En France, une victime contaminée a pu être soignée. Un autre cas vient d’être déclaré sans détail. En Espagne la troisième victime, contaminée sur place elle, est morte. Aux Etats-Unis, le premier malade «importé» d’Afrique est mort. Deux autres cas viennent d’être déclarés sans détails non plus. En Angleterre, en Allemagne, en Australie, partout l’alerte est au maximum.
Le dernier bilan dressé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vendredi faisait état de 4033 morts sur les 8399 malades déclarés. L’essentiel, sinon la quasi-totalité des atteints et des morts sont en Afrique. Mais l’on sait désormais qu’aucun pays n’est à l’abri, que le risque zéro n’existe pas comme disent les responsables occidentaux.
La Banque Mondiale a évalué le coût de l’épidémie à 32,6 milliards dollars pour la seule Afrique de l’Ouest à l’horizon 2015. En vue de faire face, chaque pays a créé son comité de crise. Les ministres européens se réunissent en fin de semaine prochaine pour élaborer une stratégie commune. La Russie annonce pouvoir mettre en vente trois vaccins dans les six mois qui viennent.
En Afrique les gouvernements pensent que l’effort fourni est en-deçà des espérances. Le Président de la Sierra Leone a déclaré que «la réponse internationale a été, pour le moment, plus lente que le rythme de transmission de la maladie». De son côté le Secrétaire général de l’ONU estime qu’il va falloir multiplier «par 20» les efforts actuels. D’ailleurs l’appel de fonds lancé par l’OMS pour un milliard de dollars n’a été financé qu’à 25%.

A elle seule, l’Afrique ne pourra éviter l’hécatombe annoncée. Alors que la prévention chez les plus nantis commence par la solidarité avec les peuples aujourd’hui ravagés par la maladie.

vendredi 10 octobre 2014

A méditer

C’est l’histoire d’un ancien planton qui a travaillé dans l’administration coloniale, puis celle de l’indépendance. Le Gouverneur français avec lequel il avait travaillé pour la première lui avait appris à lire deux mentions : «confidentiel» et «urgent». Lui intimant l’ordre de le déranger à tout moment et en tout lieu chaque fois qu’il voit l’une de ces mentions sur un courrier qu’il reçoit. Il avait donc appris à courir avertir le Gouverneur chaque fois qu’il identifiait l’une de ces deux mentions sur un courrier. Qu’il soit dans sa chambre à coucher, en réunion, dans les toilettes, en sieste… C’est devenu machinal.
Quand les Français sont partis, il reçut son premier patron mauritanien. La première semaine de prise de service, le nouveau Gouverneur compris combien ce planton était exceptionnellement au service, combien il semblait maitriser les secrets du métier, combien il était dévoué. Il commençait à l’apprécier véritablement.
Un jour, il vint le voir alors qu’il venait de sombrer dans un profond sommeil. Il le réveilla en lui disant : «il y a là une lettre confidentielle». Sans dire mot, le Gouverneur prit le document et le rangea sans le regarder. Un autre jour, il vint le chercher chez une famille où il était venu se payer un moment de fuite et de repos pour lui dire qu’il y avait là un «courrier confidentiel». Cette fois-ci, le Gouverneur se contenta de lui remettre le courrier tout en lui demandant de le déposer sur le bureau, toujours sans l’avoir lu. Un troisième jour, le planton arriva en courant pour taper à la porte des toilettes. Essoufflé, il expliqua qu’il y avait là «un courrier urgent». Excédé, le Gouverneur le tint par la main avant de le faire asseoir sur une banquette du salon. «Ecoute mon frère, dans ce pays, nous vivrons encore quelques siècles, deux peut-être trois, avant de trouver un sujet confidentiel ou d’avoir conscience d’une situation d’urgence. Alors reposez-vous et contentez-vous de déposer le courrier sur le bureau sans me le dire…»
Le planton comprit alors que les choses ont changé…